‹ Chili, Paraguay, Uruguay, Buenos-AyresChapitre 16 sur 63 · ILES MALOUINES · texte numérisé non relu

ILES MALOUINES

Descbiption générale. Les îles Malouines , nommées Falkland par les Anglais , se composent de deux îles principales , Soledad à l'est , et

(*) L'homme {humo)^ essai zoologiqiie sur le genre humain, espèce mélauiemie.

Falkland à l'ouest, entourées d'une multitude d'îlots , dont quelques auteurs portent le nombre à cent soixante-dix. Elles sont siti'ées presque à la hauteur et à quatre-vingts lieues du détroit de Magellan. Elles occupent un espace de soixante lieues de l'est à l'ouest , et de quarante lieues du nord au sud , espace compris entre les 51° 5' et 52" 46' de latitude australe, 60" et 63° 30' de longitude ouest.

La physionomie générale des IMalouines est singulièrement triste.

Des montagnes escarpées et quelquefois taillées à pic; des falaises de roches grisâtres , dont la base est incessamment battue par les flots d'une mer turbulente; des plages de sable, où l'on n'entend que le sifflement des vents déchaînés et les cris rauques et perçants des oiseaux et des amphibies; de nombreuses criques, séparées les unes des autres par des pointes rocailleuses, et dont les bords n'offrent qu'une végétation maladive; près de ces havres commodes et spacieux , de sombres îlots ou des écueils qui servent d'asile aux lions marins; à l'intérieur, des plaines immenses , semblables par leur uniformité aux pampas de l'Amérique méridionale , et sur lesquelles s'étendent, en nappes monotones , les longues tiges des plantes rampantes ; çà et là des ruisseaux où viennent boire les animaux sauvages; des ravins où le basalte élève sa colonne régulière ; des masses solides , assemblées dans un désordre effrayant ; tels sont les objets qui frappent les regards du voyageur dans cet immense archipel. Ce n'est pas à dire toutefois que, dans quelques-unes de ces îles si nombreuses, la vue ne trouve à se reposer sur des paysages moins attristants. Les touffes d'iierbes et l'abondance des eaux courantes donnent à certaines localités un aspect plus gai ; parfois, des myriades d'oiseaux de difterentes espèces animent le tableau par leurs ébats. Quelquefois aussi , un navire à l'ancre ou un camp de pêcheurs établi sur la grève prouvent à l'observateur

PATAGONIE, TERRE-DU-FEU ET ILES MALOUINES

que ce coin du monde n'est pas oublié aes hotnnies.

La conngdration du sol de ces fies , la nature des montagnes qui accidentent leur surface; la présence d'une espèce de loup-renard qui, malgré des caractères en appareuce différents , est la même race que celle 3ui habite la Patagonie et la Terreu-Feu ; les nombreuses traces de volcans éteints, d'autres faits que nous ne voulons pas énumérer dans une aussi courte notice , semblent indiquer que les iMalouines ont été séparées des contrées magellaniques par quelque révolution subite et terrible.

Telle est en effet l'opinion de quelques navigateurs qui ont exploré le groupe des Falkland. D'autres pensent que ces îles ont du surgir du sein de l'abîme, par suite de l'abaissement des eaux, et ils prétendent le prouver par les ossements gigantesques trouvés dans l'intérieur des terres, à une grande dist;mce du rivage , ossements qui ont appartenu à des baleines , et qui n'ont certainement pas pu être portés dans ces endroits éloignés par les eaux de la mer, même pendant les tempêtes les plus violentes. Nous ne prononcerons pas entre ces deux opinions, dont chacune a contre elle et en sa faveur des faits également significatifs.

La température est plus douce dans cet archipel que ne le ferait penser la latitude sous laquelle il est situé. Le thermomètre n'y monte guère au-dessus de iT Réaumur, et descend rarement au-dessous du point de congélation. iXéanuioins, le vent du sud est très-froid et amène les tempêtes qui désolent ces parages. Les vents dominants sont entre le sudouest et le nord-ouest; et comme ils soufflent des côtes de la Patagonie, ils sont tempérés et dépourvus de propriétés nuisibles. L'humidité entretenue par le grand nombre des cours d'eau est ici le fléau le plus redoutable, et celui dont se sont toujours plaints les anciens colons.

Il paraît, d'après les rapports des capitaines baleiniers qui relâchent aux

Malouines, que le climat de ces îles est aujourd'hui moins froid qu'il ne l'était à l'époque des premiers établisseiuents. Le capitaine Weddel, qui, dans le cours de ses trois voyages aux terres australes , a passé deux hivers aux Falkland , adniet l'observation conuTie juste , et attribue le changement remarqué à la disposition des immenses champs de glace qu'on rencontrait autrefois par la latitude de 50°. Ces masses flottantes passaient au nord, entre les Malouines et la Géorgie, et refroidissaient singulièrement la température. Ce fait indiquerait aussi des modifications importantes dans l'état des glaces du pôle austral.

Productions, végétaux. La flore des IMalouines n'est pas très-riche; néanmoins, le botaniste peut y faire une moisson assez intéressante. Les plaines et les hauteurs sont couvertes d'une espèce de foin qui s'élève jusqu'à un pied et demi, et est un excellent fourrage pour les bestiaux.

On trouve sur les côtes , dont le sol plus varié leur convient mieux, cent vingt espèces du genre des phanérogames.

Dans l'intérieur, les agames se sont rencontrés au nombre de quatrevingt-dix-sept espèces , et enfin les lichens, les hépatiques et les mousses y composent un groupe de quarantehuit espèces. Une multitude de ces plantes se trouvent en Europe et au Canada. Le céleri rouge etbianc, d'une saveur douce et agréable, y pousse sans culture, ainsi que d'autres plantes antiscorbutiques, la providence des équipages. Pernetty parle d'une plante qu'il nomme vinaigrette. Elle pousse dix-huit à vingt feuilles d'un vert clair, assemblées en rond au bout d'une queue couleur de cerise, grosse comme le tuyau d'une plume de corbeau, haute de sept ^. huit pouces. Elle ne pousse qu'une tige qui porte une seule îleur blanche, composée d'un calice à cinq feuilles , ayant la forme d'une petite tulipe, s'ouvrant de même , et exhalant une odeur d'amande trèssuave. Les feuilles de cette plante

L'UNIVERS

sont découpées en cœur allongé et attachées à la tige par la pointe ; elles sont presque toujours pliées en forme de canal, et sortent par groupe de l'œil d'une racine longue figurant un chapelet , et couverte de petites écailles pointues, d'un rouge tirant sur le cinabre. Le même voyageur décrit fort au long une autre plante qui a jusqu'à dix à douze racines faites comme celle du salsifis, et fort allongées. Ces racines sont recouvertes d'une petite peau mince, sous laquelle est une substance collante, tendre , aqueuse, d'un goût d'abord un peu douceâtre, qui laisse dans la bouche , en se développant, unesaveur si fortement ambrée, qu'elle sent un peu l'urine du chat.

Les Malouines n'ont que de frêles arbustes, en petit nombre , et de l'espèce des bruyères. La plante qui y supplée le mieux et qui même ferait croire de loin qu'elles sont très-boisées, est une espèce de glaïeul, ou jonc plat et étroit, qui s'élève en motte de trois pieds au moins , et dont les feuilles en touffes atteignent, en s'étendant au-dessus de la motte, la hauteur de six à sept pieds. L'intérieur de ces mottes offre une voûte, comme soutenue par les tiges et les branches, dont les feuilles, privées d'air, sont brunes et pourries. D'autres plantes poussent quelquefois dans l'intérieur de la voûte, se font jour au travers, et s'élèvent au-dessus. Cette voûte , au surplus, est assez solide pour supporter un homme, mais pourvu qu'il n'y exécute pas de mouvements trop brusques , car un coup de talon de i)otte , par exemple , suffirait pour la crever. Ces mottes distillent une gomme résineuse , blanche d'abord, quand elle est molle, de couleur d'ambre quand elle est sèche. Elle a une odeur aussi aromatique et aussi forte que celle de l'encens. Exposée à la flamme d'une lampe, elle brûle comme la plus fine résine , en exhalant une odeur fort douce , et laisse pour réj: sidu une huile noirâtre , incomhusti- ' ble, et qui, en se refroidissant, devient un corps dur et collant. Cette gomme présente beaucoup d'analogie avec la

gomme ammoniaque : même saveur, même odeur , et même résidu après la combustion. La gomme que donne ce jonc, traitée par l'esprit-de-vin , ne se dissout qu'en partie. Les tiges des mottes sont spongieuses , et se dépouillent peu à peu de leurs feuilles comme le palmier. Ces feuilles sont découpées en trois. Elles sont j grosses comme celles du pourpier, '" mais d'un beau vert , très-serrées les unes auprès des autres , disposées en rond, et formant au milieu un enfoncement peu sensible, J

Les eaux qui environnent les îles ' Malouines sont presque aussi riches qu'elles en végétaux , et pourtant il n'y a guère lieu de citer que la plante nommée vulgairement 6awf/rewa:. "Elle élève, dit Pernetty, ses tiges jusqu'à la surface des eaux, et s'y soutient au moyen d'une espèce d'ampoule pleine d'air , qui forme la naissance de la queue de la feuille. Les racines de ces baudreux,qui ont quelquefois jusqu'à vingt brasses de longueur, sont jaunes comme la tige de la plante. Entrelacées l'une dans l'autre , elles forment un paquet dans lequel se retirent les plus belles moules tant magellanes qu'unies et communes. »

Animaux. — Indépendamment des bœufs , des chevaux , des porcs et des lapins , qui , apportés par les Européens dans les îles Malouines, y ont prodigieusement multiplié et y vivent a l'état sauvage, on trouve dans cet archipel une espèce de renard qui diffère des autres espèces connues. On croit ce dernier quadrupède particulier aux Falkland , parce qu'il a des proportions plus grandes que le renard de la Patagonie et de la Terredu-Feu. Mais cette opinion nous paraît mal fondée. On sait aujourd'hui que la plupart des animaux transportés sous un climat différent de celui qui leur est propre , placés dans de nouvelles conditions d'existence , se métamorphosent en quelque sorte, tant sous le rapport physique que sous celui des mœurs. Ainsi on a vu des chats domestiques prendre , en vivant à l'état sauvage , un développement si

si

PATAGOr^lE, TERRE-DU-FKU KT ILES MALOUIINES.

extraordinaire , qu'il eut été difliciie de deviner leur ori2;ine. Pourquoi donc le renard des IMalouines , dont rien, du reste, ne justifie le caractère autoelitlione, ne serait-il pas originaire de la Terre-du-Feu, et ne se serait- il pas niodilié sous Tenipire de circonstances |)articulières?

