GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
Topographie. Le Chili forme une des subdivisions les plus naturelles de l'Amérique du Sud. Borné nu nord par la république de Bolivia, dont il est séparé par le Rio-Salado et le grand désert d'Atacama, il confine au sud avec la Patagonie, et occupe le revers occidental des Andes , entre les 25'' et 44* degrés de latitude australe. Sa largeur se déroule, depuis le sommet de la Cordillère jusqu'au grand Océan, sur un espace qui varie de vingt à soixantedix lieues; sa longueur est de cinq cents lieues communes, et sa superficie de treize mille quatre cent trente-six.
Son aspect est celui d'une bande étroite ou d'un parallélogramme divisé obliquement par des groupes de hautes montagnes et de profondes vallées qui s'abaissent graduellement et descendent sur le bord de l'Océan.
Étymologïe. Il existe trois opinions sur l'origine du mot chiUy que les Espagnols prononcent ichilé. Selon
L'UNIVERS
Zarate, chili vient de chil, qui, dans la langue péruvienne, signiOe froid; ce nom aurait été donné a la contrée qui fait l'objet de cette notice, à cause des montagnes neigeuses qui l'entourent : cette opinion est peu satisfaisante. D'autres font dériver chili ou tchilé de quile, nom indien du Rio- Quillota, un des principaux fleuves du pays. Enfin, selon les indigènes et d'après l'opinion du savant Molina, ce nom vient de celui de certains oiseaux de la famille des grives, très-communs ici, et dont le cri ressemble au son du mot tchil ou tchili {turdus ater, tuvdus thilius).
Golfes, fleuves et rivières. La côte du Chili, baignée par le grand Océan austral , offre de nombreux enfoncemciits protégés par des promontoires, de simples langues de terre en saillie, ou des îles. Les plus importants sont: le golfe de Coquimbo, la baie de VAlmendraly près Valparaiso, le golfe de Talcahuano, près la Conception, et celui que les Espagnols nomment Ancudj entre la Patagonie d'un côté, et les archipels de Chiioé et de Chonos de l'autre.
Les torrents qui proviennent de la fonte des neiges et les eaux de la Cordillère alimentent une centaine de rivières, et quarante fleuves environ, indépendamment d'un grand nombre de ruisseaux obscurs et sans nom. Les principaux fleuves sont, en venant du nord , le liio-Salado , qui sépare le Chili de la Bolivie : ses eaux sont salées, ainsi que son nom l'indique; le Copiapo, le tluasco, le Coquimbo, qui ont donné leurs noms aux villes qu'ils baignent; le Limari, le Quilloia, également appelé Aconcagua ou Rio- Quile, du nom de deux bourgades qu'il traverse dans sa course. Nous avons déjà dit qu'il existait une opinion qui faisait dériver le nom du Chili, en espagnol Chile, de celui du Qyile. La vallée du Rio-Quile est riche et pittoresque (voy. pi. 4); le Maypo, dont le principal affluent est le Mapocho, qui baigne Santiago, capitale du Chili; le Maule, ancienne limite de l'empire des lïiCd,^\\Q Mataquito j Vltata, qui reçoit
le Chillan, le Quiérîno et le Génubh' : son lit est large et profond, mais les rochers qui encombrent son embouchure le rendent innavigable; le Bio- BiOf qui sert de limite entre le Chili espagnol et le Chili indépendant: il est navigable l'espace de deux milles environ; le Cauteiij le Tolten, navigable pour de gros vaisseaux , et le yaldivia, tous trois sur le territoire indépendant (*).
Lacs. Le Chili possède des lacs d'eau douce et des lacs d'eau salée. Parmi les premiers, on peut mentionner le Nahuel-lluapi, qui a quatre-vingts milles de circonférence, le Lawquen, qui en a soixante-douze, tous deux sur le territoire indien; \'Jcu/éo, près de Santiago, qui a trois lieues de long sur deu-x de large ; le Pudakuel et le Taguu- Tagua. Tous ces lacs entourent plusieurs petites îles boisées.
