‹ Chili, Paraguay, Uruguay, Buenos-AyresChapitre 35 sur 63 · IV. MER MORTE · texte numérisé non relu

IV. MER MORTE

Le nom de lac asphaltite, donné à cette Caspienne , vient-il de ce que des bitumes flottent à sa surface , ou de ce que, suivant les écritures, les villes de la Pentapole, brûlées par une pluie de matières combustibles, y furent englouties après leur destruction? C'est ce que nous ne chercherons pas à établir. Cette petite mer, longue de vingtdeux lieues environ du nord au sud , et large de trois ou quatre de l'est à l'ouest , ne mériterait , sous aucun rapport, la célébrité dont elle jouit, si des événements qui se rattachent à l'établissement du christianisme ne s'étaient passés sur ses tristes rivages. Le Jourdain , ce fleuve dont les eaux ont servi à baptiser les premiers chrétiens, et Jésus lui-même, n'est qu'un mince ruisseau auquel les voyageurs n'auraient fait aucune attention , si la poésie , venue au secours des livres sacrés , n'eût entouré ses bords d'un prestige qui ne s'est pas encore dissipé. Cette région est encore le domaine exclusif des poètes et des pèlerins; car elle n'a été explorée par aucun homme capable d'en rapporter les objets propres à la faire connaître. Lorsqu'on en a rapporté de l'eau , c'a été pour la livrer à la vénération des fidèles de l'Église catholique , et non pour la soumettre à l'analyse chimique; de sorte qu'on ignore encore la composition des eaux de la mer Morte et leur degré de salure. On ne pourrait se faire une idée des fables ridicules débitées sur cette mer fameuse; on a été jusqu'à dire que la femme de Loth, changée, comme on sait, en statue de sel, existait toujours sur ses rivages, et qu'on y trouvait encore de.s arbustes portant des pommes remplies des cendres de Sodome et de Gomorrhe. Ce qu'il y a de plus fâcheux que la propagation de ces

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croyances grotesques, c'est l'ignorance où l'on est du côté positif de cette intéressante contrée. Ainsi on ne sait absolument rien ni des poissons, ni des hydrophytes de la mer Morte; les naturalistes ne savent même pas s'il y existe des coquilles. Il serait cepen-

dant du plus haut intérêt d'étudier les productions de cette Caspienne, afin de pouvoir constater si elle offre des analogies avec la Méditerranée proprement dite, ou avec la Méditerranée érythréenne , ou enfin si elle a un caractère spécial.

M. Bory de Saint -Vincent, qui avait entrepris la description des lies de l'Océan et des Régions circumpolaires, a été obligé d'interrompre son travail, par suite de sa nomination comme président de la commission scientifique d'Afrique. M. Frédéric Lacroix a bien voulu continuer la tâche qu'il avait commencée. C'est à lui que sont dues les monographies qu'on va lire sur quelques archipels océaniques et sur les régions polaires.

La division du présent volume comportant un grand nombre de matières, il est devenu nécessaire de supprimer quelques groupes d'iles que M. Bory de Saint-Vincent se proposait de faire entrer dans son travail. Mais le lecteur comprendra qu'il n'y a eu qu'un simple déplacement et qu'il

trouvera la description des archipels en question réunie à celle des continents auxquels ces groupes se rattachent, soit au point de vue géographique, soit sous le rapport historique et politique. Ainsi les Açores, Madère, les Canaries, les îles du cap Verl , l'Ascension, Sainte-Hélène, Tristan d'Acunha, Martin Vaz , les îles Bouvet et à\\ prince Pldouard, les Comores, les Séchelles et Socotora, ont été naturellement réunies à l'Afrique, à laquelle elles appartiennent plus spécialement. Quant aux Antilles, plusieurs considérations que le lecteur comprendra facilement exigeaient qu'on leur consacrât une notice à part. On leur a, en conséquence, réservé une place spéciale dans le dernier volume sur l'Amérique.

L'UNIVERS

s DS X.'OGÉAN,

Par m. FRÉDÉRIC LACROIX,

DE l'Île de frange.

BS^S^C^^^O^

ILES ORGADES.

Description générale. Les Orcades forment un archipel d'une trentaine d'îles, situé entre le Pentland - Firtii au midi , l'océan Deucalédonien ou Atlantique à l'ouest, et la mer du Nord au nord et à l'est. Elles gisent par 58M2' et 59° 22' de latitude nord, et par 4° 36' et 5° 35' de longitude occidentale. Appelées Orkney par les Anglais, les Latins leur ont toujours donné le nom d'Orcades. On ignore l'étymologie de ce nom. Quelques-uns le font dériver d'0rcâ!5, dont Ptolémée fait un promontoire du comté de Caithness sur la côte septentrionale de l'Ecosse ; d'autres en rapportent l'origine à quelque colonie picte qui s'y établit dans les premiers temps de l'histoire moderne. Quant au nom anglais, on ne l'explique pas mieux.

Ces îles sont situées dans la zone tempérée. Le plus long jour y est de dix-huit heures et quelques minutes; il fait si clair à minuit, dans la plus grande partie du mois de juin , qu'on peut, à cette heure, lire une lettre dans sa chambre. Cependant, comme le fait observer Wallace, il ne peut être vrai que du sommet de la montagne de Hoy, dans l'île de ce nom, on puisse apercevoir le disque du soleil à minuit, puisque, au mois de juin, le soleil est autant au-dessous de notre horizon qu'il est élevé au-dessus dans lemoisdedécembre. Bleauqui, le premier, avait avancé cefait, avait prissans doute pour le corps du soleil lui-même, son image réfractée à travers les vapeurs humides condensées à l'horizon.

Les Orcades peuvent être partagées en deux groupes, dont le premier , au

nord, composé de seize îles et îlots, est séparé du second par les canaux , ou j^r^/w, deWestrayetdeStromsay; l'autre, qui comprend le reste des terres, est séparé du comté de Caithness , en Ecosse , par le firth de Pentland. Les nombreux détroits que forment ces îles entre elles occasionnent des courants rapides et dangereux qui augmentent l'action de la mer sur les côtes, et donnent à ces dernières les formes les plus irrégulières. Les côtes du Nord et de l'Est sont généralement belles; celles de l'Ouest, au contraire, se terminent en rochers escarpés , affectant les formes les plus bizarres. « Depuis Dungsby-head , les Orcades, dit Pennant , se rangent le long de l'horizon et présentent la plus charmante perspective. Quelques-unes d'elles sont assez voisines pour offrir la vue distincte des roches de ces promontoires aigus qui soutiennent tout le poids des vastes courants qui viennent de l'Atlantique. D'autres , en s'éloignont, s'effacent davantage , et présentent une belle dégradation successive de monts , que l'œil suit jusqu'aux plus reculés, et dont l'azur terne, se confondant avec celui des cieux, laisse à peine discerner leur élévation au-dessus de l'Océan. »

Avant de nous occuper plus particulièrement de ces îles , nous croyons devoir parler d'abord des mers qui les entourent, et surtout du lirth de Peut- i land , dont la navigation est encore dan- ' gereuse aujourd'hui que les vaisseaux,; mieux construits et mieux dirigés que ceux des anciens, triomphent plus aisément des diflicultés que présentent les

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vents et les courants. Les marées dans le firtli de Pentland et dans le voisinage ' de l'île de Stronia , située à environ quatre niyrianiètres du rivap;e de Caithness en Ecosse, présentent l'aspect le plus effrayant. Elles viennent du nordouest, tandis que le Ilux opposé, qui part de l'île T>ewis , la plus septentrionale des Hébrides, se dirige du sud au nord, de sorte que la mer, qui court sur Stroma et sur Swina et Pictland , placées au milieu du courant, se divise et se brise avant d'y arriver. Les deux courants se confondent ensuite à quelque distance de l'extrémité opposée de Stroma, et n'en forment plus qu'un seul , dont la rapidité est de neuf nœuds à l'heure dans la haute mer et de trois à basse mer. Le choc de ces courants inverses exécute un mouvement circulaire, qui produit dans les fortes marées des tournants en forme de cloche renversée, dont le diamètre le plus large est d'environ un mètre. Ces tournants ne sont point stationnaires et n'ont pas de durée précise; ils se succèdent avec impétuosité, disséminés çà et là suivant l'endroit où se sont heurtés les courants qui les emportent et les reforment successivement. Peu dangereux pour les bâtiments, qu'ils peuventquelquefois pourtant faire pirouetter, ils ne pardonnent point aux petites embarcations. Leur mouvement en spirale ne se faisant pas sentir bien loin de leur centre, les pécheurs qui se trouvent inopinément dans leur dangereux voisinage se hâtent de jeter en avant un corps volumineux, dont la chute détermine aussitôt un nouveau tournant qui at- .tire à lui et absorbe celui qu'ils redoutaient. Cependant , l'espace compris entre les courants déterminés par les marées reste complètement tranquille et comme stagnant. Ces espaces s'étendent quelquefois à trois ou quatre myriamètres en avant des différentes extrémités des îles situées dans le firth de Pentland ou à proximité , et offrent aux vaisseaux une sorte de refuge où ils attendent sans danger que la mer soit redevenue praticable.