Les oiseaux sont si nombreux aux Malouines, qu'ils couvrent quelquefois des plaines immenses et des plages de plusieurs lieues d'étendue. Les plus remarquables sont l'outarde, le cormoran , l'birondelle , la bécassine , le vanneau , la grive , le cygne à tête noire, l'oie et le canard, naturalisés par les Français et les Espagnols ; le manchot ou pingoin , cette espèce d'amphibie que les naturalistes ont si souvent décrit , qui creuse ses habitations souterraines dans les anses les mieux abritées , et qui fait retentir les rives désertes de son cri , parfaitement semblable au braiement de râne.

De tous les animaux qui fréquentent les IMalouines , ceux qui méritent le plus d'attention , ceux qui , pendant une certaine période , ont fait attacher une grande importance à la possession de ces îles , abstraction faite du point de vue politique, sont les amphibies du genre phoque. Les navigateurs signalent surtout V otarie de Pernetty (*) , Yours marin, ou otarie de Forster , et V éléphant marin.

i L'otarie a été confondue par Pernetty avec l'éléphant de mer , sous la dénomination commune de lion marin.

« Ce phoque, dit M. Lesson dans un article remarquable du Dictionnaire classique (T histoire naturelle , acquiert une taille considérable , suivant Pernetty , puisqu'il dit que des individus ont jusqu'à vingt-cinq pieds de longueur et dix-neuf à vingt pieds de circonférence. Ce qui le caractérise, c'est le poil de la partie supérieure du corps, notamment celui qui revêt la tête , le

cou et les épaules, et qui est aussi long qiuî le poil d'une chèvre. Mais Forster, plus croyable, ne doime au lion marin du sud qu'une douzaine de pieds au plus, et sept à huit pour les femelles.» Voici la description qu'en donne cet habile compagnon de l'illustre Cook :

« Le corps est gros, cylindrique, trèsgras ; la tête assez petite , assez semblable à celle d'un gros dogue; le nez un peu relevé, et comme tronqué à son extrémité. La lèvre supérieure déborde l'inférieure, et est garnie de cinq rangs 'de soies dures en forme de moustaches ; ces soies sont longues et noires, blanches dans la vieillesse. Les oreilles sont coniques , longues de six à sept lignes seulement ; leur cartilage est ferme et roide. Les yeux sont grands et proéminents , l'iris vert ; trente-six dents ; les pieds antérieurs noirs, formant une large bande plate, nue, offrant sur les doigts des vestiges d'ongles seulement ; les pieds postérieurs ayant les cinq doigts terminés par cinq très-petits ongles , que dépassent notablement cinq festons membraneux et minces. Queue conique et courte ; le mâle seul a sur la partie supérieure du corps le pelage composé de poils rudes , grossiers , et longs de deux à trois pouces , de couleur tannée , tandis que sur toutes les parties postérieures, le poil est court, serré, et d'égale longueur. Les poils de la femelle sont uniformément ras partout et de couleur fauve. » Pernetty décrit ainsi les mœurs de cet animal : « Il n'est point méchant , et fuit plutôt que de chercher à attaquer. Il vit de poissons , d'oiseaux d'eau , qu'il attrape par surprise, et d'herbes (*). La femelle fait ses petits et les allaite dans les glaïeuls (herbes littorales du genre /est uca) où elle se rend chaque soir. La chair de cet animal peut se manger sans dégoût , et son huile est d'une grande ressource.

Sa peau est très-propre aux ouvrages de sellerie. »

(*) Otaria leonlna , Péron ; otariajuhata, (*) Pcron affirme que ces animaux ne

Vntsv[iViVç:i\; platjrhynciis leonînus, Fv. Cu- mangent jamais d'herbes, et le témoignage vier, etc. des pêcheurs anglais confirme son opinion.

5' Liv. (Patagonie, Terke-du-Feu et îles Malouines.) 5

L'UNIVERS

Votarie de Forster, ou l'ours marin, fournit aux pêclieurs qui abordent aux îles Falkland des fourrures précieuses. Ce phoque est très-recherciié dans le commerce à cause de sa peau , recouverte d'un poil brun ou rougeâtre , suivant que l'animal est jeune ou qu'il a atteint toute sa croissance. On en fait des chapeaux superfins , des garnitures de robes , des manteaux , etc. Cet amphibie est trèssauvage, et a l'odorat très-subtil; grâce à la perfection de ce sens, il reconnaît l'approche de l'homme, et regagne la mer, oiî il est en sûreté.

Enfin , parmi les troupeaux innombrables qui viennent se reposer sur ces grèves silencieuses , on trouve Uotarie 7nolosse, qui n'est sans doute que le lion marin de la petite espèce , dont parle Pernetty. Il diffère notablement des espèces dont nous venons de parler; il est surtout remarquable par ses formes élancées et régulières , ainsi que par sa tête petite , arrondie , tronquée en avant, et offrant une ressemblance assez exacte avec le museau d'un chien.

L'éléphant marin , indifféremment appelé par les voyageurs loup marin , lion marin et phoque à trompe (*), est le plus intéressant de ces amphibies, sous le rapport des mœurs , et le plus remarquable pour la grosseur.

]\ous ne voulons pas reproduire la description que M. de Pvienzi a donnée de ce phoque dans le tome III , page 130 de son Océanie , description puisée dans le Dictionnaire classique d^ histoire naturelle. INous nous bornerons à rappeler qu'il a vingt, vingt-cinq, et même trente pieds de longueur , sur quinze ou dix-huit de circonférence ; que son nez , à l'épo-

(*) Plioca proboscidea , Pérou , Voyage aux terres australes ; lion marin , Danipier etAnson; loup marin, Pernetty, Voyage aux Malouines; phoca leonina, Linné; phoque à museau ridé, Forsier et Buffon ; lame, plioca elepJiantina, Molina; phoca j4nsonii , Desmarest ; macrorhinus proboscideus, F. Cuvier; miourongàt^ nègres delà Nouvelle-Hollande.

que des amours, s'allonge en forme de trompe , et que ce prolongement charnu s'efface après la saison du rut. Quant aux mœurs des éléphants marins , elles mérit§iit une mention spéciale ; et comme M. de Rienzi n'en a presque rien dit , nous nous étendrons sur ce sujet , persuadé que nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais gré de ces développements. Nous mettrons ici à contribution un admirable chapitre du Voyage de Péron aux terres australes.

Les phoques à trompe changent d'habitation suivant la saison, et commencent , dès que l'été se fait sentir , à émigrer vers des parages plus froids. Un mois après leur arrivée , les femelles se préparent à mettre bas.

Réunies toutes ensemble sur le même rivage , elles sont environnées par les mâles , qui ne les laissent plus retourner à la mer, et qui n'y retournent plus eux-mêmes , non-seulement jusqu'à ce qu'elles soient délivrées de leur fruit , mais encore pendant toute la durée de l'allaitement. Le travail de l'enfantement ne dure pas plus de cinq ou six minutes , pendant lesquelles la femelle paraît beaucoup souffrir ; dans certains moments , elle pousse de longs cris de douleur. Elle ne fait jamais qu'un petit , qui en naissant a de quatre à cinq pieds de long , et pèse environ soixante-dix livres. Pour donner à teter à son nourrisson , la mère se tourne sur le côté, et lui présente ses mamelles. L'allaitement dure sept ou huit semaines , pendant lesquelles aucun membre de la famille ne man^e.

On conçoit que les femelles maigrissent singulièrement. On en a vu mourir épuisées pendant la période de ces pénibles soins. Lorsque les petits ont six ou sept semaines , les père et mère les conduisent à l'eau ; alors toute la troupe nage de concert. L'allure de ces mannnifères dans les Ilots est assez lente ; ils sont forcés de reparaître très-souvent à la surface pour respirer. On a observé que les plus jeunes, lorsqu'ils s'écartent de la bande , sont poursuivis aussitôt par quelques-uns des plus vieux, qui les obligent par

PATAGOJNii:, ti<:rrk-du-feu et îles malouines.

eurs morsures à regagner le gros de a famille. Après deux ou trois semailes de cet exercice , les éléi)hants mains viennent au rivage, où ils sont amenés par un besoin pressant, celui le la reproduction.

j A la voix impérieuse de Tamour , la ;uerre éclate panni ces monstres efrayants. Animés par les mêmes déirs, les maies viennent se heurter ntre eux. Ils se battent avec fureur , nais toujours un contre un. Leur malière de combattre est assez singuière : les deux colosses rivaux se trailent pesanmient ; ils se joignent , et e mettent , pour ainsi dire , museau outre museau ; ils soulèvent toute la )artie antérieure de leur corps sur eurs nageoires ; ils ouvrent une large gueule ; leurs yeux paraissent enflaninés de désirs et de fureur ; puis s'enre-choquantavec violence, ils retomoent l'un sur l'autre , dents contre lents , mâchoire contre mâchoire; ils ie font réciproquement de larges blesiures; quelquefois ils se crèvent les veux dans cette lutte ; plus souvent ils i/ perdent leurs longues défenses. Le 'iang coule abondamment ; mais ces jpiniàtres adversaires , sans paraître Ten apercevoir , poursuivent le com- ')at jusqu'à l'entier épuisement de leurs •'orces. Toutefois il est rare d'en voir ]uel(]ues-uns rester sur le champ de 'jataille ; et les blessures qu'ils se font, juelque profondes qu'elles soient, se .'icatrisent avec une promptitude incroyable. Une telle guérison dépend jien moins delà qualité de leur graisse lue de l'épaisseur même de la couche ju'elle forme autour de l'animal, et lont l'effet nécessaire est de mettre es parties blessées à l'abri du contact 'le l'air , en même temps qu'elle s'oppose aux hémorragies.