Les lacs salés sont situés dans les endroits marécageux , entre les 33° 30' et 34** 30' de latitude. Les plus considérables sont ceux de Bucalémo, Cahuil et Boijéruca.
Eaux minérales. Celles de Cauquénèsj dans la province de Maule, sont l 'S plus renommées; elles coulent dans un ravin profond de la Cordillère.
Iles. Les îles qui dépendent du Chili sont : \° celles de Chiioé et de Chonos , qui forment, à l'extrémité méridionale de cette contrée, un groupe de plus de quatre-vingts îles ou îlots; 2° la Mocha, sur la côte de l'Araucanie, dont elle est séparée par un canal de six lieues de large. Cette île offre aux navigateurs deux beaux ancrages; elle est fertile et abonde en chevaux, chèvres et porcs sauvages; la pèche des phoques y attire un grand nombre de marins ; on y voit quelquefois des baleines; 3° l'île de Santa- Maria, qui a deux
(*) Parmi les affluents sans nombre des fleuves que nous venons de meniionner, on peut citer \e Bîo-Lnxa, le Buscué, le Cal/a- Calla e\ le Torb'ido, près d'Antuoo, remarquable par les moniaj^nes basaltiques, les pré(i|iices et la sauva|3;e majesté de sa vallée (voy. \vs pi 2 et 3). Dans cette dernière, on remarque un fort palissade.
ïiiilililfc
CHILI
haies; 4° les Coqulmbanes, îles inhabitées, nommées Mugillon, Totoi'al et Pajaro; 5° le groupe de Juan-Fernandez, compose de deux îles, Masa-Tierra et Mas-a-Fuera; 6" enlin, les petites iles de San-Ambrogio, San- Felice et de Pasqua, situées a deux cents lieues environ de la côte chilienne, vers le 28*" degré de latitude et le 82' de longitude. Celle de Pasqua, qui a sept lieues de long, est habitie par un millier d'indigènes de co ilcur claire et portant la barbe longue.
Wous consacrerons, plus bas, une succincte notice à Juan-Fernandez et à Clnloé.
MoiNTAGivES. Les Andes du Chili, vues de loin, présentent le tableau d'une série de montagnes majestueuses, parlaitement dégagées sur Thorizon, et dont l'élévation dépasse de beaucoup celle des Alpes européennes.
Leurs bases sont recouvertes par de riches tapis de verdure, leurs flancs nus sont diaprés des plus vives couleurs du granit, et leurs têtes sublimes se cachent sous une neige éblouissante.
On croit que le Tupungato, à l'ouest de Santi.igo, s'élève aussi haut que le Chimborazo(*); c'est le géant du système chilien. Après lui, les pics les plus remarquables sont le Descabezado, qui a, dit-on, dix-neuf mille pieds d'élévation, le Limari, le Mah- )las, le Longacî, le Coqidmbo , le Chillan, le Clioapa et le Guanahuca.
Leur masse se compose d'un granit quartzeux, entremêlé de gneiss, de sdiistes, de basaltes et de porphyres.
Les cimes principales sont désignées sous le nom générique de cumbre, que, dans ()lusieurs localités, on donne spécialement à certaines montagnes.
Les Chiliens appellent sierras les échelons inférieurs de la (>ordillère. Le passage des Andes offre souvent du danger et toujours de grandes fatigues. Les passes les plus fréquentées par les péons sont celles de la Deliesa, près Tupungato, qui conduit à l'est de Santiago; la passe de Los Paios, au nord d'Aconcagua; celle du Portillo, la plus courte,
^*) Environ ao,ooo pieds.
mais la plus redoutée des muletiers, à cause de la fréquence des ouragans; celles enfin & Uspallata ou de la Cumbre, de Planchon et d'À?Uuco.
Passage de la Cordillère. Ces passes , auxquelles on ne saurait donner le nom de routes, sont à peu près impraticables pendant six mois de l'année.
C'est depuis novembre jusqu'à la lin de mai que les voyageurs peuvent se confier aux muletiers {arriéras) pour effectuer ce trajet redouté.
