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MEMBRE DE I, INSTITUT

INTROnUCTIOIV.

VA NT de tracer Tliistoire des tlks et de décrire cliacune d'elles , il est à propos de parler de la mer qui les environne. On entend par ce mot la totalité des eaux salées qui occupent la plus grande partie de la surface du globe. Le nom d'OcÉAN, employé dans beaucoup de livres comme synonyme, ne 1 est cependant pas ; sa signification est beaucoup plus restreinte, et doit s'appliquer seulement à celles des INIers qui circonscrivent la masse des terres sans y pénétrer trop profondément, c'est-à-dire que ce nom d'Océan ne saurait s'appliquer à aucune Méditerranée , ou autres étendues d'eaux , fussent-elles salées, qui sont enclavées dans les terres , et pour lesquelles on doit réserver les désignations de CaspienneSy ou de Lacs, selon qu'elles sont amères ou douces.

I.a plupart des termes employés en géographie ne sont pas mieux définis; et nous ne voyons pas, dans ces traités écrits sur ie globe, où tout ce qui n'est pas astronomique , historique ou statistique, fut trop légèrement touché, qu'on ait jamais songé à préciser la valeur des mots au moyen desquels on peut s'entendre, lorsqu'il s'agit de chacune des parties constituantes de l'univers. Il n'est pas jusqu'à l'ancien Dictionnaire de l'Académie française, qu'il était convenu de prendre pour règle du bon langage, oii ce bon langage n'eût été faussé sous ce rapport, ainsi que dans les deux tiers des noms par lesquels on y mentionna les corps naturels. (^est ainsi , par exemple, que pour la définition du mot Mer., on trouve « l'Amas des eaux qui environnent la terre et qui la couvrent en

plusieurs endroits. » Les quarante ayant oublié de dire que les eaux de la IMer sont essentiellement salées , les Lacs qui couvrent la terre en plusieurs endroits, seraient aussi des Mers selon la décision de l'vVcadémie française.

Pour les premiers géographes dont les écrits nous ont été conservés , la ÏMer n'était pourtant que la IMéditerranée, qui sépare l'Europe de l'Afrique en confinant à l'Asie. L'Océan , au delà des colonnes d'Hercule , était une chose à part; Hérodote le croyait un grand fleuve; les poètes l'appelaient la vieux père du monde, dont il circonscrit les parties habitables. On siipposait à celles-ci une forme très-différente de celle que les modernes leur reconnurent, quand la boussole ouvrit les routes immenses et si long-temps ignorées d'un hémisphère nouveau. Et telles étaient les idées bizarres qu'on se faisait de cette forme, dans les temps d'ignorance où des érudits prétendirent reconnaître les marques d'un savoir fort avancé, qu'on trouve, dans les livres hébreux , la terre comparée à un livre qui se roule sur lui-même; et, chez les Grecs, moins ignares que le peuple de Dieu , cette même terre représentée sous la figure d'un carré long. La fameuse carte appelée Tabula Peutingeriana , qu'on prétend avoir été tracée chez les Romains au temps de Théodose, c'est-à-dire vers la Im du troisième siècle de l'ère moderne , ne donne pas d'autre figure au monde alors connu, qu'on supposait être fait comme une table.

Pour rendre compréhensible la position , dans les diverses IMers qui baignent le globe , de chacune des îles

dont nous allons entretenir le lecteur, nous répartirons d'abord ces Mers en trois sortes : V Océan, les Méditerranées et les Caspienne^.

Les Caspieniies^ qui sont le contraire des îles, c'est-à-dire des étendues d'eau salée environnées de terre > ne diffèrent des grands Lacs qu'en ce que leurs ondes ne sont pas douces. INe communiquant avec aucun Océan ou TMéditerranée, leur bassin. fermé reçoit néanmoins le tribut de fleuves qui doivent, dans la suite des siècles, en diminuer la salure. On avait jusqu'ici restreint ce nom de Caspienne à une seule Mer sans issue; il faut l'étendre l\ la Mer d'Aral et à la Mer ]\Iorte. Il serait fort curieux d'étudier les productions animales et végétales avec l'état pbysique de ces Mers intérieures ; mais encore que M.deCbâteaubriand ait visité autrefois la plus célèbre , et M. de liumboldt récemment la plus grande, on peut assurer que l'une et l'autre demeurent aussi inconnues sous les points de vue les

f)lus essentiels, qu'elles l'étaient après es voyages des chevaliers croisés ou de Paul Lucas. Les îles de cesCaspiennes, s'il en existe, n'ont point encore été signalées et ne sauraient être de la moindre importance.

Les Méditerranée s sont les Mers qui, ne faisant point partie immédiate de l'Océan, s'unissent néanmoins avec lui par un ou plusieurs détroits : elles diffèrent des grands golfes par le rétrécissement de leur communication, et sont plus nombreuses qu'on ne l'avait supposé, quand on restreignait le nom de IMéditerranée à celle dont les eaux baignent les Baléares , la Corse, la Sardaigne,la Sicile, Malte, Candie , Chypre , les îles de l'Archipel , et autres moins considérables.