Pendant ces combats meurtriers , les femelles , indifférentes , attendent iu sort le maître qu'il doit leur donner. Fier de sa victoire , le mâle s'avance au milieu du troupeau timide , s'approche de la compagne sur laquelle il a fixé son choix ; celle-ci se renverse aussitôt sur le côté; il la saisit fortement avec ses nageoires antérieures,

et tous rega-

et oublie, dans l'ivresse de l'amour, ses récentes luttes et ses plaies, d'où s'échappent des (lots de sang. Dans cette extase , qui dure de douze à (juinze minutes, rien ne saurait les distraire. La douleur même la plus vive ne les arracherait pas à leur voluptueux accouplement ; ils ne font entendre aucun cri , toutes leurs facultés semblent anéanties par le plaisir.

Les habitudes des éléphants marins ne sont pas moins singulières ni moins intéressantes que leur façon de se reproduire. Ils aiment à se plonger dans l'eau douce, et à s'étendre sur des plages sablonneuses. Ils dorment sur la surface de la mer comme sur le rivage. Lorsqu'ils sont réunis à terre en grandes troupes pour dormir, un ou plusieurs d'entre eux veillent constamment ; en cas de danger, les senti nelles donnent l'alarme .

gnent les flots protecteurs.

Leur allure est des plus étranges :

ils rampent à l'aide de leurs nageoires antérieures, et leur corps, dans tous ses mouvements, paraît trembloter comme une énorme vessie pleine de gelée,tant est épaisse la couche de lard huileux qui les enveloppe. Tous les quinze ou vingt pas ils sont obligés de suspendre leur marche, haletants de f dtigue et succombant sous leur propre poids. Si, pendant leur fuite, quelqu'un se présente devant eux, ils s'arrêtent ; et si par des coups répétés on les force à se mouvoir, ils paraissent souffrir beaucoup. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette circonstance, c'est que la pupille de leurs yeux, qui dans l'état ordinaire est d'un vert légèrement bleuâtre, devient alors d'une couleur de sang très-foncée.

Le cri des femelles et des jeunes mâles ressemble assez bien au mugissement d'un bœuf vigoureux; mais dans les mâles adultes, le prolongement tubuleux des narines donne à leur voix une telle inflexion, que le cri de ces derniers a beaucoup de rapport, quant à sa nature, avec le bruit qu'on fait en se gargarisant. Ce cri rauque et singulier se fait entendre au

L'UNIVERS

Join ; il a quelque chose de sauvage et d'effrayant; quand, au milieu d'une nuit orageuse, on estéveilléen sursaut par les hurlements confus de ces colosses, on a peine à se défendre d'un sentiment de trouble, que la certitude seule de la faiblesse et de la douceur de ces animaux peut dissiper.

Lorsqu'un éléphant marin repose étendu sur la plage, et que la force des rayons du soleil l'incommode, on le voit soulever à diverses reprises, avec ses larges nageoires antérieures, ,de grandes quantités de sable humecté par l'eau de la mer, et lejeter sur son dos, jusqu'à ce qu'il en soit entièrement couvert; alors on pourrait le prendre pour une grosse roche.

0 Les éléphants marins sont d'un caractère essentiellement doux; les hommes même peuvent se baigner impunément dans les eaux où ils se trouvent réunis, et c'est ce que font en effet les pêcheurs, sans en rien redouter. Ces animaux sont aussi susceptibles d'une sorte d'éducation : un pêcheur anglais ayant pris en affection un de ces mammifères, obtint de ses camarades qu'on ne ferait aucun mal à son protégé. Longtemps, au milieu du carnage, ce phoque vécut paisible et respecté. Tous les jours, le pêcheurs'approchait de lui pour le caresser ; et dans peu de mois, il était si bien parvenu à l'apprivoiser, qu'il pouvait lui monter sur le dos, lui enfoncer le bras dans la gueule, le faire venir en l'appelant ; en un mot, le docile animal souffrait tout de la part du matelot, sans s'offenser de rien. Malheureusement, l'Anglais ayant eu une altercation avec un de ses camarades, celuici, par une lâche vengeance, tua le phoque protégé par son adversaire.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans la période qui termine la carrière des animaux dont nous parlons, c'est qu'aussitôt qu'ils se sentent malades, ils quittent la mer, s'avancent dans l'intérieur des terres plus loin qu'à l'ordinaire, se couchent au pied de quelque arbrisseau , et y restent jusqu'à leur mort sans retourner à la mer, comme s'ils voulaient quitter la

vie dans les mêmes lieux où ils la reçurent. Les pêcheurs ont observé que, sans avoir aucune trace de blessure ou de contusion, ils paraissent alors beaucoup souffrir, et meurent au bout de quelques jours d'agonie.

Comme nous l'avons dit dans notre travail sur la Patagonie, on tue les éléphants marins à coups de lance; mais il est un moyen bien plus simple et des plus singuliers de les faire mourir : c'est de leur donner sur le museau un vigoureux coup de bâton.

Un seul homme peut ainsi tuer sans effusion de sang des centaines de ces pauvres animaux. En ouvrant l'estomac de ceux qui viennent d'expirer, on y trouve ordinairement, outre un grand nombre de becs de seiche et beaucoup de fucus, des pierres quelquefois si nombreuses et si grosses, qu'on ne conçoit pas comment les parois qui les contiennent ne sont pas déchirées par leur pesanteur. Forster dit que l'estomac de plusieurs de ces amphibies, tués par ses gens, était rempli de dix ou douze pierres rondes et pesantes, chacune de la grosseur des deux poings!

Ile Conti ou la Soledad. L'île la plus intéressante sous le rapport des productions et au point de vue historique, est celle que les Français nommèrent Conti^ et les Espagnols la Soledad, Placée à Test de l'archipel des IMalouines, elle est séparée de la grande île occidentale par un détroit de sept àdouze milles de largeur, appelé par les Espagnols canal San- Carlos , et par les Anglais canal Falkland, nom autrefois commun aux deux îles, mais qui ne s'applique plus qu'à la plus grande.

La Soledad a soixante et dix-huit milles du nord-est au sud-ouest, et quarante-cinq dans sa plus grande largeur ; ses cotes offrent des anses et des ports parmi lesquels celui qui a conservé le nom de baie Française est le plus grand et le meilleur. Le point le plus'élevé de l'île est le mont Châtellux, situé dans le voisinage de cette baie. Tout auprès se développe une chaîne de montagnes peu élevées

PATAGONIE , TERRE-DU-FEU ET ILES MALOUINES

et disposées en forme d'enceinte; on ne peut la j;ravir sans rencontrer à cliaque nas des blocs de grès entasses péle-méle. Il s'élève du fond de leur jbase un bruit monotone occasionné par les eaux courantes qui prennent leur source au sommet de ce plateau. De leurs interstices sortent des fougères gigantesques qui tapissent de leurs tiges rameuses ces masses énormes de rochers. Les plaines et les vallons, couverts de pâturages, sont traversés par des ruisseaux d'une eau limpide, plus ou moins agréable augortt, selon qu'elle coule sur des lits de tourbe ou de galets. On aperçoit cà et là des tapis de verdure ou brillent l'élégante calcéolaire et la violette au doux parfum (*). Les bords de ces ruisseaux, quoique marécageux et cédant facilement sous les pieds, sont couverts d'une végétation si active et si serrée, que presque nulle part on n'aperçoit la surface du terrain. On rencontre de beaux lacs dans les plaines et de jolis réservoirs jusque sur le sommet des montagnes.

Partout il y a abondance d'eaux fraîches et pures.

Le sol de l'île Conti se compose de terres ocreuses rouges et jaunes, de spath et de quartz; l'abondance des ardoises rougeâtres et grises y révèle aussi la présence d'une grande quantité de soufre. Des roches de quartz brisées ont présenté des indications d'une matière vitriolique et cuivreuse.

Pernetty prétend même y avoir rencontré une substance verdâtre ayant lastipticitéet l'acidité du vert-de-gris.

Toute la végétation des plaines, comme celle des montagnes, repose sur un terrain tourbeux d'une grande épaisseur. Doué de la qualité spongieuse au plus haut degré, ce terrain absorbe l'humidité avec une rapidité telle, que quelques instants suffisent pour sécher le gazon après les plus fortes pluies.