Les mules, que l'on choisit ordinairement de préférence aux chevaux, justifient parfaitement la réputation dont elles jouissent dans les pays montagneux. Le voyageur n'a rien de mieux à faire que de leur permettre de se guider selon leur instinct. Pour lui, il s'efforcera d'être maître de lui-même et de ne pas se laisser dominer par la crainte dans les moments où il se voit suspendu et en équilibre sur un abîme, pendant que sa monture s'arrête pour reprendre haleine ou pour consulter le terrain. Les muletiers et les peons qui accompagnent le voyageur ont eu soin d'emporter les vivres et les meubles nécessaires à la caravane pendant la durée présumée du voyage, car ici l'homme n'a aucun secours à espérer que de lui-même; il court la chance de porter la peine que mérite son audace, puisqu'en franchissant cette barrière il a fait ce que la nature croyait impossible. Parvenu au front de la Cordillère , et souffrant de cette oppression douloureuse connue dans le pays sous le nom de puna, causée à la fois par la raréfaction de l'air et la marche ascendante, il jette un dernier regard sur les plaines du Rio de la Plata qui se déroulent dans le lointain; il les regrette alors et se repent de sa témérité; mais il n'est plus temps, le désert est devant lui avec sa neige éblouissante et son silence éternel ; il faut le traverser, il faut jeter la bride sur le cou des mules, il faut suivre les péons, et, comme eux, saluer en passant les croix de bois qui rappellent sans cesse des accidents auxquels on voudrait ne pas songer. S'il survient un ouragan {temporale), la caravane se hâte de
L'UINIVERS.
gagner, quand elle le peut, une de ces misérables huttes que les péons ont élevées en de certaines localités, et là elle attend la fin de la tempête , souvent pendant plusieurs jours, épuisant ses vivres, ses forces et son courage.
La passe àWspallata, que choisissent ordinairement les commerçants, a une étendue de deux cents milles depuis la frontière du Chili jusqu'à Villa- Yicencio, dans la province de Mendoza. On fait ce trajet en six ou sept jours. La hauteur de la maison dite de la Cumbre, où s'arrêtent les voyageurs , est de mille neuf cent quatre-vingtsept toises au-dessus du niveau de la mer.
Volcans. Vingt volcans, rangés à la file les uns des autres, jalonnent la limite occidentale de cette contrée; les plus importants sont ceux de Chillan, CopiapOy Jntuco, Pillarica, Pétéroa, Anconagua , Lîmari , Tucapelet Osorno. Parmi les éruptions les plus désastreuses, l'histoire mentionne celles du Villarica en 1G40, et du Pétéroa en 1762 (*).
Tremblements de terre. Chaque année le Chili est, périodiquement, désolé par trois ou quatre tremblements de terre {terremolos)^ qui entr'ouvrent le sol et causent les plus grands dommages aux édifices, s'ils ne les renversent pas entièrement. Les tremblements de 1822, 1824, 1829 et 1834, marquent parmi les époques les plus néfastes du Chili. La seule ville de Santiago a été renversée quatre fois depuis quatorze ans; celle de Copiapo a été deux fois entièrement détruite; d'autres n'ont jamais été relevées : de ce nombre est Penco, dans la province de Conception. Les simples secousses, que les habitants désignent sous le nom de tembhres, sont tellement fréquentes, qu'elles se.renouvellent à peu près tous les mois, quelquefois plusieurs jour-s de suite, et même plusieurs fois par jour. Ces commotions so'nt, le pJus souvent, accom|)agnces d'un roulement souterrain, qui ajoute
(*) Voyez ù la/;/, r, une vue du voîoan d'AuUuo.
encore à l'effroi que cause le phénomène. Dans les montagnes, les secousses font crouler des masses de rochers qui, quekiuefois, n'ont pas moins d'une lieue (Je large.
Ce prodigieux renouvellement du fléau a déterminé le mode de structure des villes chiliennes. Les maisons, construites en bois, ou en briques cuites au soleil , appelées adobes , n'ont qu'un rez-de-chaussée; les rues sont larges, alignées et fréquemment interrompues par des places publiques , lieu de refuge pour les habitants pendant l'explo.sion des tremblements.