Les tournants ou s we le hie s que nous

venons de décrire ne sont pas le phénomène maritime le plus curieux à examiner, ni même le plus dangereux; celui que les Orcadiens nomment roust j)résente des effets encore [)lus extraordinaires. Pennant en donne la description suivante : « Un roc sous l'eau , près du conduent de ces rapides marées, présente un aspect formidable : le courant trouvant un obstacle, fond dessus avec furie, pénètre jusqu'au fond des eaux qu'il émeut, et en rapporte avec lui sable, coquilles, poissons, en un mot ce qu'il rencontre; et le tout, avec les chaloupes ou autres objets qui se trouvent là , est lancé en tourbilPonnant du centre de l'éruption avec une incroyable vélocité; la surface troublée bout par gros bouillons, comme une grande chaudière , et fuit ensuite comme un trait avec une succession de tournants produits par les ébullitions successives. Ces tournants menacent du plus grand danger les petits bateaux , qui sont agités avec une telle violence, qu'alors même qu'ils ne sont pas culbutés, les hommes sont jetés à la mer , pour y périr sans ressource. C'est durant le reflux que les rousts sont le plus terribles ; il en est de même quand le vent souffle de l'ouest, et cela dans le temps le plus calme; mais tant que dure le flux, on les passe sans danger. Les vaisseaux , dans un calme , ne courent jamais risque de toucher une île ou un rocher visible; lorsqu'ils enfilent un courant, ils sont toujours emportés rapidement, mais avec sûreté. »

Après les swelchies et les rousts viennent les wells ou puits, qui se forment dans les courants , encore plus nombreux et plus rapides, qui environnent la petite île de Swina , placée à environ sept mille quatre cent sept mètres au nord de Stroma. Ces wells présentent les mêmes phénomènes que les autres tournants, mais à un degré infiniment plus remarquable.

La multitude d'îles dont se compose l'archipel des Orcades, le peu de profondeur de la mer et l'irrégularité du fond (*), circonstances qui tendent à

(*) Vers le milieu du canal , entre Slrora^

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prouver que la portion sud de cet archipel n'a fait autrefois qu'une seule terre avec l'île Pomona ou Main-land, sont , sans contredit , la cause de la violence des marées dans ces parages, où la mer, resserrée, contrariée, voit accroître la force de ses courants en raison directe des obstacles qui leur sont opposés. Cela est si vrai , qu'au nord de l'île de Mainland les eaux se retrouvant au large, les marées ne sont plus aussi fortes et ne s'élèvent généralement, même durant les équinoxes, qu'à deux mètres cinq cent quatre-vingt-dix-huit millim. ; les vents les plus impétueux ne les peuvent porter au delà de quatre mètres cinq cent cinquante millim.

Le groupe septentrional de l'archipel des Orcades se compose des îles suivantes, en commençant par le nordest et en descendant au sud pour remonter au nord-ouest : North-Ronalshay; elle a trois milles de long sur un dans sa moyenne largeur. Le terrain en est bas et peu fertile. A son extrémité nord sont deux skerries ou rochers à fleur d'eau, l'un, au nordest et nommé Seale, l'autre au nordouest, et connu sous la dénomination d'Altorf.

Sanday : sa forme est très-irrégulière,et sa côte, profondément coupée en plusieurs endroits , offre de bons ports. Sa longueur est de douze milles, et sa plus grande largeur, prise à la hauteur du bourg de Lady-Kirk, est de huit milles. Son terrain est sec et sablonneux. En face de son extrémité nord-ouest est la petite île de Reinabrakay.

Le Sanday-Sound sépare Sanday de Stromsay, qui n'a que six milles de longueur sur trois de largeur , et qui est fréquentée par les pêcheurs qui se rendent aux Shetland. Son port, nom-

el les côtes d'tcosse , on ne trouve que dix brasses de profondeur. Autour de cette île le plus bas fond est de dix-huit brasses. Les sondes varient autour des îles voisines de trois à quarante-six, quand la profondeur des eaux qui environnent l'ensemble des deux groupes n'est que de vingt-cinq brasses.

mé Holland, est en effet assez bon. Au nord est la petite île de Papa, qui n'a qu'un mille de long; au nord-ouest l'îlot (le Nipe, et un peu au-dessous celui de Lingay. L'île d'Auskerry, longue à peine de deux milles sur un de largeur, et qui pourtant a un bourg, forme la pointe sud du triangle que nous avons décrit. Nous trouverons en remontant au nord-est Eday, qui a dix milles de long et cinq dans sa plus grande largeur : elle est complètement inculte. A sa pointe nord-est est la petite île du Calf of Eday. Deux autres plus importantes, et dont l'une se nomme Fayray, séparent Eday de Westray, qui a huit milles de long sur cinq de large. Cette île semble formée de deux îles allongées, dont la plus grande, allant en diagonale du nord à l'est, aurait été rattachée par sa pointe nord au centre de la moins grande, qui descend perpendiculairement du nord au sud. Elle est entourée de skerries et de quatre îlots, dont le premier est placé à l'ouest de sa pointe sud-est; le deuxième, à peu de distance au-dessus du premier et au nord ; le troisième, en race de la pointe ou cap Nouphead, situé au centre de la côte occidentale, à l'opposite du point oij, sur la côte est, vient se réunir la portion qui s'étend de nord en est ; enfin , le quatrième îlot est jeté à l'est de la pointe septentrionale, dans le détroit de Saint-Boniface, qui sépare Westray de Papa-Westray.

Très -fréquentée par les pêcheurs , qui forment d'ailleurs la presque totalité de sa population, Westray ne compte pas moins de quatre bourgs : Our- Lady ( Notre-Dame ) au nord , Piru'a au centre, Kroskirk au sud, et Rapness à l'autre extrémité sud-est.

Papa-Westray est, à l'ouest, la plus septentrionale des Orcades ; elle est quelquefois nommée North-Fara , et a trois milles de long. Vers le milieu de sa côte orientale est placée la petite île de Hoy. Le canal qui sépare les deux îles a reçu le nom de Saint- Tredwell.

Le groupe méridional pourraitencore être subdivisé en trois portions, dont la première, au nord, comprendrait

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les îles entre Rowsay et Shapinsliay ; la seconde, au centre, Poniona et les îles et îlots situés dans les renfoncements de ses cotes; et la troisième, au midi , toutes celles renfermées dans le triangle formé par ïloy à Touest, Stroma au sud, et South-ilonalshay à l'est.

Nous avons eu déjà l'occasion de rapporter l'opinion de quelques géographes au sujet de l'ancienne union de toutes les îles composant ce groupe avec celle de Pomona, la plus grande de toutes; union qui aurait cessé par suite de commotions volcaniques survenues à une époque plus ou moins reculée. Nous sommes loin de repousser cette théorie que nous avons nous - même admise , notamment à propos de la Terre-du-Fçu et des îles Malouines; nous ferons toutefois observer que ce sont là de ces moyens d'explication dont il ne faut pas abuser, sous peine de tomber dans d'inutiles banalités. En effet, il est certain que plus d'une contrée , tant de l'ancien que du nouveau monde , porte l'empreinte profonde de convulsions qui ont modifié sa forme, fait pénétrer la mer dans son intérieur, et isolé ainsi telle ou telle de ses parties; cependant ce n'est pas seulement aux feux volcaniques qu'il faut attribuer ces modifications , et la force des courants a suffi certainement pour produire à la longue des effets tout semblables. Nous ne discuterons donc pas la supposition d'une seule île formée jadis par l'ensemble des groupes dont nous allons essayer de décrire les différentes parties avec la même exactitude que nous l'avons fait pour le groupe septentrional, et en admettant la subdivision que nous en avons proposée, en portion septentrionale, portion centrale et portion méridionale.

Rowsay, la plus septentrionale des îles de la première portion, est située au sud de Westray-Firth : elle a huit milles de long sur six de large. Ses côtes sont peu accidentées. Sa partie nord est montagneuse et couverte de bruyères; le sud est bas et habité. Son sol, assez fertile, produit du blé , de

l'orge et quelques légumes. Entre sa côte sud-ouest et la côte nord-ouest de Pomona est la petite île d'Inhallo; à l'est , et sur la même ligne que cette dernière , est celle de Wire , qui partage le courant qui vient de l'Atlantique. Le Wire-Sound , ou détroit de Wire, sépare Rowsay de l'île d'Egleshay , qui a deux milles et demi de long; celle-ci est assez fertile, et a un bourg du même nom; au nord est un îlot nommé Killa , et à l'est deux autres îlots juxtaposés , et dont le plus considérable est désigné par le nom de Green. En redescendant au sud-ouest de ce dernier, on rencontre l'île de Gairsay avec un îlot presque adhérent à sa côte nord. Entre Gairsay et Shapinshay au sud -est sont deux ou trois îlots, que nous ne mentionnons que pour donner une idée de l'extrême fractionnement de ces terres. Shapinshay, la plus orientale de cette subdivision, est placée au sud de l'entrée du Stromsay-Firth : elle a six milles de long sur environ trois milles de large; elle est fort basse et couverte de bruyère. Elwick, son meilleur port , est placé dans un enfoncement ou espèce de golfe qui se trouve sur sa côte sud , en face de la petite île d'Elgar.