Cette tourbe , si précieuse comme moyen de chauffage, existe en couches plus profondes dans l'intérieur des terres que sur le littoral. Sapée sur ses bords d'une manière irrégulière,

souvent elle offre de loin l'apparence d'un mur ou d'un fossé ; et le voyageur qui parcourt ces solitudes a peine à croire que ce ne soit pas l'ouvrage des hommes. Ces sortes de remparts naturels, plus communs sur les hauteurs, ont d'ordinaire quatre et cinq pieds d'élévation au-dessus du terrain environnant, et leur formation est assez difficile à expliquer. Il est certain, du reste, que les chevaux y trouvent un abri favorable contre la fureur des vents, et si ces accidents du sol n'étaient pas si fréquents, on les attribuerait volontiers à ees animaux (*).

; Pernetty parle d'un endroit où la disposition singulière des pierres semble être le résultat d'un tremblement de terre qui aurait autrefois bouleversé l'île Conti. C'était, dit-il , un spectacle horriblement beau. Les pierres, toutes de grès porphyrisé, sont taillées en tables de dix pieds de long sur six de large, et un et demi d'épaisseur.

Elles sont posées en tous sens, mais comme si l'art y avait été employé.

« Ce sont comme des murs de ville; on y voit même des saillies à droit fil comme des corniches ou cordons, saillants au moins d'un demi-pied, et qui régnent à la même hauteur tout le long, tant des parties enfoncées ou restreintes, que des angles saillants figurant des avant-corps : il n'y manque que des moulures. Au delà de ces ruines est une vallée profonde de plus de deux cents pieds, large d'un demiquart de lieue, dont le fond est couvert de pierres bouleversées, et qui semble avoir servi de lit à une rivière ou à quelque large torrent qui serait allé se perdre dans la grande baie de l'Ouest.

Ayant d'arriver à la hauteur qui termine la vallée, on trouve une esplanade large d'environ dix ou douze toises, et qui règne depuis le bas de l'amphithéâtre jusqu'au delà des premières ruines. Sur cette esplanade sont deux pièces d'eau, ou plutôt deux trous ou réservoirs , l'un rond et de vingt-cinq pieds de dianiètre, l'autre ovale et de trente pieds de diamètre.

[*) Duperrey, Voyage autour du monde. (*) Dûment d'L'r ville.

L'UNIVERS

Depuis le bas de la colline, on trouve des ravins absolument comblés de ces pierres bouleversées ; entre ces ravins sont de très-petits terrains irréguliers couverts d'herbes et de bruyères, sauvés pour ainsi dire du bouleversement.

Les pierres jetées pêle-mêle les unes sur les autres laissent partout entre elles des interstices dont on peut conjecturer la profondeur (*). »

Les plantes qu'on trouve dans l'île Soledad sont toutes indigènes. La plupart sont résineuses ou revêtues d'un vernis luisant qui les défend contre les effets d'une trop grande humidité. Les anciens colons avaient apporté des plantes et des arbres exotiques ; mais on n'en retrouve pas le moindre vestige. Ce sont les vents, et non la nature tourbeuse du sol, qui s'opposent au développement des végétaux étrangers; car on voit encore, près des ruines de l'établissement de la baie Française , la terre végétale que les Espagnols transportèrent du Rio de la Plata , et qui est aussi dépouillée que les rochers du rivage.

Au premier rang des plantes indigènes , il faut placer celle que Parker King a nommée tea plant (plante au thé). Prise en infusion , elle a le goût du thé ordinaire le meilleur, et il est difficile de faire la différence. Elle produit une petite baie qui, lorsqu'elle est mûre , a une saveur très-agréable. Pour le reste de la nomenclature, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire les observations de M. d'Urville sur la flore de l'île Conti , observations consignées dans les mémoires de la Société îinnéenne de Paris, t. IV, année 1825. Voici comment ce naturaliste raconte une excursion qu'il lit sur le mont Châtellux , pendant la relâche de la corvette la Coquille à la baie Française :

« Elevé de cinq cent quatre-vingtcinq mètres au-dessus du niveau de la mer, le mont Châtellux est le point culminant de l'île de la Soledad ou de Conti ; et il domine une vaste plaine sillonnée par de nombreux torrents,

(*) Voyage aux îles Malouines.

et morcelée par les bras immenses de la baie Marville. Deux journées furent consacrées à cette excursion. On peut juger que , dans une aussi longue course, j'eus occasion de prendre une idée exacte de la nature de l'île. Le résultat de mes observations fut que la végétation devenait d'autant moins variée qu'on s'éloignait des côtes, et surtout de celles qui offrent à la fois des dunes, des mai-ais et des rochers.

Plus loin , on traverse des milles entiers d'un terrain presque uniquement couvert par les tapis serrés des trois graminées les plus communes dans l'île (les festuca erecta, Varundo antarctica , et Varundo pilosa). lues gommiers (bolax) sont très-clair-semés; mais les cinq sous-arbrisseaux restent à peu près dans la même proportion.

Aussitôt qu'on commence à s'élever , la flore devient plus riche; on rencontre un plus grand nombre d'espèces.

Au sommet même du mont Châtellux, je retrouvai presque toutes celles que m'avaient offertes les diverses stations inférieures. J'observerai seulement que la plupart se trouvaient réduites à des dimensions deux ou trois fois moindres ; le gommier, au contraire , souvent fixé sur la roche absolument nue , s'y montrait en touffes aussi robustes que partout ailleurs. Cinq plantes seulement m'ont semblé particulières aux hauteurs les plus considérables, savoir : un bel aspidium occupant les fentes des rochers , et qui , de sa ressemblance avec une autre fougère unique en son genre, a reçu le nom de mohrioides; le curieux et bizarre nassauvia, auquel j'ai imposé le nom de serpens, et que j'ai recueilli sur la haute montagne au sud de notre mouillage et sur le Châtellux; le cenormjce vermicula- 7is, d'un blanc de neige, dont les tiges entrelacées et confusément étendues sur le sol semblent autant de racines de gramen blanchies par l'air ; enfin , deux autres petites plantes croissant en touffes serrées , également remarquables par leur structure , et qui se sont trouvées être, l'une, le drapetes muscoldeSj déjà recueilli par Commerson sur les bords du détroit, et décrit

PATAGONIE, TERRE-DU-FEU ET ILES MALOUINES. 7i

par M. de Laniark ; et l'autre , une espèce nouvelle de valeriana, que j'ai nommée sedifo/ia. Ces trois dernières habitent exclusivement le sommet même du mont Chatellux. Une belle fougère , le lomaria magella- ! nica, se rencontre rarement dans la plaine , mais elle tapisse les bords de ces coulées d'énormes fragments de grès quartzeux , si fréquents sur le penchant de toutes les montagnes. Uasnea melaxantha habite de préférence les rochers nus, battus par les vents d u sud-ouest ; et , par leur nombre €t leur rapprochement, ses tiges rameuses et variées de noir, de jaune et de fauve, forment souvent, sur la surface unie de ces blocs, des prairies d'une espèce nouvelle. Je remarquerai ici que ces roches , d'une nature unique et constante , sont toujours disposées par couches assez régulières, inclinées sous un angle de 40 à 50*", et gisant de l'est à l'ouest.

« Au nombre des plantes utiles à rhomme sur ces parages déserts, je citerai l'oseille et l'oxalide; la dernière m'a paru d'un goût préférable à l'autre; le céleri, qui couvre les dunes sablonneuses ; les jeunes pousses du plantain, et les feuilles amères du taraxacum lœvigatu?n, qui pourraient former des salades aussi agréables que salutaires. Les fruits des Pernettia, myrtus et rubus, ont été assez préconisés par Bougainville, Pernetty et M. Gaudichaud ; comme je n'ai vu que leurs fleurs, je ne puis dire jusqu'à quel point leur éloge est mérité.

La helie fétuqiie {festuca jlabellata) ^ qui recouvre les gîtes des manchots, par la qualité, l'abondance et la longueur de ses chaumes , servirait utilement l'homme sous plus d'un rapport, et le garantirait des intempéries de l'air, tandis que la partie inférieure de ses jeunes tiges lui offrirait un aliment à peu près semblable, pour la saveur et la consistance, <à celui qu'en certains départements de France on retire des souches du tijpha. Les fours seraient rapidement chauffés par le feu pétillant de ïempetrum; le chiliotrlcum formerait de jolies haies de clô-

tures; et du baccharis il ferait de la bière , à l'exemple des colons de Bougainville. Je crois aussi que les trois grandes fucacées , macrocystis commiir nis, Durvillœa vtills et Lessonia fiavlcans, qui couvrent ces rivages, seraient très - propres à engraisser les terres et à les disposer à la culture. Enfin la primevère, la violette, les suaves etagréables/?mc//c'm/?i, et l'élégant statice, deviendraient l'ornement de ses jardins. »

Les animaux qui vivent chez nous à l'état domestique , et qui peuplent les fermes de l'Europe , se retrouvent en très-grand nombre à la Soledad , dans l'île Falkland et dans les îlots environnants. Les Français et les Espagnols , en quittant cet archipel , y laissèrent des bœufs, des chevaux, des cochons et des lapins, qui ont multiplié dans une progression extraordinaire.

Malgré la chasse que leur font les marins et les pêcheurs, on pouvait, en 1834, évaluer le nombre des bêtes à cornes à douze mille au moins, et celui des chevaux à quatre mille. C'est là une précieuse ressource pour les équipages qui parcourent les mers voisines. Aussi ne manquent-ils pas d'aller renouveler leurs provisions et rétablir leur santé aux Malouines (*).