DÉSERTS. Le désert qui s'étend entre Copiapo et Atacanca, l'espace de quatre-vingts lieues, est, sans contredit, une des plus affreuses solitudes du nouveau monde. Celui qui sépare Copiapo et Coquimbo, et qui a cent lieues de longueur, est clairsemé du moins de quelques métairies.
Climat. Le climat du Chili est, généralement, tempéré, sain et agréable.
Cependant on conçoit qu'un pays dont la longueur, du nord au sud, embrasse environ vingt degrés, et dont la surface comprend à la fois une grande étendue de rivage, des plaines intermédiaires et des élévations colossales, doit offrir une grande variété de température. Les provinces du centre ont une assez grande analogie avec les parties méridionales de l'Europe. Les chaleurs de l'été commencent en novembre et finissent en mai ; elles sont tempérées ^)ar les vents du sud , et le thermomètre de Réaumur flotte entre dixhuit et vingt-deux degrés, s'élevant rarement à vingt-quatre (*). Les mois de janvier et de février sont les plus chauds de l'année; ceux de juin et juillet en sont les plus froids; les mois d'août, septembre, octobre et novembre, offrent la température la plus douce et la plus saine. La sécheresse est le seul inconvénient de ce beau climat; mais une abondante rosée y sup-
(*) Il ne faul pas perdre de vue que, dans rhéniisphère auslial, le sud est la p;!riie qui se raj)pruche le plus du pôle, taudis que le nord est celle (|ui se dirige vers l'équaleur»
Si.
CHILI
ç\ée souvent aux phiios. De novembre en mars, on ne voit j)as un seul nuajL^e depuis l'extreine frontière du Chili, vers le nord, jusqu'au territoire de la Coneeption, e'est-à-dire, sur une zone de trois cents lieues en loni;ueur; c'est surtout vers le nord qu'on éprouve les effets de cette sécheresse. La pluie, la çrêle, la neige et les orages , sont renlermés dans la région des montagnes.
Les maladies épidemiques, grâce à la salubrité du climat, sont très-rares au Chili.
Minéraux. Ce pays abonde en métaux précieux; on y trouve des mines d'or, d'argent, de fer, de cuivre, de plomb, d'etain, de pierres précieuses, de vif-argent et de charbon de terre.
Les principales mines d'or sont celles dePetojxa, de Guasco, de Coqu'unbo, de Ligua, de Tiltil, de Putaendo, de Careiiy de Rancagua, de MauLe, de Patagua et de Rere. Il y en avait autrefois un plus grand nombre : celle de Peldehué, qui a été inondée par une source d'eau, produisait chaque jour quinze mille livres tournois en or. Indépendamment de ces mines, le nombre des ruisseaux qui charrient des parcelles de ce précieux métal est immense. Les Espagnols en tiraient des sommes considérables avant que les Araucans n'eussent assuré l'indépendance de leur territoire. On prétend que Valdivia tirait des lavages de Guadallemqué vingt-cinq mille écus par jour. La quantité d'or envoyée annuellement du Chili au Pérou était, autrefois, de six cent mille piastres, indépendamment de trois à quatre cent mille qui passaient en fraude. Le produit actuel des mines d'or est, annueliemeait, de cinq mille marcs, estimés six cent quatre-vingt mille dollars.
Les mines d'argent du Coquimho rapportent de quarante à soixante marcs par caxon de cinquante tormeaux , tandis que celles de Potosi {Pérou) n'en donnent que vingt à quarante. Hall estime à vingt mille marcs le produit annuel des mines d'argent, représentant cent quatre-vingt mille dollars. En 1832, on en a trouvé cinquante veines nouvelles dans la même province , et toutes
d'une qualité supérieure; relies du Cerro, d' Uspallala et de Gvasco sont très-renommées. En 1802, selon M. de Ilurjiboldt, le revenu des mines d'or et d'argent du (]hili s'éleva à deux millions soixante mille piastres. Le nombre des nnnes de fer et de celles de cuivre est très-considérable , notamment entre les villes de Copiapo et de Coquimbo, comme entre celles de Santiago et de la Conception. On trouve à Payen des chanteaux de cuivre pur qui pèsent de cinquante à cent quintaux. Les mines de Giiasco donnaient, annuellement, dix-huit à vingt mille quintaux par an. Celles d'iUapel, près Coquimbo, en donnent encore soixante mille. Le Chili fournit aujourd'hui quarante mille quintaux de cuivre d'une valeur de quatre cent quatre-vingt mille dollars. Le produit total des mmes est donc de un million trois cent quarante mille dollars.