Pomona , dont nous avons fait la deuxième portion de notre subdivision du groupe méridional, Pomona, appelée aussi Maîn-land comme la principale des Shetland, a été désignée par quelques anciens géographes comme formant une espèce de continent. Sa forme est extrêmement irrégulière ; ses côtes méridionales sont en général bordées de rochers, et son sol, bien que peu profond et reposant sur un lit de roche calcaire, est assez fertile. C'est dans cette île, et à l'endroit oij deux golfes au nord et au midi s'avançant l'un vers l'autre produisent un étranglement qui partage presque l'île en deux parties, qu'est bâtie Kirkwall, le chef-lieu de toutes les Orcades. A l'extrémité sud-ouest de l'île est situé le bourg de Cairston , et à l'est de ce bourg sont deux grands lacs qui communiquent l'un avec l'autre et

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avec la mer; ils sont indiqués dans la carte anglaise de Wallace sous le nom de Slennes-Laugh. L'île est sillonnée par plusieurs cours d'eau ; mais aucun n'est assez fort pour mériter le nom de rivière. Dans ces cours d'eau cependant, ainsi que dans ceux que nous avons négligé de mentionner dans les autres îles, on pêche des truites délicates, et souvent du saumon , poisson d'ailleurs tellement commun dans les mers du nord de l'Ecosse, que le peuple en fait sa principale nourriture, et que les domestiques mettent pour condition à leur engagement qu'on ne leur donnera du saumon que deux fois la semaine. Il est vrai que, depuis quelques années, les Anglais sont venus exploiter à leur tour cette branche de commerce, et que, sans diminuer sensiblement l'abondance de l'espèce, ils l'ont pourtant rendue plus rare sur les marchés à certaines époques. Ce détail aurait été mieux à sa place, peut-être, dans la partie de cette notice relative à l'histoire naturelle; on nous pardonnera cette sorte d'interversion, nécessitée par ce que nous avons dû dire des cours d'eau.

Kirkwall , bourg royal, est, ainsi que nous l'avons (lit, la capitale des Orcades. Les Norvvégiens, ses fondateurs, l'appelaient Cracoviaca. Elle est située dans une jolie anse, et son port est assez profond pour recevoir des navires de mille tonneaux. Ses trois cents maisons, couvertes en ardoises, sont répandues, en rues étroites, sur environ un tiers de lieue de longueur.

Elle est le siège de toutes les autorités judiciaires et administratives du comté des Orcades. Ses édiQces les plus remarquables sont la cathédrale, dédiée à saint Magnus, et le palais de l'évêque. Le premier de ces édifices, fondé par Rognwalld, en l'honneur de son cousin, est construit en forme de croix, d'après le système de tous les temples dits gothiques, et son clocher, haut de cent trente-deux pieds , contient un assortiment de cloches qui ne serait pas déplacé dans une église allemande. Le château qu'habitaient les anciens comtes des Orcades a

du être très-fort , et , à en juger par ses ruines, il a dû présenter un aspect majestueux. Il a probablement été construit par l'un des évêques du comté , car on aperçoit encore , sur une pierre scellée dans le mur de la façade, des armes surmontées d'une mitre.

Les Anglais, du temps de Cromwell, ont construit au nord de la ville un fort entouré de fossés, et armé d'une batterie destinée à défendre l'entrée du port. Cette ville qui, entre autres établissements publics, possède une école de grammaire, a été érigée en bourg royal par les Norwégiens. En 14S6, Jacques III d'Ecosse octroya à ses habitants une charte confirmative de leurs anciens priviléges,en leur donnant droit detenircourde justice, de faire des ordonnances et des lois, d'élire tous les ans leurs magistrats, et d'avoir deux marchés, l'un deux fois par semaine, et l'autre trois fois par an, les assimilant, en un mot, sous tous les rapports, aux habitants des autres bourgs royaux. Un point fort remarquable, et qui peut servir à faire connaître l'esprit public des Orcadiens à cette époque, c'est que Jacques III leur accorda, toujours à titre de privilège, le droit de ne point envoyer de représentant au parlement, à moins que leurs propres intérêts ne leur fissent juger cette corvée indispensable. Il est à croire qu'une telle exemption ne viendrait aujourd'hui à l'esprit de personne pour être octroyée ni pour être sollicitée. Jacques V, en 1536, Charles II , eu 1661 , et le parlement d'Edimbourg, en 1670, confirmèrent ces privilèges. Kirkwall est administrée aujourd'hui, comme toutes les communes de l'Angleterre, par un prévôt, quatre baillis et un conseil municipal.

Il nous reste à décrire la troisième subdivision ou portion méridionale de l'archipel :

Hoy, la plus occidentale du groupe, s'étend du nord au sud en s'inclinant d'ouest en est sur une longueur de seize à dix-sept milles ; sa plus grande largeur n'excède pas cinq milles. A son extrémité sud-est est une petite île nonmiée >Vaes, à laquelle elle

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est réunie par un istlime de sable, ▼isible dans les marées basses. Une grande partie de cette île est baute et monta2;n('iise; son fameux pic nommé fVard-IJill, et qui sert de point de reconnaissance aux naviii.'iteurs, a, diton, près de cinq cent vingt-six mètres de liant. Au sommet de ce pic on aperçoit de loin , dans les mois de juin et ae juillet, un point très-brillant, dont on a en vain cbercbé à expliquer la nature ou la cause. Le peu[)le pense que c'est une escarboucle enchantée: Wallace fait observer avec raison qu'il se pourrait (jue cette lueur ne fût que le résultat de la réflexion des rayons solaires par quelque filet d'eau qui suinte au baut du rocher. Au pied du promontoire Waes est la pierre nommée dwarlty-stone ( pierre naine ) :

elle a trente-quatre pieds de long sur dix-sept de large et huit de baut. Elle a été creusée de main d'homme , on ignore à quelle époque; sur l'un de ses grands côtés est une ouverture carrée d'environ soixante-six centimètres de haut, et qui sert d'entrée : elle est fermée par une pierre soigneusement ajustée. On trouve à l'intérieur, et pris dans le bloc même, un lit avec ses oreillers, oi^i deux hommes se peuvent commodément étendre; un banc et un foyer, au-dessus duquel est pratiquée au travers de la pierre une ouverture pour donner passage à la fumée. On prétend que cette singulière retraite a servi d'habitation à un ermite. Vis-à-vis de la pointe nord-est de Hoy est la petite île de Gramsay , puis, sur la même ligne, un îlot, au dessous duquel on en trouve, au sud , un plus grand nommé Cavaij ; en descendant , on rencontre vers 1 est l'île de Fairay, puis celle de Flott ou Flotay, qui a cinq milles de long sur trois de large : entre cette dernière et la pointe nord-est d'Hoy est Svvinthay. Au sud-est de cette dernière est Swinay, et à l'est de ces trois îles s'étend South-Ronalshay, l'une des plus peuplées des Orcades : elle a environ six milles de long sur cinq de large.

Elle produit de bons pâturages, et renferme un bourg nommé Our-Lady

( >'otre-Dame ), comme le chef-lieu de l'île Westray. Vis-à-vis de la pointe nord-est de cette île gît, au milieu du canal de Water-Sound, le petit îlot de Lippa, et au-dessus l'île Jîurra, qui a trois milles de long sur un de large, et produit du blé, de l'orge et du bétail. JNous citerons, seulement pour mémoire, I\Iunday à l'ouest de Burra, et Lamholm, au nord, dans le canal de Ham -Sound.

Les deux îles dont il nous reste h parler ne sont pas généralement considérées comme faisant partie de l'archipel des Orcades : nous croyons pourtant qu'on doit plutôt les y rattacher, surtout celle (le Pictiand, qu'à l'Ecosse, à laquelle appartiennent d'ailleurs les Orcades. Pictiand est située au midi de la partie sud de South- Ronalshay ; dans son voisinage sont disséminés une quantité de ces redoutables skerries qui rendent ces parages si dangereux, et c'est dans les environs de Stroma que se font sentir les swelchies et les rousts dont nous avons parlé au commencement de cette notice.

Stroma, nommée Ocetis par Ptolé* mée, est située à environ deux milles du rivage du comté de Caithness, en Ecosse , et n'a été célèbre autrefois qu'à cause de ses catacombes , où les corps se conservaient intacts pendant un nombre infini d'années. Ce lieu de sépulture existe encore sur une langue de terre qui s'avance dans les flots; mais les portes des cavernes ayant été détruites à la longue, et le bétail s'étant introduit dans ces lieux jusqu'alors respectés, les momies qui y étaient renfermées ont été mises en pièces. Ce coin de la petiteîle de Stroma ne jouit cependant pas seul de ce privilège, dont on retrouve même quelques exemples dans nos climats méridionaux : les habitants de la plupart des îles Orcades conservent, en effet, leurs viandes en les suspendant dans les cavernes du' rivage. Ce phénomène est probablement dû, dit Pennant, à l'écume dft; la mer, qui, battant sans cesse !çs rochers du rivage, imprègne l'air d'un^ sel qui chasse les insectes et les détruiti.