La chasse aux taureaux et aux chevaux est facile. Les premiers ne fuient pas devant une seule personne, ce qui permet de les tirer à portée de pistolet; mais les chasseurs doivent avoir la précaution de se tenir en ligne serrée, pour tromper l'animal sur le noni-

(*) « La chasse et la pêche , dit M. Duperrey dans le récit de sa relâche au Falkland, nous procurèrent une telle abondance de rafraîchissements, que les matelots, l'assasiés de viande fraîche, demandèrent comme une faveur, la ration de lard salé dont se compose en général à la mer leur nourriture. Excepté les fruits et les légumes, tout était à profusion. Les quartiers de taureaux, de cochons , de chevaux même , les lapins, les outardes, les canards, les bécassines et de beaux poissons du genre ^o^/e étaient servis journellement sur nos tables , et nous trouvions encore dans le céleri sauvage une salade agréable. »

L'UNIVERS

bre de ses aj]çresseurs. Il faut aussi tacher de l'atteindre à la tête ou aux épaules; car, s'il n'était que légèrement blessé , il deviendrait furieux , et l'on n'aurait pas beau jeu avec un pareil ennemi. Les chevaux ne craignent pas non plus l'homme isolé. Toutefois, le bruit d'une arme à feu les disperse au loin dans la campagne.

Ce ne sont pas les seules richesses animales de l'île Conti. On trouve encore dans les criques qui découpent ses côtes, et surtout à la baie Française , un nombre prodigieux d'excellents poissons.

La baie Française est située à l'ouest de l'île. Elle fut' appelée par les Espagnols baie de la Soledad, et par les Ans,\ai[s Berkeley Sound. Elle a quinze milles d'étendue dans sa plus grande profondeur, sur une largeur de quatre milles. A la pointe nord-est de l'entrée s'étend une suite de récifs qui se dirigent , à l'est , vers une roche sousmarine sur laquelle la corvette française YUranie, commandée par M. de Freycinet, fit naufrage en février 1820. Sur la côte opposée, on aperçoit la petite île aux Cochons , nom qui révèle la quantité de porcs qui peuplent cet îlot. La baie proprement dite s'étend jusqu'aux îles aux Pingouins et aux Loups marins. Le vaste bassin dans lequel on parvient après avoir passé entre ces deux îles, a reçu particulièrement la dénomination de rade de Saint- Loids. C'est au fond de ce port que nos compatriotes fondèrent, en 1764, l'établissement dont nous parlerons plus en détail dans l'historique des Malouines, et dont on voit encore les ruines par 51" 31' de latitude australe, et 60" 34' de longitude ouest de Paris. La destruction du village français de Port-Louis est une des preuves' nombreuses de l'impuissance que le génie de notre nation a jusqu'ici témoignée en matière de colonisation. Depuis la cession du Canada jusqu'à celle de l'île de France , depuis la perte de l'Inde jusqu'à l'occupation d'Alger, toute notre histoire coloniale accuse Timpéritie et l'aveuglement des gouvernements qui se sont succédé chez nous,

à partir de l'époque où Colbert , mieux inspiré, donna un développement respectable à notre marine.

IleFalkland proprement dite.

Plus grande que la Soledad , l'île Falkland est si profondément découpée sur toutes ses côtes , qu'il est difficile de déterminer ses dimensions. En calculant par approximation, on peut dire qu'elle a cent milles de l'est à l'ouest, et soixante et dix du nord au sud.

La principale baie sur la côte septentrionale est celle qui conduit au Port-Egmont. C'est au fond de ce havre que s'établit la colonie anglaise destinée à assurer la domination de la Grande-Bretagne sur la plus vaste des Malouines. L'emplacement de la ville était mal choisi , car les ruines occupent le revers méridional d'une haute montagne. Les jardins devaient se trouver à l'ouest , de sorte qu'ils étaient privés de soleil pendant la plus grande partie du jour. La commodité et la sûreté du mouillage expliquent seules le choix de cette position.

Le port le plus considérable après celui que nous venons de désigner est le havre de West-Point , à l'extrémité ouest de la presqu'île méridionale de Byron's Sound. Toutes ces baies, comme celles des autres îles , sont le refuge des baleiniers pendant les gros temps qui les surprennent dans ces mers orageuses. Le Port-Egmont était surtout recherché il y a peu d'années, parce qu'il fournissait aux marins des rafraîchissements abondants. On y trouvait un grand nombre de porcs, que les anciens colons anglais avaient déposés sur l'île Saunder, oij ils avaient multiplié; on y tuait aussi des oies de montagnes qui offraient un mets excellent; mais aujourd'hui ces animaux sont devenus très -rares, et les seules provisions qu'on puisse se procurer à l'île Falkland se réduisent à des oies et à des canards aquatiques ; et , comme ces oiseaux se nourrissent de poissons, leur chair a une saveur des plus désagréables.

Nous ne pousserons pas plus loin nos détails géographiques sur les IMalouines. Nous nous bornerons à citer,

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PATAG0?Ç1E, TIVRRE-DU-FEU ET ILES MALOUINES

pour mémoire, les îles Anican et celle (les Lions mnrins, au sud de la Soiedad ; Tilo Beauchéne, la plus méridionale de toutes; au nord-ouest, les îles Jasons ou Salvages, autrefois nommées îles Sebald; le Pain de sucre, placé en face de Tile Saunder, et les Quais verts ^ un peu plus au nord.

New-Island. Un nouveau Robinson. L'île Nouvelle ne mériterait pas davantage une mention spéciale dans ce rapide résumé, si elle n'avait pas été le théâtre d'une aventure éminemment dramatique , et que nous ne pouvons passer sous silence.

Disons d'abord, pour donner une idée du lieu de la scène, que cette île est extrêmement montagneuse, et que sa partie occidentale offre une suite de précipices effrayants, au fond desquels fa mer s'engouffre parfois avec un bruit terrible. On remarque dans zç. chaos granitique, si l'on peut s'exprimer ainsi, un mur de rochers qui 5'élève de cinq cent cinquante pieds au-dessus des flots, et dont l'aspect sombre jette dans l'âme de l'observateur une terreur indicible. Quand le vent d'ouest souffle avec violence, les vagues furieuses se brisent contre :ette masse gigantesque, et entourent 5a base d'un nuage de vapeur mêlée l'une écume éblouissante. Des plaines couvertes de hautes herbes; quelques acs, dont les eaux, incessamment effleurées par de nombreuses troupes i'oiseaux, baignent le pied des montagnes; des sites sauvages, des escarpements pittoresques ; d'énormes blocs :onfusément entassés et offrant des :races évidentes de convulsions terres- :res, voilà ce qu'on voit dans l'intérieur de New-Island.

C'est là qu'au commencement de 'année 1814, le capitaine Barnard, de a marine des États-Unis, fut obligé ie relâcher, pendant un voyage entrepris pour compléter un chargement le fourrures. Comme il s'apprêtait à quitter cette solitude, il rencontra sur la côte méridionale l'équipage l'un vaisseau anglais naufragé. Trente personnes, parmi lesquelles de simples passagers et quelques femmes, compo-

saient cette réunion de malheureux qui, après la perte de leur navire, erraient, le désespoir dans l'âme, sur cette plage lugubre. Le bâtiment américain était petit, et le nombre des individus qui imploraient un asile à son bord était considérable; mais l'humanité parlait , et Barnard n'hésita pas à recueillir les Anglais.

Le premier sentiment des naufragés, après cet acte de générosité, fut celui d'une vive reconnaissance pour l'homme qui les arrachait à une mort presque certaine, ou tout au moins à de cruelles souffrances ; mais cette iiTIltression ne tarda pas à faire place à des pensées d'une nature toute différente. Les États-Unis d'Amérique étaient alors en guerre avec la Grande- Bretagne, et ce souvenir, auquel les Anglais ne s'étaient pas d'abord arrêtés, leur inspira des doutes injurieux sur les intentions de Barnard.

Celui-ci cependant leur avait promis, sur son honneur, de les déposer dans un port brésilien lorsqu'il retournerait dans sa patrie. Mais cette assurance ne les tranquillisait pas. Ils supposaient au capitaine l'odieux projet de trafiquer de leur liberté, c'est-àdire, de les livrer, moyennant récompense, au gouvernement des Etats- Unis.

Pendant que ces soupçons s'accréditaient parmi les Anglais, Barnard, pour subvenir à l'entretien de ce supplément d'équipage, prenait la peine d'aller lui-même tuer dans New-Island des oiseaux et des animaux domestiques devenus sauvages. Unjour, après avoir chassé longtemps , il revenait au mouillage, chargé de gibier et songeant à la joie qu'allaient éprouver ses hôtes à la vue de ces provisions fraîches; il touchait presque au rivage et allait remonter dans le canot qui l'avait amené jusque-là, quand, levant les yeux vers l'endroit où il avait laissé son vaisseau, il le chercha vainement du regard. Un léger brouillard, qui s'était formé pendant son excursion, lui fit croire d'abord qu'il ne pouvait l'apercevoir. Il appela; point de réoonse. Alors il se décida à

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ramer vers le navire; mais, arrivé près du lieu où il avait jeté l'ancre dans la matinée, il acquit la conviction que ses yeux ne l'avaient pas trompé et que le vaisseau avait disparu. Les Anglais avaient, en effet, coupé le cable et cinglaient à pleines voiles vers Rio-Janeiro, abandonnant sans pitié leur libérateur et ses quatre matelots sur cette plage inhospitalière!

L'étonnement, la douleur et l'indignation se succédèrent rapidement dans l'âme du capitaine. Quelle horrible ingratitude! Rendre ainsi le mal pour le bien; vouer à un long supplice celui qui leur avait généreusement accordé un refuge au prix de son bien-être ! Quelle récompense de tant de dévouement et d'abnégation ! Toutefois un moment de réflexion et de sang-froid fit deviner au capitaine la cause de ce complot, lâchement exécutée l'instant même où il avait confié son navire à l'équipage étranger ; il pensa que la crainte d'être retenus prisonniers aux États-Unis leur avait inspiré cet acte de trahison et de barbarie. L'idée seule du soupçon auquel il avait été en butte , plus encore que l'horreur de la position où le jetait l'abominable conduite des Anglais, dut lui faire regretter bien amèrement d'avoir cédé à un sentiment d'humanité.