C'est auprès des ruines de Penco, dans la province de Conception, que l'on exploite la houille. Ce charbon est de bonne qualité et fort recherché par les marins étrangers qui fréquentent la baie de la Conception.
Copiapo {sementera de turquesas) signifie, en langue chilienne, pépinière de turquoises. Toute cette province abonde en pierres précieuses.
Les mines, pour la plupart, sont situées au-dessus de la région des végétaux, dans la partie stérile de la Cordillère. Les procédés d'extraction sont peu dispendieux, mais passablement grossiers; cependant les Chiliens, au rapport de Miers (*) , sont d'habiles mineurs. Le minero, ou propriétaire de mines , s'associe ordinairement avec un bailleur de fonds , nommé hahilitadory et leurs droits respectifs sont déterminés par la législation du pays. Les barreteroSy ou mineurs , s'introduisent dans la carrière par une galerie inclinée; d'autres ouvriers, nommés capacheroSj portent le minerai à l'entrée
(*) Miers Travels in Chili and la Plala, including accounts respecting the geogr-aphy , geology, statistics , etc. , etc. Londou, i8a6, 2 vol. in-8.
L'UNIVERS
(le la galerie, où on le charge sur des mulets, qui le transportent aux lieux où se pratiquent les opérations de tonte et de raffinage.
VÉGÉTAUX. La flore du Chili offre, en plusieurs localités, une apparente analogie avec celle de l'Europe. Le sud est, incontestablement, la partie la plus pittoresque de cette région. C'est là que se trouvent de grandes forêts et des arbres aux proportions colossales.
La végétation du nord est riche dans ses détails, mais d'un aspect moins agréable. Plusieurs plantes chiliennes sont cultivées en France; de ce nombre est le fraisier dioïque. Les myrtes abondent dans les belles forêts de l'intérieur; mais c'est surtout dans le fond des vallées humides que le règne végétal déploie ici une grande magnificence.
Parmi les plantes les plus dignes d'attention, nous nous bornerons à citer l'éclatante lapagerie, l'algabona, les amaryllis, la violette arborescente, le galliet à fleurs bleues, l'élégante fuchsie, la sarmienta charnue aux corolles vermillon, le datura, dont les fleurs sont blanches, le melocactus aux grandes corolles jaunes, les cactiers à petites fleurs couleur d'or, et la verveine nuancée de pourpre. Plusieurs plantes utiles méritent également une mention particulière : le fucus antardicus de Chamisso, qui sert de nourriture aux habitants de la cote du sud(*); les feuilles du psoralea-coulen , qui donnent une boisson capiteuse; le fruit de Varistotelia-maqui , dont les Chiliens tirent leurs boissons appelées cici et theca; le maijten, l'arbre à savon, le tabac, ïepehuen {pinus araucanus de Molina); la valériane, dont les racines servent de combustible aux voyageurs qui traversent les Andes; les grands myrtes qui donnent un fruit succulent; et enfin plusieurs espèces de grands arbres qui fournissent des bois de construction.
ZooLOGTE. La variété si remarquable qu'affecte la surface du territoire chilien donne à cette contrée, plus
(*) Choris, Voyage pittoresque autour du monde. Celle hydrophile y est représentée.