4' Uvraison. ( Des îles de l'Océan. )

L'UNIVERS

Le nom de TJiulé^ si célèbre dans l'antiquité, et surtout parmi les poètes qui manquaient rarement à lui donjier l'épithète d'ultima^ pour exprimer qu'elle était la terre la plus reculée, lie s'est pas présenté sous notre plume dans la nomenclature, trop longue peutêtreet quelque peu ennuyeuse, que nous venons de taire. Plusieurs géographes ont pourtant voulu reconnaître cette île, ou, pour parler plus justement, cette contrée dans l'une des Orcades; Wallace décide que, sans le moindre doute, les écrivains latins ont entendu désigner le nord de l'Ecosse. Ce n'est point ici le lieu de discuter le mérite de ces opinions ; nous renvoyons à la notice sur l'Islande ce que nous avons à dire de Thulé.

Climat et îiature du sol. — Malgré la description poétique donnée par Pennant de l'aspect des Orcades, description que nous avons fidèlement conservée au commencement de cette notice , la surface de ces îles est trèsinegale et d'un aspect triste. Le climat en est très-variable ; les vents de sudouest et de sud-est y sont les plus fréquents et les plus violents : le premier est toujours accompagné de grandes pluies. Ceux de l'est et de l'ouest sont iaibles et de courte durée; ceux du nord-ouest, du nord et du nord-est amènent un temps sec, serein, mais froid. Les pluies y sont fréquentes, surtout sur les côtes ouest : c'est une des causes qui font que la neige, apportée ordinairement par les vents du nord-ouest et du sud-est, ne séjourne que peu de jours sur la terre. Au milieu de juin, le vent du nord, accompagné de neige et de grêle, souffle et îrrête la végétation pendant quinze joirs ou trois semaines. La chaleur m( yenne, dans les Orcades, est de 4-6" ( lléaumur ). Les plus longs jours et les plus longues nuits y sont de dixhuit heures un quart; etenfm, nous remarquerons que d'épais brouillards et des tempêtes incessantes rendent ir' Dossible toute communication avec l'Ecosse durant une grande partie de I hiver, saison pendant laquelle le tonnerre est le plus fréquent.

Le grès pur et le grès brèche forment la base du sol, qui, mélangé de sable , d'argile et de gravier , atteint rarement à plus de deux pieds de profondeur. On trouve dans les montagnes quelque peu de fer et quelque peu de plomb ; mais il n'est point vrai qu'on y rencontre de l'argent et de l'étain.

La chaux est au contraire commune dans un assez grand nombre de ces îles. On a calculé que moins du tiers de leur superficie est cultivé; cependant, et malgré le peu de progrès qu'y a fait l'agriculture , les récoltes en grains suffisent à la consommation.

Les montagnes sont en partie couvertes par des bruyères ; les vallées et les plaines offrent en revanche une végétation plus variée, sans être fort riche toutefois. AYestnaby, vers l'ouest de Pomona, et près du lieu nommé la Maison de Skeil , est un pavé naturel très - extraordinaire , il consiste en pierres de différentes formes, ornées de signes ou figures ; ces pierres reposent sur un lit d'argile rouge adossé à un rocher d'une grande hauteur; la longueur du pavé est d'un quart de mille sur environ vingt pieds de largeur. Ce qu'il y a de curieux, c'est que plusieurs de ces pierres ayant été déplacées, on a trouvé dessous les mêmes signes qui avaient étonné sur leur surface. Bien que cette chaussée soit placée sur un lieu assez élevé, elle est pourtant baignée par la mer dans les temps orageux, et on pourrait attribuer à l'action de celle-ci sur les surfaces molles du rocher les dessins dont nous parlons, si ces dessins n'étaient pas répétés dans des parties à l'abri de tout contact extérieur. Les habitants, peu soucieux de ces merveilles, emploient tout bonnement ces pierres à la construction de leurs cheminées.

Histoire naturelle. — Le frêne, l'épine et le prunier, sont presque les seuls arbres des Orcades; encore n'y viennent-ils que dans des jardins entretenus à grands frais. A Kirkwall, il y a quelques cerisiers et quelques pommiers, mais leurs fruits ne mûrissent que rarement, et ces arbres

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ne dépassent jamais, d'ailleurs, la hauteur des murs de clôture. L'île d'Hoy n'a d'autres arbrisseaux que le rosier sauvage, le genévrier, la fougère e% le niyrtillus. Il est dilïicile de s'expliquer pourquoi les Orcades sont si pauvres en arbres et arbustes, quand, en Norwége , et même plus au nord , on en trouve jusque sur les rochers baignés de tous côtés par la mer. Cette dernière circonstance contredit un peu, à notre avis , l'opinion qui attribue la stérilité des Orcades à la violence des vents qui , soulevant une pluie fine et balayant au loin l'eau de mer, détruit les principes de la végétation. Pinkerton fait remarquer, à ce sujet, que le bouleau, résistant à cette cause de destruction, il conviendrait d'en planter le long du littoral , pour abriter les autres arbres qu'on essayerait d'acclimater dans l'intérieur des terres. On trouve pourtant en mille endroits la preuve évidente que ces îles furent autrefois boisées, puisque souvent, après un violent orage , la pluie qui tombe î^lors par torrents met à découvert de vastes étendues remplies de débris de gros arbres , les uns dans la position oii ils avaient crû , les autres couchés horizontalement, tous dans le même sens comme s'ils avaient été renversés du même choc, ce qui prouve que ces arbres n'ont pas été détruits par une force aussi lente que les brouillards de la mer. La grande quantité de tourbe qu'on exploite aux Orcades est encore un indice de la présence, à une époque reculée , d'arbres et de végétaux aujourd'hui perdus dans les sables.

Le catalogue dressé par Wallace ne donne que cent vingt-huit espèces de plantes. Nous croyons inutile de le reproduire. De toutes ces plantes, dont plusieurs ne se sont trouvées là que comme des échantillons de ce que pourrait produire le sol des Orcades, aucune ne saurait, pour l'utilité, être comparée au varech, ou goémon, d'où on retire la soude à l'aide de la combustion. Cette industrie , pratiquée surtout depuis le dix-huitième siècle, occupe aujourd'hui près de trois mille

personnes , et tous les ans on exporte environ deux mille cinq cents tonneaux de ce sel précieux.

A près un violent vent d'est, on trouve souvent parmi les plantes marines et dans les endroits qui regardent l'Océan occidental, ces phaseoli désignés sous le nom de fèves des Moluques. Un article des Transactions philosophiques^ recueil des Mémoires de l'Académie des sciences de Londres, contient une explication très-plausible de la présence sur les côtes de l'Irlande, de l'Ecosse et des Orcades , de ces plantes qui croissent dans les Indes occidentales; l'auteur l'attribue aux vents, et surtout aux courants.

La morue, l'églefin, le merlan, le maquereau, le turbot, la raie, le congre, la sole et même l'esturgeon, fréquentent les côtes de ces îles. La pêche du hareng, abandonnée autrefois, quoique ce poisson s'y trouve en grande abondance, et suivie avec activité par les Hollandais, a été reprise dans ces derniers temps et donne des résultats avantageux. On y voit aussi beaucoup de marsouins; le souffleur vit en grand nombre dans les mers environnantes. En 1691, près de Kairston, bourg à l'extrémité sudouest de Pomona, on en prit cent quatorze à la fois. Les skerries sont aussi à certain temps de l'année couverts de phoques; quelques baleines apparaissent de loin en loin; mais on trouve surtout beaucoup d'épaulards (espèce de cétacé connu sous le nom scientifique de delphinus orca).

Les coquillages mériteraient une énumération plus détaillée, moins à cause de la variété de leurs espèces que de celle de leurs genres. Wallace en a noté huit dans la seule espèce des buccins, trois dans chacune de celles des nérites et des trochites. Il a surtout appelé l'attention sur la grande huître commune ; il en a vu de si larges, dit-il, qu'on ne pouvait les avaler qu'en les coupant en deux ou trois morceaux ; mais, ajoutet'il, les Orcadiens sont si négligents qu'ils ne se servent presque pas de la drague ; la plupart s'en vont à marée

basse fouiller les rochers et en détacher les huîtres à la pointe du couteau.

Les oiseaux sont en plus grand nombre encore que les poissons. Nous nommerons d'abord parmi les espèces aquatiques : le cygne sauvage , qui pond dans certains lacs de Pomona; le courlis, le pluvier vert, le bécasseau aux pieds rouges, le héron, le pingouin, le petit pingouin, oiseau rare dans le reste de la Grande-Bretagne , et qui fait son nid dans les trous des plus hauts précipices, et le cormoran. La plupart de ces oiseaux, toutes les barnacles ou maquereuses , tous les cravans ou oies nonnettes, se retirent au printempsdansdes latitudes plusseptentrionales ; tandis que le canard à queue d'hirondelle et celui à queue d'épingle viennent, au contraire, se réfugier, en liiver, dans les baies les plus abritées des Orcades. La litorne y fait peu de séjour; elle se retire dès que le poisson, dont elle est avide, s'est éloigné des côtes. L'ortolan de neige est dans le même cas que le canard. Le hibou aux courtes oreilles, ou scop , fait son nid dans la terre, et, plus frileux encore, passe, aux approches de l'hiver, dans les parties méridionales de l'Angleterre. Le guillemot fou ne reste aussi aux Orcades que jusqu'au mois de novembre.