Et comment exister, lui et ses quatre compagnons ? Les Anglais n'avaient laissé sur le rivage ni vivres ni vêtements! Les malheureux étaient dans le dénûment le plus absolu. Mais la nécessité rend industrieux. Les œufs des albatros , et quelques coquillages recueillis sur le bord de la mer, leur fournirent , pendant quelques jours, une nourriture abondante. Ensuite ils dressèrent un chien, qu'ils avaient par hasard amené dans l'île, à chasser les cochons, dont la chair fut leur plus précieuse ressource. Ils avaient aussi semé quelques pommes de terre qu'ils avaient emportées pour leur déjeuner pendant la chasse, et à la saison suivante, ils purent en recueillir assez pour faire leur provision d'hiver. La peau des phoques qu'ils

tuèrent avec le reste de leur pondre et de leurs balles, leur servit de vêtements. Enfin ils parvinrent à construire une petite maison en pierre, assez solide pour résister à la violence des ouragans , si fréquents dans ces parages (*). Quant à leur situation morale, nous n'entreprendrons pas delà décrire; elle se devine aisément.

Barnard était celui qui souffrait le plus. Dès que les matelots s'étaient vus sur ce rocher solitaire, ils avaient secoué tout respect et toute obéissance envers leur chef.

Quoique l'autorité de celui-ci se bornât à leur donner des conseils dans leur propre intérêt, ils la trouvaient encore trop dure, et ils organisèrent contre lui une ligue permanente. La capitaine courbait la tête, et dévorait les affronts que lui infligeaient ses subordonnés; il sentait que la résignation et la patience étaient une des nécessités de sa position.

Un soir, les matelots qui, sous un prétexte frivole, avaient chassé dans un autre endroit que lui, ne retournèrent pas à la cabane à l'heure ordinaire. La nuit vint, et Barnard les attendit vainement. Au point du jour il se dirigea, avec un sinistre pressentiment, vers le lieu où leur barque était amarrée : elle n'y était plus. Il comprit que les misérables l'avaient enlevée et avaient pris la fuite, Iff laissant seul dans sa triste prison. On peut se faire une idée de la douleur qui s'empara de lui au moment de cette terrible révélation. Être seul désormais, seul dans cette immense Thébaïde , livré à ses propres forces; n'avoir pour toute consolation que les souvenirs et la prière ! De quelle force morale ne fallait- il pas être doué pour supporter la perspective d'un pareil supplice ! ].es hommes grossiers qui avaient partagé ses premières souffrances lui avaient fait bien cruellement sentir le poids de leurdes-

(*) Celte maison se voyait encore à New- Island à l'époque où le capitaine Diiperrey relâcha aux îles Malouines.

PATAGONIE, TERRE-DU-FEU ET ILES MALOUINES. 75

potisme brutal ; bien souvent il s'était indigné contre leurs tyranniquos allures; et maintenant qu'il se trouvait face à face avec lui-même, maintenant que nulîe voix ne répondait plus à la sienne, il regrettait leur présence. Plutôt vivre malheureux avec ses ennemis, pensait- il, que d'être seul! C'est qu'en effet l'isolement est une torture dont peu d'hommes peuvent supporter l'épreuye; il énerve, corrode et paralyse les forces de l'ame ; il abat le caractère le plus intrépide; c'est un poison qui s'insinue goutte à goutte dans les veines, et qui tue infailliblement.

Le capitaine rentra découragé dans sa chétive cabane. Cependant , le lendemain , il reprit les occupations qu'il avait l'habitude de partager avec ses matelots. Pour ne pas se livrer à des réflexions désolantes, il travaillait sans relâche ; il dominait ainsi son esprit par l'emploi , quelquefois même exagéré, de ses forces physiques. Tantôt il préparait des peaux de phoques, tantôt il allait à la chasse avec son chien , fidèle et dévoué compagnon de ses douleurs ; tantôt enfin il amassait des provisions pour la saison où le gibier ne serait pas si abondant. Une ou deux fois par jour, il gravissait péniblement une haute montagne, espèce d'observatoire naturel placé auprès de sa demeure. Parvenu au sommet, il promenait longtemps ses regards avec anxiété sur l'immense nappede l'Océan, interrogeant l'horizon , et suspendant son âme , pour ainsi dire , à chaque

Ï)oint qui lui offrait dans le lointain 'apparence d'un vaisseau. Quelquefois un mirage trompeur lui faisait voir l'objet de ses espérances ; mais un instant après , il descendait la montagne , profondément abattu , et absorbé dans de poignantes méditations. Toutes les impressions ressenties par le héros de Daniel de Foë durent assaillir le capitaine américain, pendant la longue période de son isolement ; toutes les angoisses qui torturèrent l'habitant solitaire de l'île de Juan Fernandez, Barnard les éprouva certainement. Qu'on relise les scènes

les plustouchantesderécrivain anglais, et l'on croira lire l'histoire du prisonnier des Malouines.

Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis la fuite des matelots, lorsqu'ini jour , assis à la porte de sa cabane , le capitaine crut apercevoir des hommes qui se dirigeaient vers lui. Il ne s'était pas trompé ; c'étaient les quatre transfuges , qui , n'ayant pu aller plus loin que les îles voisines, et incapables de pourvoir d'eux-mêmes à leur subsistance , venaient implorer le pardon de leur supérieur , et vivre avec lui. Ce jour-là , ce fut fête à New-Island ; on célébra joyeusement le retour des matelots , et chacun oublia un instant ses sombres pensées et sa situation présente.

Mais , hélas ! la guerre ne tarda pas à éclater de nouveau entre Barnard et les marins revenus auprès de lui. Un d'eux même conjura la mort du capitaine ; mais l'animosité des trois autres n'allait pas jusqu'à l'assassinat. Ils découvrirent le projet de leur camarade, et le firent avorter en le dénonçant à leur chef. Une petite île du havre des Quakers servit de prison au coupable, à qui Barnard , dans sa générosité , eut soin d'envoyer journellement des vivres. Cette retraite forcée , cette espèce de réclusion dans un lieu propre à entretenir les pensées sérieuses et tristes , influèrent puissamment sur le criminel. Au bout de trois semaines, le capitaine le jugeant suffisamment puni , lui permit de revenir s'asseoir comme autrefois au foyer commun.

Dès ce moment, l'harmonie régna entre les cinq habitants de l'île, et le bien-être général se ressentit de cette paix tardive.

Ils se livrèrent avec une ardeur nouvelle à la chasse et à la pêche des loups marins , dont la dépouille leur était si précieuse. Ils poussaient souvent leurs excursions dans les îles voisines , où ils trouvaient du gibier à profusion; et quand la journée avait été productive, quand une température douce et calme avait favorisé leur promenade , ils s'en revenaient plus joyeux au logis. Cependant le capitaine s'apercevait que

L'UNIVERS

Je découragement commençait à s'emparer de ses compagnons. Lui-même, malgré ses efforts de volonté , et la dose de philosophie qu'il avait acquise par la rude épreuve de l'isolement , sentait sa force morale diminuer de jour en jour. La nostalgie minait sourdement l'existence de ces cinq hommes , victimes du plus horrible guet-apens. Peut-être étaient-ils destinés à succomber bientôt à cette cruelle agonie du cœur et de l'esprit; mais , le 10 décembre 1815 , une voile apparut au loin sur les flots, et leur annonça la fin de leur captivité. Quelques instants après , ils étaient à bord du vaisseau libérateur. Le hasard avait voulu que Barnard , trahi et lâchement abandonné dans une île déserte par des Anglais , dût son salut à des individus de la même nation ; car le navire qui le reçut à son bord était sorti d'un port de fa Grande-Bretagne.

INew-Island avait gardé deux années entières ses hôtes infortunés , qui n'eurent rien à envier à Robinson , si ce n'est un historien aussi habile que Daniel de Foë.

Coup d'oeil historique sur les IMalouines. — Malgré l'opinion des anciens géographes , il est certain que ces îles n'ont pas été découvertes par Améric Vespuce; car la terre aperçue par lui en 1502, sous le parallèle de cinquante-deux degrés, ne se rapporte pas à la position des Malouines. Cette terre ne peut être que celle dont Antoine de la Roche eut connaissance, en 1675, et qui , revue par Duclos-Guyot , en 1756 , fut , en 1775, nommée Georgla par le capitaine Cook. C'est à John Davis , le célèbre navigateur qui a laissé son nom au détroit qui sépare le Labrador de la côte occidentale du Groenland , qu'il faut attribuer la première découverte des îles dont nous nous occupons. Jeté dans ces parages durant un voyage dans la mer du Sud , le capitaine anglais imposa au groupe des Falkland le nom de Davis soutliern islands.

Deux ans après, le chevalier Richard Hawkins reconnut la partie septentrio-

nale de ces îles , qu'il nomma à son tour Maiden-land (terre de la Vierge).

Le 24 janvier 1600 , Sebald de Weerd découvrit dans la partie occidentale trois petites îles qu'il baptisa de son nom. Les Malouines fureht revues en 1615 par Schouten et Lemaire ; en 1684 par Dampier et Cowley ; en 1701 par Beauchesne Gouin , dont le nom est resté à c^lle de ces îles qui forme la limite australe de l'archipel.

Entre 1706 et 1714 , des marins de Saint-Malo imposèrent à ces îles le nom de Malouines. Les Espagnols altérèrent légèrement cette dénomination en disant Maluinas. Aujourd'hui même , Maloun , corruption de 3/alouines , est quelquefois employé par les Américains et les Anglais pour désigner cet archipel.