peut-être qu'à nulle autre partie de l'Amérique du Sud, la physionomie d'une nature à part. Comment le règne animal ne serait-il pas aussi riche que varié dans un pays qui offre à la fx)is de sombres vallées et des hauteurs colossales, des prairies humides et des plateaux desséchés , des déserts arides , de grandes forêts, et cinq cents lieues de côtes marines 1 Dans les mammifères on remarque quelqjies grandes espèces de chat : \t felis puma de JMolina, appelé paggi par les naturels. Ce quadrupède est improprement désigné par Molina sous le nom de lion du Chili; c'est une insulte gratuite faite au roi des déserts africains, le paggi étant un animal aussi pusillanime que féroce; le margay {fells tigrina)-^ l'ocelot, qui se tapit pendant le jour dans les fourrés, et ne chasse que dans les nuits sombres, lorsque la tempête gronde; le yaguarondi, autre espèce de forban nocturne. Parmi les autres genres, nous citerons le chinche fétide {inverra viephUia), espèce qui paraît être identique avec la mouffette du Chili décrite par Buffon. Cet animal exhale une odeur tellement fétide, qu'on a vu des personnes en être gravement incommodées : c'est surtout dans les moments de dantrer qu'il met en usage ce moyen de défense; le chinchilla {mus laniger), mammifère de l'ordre des rongeurs, qui tient le milieu entre le lièvre et la gerboise. Il est un peu plus petit qu'un lapin de garenne, et vit dans des terriers creusés au milieu des champs ou dans le fond des vallées humides. Sa précieuse fourrure le garantit suffisamment du froid. Les Espagnols le nomment zinz-Ula. Comme les écureuils, il se sert de ses pattes de devant pour manger, et s'assied sur celles de derrière, qui sont deux fois plus longues que les premières. Il est doux, craintif, et facile à apprivoiser. Les Chiliens le chassent avec des chiens dressés à le prendre sans endommaj^er sa fourrure. On voit aussi le chinchilla dans le Pérou: mais celui-là est moins estimé. Le renard tricoter semble être le même que celui qui se retrojuvedans l'Amérique du Kord; le chili-huèque
CHILI
.Vafj-in^et irravC' pa^ -l'eiTt^Titrc-
CHILI
{camehm araucanus)^ lama ou chameau de l'A rnucanie,nniiiial aussi utile aux Indiens que le chameau aux Arabes, habite entre les 86* et 40' degrés de latitude ; la vigojj^ne {came/us vicu- Oîm) vit en troupes nombreuses dans les parties les moins hahitables de la région andine; le pudu, ou quenud ou bueinul {capra pudu), est une sorte d'antilope indigène de la Cordillère; le guanaco est le chamois des Andes.
Enfin, le Chili possède encore le guilbno, espèce de castor très-rare; le cuy (lepus minlmus) et la viscaccia {lepus viscaccia)^ deux espèces de lièvre qui peuvent vivre en domesticité : la peau du viscaccia sert à faire des chapeaux; la cuja et le quiqui {mustela cujaquiqui)^ et le porc-épic.
L'ornithologie a ici beaucoup de rapport avec celle de la Patagonie, de la Plata et du Tucuman. On y voit figurer plusieurs espèces de canards, de colombes, de flamants et d'oiseauxjnouches; un héron d'une éclatante blancheur, le pic à huppe rouge, le troglodyte chilien, le fournier du Chili, la grèbe de la Conception, la certhia chiliensis, la grive des Malouines, le corbeau de mer, le bec-en-ciseaux, le manchot, les goélands, et surtout de nombreuses espèces d'oiseaux de proie , les buses, les faucons, les chouettes, et enfin le roi des montagnes, le condor, qui, perché dans les hautes solitudes de la Cordillère, au-dessus de la région des nuages , guette sa proie dans le fond des vallées lointaines, près de la demeure des hommes (voy. pi. 1).
Les côtes du sud sont infestées de phoques et de dauphins; ces parages sont généralement très-poissonneux et garnis de nombreuses espèces de mollusques. Les insectes sont rares; on ne trouve qu'un petit scorpion blanc, des araignées, dont une espèce de trèsgrande dimension, et des moustiques.
Le savant naturaliste Pœppig fait observer, à ce sujet, que si les animaux malfaisants sont rares au Chiii, ils n'y sont pas inconnus, ainsi que l'avaient avancé plusieurs voyageurs\*).
(*) Les priacipaiiX ouvrages à consulter
ARCHIPELS DE CIIILOE ET Dï CIIONOS.