Une espèce d'aigle habite, par couples séparés, aussi bien que le faucon, les parties élevées des rochers. Il est le plus redoutable des oiseaux de proie qui fréquentent ces parages, qu'attriste encore le pétrel, ou oiseau des tempêtes, qui niche dans les interstices des pierres, rase les flots, et effraye, par sa présence de mauvais augure, le matelot superstitieux.

Le guillemot noir est particulier aux Orcades. Cet oiseau, comme le précédent, se loge dans une crevasse de rocher; il y pond un œuf unique couleur d'olive sale, avec des taches rondes, olive plus foncé.

Enfin, le lyre, ou bec en ciseaux, dont la plume est un objet de commerce, aussi bien que sa chair, que l'on sale, se tapit dans la terre parmi les rochers de Hoy ou d'Edday.

Les Orcades possèdent aussi des oiseaux domestiques, tels que oies, poules et canards. On y chasse quelques coqs de bruyère et quelques bécasses.

Il y a beaucoup de porcs et de vaches. Ces dernières, quoique petites , sont bonnes laitières. Quant aux moutons, leur produit ne commence à être de quelque importance que depuis une vingtaine d'années. Les lapins s'y sont , de même que dans la Grande-Bretagne, multipliés d'une manière si prodigieuse, que leur peau seule constitue un article de commerce important. Les chevaux des Orcades , comme ceux des Shetland , ont acquis une certaine réputation , qui commence à pénétrer même en France, où ils ne sont encore cependant importés que comme objet de curiosité et de luxe : on les appelle shelties ou ponies. Ils sont petits, bien faits et vigoureux ; ils errent librement dans les pâturages pendant la belle saison, reconnaissent la voix de leur maître et lui obéissent parfaitement. Les quadrupèdes sauvages ne sont dans ces îles qu'au nombre de cinq espèces : la loutre, le rat brun, la souris commune, la musaraigne puante et la chauve-souris.

Le crapaud est le seul animal vénéneux que l'on y trouve.

Généalogie des Orcadiens. — Les premiers habitants ou possesseurs des Orcades furent les Pietés. On peut apporter à l'appui de cette opinion, et indépendamment des ruines auxquelles les Orcadiens se sont toujours accordés à assigner une origine pictique, la langue norse , qui a été parlée par le peuple jusque vers le milieu du dernier siècle, et qui a la plus grande affinité avec l'idiome gothique, peu dilîerent du teutonique que l'on croit avoir été employé par les Pietés. Ce peuple était originaire de la Germanie; il venait des bords de la mer Baltique, du duché de IMecklembourg et de la Poméranie. Les Orcadiens justifient encore de nos jours la réputation de beauté et de vigueur dont jouissaient leurs ancêtres. L'époque à laquelle cette peuplade germaine descendit aux Or-

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cades est à peu près inconnue. Quelques-uns la font remonter à Tan du monde 4807 ; d'autres pensent qu'ils n'y sont arrivés (jue beaueouj) plus tard et du temps de Keuther, roi d'Ecosse.

Ils racontent ainsi cette émigration :

Les Écossais étaient alors en proie à la guerre civile, et chacun des deux partis comptait dans ses rangs un nombre considérable de Pietés. Ceux de ces derniers qui combattaient sous les ordres de Géthus , leur roi, ayant été presque entièrement détruits, et une invasion des Bretons en Ecosse leur faisant craindre de ne pouvoir résister à ce nouvel ennemi , ils se réfugièrent dans les parties les plus reculées du comté de Caithness, et de là passèrent aux Orcades. Le précis historique qui va suivre nous offrira l'occasion d'entrer dans de nouveaux détails à ce sujet. La rapide excursion que nous allons faire dans ces îles pour en signaler les principales antiquités , y constatera d'ailleurs la présence, à diverses époques, des Pietés, des Danois, des Bretons, et même des Romains.

Monuments antiques et cuinosîtés.

— Des anciens monuments qui restent, dit Pennant, plusieurs sont communs à la Scandinavie et aux anciens habitants de la Grande-Bretagne; d'autres paraissent propres à leurs conquérants du Nord ( les Norwégiens ), Parmi ces derniers sont les bâtiments circulaires nommés Maisons des Pietés, Burghs et Duns. Les premiers sont d'une date moderne, et doivent être rejetés comme n'ayant jamais été l'ouvrage des Pietés; les seconds sont certainement authentiques , et révèlent leurs fondateurs, qui leur donnaient le nom de Borg, défense ou forteresse, mot suéo-gothique. Les montagnards appliquent universellement à ces monuments le nom celtique de Duns, qui signifie une colline défendue par une tour ; on ne les trouve que dans les contrées jadis assujetties à la couroime de Norwége. A quelques exceptions près , ils sont bâtis près de la mer et en vue l'un de l'autre, de sorte qu'un signal quelconque pouvait donner à toute heure avis du danger, et mettre

les habitants à mêiue de se prêter un secours nmtuel. Dans les Shetland et les Orcades , on les appelle le plus souvent JVartow fKard- Hills (montagnes gardées ou montagfies de garde ) ; ce qui prouve qu'il y avait des garnisons. Un ivardmadher ou guetteur, espèce de sentinelle, se tenait sur le sommet, et obligeait tous ceux qui s'approchaient à se nommer. Nous verrons, dans l'aperçu historique que nous donnerons ci-après , que le gakman était un officier de la même espèce que le wardmadher. Ces tours formant une espèce de chaîne le long du rivage des Orcades et des Shetland, tenaient les habitants en sujétion ; elles étaient commodément situées pour protéger le débarquement de leurs compatriotes, qui étaient toujours errants et occupés à des expéditions de pirates. On ne trouve de monuments norwégiens dans aucun autre pays , excepte en Scandinavie.

Ces tours se ressemblent toutes, elles ne varient que dans leur construction intérieure; seulement quelques-unes ont un mur ou une fortification de plus au dehors.

Les Romains n'ont visité ces îles que deux fois : la première, lorsqu'elles turent subjuguées par la flotte d'Agricola; la seconde, lorsque Honorius défit les Saxons dans les mers des Orcades. Une médaille de cuivre de Vespasien, portant une Judée vaincue sur le revers, a été trouvée dans la partie méridionale de Mainland , perdue là sûrement par les premiers envahisseurs , dont plusieurs avaient servi sous l'empereur que nous venons de nommer. Les seules antiquités qu'on ait trouvées dans ce lieu sont six pièces d'airain enveloppées dans des morceaux de peaux sans apprêt. On ne peut dire si elles ont appartenu à ceux qui ont occupé ce camp. Des pointes de flèches et des haches en pierre, des épées faites d'os de baleine, des grains de verre et d'autres antiquités doivent être attribués aux anciens habitants. Les cercles druidiques ne sont pas rares dans les Orcades; les plus beaux sont ceux qu'on trouve à Sten-

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nis, dans Pomona. Au sud delà chaus- ils été placés, ou s'y étaient-ils logés sée de pierres qui sert de port au lac, par hasard? Comme on a découvert on voit une enceinte faite de pierres de semblables animaux dans le coffre hautes de deux à trois mètres et larges qui renfermait l'ibis sacré, on peut de deux, presque toutes épaisses de supposer que la nation à laquelle trente-trois à soixante-six centimètres, appartenaient ces tumuli partageait Entre cette enceinte et le port sont la superstition des Égyptiens sur ce deux pierres isolées de la même di- point. On a tiré d'un cercueil exmension, dont une est percée au cen- trait d'un de ces borrows des centre. A un mille de l'autre côté du port, dres renfermées dans une urne ayant se trouve une autre enceinte de cent une pierre plate pour couvercle! Ce dix pas de diamètre, environnée, com- borrow , différent des autres, apme la première, de larges dalles dont partient à coup sur à un autre siècle quelques-unes sont renversées. Ces que les premiers. Les tumuli étaient deux cercles sont entourés de fossés, des espèces de caveaux de famille; les A l'ouest et à l'est du dernier se trou- cercueils y étaient généralement disvent deux tertres artificiels maintenant posés sur deux rangées. On a cru recouverts de verdure ; on croit qu'ils connaître aussi à Skail, à Stromsay et ont servi de camp à deux armées en- Rowsay , des restes de sépultures nemies; il est plus probable qu'ils ont romaines, mais cette origine nous été autrefois des lieux de sacrifices , semble très-contestable. Il n'en est et qu'ils servaient à recevoir les cen- pas de même des tombeaux danois dres des victimes. Boethius, dans la découverts à Trasnabie , dans l'île de Vie de Mainus, roi d'Ecosse, parle de AVestray. On a trouvé dans une de ces pierres; il les a\)pe\\e temples des cessépultureslesqueletted'unhomme: dieux. On trouve aussi dans le pays il tenait d'une* main un sabre, et de des espèces d'obélisques, ou immen- l'autre une hache. Dans quelques anses pierres semblables à celles qui for- très on a constaté la présence d'ossement les enceintes, mais isolées lesunes ments de chiens, qui auront été prodes autres ; on les considère comme bablement ensevelis avec leurs maîtres, ayant été élevées en mémoire de quel- Dans l'île de Rowsay est situé, enques fameuses batailles, ou comme ser- tre deux montagnes , un endroit apvantdemonumentsfunèbres.Lesmonu- pelé le camp de Jupiter-Fring. Ce nom iiientsdecetteespèce les plus nombreux indique un événement remarquable qui et les plus avérés sont les borrows. s'est accompli là, et dont la mémoire Les sables de Skail, dans Sandwich, ne s'est point conservée jusqu'à nous, dit Pennant, à qui nous empruntons Popidation. — L'histoire de ces îles une partie de ces détails archéologi- si peu connues parmi les nations du ques, sont remplis de borrows circu- continent donne à penser qu'elles dulaires; quelques-uns sont en terre, rent être beaucoup plus peuplées autred'autres sont de pierres recouvertes fois qu'elles ne le sont aujourd'hui; sur de terre. Dans les premiers on a trouvé trente de quelque importance , vingtun cercueil fait de six pierres plates, six seulement sont habitées. Partagées Ils sont trop courts pour recevoir un en dix-sept paroisses, ressortissant à corps dans toute sa longueur. Les l'évêché de Kirkwall , leur population squelettes qu'ils contenaient sont cou- peut être ainsi estimée :