On peut dire que jusqu'en 1690 les Malouines n'avaient pas été explorées.

Elles le furent à cette époque par John Strong , qui appela cayial de Falkland la passe q'ui sépare les deux îles principales. La petite île découverte par Beauchesne dans la partie sud fut visitée en 1708 par Wooq Roger et Courtney , qui avaient d'abord longé la côte orientale. Ces deux navigateurs, de même que Hawkins et d'autres explorateurs plus modernes , crurent que les Malouines étaient couvertes d'épaisses forêts ; ils furent sans doute trompés par les touffes verdoyantes de la grande graminée qui tapissent les côtes de ces îles.

Malgré les voyages de Beauchesne, qui avait fixé l'étendue de cet archipel au sud et à l'ouest; de Brignon, qui , en 1711 , visita les îles Sebald de Weerd ; des vaisseaux le Maiirepas et le Saint-Louis , qui avaient abordé à la côte méridionale de l'île Conti; de Porée, qui , en 1708, avait examiné toute la partie nord, les îles Malouines étaient encore très - imparfaitement connues. Enfin, en 1760, l'attention de la France se porta sur ces contrées.

Les nécessités de la guerre avec l'Angleterre , et les besoins du commerce national , faisaient aux conseillers de Louis XV un devoir de chercher, à l'extrémité méridionale de l'Amérique,

PATAGONIE, TERRlvDU-FEU ET ILES MALOUINES.

un point susceptible de devenir un lieu de reiiu'lie commode et un établissement imj)ortant. Psos vaisseaux en destination pour le cirand Océan étaient obligés, faute d'un port plus voisin du cap llorn, de relâcher au Brésil ou à Rio de la Plata , où les attendaient mille inconvénients imprévus. Cette nécessité ne faisait que rendre plus difficiles nos opérations conuucrciales sur les côtes du Pérou et du Chili, opérations qui, dès le connnencement de ce siècle , avaient pris une certaine importance. La position des Malouines , que l'amiral Anson avait déjà signalée» à la sollicitude du ministère anglais , fixa naturellement les regaras du cabinet de I Versailles. D'après les renseignements qu'on avait pu recueillir , on pensa qu'une colonie établie dans une île de ce vaste groupe ne pourrait manquer ' de prospérer. En conséquence , Boui gainville fut chargé d'aller jeter au sud de l'Amérique les fondements d'un établissement durable.

Le 3 février 1704, l'illustre navigateur aborda à l'île de Soledad et nu't pied à terre à la baie Française, où il accomplit le cérémonial qui devait consacrer la domination de notre patrie sur les îles Malouines. Il commença la construction d'un fort, et fit élever un obélisque dans son enceinte même. En posant la première pierre de la pyramide, il y mit une plaque d'argent, dont une des faces portait une inscription qui mérite d'être citée à titre de document historique : « Découverte ; établissement des des Malouines, situées au 51° 30' de latitude australe, et 60° 50' de longitude occidentale, méridien de Paris, par la frégate V Aigle, capitaine,Pierre Duclos-Guyot, capitaine de brûlot \ et la corvette le Sphinx, capitaine F.

Chénard ; Gyraudais , lieutenant de frégate; armées par Louis de Bougainville, capitaine d'infanterie, capitaine de vaisseau et chef de l'expédition; G. de Bougainville de IXerville, volontaire, et Pierre Darboulier, administrateur général des ports de France. Construction d'un fort et d'un

obélisque décoré d'un médaillon do Sa INlajesté Louis XV, sur les plans d'Antoine llliùllier, ingénieur-géographe des camps et armées, servant dans l'expédition, sous le ministre d'État de Choiseul de Stainville, en février 1704. »

A peine Bougainville avait-il préludé à ses essais de colonisation, et installé les familles destinées à résider dans l'île, que le commodore Byron jeta l'ancre au nord de la Soledad, dans le port de la Croisade, qu'il nomma Port-Egmont, et prit possession de l'archipel entier au nom du roi d'Angleterre. Mais cette formalité ne fut suivie d'aucune tentative immédiate d'établissement; en 1760 seulement le même port vit le capitaine anglais Mac Bride commencer sur ses rives une colonie qui ne devait pas mieux réussir que celle dont notre compatriote avait été le patron.

L'Espagne n'avait pas appris sans un dépit secret ces deux événements, qu'elle n'avait su ni prévoir ni empêcher. Placées à l'extrémité de l'Amérique méridionale, les deux puissances les plus redoutables sur mer pouvaient désormais tenter un facile coup de main sur ses possessions transatlantiques. Effrayée de ce danger, elle négocia avec la France, dont les premiers efforts dans ces parages lui avaient paru plus sérieux que ceux de l'Angleterre. Elle réclama les Malouines, sous prétexte qu'elles n'étaient qu'une dépendance de l'Amérique du Sud, dont l'extrémité reconnaissait sa domination.

La France, qui depuis le honteux traité de 1703 était en humeur de concessions, fut assez complaisante pour reconnaître les prétendus droits de l'Espagne: elle se borna à exiger le remboursement des frais qu'avait occasionnés l'établissement de Port-Louis.

Il n'en coûta donc au roi d'Espagne que 000,000 livres, Bougainville dut abandonner avec un vif regret sa colonie naissante; mais force était de se résigner; en conséquence, le l^*" avril 1767 il fut obligé de remettre à don Philippe Ruis Puente, futur gouver-

L'UNIVERS

neur desMalouines, ce poste si important, sinon comme possession productive, du moins comme point militaire et [)oliti(]ue.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que les Espagnols ne s'occupèrent nullement des Anglais, dont ils devaient soupçonner la présence dans cet archipel. Ce n'est que deux ans après leur arrivée, qu'un jour, un navire de leur nation, sorti de la baie Française , rencontra par hasard un bâtiment anglais venant du Port-Egmont. Grande fut la surprise des deux équipages, en apprenant par la vue de leur pavillon respectif, et par les paroles échangées entre eux, que, depuis longtemps , ils vivaient pour ainsi dire côte à côte sans s'en douter. Chacun s'irrita de ce qu'un ennemi effronté se fût établi presque dans le même lieu: et, comme pour compléter cette petite comédie , Anglais et Espagnols s'ordonnèrent mutuellement de quitter ces îles ; après quoi les deux vaisseaux continuèrent paisiblement leur course.

Les colons des deux établissements n'eurent pas de repos qu'ils n'eussent instruit leurs gouvernements d'un fait qu'ils considéraient comme une usurpation et une injure. IMais les Espagnols eurent satisiaction les premiers. A la nouvelle de la formation de la colonie britannique, don Francisco Bucareli y Ursua, gouverneur de Buenos- Ayres , s'empressa d'envoyer contre le Port-Egmont cinq frégates portant quatorze cents hommes de débarquement. Les Anglais, prévenus à temps, réunirent quelques forces pour faire avorter la tentative de don Maradiaga, commandant de l'escadre espagnole ; mais aux cinq frégates de Buenos-Ayres ils n'en purent opposer que trois, et une batterie de huit pièces d'artillerie. On se battit avec un certain acharnement ; mais la supériorité du nombre ne tarda pas à faire pencher la balance du côté des Espagnols. Le 10 juin 1770, l'établissement anglais tomba entre les mains des agresseurs. Toutefois, le succès des troupes de Buenos-Ayres

n'eut pas les résultats qu'on en avait attendus.

L'Angleterre se montra violemment irritée de cette agression, et demanda une réparation éclatante. Craignant que cette puissance, alors alliée du Portugal, n'usât de représailles en Amérique même, ce qui lui eût été facile , le gouvernement espagnol désapprouva hautement l'acte de brutalité que le gouverneur Bucareli avait cru pouvoir prendre sur lui, et décida que le Port-Egmont serait restitué à Sa Majesté Britanique. Cette rétrocession eut lieu en effet (*) ; mais à peine les Anglais étaient-ils rentrés en possession dece point, qu'ils l'abandonnèrent, au grand étonnementde leurs voisins.

Cependant les Espagnols fixés à la baie Française ne donnaient pas à leur établissement tous les développements dont il était susceptible. Il est évident qu'il n'avait de valeur à leurs yeux qu'au point de vue politique. D'ailleurs ils s'accommodaient mal du climat humide et brumeux de ces îles , et aspiraient à retrouver un soleil plus chaud. L'agriculture ne 'faisait aucun progrès ; les arbres transplantés de la ïerre-du-Feu n'avaient pas réussi; et les colons, indolents par caractère, ne s'occupaient pas de les remplacer, en adoptant des procédés de culture mieux appropriés au climat. Ce fut donc avec joie qu'ils quittèrent un pays où ils avaient beaucoup souffert , et dont le séjour ne convenait ni à leur tempérament méridional, ni à leurs habitudes. Mais le gouvernement de Madrid, voulant conserver ce poste a.vancé de ses possessions coloniales d'Amérique, continua à entretenir une garnison de quelques soldats à l'extrémité occidentale de l'archipel ; et ses vaisseaux venaient mouiller de temps en temps dans les ports voisins , pour savoir par quels équipages ces rivages

(*) On peut voir les détails des négociations diplomatiques qui eurent lieu à ce sujet, dans l'appendiv placé à la suite du voyage du capitaine Parker King. Cet auteur a eu communication des pièces officielles déposées aux archives du Foreign office.

PATAGONIE , TERRE-DU-FEU ET ILES MALOUINES

étaient visités. 11 est difficile de dire à quelle époque précise la petite i^arnisou fut retirée des IVIalouines; mais le d('i)art déliuitif des Espagnols a dd avoir lieu dans les premières années de ce siècle; car, de 1810 à 1820, il ne se trouva persomie dans ces îles pour en revendiquer la possession.