L'archip<îl de Chihé, appelé yJncud par les Ks|)agnols, est situé au sud du Chili, sur les côtes de la Patagonie, entre les 41* et 44* degrés de latitude. Chll-huê^ dans la langue des indigènes, signifie province du Chili. Ce grou|>e comprend quatre-vingt-deux îles ou îlots hérissés de montagnes et couverts de bois (*). Vlsla Grande, ou Chiloé proprement dit, a environ cinquante lieues de long sur dix à douze de large. Llle fut découverte par les Espagnols, le 31 janvier 1558, selon Ercilla; mais il est probable que Magalhaès en avait eu déjà connaissance, en sortant du détroit qui porte son nom. Elle était alors habitée par des tribus de Cunches et de Chonos, Indiens appartenant à la famille chilienne , ayant le teint cuivré et la stature très-élevée. Aujourd'hui les créoles espagnols se joignent à cette population indigène. L'île produit du lin, des cé-
pour l'histoire naturelle du Chili, sont: Histoire naturelle et civile du Chili , parPh. Vidaure; Journal des observations, etc., parle R.P. Louis Feuille, religiean minime; Frézier, Relation d'un voyage de la mer du Sudaux côtes du Chili, de 1712 à 17 14, Paris, 173-2; Compendio délia sioria geografica, naturale e civile del regno di Cile, Bologne, 1776; Molina , Stoiia naturale del Chili, etc.; Ulloa, Relacion hislorica del viage a la America méridional, Madrid, 1748 ;Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales, etc.; Miers, Travels in Chili and la Plata, London , 182G; Voyages de Vancouver, Lapéronse, Choris, Laplace, Duperrey , d'Urville, etc.; Notices insérées dans divers recueils, ou j)ubliées isolément, piir MM. d'Orhigny, D. Pœppig, Lesson ^ Ad. Balbi , Garnol , Provost , etc. , etc.
(*) Gonzalès de Ogeros nomnte les vingtcinq iltîs les plus imporlanfes de l'archipel : 1° Isla Grande, 20 Acl)ao, 3» Lemiu, 40 Guegni, 5» Chriiu, 6° Tan(|ui, 70 Liuliu, 8° Llignua, 9° Qnenae, lo" Meuliu, n»
Caguach, 12» Alan, r 3» Apeau, 140 Chaulinec, i5o Vuta- Chanquis , lô» Auitjué, i7»Chegniau, 18° Caucague, iQoCalbuco, 200 Llaieha , 21° Quènu , 220 Tabon, aB© Ablon, 240 (>hiduapi , 25° Kuar,
L'UNIVERS
réoles, des* pommes de terre et des légumes. Les habitants s'adonnent à la pêche des phoques et à la préparation du poisson sale, dont ils font un commerced'exportation assez considérable.
Ils élèvent , en outre, des chevaux et des bestiaux. Ils construisent des bateaux sans quille, avec lesquels cependant ils vont quelquefois fort loin en pleine mer. Castro et San- Carlos de Chacao sont les seules viliesdel'archipel; toutes deux furent fondées en 1566 par le maréchal Ruiz-Gamba. La première, située à 42 degrés 40' de latitude , est la plus importante; mais c'est dans la seconde que se trouve le meilleur port de l'île. Cette ville, nommée aussi Calhuco, située par le 41* degré .50' de latitude, possédait autrefois deux couvents et un collège de jésuites; elle est encore la résidence du gouverneur de l'archipel. A l'exception de ces deux villes, on ne trouve dans les îles de Chiloé et de Chonos que des villages de nulle importance (*).
L'archipel de Chonos forme un groupe nombreux de rochers et d'îlots, situé entre les îles de Chiloé au nord, et la presqu'île des Trois monts de Patagonie au sud. Les insulaires de Chonos sont bons marins; leur industrie est à peu près la même que celle de leurs voisins.
Il règne dans les deux groupes de Chiloé et de Chonos de fréquentes tempêtes, et les coups de vent qui s'y font sentir ne peuvent être comparés qu'aux ouragans des Antilles; mais les vaisseaux en danger y trouvent plusieurs ports qui leur offrent un asile assuré. Depuis la révolution chilienne, la province de Chiloé a été la dernière à s'incorporer à la nouvelle république.