chés les genoux relevés contre la poi- cross et Bumess ..38q

trine et les jambes repliées le long Deamess et soint-André 1,335

des cuisses à la manière de quelques Evie et Rendaii 1,564

tribus sauvages d'Amérique. Il y avait HarVay^tBi^Mv!.'! ".!".!!!".! l'.oi3

aux [)ieds de quelques-uns de ces sque- noim ' 702

lettes , un coffre de joncs renfermant "'/y ^'^ cramsay 410

des os ; dans d'autres on a trouvé une Lady-Riik . . . . . . . . '. . . . . . . . . ' 8o3

multitude depetits escargots.^ avaient- orphir ...... '....'.'.'.. '.'..'.',', 8a6

nnws.iy et Fgiishiiy 1,070 iiiipérieuscs ct SUT lesquelIcs iious ne

souli;"Ronli;i;h;;-:: :::::;:;: ^JJ^ pouvons ici nous étendre, con^por-

stromupss et .Sauciwick 3,oia tcHt uiie liygieiie (jui semit fatole (lans

siromsay et Eday 887 hqs contréos ct avcc nos liahltudes. La

\vêsunyeu>à'K.l\v;s.Vay.::: ,S ^'^"1^^ ^^ l'évt^que ne vaut pas qu'on

' tasse le procès aux pécheurs des Or- Entout.... 23.<,5i hai). cades , SI l'ou veut bien se re[)orter partagés en trois classes : 1" les sei- au temps où cette coutume a subsisté, gnenrs, propriétaires de presque tou- et considérer que dans les pays les tes les terres; 2° les marchands et l>lus renommés pour la sobriété de les artisans ; 3° les fermiers et les leurs habitants , dans les montagnes labow'eurs^ qui forment plus des huit de la Suisse par exemple, on peut cidixièmes du nombre total (*). ter des écarts tout aussi singuliers. Mœurs et usages. — Cette petite Quant au climat, il est plus diflicile de population, évidemment formée du le défendre en présence du scorbut, mélange de plusieurs nations du nord de la consomption et des fièvres interde l'Europe, a, comme nous l'avons mittentes : celles-ci sévissent chaque déjà remarqué, conservé plus soigneu- printemps . Malheureusement la mésement les caractères extérieurs de la decine a de la peine à se mettre en race picte, qui semble en former ainsi crédit dans les Orcades ; le règne des la souche principale. Les Orcadiens, charlatans y est encore dans toute sa en effet, sont assez grands, robustes, splendeur, et celui des sorciers n'est et ont en général une physionomie pas près d'y finir. La cause de cette agréable. Les femmes surtout sont dernière disposition est dans l'estrès-joiies; elles sont fécondes , et ont prit religieux des Orcadiens. En audes enfants dans un âge très-avancé, cun autre lieu, peut-être, sans en ex- En 1683, une femme de soixante-trois cepter l'Espagne ni le Portugal , on ans accoucha d'un garçon ; et , dans ne trouve , toute proportion gardée , le siècle suivant, un des propriétaires autant de chapelles et de fondations du pays eut un fils à l'âge de cent pieuses. L'église de ce pays, ainsi que ans, et vécut assez pour voir les en- celle des Shetland, était jadis sous la fants de ce fils. On attribue cette Ion- juridiction d'un même évêque. Ce gévité à la salubrité de l'air et à la diocèse était alors fort riche, l'évêque vie simple et frugale des Orcadiens. étant le seigneur temporel et le pro- Ces deux points, il est vrai, sont fort priétaire de la presque totalité du sol. contestés, le dernier surtout : les ha- Mais à travers les révolutions sans bitants de cet archipel consomment, nombre dont les Orcades furent le en effet, une énorme quantité de bière théâtre , cet état de choses changea , forte; il n'y a pas longtemps encore, et la réformation acheva de ruiner le ils jugeaient du degré de confiance que riche prélat. L'évêque, aujourd'hui méritait un nouvel évêque par l'aplomb presbytérien , ne tire guère plus de 10 avec lequel il s'entonnait une énorme à 15 mille francs de son siège. coupe remplie d'ale. Toutefois, il faut En somme, de bien faibles traces en convenir, un climat sombre, froid des mœurs antiques se sont conservées et humide, et une existence passée parmi les Orcadiens; ils semblent tout entière soit à la pêche dans des prendre à tâche d'imiter les habitudes mers incessamment tourmentées, soit des Écossais , leurs voisins et presque à la chasse, que les Orcadiens prati- leurs frères, dont ils copient jusqu'à quent, comme les habitants du Goze l'accent, au lieu de conserver celui qui près de Malte, en se laissant glisser le aurait pu rappeler leur origine dalong des rochers où s'abritent les oi- noise ou norwégienne. Ils sont intelseaux, d'autres circonstances non moins ligents, polis, hospitaliers, et éminemment susceptibles d'être entière-

(*) Encyclopœdia Britannica. ment civilisés.

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Industrie, commerce. — L'industrie s'alimente de quelques fabriques peu florissantes de gros draps, de bas et de couvertures de laine; les fabriques de toile et les filatures de lin sont plus importantes; mais, de toutes les industries, la plus productive est celle qui a pour objet l'extraction du sel de soude, et dont nous avons parlé à l'article de l'histoire naturelle. Les autres objets d'exportation consistent en bestiaux, porcs, beurre, suif, peaux, poisson salé, huile et plumes de lyre.

On envoie aussi au marché de Londres pour environ 25,000 liv. de homards chaque année ; mais la valeur de ces exportations, qui n'ont lieu que pour la Grande-Bretagne , et qui peuvent être estimées à un million, est à peu près balancée par celle des importations, ([m se composent principalement de bois, fer, lin, tabac, savon, divers outils en fer, draps larges, toiles imprimées, et tissus de coton.

Histoire des Orcades. — Jean Bromton, dons sa Chronique du règne de Henri II, d'Angleterre, dit que Garguncius, (ils de Bélin, roi de la Bretagne, trouva aux Orcades, à son retour de la Dacie, des Basques qui, venus d'Espagne, cherchaient des terres pour s'établir, et qu'il les envoya dans l'Hibernie, alors déserte, après leur avoir donné pour chefs quelques-uns de ses officiers. Ce Garguncius était neveu de Brennus, par qui Rome fut prise l'an 375 avant Jésus - Christ. Trithème , dans son Abrégé des chroniques, raconte que , 97 ans plus tard , un roi des Orcades déclara la guerre aux Sicambres ou Francs, à l'occasion d'une injure personnelle. Buchanan parle d'une descente que les Orcadiens auraient faite en Angleterre , sous la conduite de Bels, leur roi , et dans laquelle, repoussés par un roi d'Ecosse, ils auraient péri jusqu'au dernier. Bels lui-même, désespéré du mauvais succès de son entreprise, se serait tué de sa propre main. La date de cet événement est fort incertaine; on ne peut cependant la fixer après la 12*" année avant Jésus- Christ , ni avant la 29^ Saxon le

grammairien rapporte encore une circonstance qui prouverait que les Orcades avaient déjà une importance véritable à l'époque de l'apparition du Christ. Hermann, dans son Tableau de la conversion des gentils , assure que saint Paul alla prêcher dans les Orcades. Eutrope, Orose et Bède prétendent que l'empereur Claude soumit les Orcades ; mais cette assertion est réfutée par d'autres écrivains, et surtout par le silence de Tacite, qui dit expressément qu'avant l'arrivée d'Agrippa, l'an 81 du Christ, cette partie de la Grande-Bretagne était complètement inconnue aux Romains. Campden et Mercator affirment que, lors de la chute du pouvoir romain dans les Iles Britanniques , les Pietés s'emparèrent des Orcades. Cette opinion semble cependant moins probable que celle qui attribue à l'une des nombreuses nations gothiques la succession des Romains. En effet, Herrald , le premier comte des Orcades dont il soit fait mention , et qui vécut dans le même temps à peu près que le poète Claudius , porte un nom goth et non picte. Belim, roi d'une partie du Danemark, combattit et tua ce comte , dont il offrit les Etats à Thorstein, qui les refusa.