L'inqiortance des iMalouines, comme point de relâche et comme poste militaire, ne pouvait échapper au gouvernement républicain de Buenos-Ayres.

En 1820, la frégate V Héroïne , commandée par le capitaine Jewitt, mouilla dans la baie Française, et prit possession des îles au nom de la république.

Ce fait semblait annoncer que le gouvernement révolutionnaire de la Plata allait s'occuper sérieusement de coloniser les IMalouines; mais les violentes agitations auxquelles les États de l'Amérique méridionale étaient alors en proie , empêchèrent , pendant quelques années, les nouveaux maîtres de cet archipel de donner suite à leurs projets d'établissement. On croyait qu'ils y avaient renoncé entièrement, lorsque , le 20 juin 1829, parut un décret qui, après avoir établi que la république de Buenos-Ayres avait hérité de tous les droits de la couronne d'Espagne sur les terres situées près du cap Horn , contenait les dispositions suivantes , dont nous croyons devoir reproduire le texte :

Art. l"*". Les îles Malouines et les îles adjacentes au cap Horn, dans l'océan Atlantique , recevront un gouverneur politique et militaire, qui sera immédiatement nommé par le gouvernement de la république.

Art. 2. Le gouverneur politique et militaire résidera dans l'île de la Soledad , où sera dressée une batterie et arboré le pavillon de la république.

Art. 3. Le gouverneur veillera, dans les îles susdites, à l'exécution des lois de la république , et tiendra la main à l'observation des règlements concernant la pêche des phoques et de la baleine sur les côtes.

Peu de temps après, on apprit, en Europe, que M. Louis Vernet de Hambourg , qui avait fait tout récemment

une exploration complète des Malouines, avait été nommé gouverneur de ces îles, et qu'il était parti avec sa famille , et quarante colons anglais et allemands, pour commencer, à la baie Française, l'établissement projeté.

Nous ne pouvons nous dispenser de faire observer que les motifs du décret de Buenos-Ayres étaient passablement étranges. Une colonie qui s'émancipe n'hérite pas, par cela même, des territoires voisins appartenant à ses anciens maîtres. Si cette singulière doctrine était admise dans le code des nations, les États-Unis d'Amérique, par exemple , auraient pu réclamer à titre d'héritage Terre-Neuve et le Canada. En pareille matière , la force seule constitue le droit, et c'est ainsi que les îles Malouines passèrent sous l'autorité de larépubliqueArgentine. On peut s'étonner, du reste, que le gouvernement de Buenos-Ayres ait cru devoir s'appuyer sur des arguments aussi frivoles , et couvrir son usurpation du manteau de la légitimité. II n'avait pas besoin d'excuse pour justifier un fait qui , depuis longtemps, avait acquis, en quelque sorte, force d'usage parmi les peuples civilisés.

Il ne sera pas sans intérêt de savoir ce que devint en peu de temps, entre les mains de M. Vernet , la colonie de la baie Française. L'extrait suivant d'une lettre écrite au capitaine King par un officier de ses amis, nous fournit à ce sujet des détails assez curieux : « L'établissement forme un demi-cercle autour d'un emplacement oij l'on parvient par une passe étroite faisant partie de la baie. Cette entrée, du temps des Espagnols, était défendue par deux forts actuellement en ruine, et dont l'un est destiné à renfermer les bestiaux sauvages, quand on vient de les prendre. Le gouverneur, Louis Vernet, me reçut avec cordialité. C'est un homme 'instruit et qui parle plusieurs langues. Sa maison est longue et basse, à un seul étage ; les murs sont de pierre et extrêmementépais. J'y trouvai une bonne bibliothèque composée d'ouvrages espagnols, allemands et anglais. Une

L'UNIVERS

conversation aniiTiée égaya le dîner, auquel assistaient M. Vernet, sa femme, M. Brisbane , et quelques autres convives. Dans la soirée, on fit de la musique et l'on dansa. Il y avait, dans le salon, un grand piano; madame Vernet, créole de Buenos-Ayres, chanta plusieurs morceaux charmants. Le bruit de ce concert improvisé me sembla étrange dans les îles Falkland, où je ne croyais rencontrer que des marins et des pêcheurs. L'établissement de M. Vernet consiste en une quinzaine d'esclaves qu'il a achetés du gouvernement Argentin, à la condition de leur apprendre un métier utile , et qui sont engagés à son service pour quelques années, après lesquelles ils seront libres de droit. Ils ont , en général , de quinze à vingt ans, et paraissent très-heureux. Le nombre total des habitants de l'ile est d'environ cent, y compris vingt-cinq Gauchos et cinq Indienâ. Il y avait deux familles hollandaises, àont les femmes étaient employées à traire les vaches et à faire du beurre; deux ou trois familles anglaises, et une allemande; le reste se composait d'Espagnols et de Portugais , qui se disaient commerçants , mais ne faisaient rien , ou à peu près. Les Gauchos étaient principalement Buenos- Ayriens; mais leur capataz ou chef était un Français nommé Jean Simon. »

Ces détails prouvent que les colons pouvaient raisonnablement espérer de voir leurs efforts couronnés de succès.

Malheureusement une catastrophe imprévue vint fondre sur eux , et anéantit le fruit de leurs travaux.

M. Vernet avait obtenu non - seulement le titre de gouverneur des Malouines,maisencore le privilège exclusif de la pêche dans les parages de cet archipel. A peine investi de ses fonctions officielles, il avisa à éloigner les bâtiments américains dont les équipages dévastaient les baies les plus peuplées d'amphibies, et tuaient, en toute saison indistinctement , les bestiaux errant dans les plaines. En 1831, ayant aperçu un navire de cette nation , qui , malgré plusieurs avertissements officiellement communiqués au

consul des Etats-Unis, était venu pêcher dans les eaux des Malouines, le gouverneur s'empara du bâtiment. Cet acte de répression attira sur M. Vernet et la malheureuse colonie la colère du capitaine américain , Silas Duncan , commandant la corvette Lexington.

Ce marin , sans y être en aucune façon autorisé par son gouvernement, se rendit de la Plata aux Falkland, attaqua à l'improviste le nouvel établissement , saccagea les propriétés des colons, et détruisit leurs demeures.

Plusieurs d'entre eux, parmi lesquels M. Brisbane (*) , furent emprisonnés dans le vaisseau américain et accablés de mauvais traitements; on les conduisit prisonniers à Buenos-Ayres, Oli ils furent remis entre les maiiis du gouvernement dans le mois de février 1832, Les États-Unis approuvèrent la conduite brutale du capitaine Duncan, et réclamèrent non-seulement des indemnités pour le préjudice causé au commerce de l'Union , mais encore une réparation éclatante pour tous les prétendus dommages que les citoyens américains avaient personnellement éprouvés.

Pendant que les États-Unis et Buenos-Ayres perdaient leur temps en d'interminables discussions , l'Angleterre, qui n'avait jamais cessé de se considérer comme seule souveraine des îles Falkland, et qui avait officiellement protesté contre l'installation de la colonie républicaine (**) , ordonna au commandant de sa station navale de l'Amérique du Sud d'envoyer un vaisseau de guerre vers cet archipel, pour y arborer de nouveau ses couleurs nationales, confirmer les droits de sa domination, et faire disparaître tout ce qin' appartenait au gouvernement de Buenos-Ayres.

Le 2 janvier 1833, les frégates \a C/io et la Tyne mouillèrent l'une dans le havre de Berkeley, l'autre au Port- Egmont. Dans ces deux endroits, l'é-

(*) Ce M. Brisbane , revenu plus tard à Port-Louis, fut assassiné dans une révolte des soldais de Buenos-Ayres.

(**) Voyez dans l'Apiiendix du voyage de King les documents à l'appui.

PATAGOMF., TERRE-DU FEU ET ILES MALOUIINES

endard britannique fut déployé au ruit des salves d'artillerie. La petite arnison républicaine jnit bas les armes ans résistance , et partit pour la Plata ur un schooner armé qui se trouvait ans la rade.

Depuis cette époque, les îles Ma- 3uines appartiennent à la Grande- Iretacne , quoique cette puissance n'ait ien lait |>our en tirer les ressources t les avantages que cette possession ffre incontestablement. En 1834, un eutenant de la marine royale fut enové à Port-Louis, aVec ordre d'y réider ; nous ne savons ce qu'il y a fait , ar ici s'arrêtent les documents que ous avons pu recueillir tant en anlais qu'en français (*).

(*) Nous avons puisé nos renseignements ur les négociations des Ëtats-Unis avec !uenos-A} les , dans l'ouvrage anglais inliulé ; Tliouglils rcspecting tlie Falkland ilands, par le D' Johnson; dans la 42*

Nous n'avons assurément pas dit le dernier motde l'bistoire des Malouines, car la [)osition de ces îles à l'extrémité méridionale du continent américain et dans des parages précieux pour le commerce, leur promet une destinée non moins t^^conde en vicissitudes, que l'a été la période de leur existence dont nous venons de tracer le tableau succinct.

Toutefois, elles ont perdu de leur importance comme point de relâche, le passage dans l'océan Pacifique par le cap Horn étant de plus en plus négligé pour le détroit de Magellan. Aulourd'hui , il n'y a guère que les navires baleiniers et ceux qui vont à la pêche des phoquesdanslevoisinage des terres polaires, qui aillent renouveler aux Malouines leurs provisions d'eau et de viande.

lettre de Junius , et dans quelques journaux publiés à Buenos-Ayres en i832.

FIN

C* Uv, (Patagome, Tf.î\re-du-Feu et îles Malouines.)

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TABLE DES MATIÈRES

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