La description de ces îles de la Méditerranée proprement dite ne fera point partie de la tache que nous nous sommes imposée ; nous ne devons parler ici que de celles de l'Océan. La Mer Rouge, le golfe Persique, la Baltique sont aussi des Méditerranées, ainsi que l'espace contenu entre la chaîne des Antilles et le double continent américain.

L'OCKAN, pr.LJCUS.

On doit entendre par Océan , dans un sens rigoureux du mot, cette immensité de JMers qui séparent, en les environnant de toute part, les diverses arties continentales du globe, lesqueles n'occupent guère que le quart de sa superficie; l'étendue des terres étant évaluée à 1,400,000 mvriamètres carrés, tandis que celle Je l'Océan peut être portée a 5,700,000.

Essentiellement mobile , sans cesse agité par les courants qui en sillonnent la vaste étendue, ou par les vents, qui sont des courants aériens agissant impérieusement à sa surface , on lui a supposé en outre un mouvement général résultant de la rotation du globe. L'Océan obéit encore à d'autres mouvements aussi réglés que manifestes , dont l'effet est subordoniié à la forme de ses cotés qu'assiègent et abandonnent alternativement les vagues majestueuses. Ces mouvements alternatifs dépendants de Taciion qu'exercent les astres sur sa masse , sont appelés marées; les iMéditerranées n'y participent que peu ou point, les Caspiennes n'y sont pas sujettes.

Distribution de V Océan en régions.

Jusqu'au temps de M. de Fleijrieu , l'Océan avait été fort arbitrairement divisé par les géographes. Cet illustre marin y voulut établir des régions mieux circonscrites, et, dans la plupart des mappemondes récentes, on s'est conformé à la nomenclature qu'il imposa. Ainsi l'on y appelle Océan glacial arctique, les mers circumpolaires du nord, par opposition à celles du sud nommées Océan glacial antarctique ; Océan atlantique, celui qui sépare l'ancien et le nouveau monde entre l'Europe et l'Afrique d'un côté, et les Amérique de l'autre ; grand Océan boréal, celui qui , du tropique du Cancer, s'étend entre l'Asie orientale et les côtes américaines du nordest ; grand Océan pacifique, la Mer entre les deux tropiques , l'Amérique équatoriale et la Polynésie ; enfin ,

DES ILES DE I/OCKAN

grand Océan austral, riinmensité des eaux comprises entre les pointes opposées (le TAliique, d(^ TAustralie et de l'Ainériciiie du sud, jusqu'au cercle polaire antarctique. La Mer ordinairement nommée des Indes n'est pas comprise parmi ces divisions. Quelles que soient les autorités par lesquelles» on voudraitfaire prévaloir une telle nomenclature, la raison la repousse, du moins en plusieurs points. INous devons nous hâter de le prouver, afin que l'usage n'en prenne point possession d'état dans la science.

Il n'en est pas des IMers comme de la Terre, où la domination de Thomme s'étant la plupart du temps établie par la force et perpétuée par la tyrannie , les limites naturelles de chaque contrée ont dès long-temps disparu pour faire place à des frontières politiques , où des citadelles s'élèvent comme nous plaçons des bornes autour de nos héritages et de nos usurpations :

de sorte que des peuples, appartenant à des espèces différentes du genre humain, se sont trouvés confusément mêlés sous un même sceptre, quand leurs caractères physiques semblaient commander entre eux une démarcation éternelle. Nulle frontière stable n'ayant pu être tracée sur les flots , tous les parages sont également du domaine des navigateurs ; que les forteresses flottantes de quelque autre Carthage soient parvenues à s'approprier pour un temps la plaine liquide, celle-ci doit tôt ou tard redevenir commune à tous. D'après cette communauté des Mers où les vents déchaînés sont les seuls dominateurs possibles, le géographe ne peut admettre sur leur étendue , des divisions dans le genre de celles que le caprice et la violence établirent à la surface de la terre immobile et soumise. Les distinctions entre les régions où se balancent des flots toujours agités, ne pouvant être que géographiques , il faut en tracer les limites naturellement en ne consultant que la figure et les relations physiques des C()tes avoisinantes, le rapport des masses d'eau avec les terres qu'on doit considérer

comme en étant le contenant, enfin l'influence qu'exerce la température sur les productions (le chaque espace inondé ; et c'est alors que la distribution g(^ograplHque des animaux et des végétaux marins appelés hydrophytes éclaire une science où l'on crut trop jusqu'ici pouvoir se passer des lumières que lui peuvent fournir la zoologie et la botanique. Ce n'est en aucune partie du globe que de telles productions du règne animal et du règne végétal s'arrêtent à tel ou tel cercle de la sphère. L'équateur , les tropiques , l'écliptique, les cercles polaires, les méridiens, dont la connaissance est indispensable pour déterminer les climats horaires , les positions respectives de chaque point du globe et la route d'un vaisseau, n'ont aucun rapport précis avec les productions aquatiques ou terrestres de notre globe.