Ils passèrent alors à un nommé Angantyr, à la condition d'une redevance annuelle. Les historiens font l'éloge de la prudence et de l'activité dénloyées par ce comte , tant pour le bien de ses sujets que pour celui des malheureux que la tempête jetait sur les côtes inhospitalières de ses îles. 11 avait établi, sous le nom de gackmann, des sentinelles qui se tenaient sur le haut d'une tour placée près du rivage , et étaient chargées d'avertir toutes les fois que des embarcations demandaient du secours ou paraissaient en avoir besoin. Le gackmann était armé d'une énorme corne ou rylhon , qu'il vidait et remplissait sans cesse d'une liqueur fermentée qui l'empêchait de s'endormir ou de s'ennuyer.

La charge de gackman était exercée dans le palais d'A ngantyr par ses propres courtisans et à tour de rôle. Un jour qu'on l'avait confiée à un certain

Hallvadus, celui-ci aperçut un navire étranger, qui, dans l'état de délabrement le plus complet, ne pouvait atterrir. Ce navire portait Frithiof , lils de Tliorstein , qui avait refusé la souveraineté des Orcades, et à la mémoire duquel Angantyr rendait, à cause de cela, un culte de pieuse reconnaissance. La réputation de bravoure et de force musculaire du jeune primée danois était déjà parvenue jusqu'aux Orcades; aussi lorsque le gackmann, jetant son rytbon par la fenêtre de la cbambre où le comte était à table en ce moment , appela au secours des naufragés , ne manqua-t-il pas d'ajouter qu'il apercevait un bomme qui apportait à terre, et un à un, ses compagnons sur ses épaules, et que cet bomme ne pouvait être que Frithiof. Angantyr donna aussitôt l'ordre d'aller à leur rencontre, et, se rendant sur le rivage, il permit, pour s'assurer de l'identité de son nouvel bote, que le plus redoutable des chefs de pirates qui l'entouraient provoquât au combat le jeune Danois exténué de fatigue : « Vos mentons barbus ne me font pas peur, répondit Frithiof, et je suis prêt à me mesurer seul contre dix d'entre vous. »

Cette épreuve, tout à fait dans le goût les héros d'Homère, suffit au comte oour lui faire reconnaître le fds de son bienfaiteur; il l'accueillit avec les plus :;rands honneurs, le retint jusqu'à la Délie saison, et ne le laissa repartir jue comblé de présents pour lui et pour e roi de Danemark , leur commun suzerain.

Si le berceau des grandes nations 'este couvert de voiles impénétraîles, si la critique ne peut pas touours réussir non -seulement à discerner la vérité sous le merveilleux iont chaque peuple aime à entourer 5on enfance, mais encore à préciser 'époque des faits les plus importants ^t les plus avérés, on conçoit que l'histoire des Orcades, dans ces temps reculés, n'est pas chose facile à écrire; :e n'est donc qu'en faisant toutes réserves que nous continuons notre malyse.

Vers Tan 617, les Orcades formaient de nouveau un royaume sous l'autorité de Ganbald , contemporain d'Edwin , roi du INortbumberland. Plus tard, Ragnar Lodbrok, roi de Danemark , les soumettait , ou , pour mieux dire, les saccageait de nouveau et les donnait à son fds Fridless. Du temps d'Harald à la belle chevelure , vers 854, elles paraissent avoir été gouvernées par Kenneth II, roi d'Ecosse. Ce point, fort peu important par lui-même , a été le sujet de longues discussions entre les infatigables savants du moyen âge, les uns prétendant que les Orcades ne pouvaient appartenir à l'Ecosse, puisque l'Ecosse elle-même était alors sous la domination de la Norwége; d'autres restreignant cette domination à quelques colonies envoyées par cette puissance sur les côtes de l'Irlande.

A partir d'Harald aux beaux cheveux , les faits deviennent plus distincts et les dates plus sûres. Lorsque ce souverain , pour obéir aux caprices de la jeune fdle qui n'avait voulu accorder sa main qu'au maître de la Norwége entière , eut , de proche en proche, porté ses armes victorieuses jusqu'en Ecosse, les Orcades, enveloppées dans cette longue série de conquêtes chantées par Horn KIors, changèrent encore une fois de maîtres. Le comte Rognvald, fds d'Eystein, avait perdu son fils dans un combat, et Harald , pour le récompenser de sa fidélité, et pour réparer autant qu'il était en lui cette perte cruelle, lui donna ces îles, libres de tout tribut et de toute redevance, sans autre charge, en un mot, que de relever directement de la couronne de Norwége. Rognvald céda bientôt son nouveau titre à son frère Sigurd , qui , ayant fait alliance avec Thorstein le Roux, soumit à son obéissance une partie de l'Ecosse. Ici trouve place, à propos de la mort de ce comte, une de ces histoires que, malgré leur invraisemblance, il est bon de conserver , parce qu'elles peignent les mœurs de cette époque. Il y avait en Ecosse un comte noirimé Melbridge , surnommé la Grosse-Dent ,

L'UNIVERS

parce qu'il avait, en effet, une dent qui faisait saillie en dehors de ses lèvres. Une conférence avait été arrêtée entre ce seigneur et Sigurd. Chacun devait s'y rendre accompagné seulement de quarante cavaliers. Sigurd craignant que l'Écossais ne profitât de cette circonstance pour lui dresser un piège, et ne se fît suivre par un plus grand nombre d'hommes, imagina de placer deux cavaliers sur chaque cheval. IMelbridge s'en aperçut : « Sigurd nous trompe , dit-il , je vois deux jambes pendues à chaque flanc de ses quarante chevaux. ■» 11 était trop tard pour revenir sur ses pas, il exhorte seulement ses hommes à vendre chèrement leur vie et les dispose à tout événement. Sigurd voyant qu'il a été deviné, n'hésite plus : il fait mettre pied à terre à ses quarante fantassins chargés de le soutenir, et se précipite avec ses quarante cavaliers sur les Écossais, qui se font courageusement tuer jusqu'au dernier. La tête d'un ennemi a, chez toutes les nations à demi sauvages , été considérée comme le plus glorieux trophée; les Arabes n'ont pas eticore, de nos jours, renoncé à parer de cette horrible dépouille le pommeau de leur selle; Sigurd attacha la tête de Melbridge à l'un de ses étriers; mais voilà qu'en voulant précipiter sa course et donner de l'éperon à son cheval , son talon se plante précisément dans cette énorme dent dont nous avons parlé. Le vénérable et docte Torfaeus, à qui nous empruntons ce détail, ajoute sérieusement que cette dent , qui , comme toutes les dents humaines, portait avec elle un poison actif, donna presque subitement la mort au traître Sigurd , que sa généreuse indignation ne peut flétrir de termes assez iforts.

Son fils Guttorm lui succéda. Ce Thorstein le Roux, qui l'avait aidé dans ses conquêtes , mérite d'arrêter un instant notre attention. Il était fils d'Oiaf, roi de Dublin, et, en^conséquence de cette royale origine, il avait lui-même érigé en royaume les terres qui lui étaient échues en Ecosse. A peine Sigurd, son protecteur, était-il

mort , que les Écossais , fatigués de son joug, conspirèrent contre lui et le tuèrent. A cette nouvelle, sa mère, qui se trouvait alors dans le comté de Kaithness , s'enfuit secrètement aux Orcades, où elle maria sa petite-fille • à Dungas, comte de Kaithness. De cette union naquit Grelod , qui épousa dans la suite Thorfinn, le coupeur de têtes , l'un des comtes des Orcades.

Andar était une femme d'un rare courage , et si ce qu'on raconte de ses derniers moments est vrai , elle était de beaucoup supérieure à son siècle.

On dit que, sentant sa fin approcher, elle fit préparer un grand festin , auquel elle invita tous ses parents et tous ses amis, qu'elle en fit gaiement les honneurs, et, après avoir distribué à chacun d'eux un présent proportionné à sa dignité, les entretint de discours où la grâce s'aliiait à la plus austère sagesse; puis les ayant assignés à trois jours pour une nouvelle fête, où devaient se régler ses funérailles, elle mourut paisiblement la nuit qui suivit cette dernière et solennelle entrevue.

Guttorm n'occupa qu'un an la place de son père Sigurd, et les Orcades revinrent, par droit de succession, au comte Rognvald, son oncle, qui déjà en avait refusé la souveraineté, et qui, voulant la céder de nouveau à son fils llallad , désira toutefois que le roi de Danemark sanctionnât encore cette transmission. Dès qu'Hallad eut reçu l'investiture sollicitée en sa faveur, 'il se retira dans l'île de Rowsay, et là, caché comme dans une caverne, il s'endormit dans la mollesse et la débauche, laissant les pirates piller et ravager les autres îles, et ne s'en inquiétant pas plus que si cesîlesnelui eussent point appartenu.lien vintà ce pointd'avilissement, que, lassé des plaintes de ses malheureux vassaux, il aima mieux abdiquer que de se mesurer avec ses ennemis.' Rentre en Danemark après cette lâcheté, il fut dégradé de sa noblesse, et traîna dans l'obscurité une existence ignominieuse.