On ne saurait citer une créature organisée dont la patrie fût rigoureusement bornée entre tel ou tel degré de longitude ou de latitude , soit dans le sein de l'Océan , soit sur les continents ou dans 'les îles, pas plus qu'on n'en pourrait citer qui se propageassent d'un pôle à l'autre, sans (ju'il y eût solution de continuité dans leurs lignes de dispersion. Toutes les productions de la nature ont leurs zones plus ou moins larges et sinueuses d'habitation, où elles vivent et se reproduisent isolément, ou comme en société, mais selon diverses inclinaisons sur tous les cercles de la sphère, souvent jusqu'en des points fort éloignés. INous n'en connaissons pas à qui les lois de la dissémination aient interdit la faculté de s'écarter de quelques minutes de degré d'un parallèle ou d'un méridien quelconque. Les productions de l'Océan étant astreintes dans leur propagation aux mêmes règles de sinuosité et d'éparpillement que celles de la Terre, c'est dans la manière dont ces productions sont réparties qu'il faut rechercher les bases de la distribution géographique qu'on peut assigner aux diverses parties de l'Océan ; mais avant de tracer les limites entre lesquelles nous proposerons de circonscrire

fO

L'UNIVERS

ces parties , il est à propos de montrer , par quelques exemples, combien était vicieuse la nomenclature employée jusqu'à ce jour. Ainsi, ce qu'on appelait grand Océan, d'où l'on avait appelé Océanie ( archipel par excellence ) les nombreux groupes d'îles qui se succèdent à l'est de la Polynésie , n'est pas plus grand ni même si grand que les autres Océans. Le grand Océan boréal, qui n'est pas non plus fort étendu , méridional par rapport à de vastes parties de l'Asie et de l'Amérique , n'est réellement boréal que par rapport à un petit segment du tropique du Cancer, tandis que V O ce cm atlantique, que l'on n'appelait cependant jamais grand Océan comme les autres , est le plus grand de tous, etc., etc.

L'Océan est donc l'encadrement liquide, s'il est permis d'employer cette expression , des continents et de celles des îles qui vont nous occuper chacune à leur tour. Nous y admettrons cinq grandes régions physiques : 1° l'Océan arctique, 2° l'Océan atlantique , 3° l'Océan antarctique, 4" l'Océan indien, 5" l'Océan pacifique ; et, poffr rendre plus clair ce que nous avons à dire de chacune de ces grandes régions aquatiques , nous avons fait graver comme indispensable pour montrer en même temps leur situation, le planisplière (voy. pi. 1) où notre nouvelle nomenclature des Al ers fera sentir la corrélation de celles-ci avec les parties terrestres du globe. On y verra que d'après cette manière d'envisager l'étendue fluide , quatre Océans s'y correspondent , opposés deux à deux, savoir : l'arctique à l'antarctique , et l'atlantique au pacifique, tandis qu'un seul, impair et central, l'indien, demeure entre eux, isolé par une multitude de caractères naturels qui lui donnent un peu de la physionomie , sous le rapport de ses productions, avec les Méditerranées , où les eaux sont toujours un peu plus chaudes que dans les Océans des mêmes latitudes.

En s'affranchissant encore plus de l'ancienne routine qui condamne les faiseurs de cartes et de traités de géographie à ne reconnaître que deux

ou trois continents , on pourrait également en admettre cinq , dont un impair, isolé, et ne ressemblant à aucun des autres par la nature de ses productions en tout genre, tandis que quatre seraient analogues, et opposés deux à deux, comme le sont les- régions océanes, savoir : l'Afrique correspondant à l'Amérique du sud , l'Europe confondue avec l'Asie à l'Amérique septentrionale, et l'Australie demeurant à part. L'ancien monde se composerait donc comme le nouveau, de deux continents bien distincts, unis seulement chacun par un isthme , et la nomenclature de la géographie se trouverait enfin plus Tationneile.

Nature des eaux de VOcéctn.

Analysée par plusieurs habiles chimistes, l'eau de l'Océan a été trouvée abondamment fournie de sels , parmi lesquels la soude muriatée domine dans le rapport du quart ou même du tiers. De la chaux muriatée, sulfatée et carhonatée , entre aussi dans sa composition, y variant en quantité selon les lieux où l'eau fut puisée. Faute d'avoir teriii exactement compte des localités, des profondeurs, des latitudes, du rapprochement des côtes, de Tinfluence des courants et du dégorgement de quelques grands fleuves voisins, les travaux chimiques dont l'eau de mer fut le sujet, ne présentent point de résultat parfaitement satisfaisant : on n'a sur une chose de cette importance que des observations peu liées , souvent contradictoires , dont on tira trop hâtivement des conséquences, et dont, selon Tusage, quelques-uns déduisirent des lois positives, qu'il serait imprudent de regarder comme réellement existantes, surtout pour en faire les bases de quelque système. On sait seulement que la salure de la mer n'est pas la même partout; elle passe pour être plus forte dans les régions équinoxiales que vers les pôles. Son eau contient encore un principe muqueux, auquel elle pourrait devoir cette amertume nauséabonde c^ui s'y mêle à la saveur saline ainsi qu'a cette

ILES DE L'OCEAN

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