Après le départ d'Hallad , deux pi-"»

rates danois, Thorer ïreskegg et Ralf

DES ILKS DE L'OCIUN.

Scurfa, s'emparèrent des Orcadcs restées à la disposition du premier oeeupant. Dès que le vieux comte llognvald apprit eette nouvelle, il assembla ses cinq autres (ils, et après avoir maudit llallad, qui venait de ternir l'honneur de sa famille, il leur demanda lequel d'entre eux se sentait le courage de réparer cet affront. Kinar, le pins jeune de tous , et qu'il avait eu d'une concubine, fut cependant choisi par lui de préférence à deux autres de ses frères, connue étant celui qui, par sa naissance et ses dispositions, lui donnait le moins d'espérances pour soutenir en INorwége la gloire de son nom. Einar partit avec deux vaisseaux, et ayant rassemblé çà et là le plus de troupes possible, il aborda aux Orcades, attaqua les deux corsaires Thorer Treskegg et Kalf Scorfa, et les défit complètement. Ce comte reçut le surnom de Torf , parce qu'il enseigna le premier aux Orcadiens à extraire de la terre, comme \\ l'avait vu pratiquer en Ecosse, la tourbe destinée à remplacer, pour le chauffage, le bois qui manque totalement dans ces îles. Harald vieillissait ; ses fils, indignés de voir les provinces de la Norwége partagées, à leur détriment, entre ses vieux frères d'armes , résolurent de se faire leur part. L'un d'eux, Halfdann, tomba à l'improviste sur les Orcades, et força Torf-Einar à chercher un refuge en Ecosse ; mais celui-ci étant revenu en force, dès l'automne suivant, le défît à son tour, et, étant parvenu à s'en emparer, le pourfendit de sa propre main, s'il faut en croire Torfacus , qui ajoute qu'en manière d'actions de grâces Torf-Einar consacra à Odin les entrailles d'Halfdann. Ces atrocités se passaient vers l'an 893 de Jésus-Christ. Les frères d'Halfdann , déjà réconciliés avec Harald, brûlaient de punir Torf-Einar, dont eux-mêmes avaient tué le père ; mais Harald les contint jusqu'à ce que, irrité lui-même par les poétiques bravades du comte des Orcades , le plus intrépide faiseur de ballades de son temps , il vînt lui demander raison du meurtre de son fils, Torf-Einar se sauva encore une fois

en l^^cosse, d'où il traita de sa rançon et de celle de son comté moyennant soixante livres d'or. Son règne, dont les counnenceinents avaient été si orageux , fut ensuite, pendant longues années, paisible, et même heureux.

On ignore l'époque de sa mort.

Dans ces temps reculés, alors que le peuple n'étant compté pour rien , une nation se réduisait, en réalité, au plus ou moins grand nombre de petits souverains, alliés plutôt que feudataires d'un suzerain toujours inquiet pour son autorité , l'histoire de presque tous les règnes se ressemble , et, qu'il s'agisse d'un petit coin de terre ou d'un grand État , les enseignements à en tirer sont les mêmes. On nous pardonnera donc de traiter des faits et gestes des comtes des Orcades, avec la même gravité que Tacite racontant les gigantesques aberrations des maîtres de l'ancien monde. Harald aux beaux cheveux était mort, laissant deux fils, Eiric Blodox et Hacon. Héritier légitime du trône deNorwége, Eiric jugea inutile de se concilier l'affection de ses vassaux ; Hacon, ainsi que cela s'est pratiqué de toute éternité parmi les chefs des branches cadettes, ne manqua pas de tenir une conduite toute contraire , de sorte que , quand son frère voulut le rappeler à ses devoirs, ce fut lui qui lui imposa silence et le força à se retirer en Angleterre. Arnkell et Erlend , fds de Torf-Einar, et qui paraissent avoir joui ensemble du comté des Orcades, restèrent presque seuls fidèles à la fortune d'Eiric, et l'accompagnèrent dans les nouveaux États que Adalstein lui céda dans le INorthumberland, à la seule condition, aussitôt acceptée, d'embrasser le christianisme, lui et les siens ( l'an 940 de Jésus-Christ ). Ils se firent même tuer avec lui lorsque Edmond, successeur d'Adalstein, voulut recouvrer ce fief pour le donner à son tour à quelque nouvel ami. Cependant les Orcades ne paraissent pas être restées sans maître pendant l'absence des deux comtes dont il est parlé plus haut , puisque l'histoire rapporte qu'après leur mort et celle d'Eiric , arrivée en 941 , la

veuve de ce dernier reçut, pour passer en Danemark, aide et' assistance d'un ïhorfinn Hausakliaf, comte des Orcades, au fils duquel (*) elle donna même sa fille en mariage. Ce Thorfinn est représenté comme un prince magnanime, un guerrier habile et valeureux, enfin comme un homme du plus haut mérite. Nous ne connaissons de lui que deux choses fort indifférentes pour sa gloire , à savoir : qu'il fut inhumé dans Rognvaldzeya, et qu'il laissa cinq fils: l'un, Arnfmn, épousa Ragnhild, fille d'Eiric de Norwége, femme sanguinaire qui devint successivement, et par l'assassinat, l'épouse et la veuve de deux frères et de l'un de leurs neveux. C'est à l'occasion de Lioth, son dernier époux, que l'Ecosse exerça pour la première fois, par suite de l'anarchie de ces temps déplorables, le droit de suzeraineté sur les Orcades; droit que, plus tard, elle devait acquérir légitimement.

Sigurd , iils de Landon , remplaça dans la souveraineté des Orcades son père, le dernier des enfants de Thorfinn et la dernière victime de Ragnhild. Ce prince fut, sauf la différence du temps, un souverain aussi habile, un guerrier aussi intrépide et aussi heureux que celui qui le premier avait illustré ce nom. Indépendamment du comté de Kaithness, qu'il retenait en dépit de Kenneth III, roi d'Ecosse, il paraît avoir été maître d'une partie de la Russie, de la Moravie et du Sunderland. Il envoyait, en outre, chaque année, une flotte ravager et piller les côtes d'Ecosse et d'Irlande, et percevoir un tribut aux Hébrides. Ces expéditions n'étaient point alors considérées comme elles le furent quelques siècles plus tard; le plus hardi pillard était le plus respecté. L'histoire ancienne a cela de bon, qu'elle fait aimer le temps présent. Le règne de Sigurd II , fort mêlé d'incidents , ne présente que trois faits dignes de notre attention : il ressort du premier, relatif seulement à l'établissement d'une

(*) Arnfmn qui plus tard succéda à son père.

sorte de cour, que le blason était déjà en usage dans ces temps reculés ; du second, que le christianisme ne dut pas à la vérité de ses dogmes son établissement dans les Orcades ; voici en quels termes l'auteur de la Saga Orkneijimja raconte la conversion de Sigurd : « Le roi de Norwége Olaf, revenant d'une course , aborda aux Orcades, enleva le comte, qui n'avait en ce moment qu'un seul bâtiment retenu dans le port de Rowagg , et ne lui laissa la vie qu'à la condition de recevoir le baptême et de travailler à la conversion de tous les Orcadiens.

Pour gage de la complète exécution de ce traité, Olaf emmena comme otage en Norwége Hvelp, fils de Sigurd. Mais celui-ci étant mort peu d'années après, son père refusa de se reconnaître plus longtemps le vassal d'Olaf » Le troisième fait éclaircit un point d'histoire beaucoup plus important :, provoqué au combat par un comte d'Ecosse, qui assigna lui-même et sur ses propres domaines le terrain sur lequel se vida cette querelle, Sigurd fut obligé, pour se composer une armée, de rendre à tous les Orcadiens leurs terres précédemment engagées à leurs seigneurs particuliers, soit par suite d'emprunts, soit par suite de redevances non acquittées. « Ce qui prouve, dit ïorfaeus, que pas plus dans les Orcades qu'en Norwége et ailleurs , les princes ne pouvaient, suivant leur bon plaisir, forcer les citoyens à servir hors des frontières de leur patrie. »

Sigurd II mourut dans un combat auquel il était venu prendre part en Ecosse, dans l'espérance d'ajouter de nouvelles terres à celles qu'il possédait déjà ( 1013 ). A la nouvelle de sa mort, ses trois fils Sumarlid, Rrus et Einar, se partagèrent ses États. Thorfinn , le plus jeune , eut pour lui le comté de Kaithness et le Sunderland, dont Malcolm d'Ecosse, son aïeul maternel , lui confirma la souveraineté.

Ces princes différaient complètement de caractère : Einar, rude de langage, âpre de manières et laid de visage, ne rêvait que dangers à affronter, que grandes choses à accomplir. Brus, au

DES ILES DE L'OCËAN

contraire, (5tait doux, facile, studieux et éloquent. Sumarlid lui ressemblait, il est vrai, en presque tous ces points, mais il mourut peu après ce partai^e, ne laissant point de postérité. ïhorlinn réclama alors son tiers dans la possession des Orcades. Einar s'y refusa, en disant que la part qui lui avait été faite en Ecosse valait mieux à elle seule que toutes les Orcades; et Brus, plus juste, s'etant empressé de mettre a la disposition de son jeune frère le tiers de ce qu'avait laissé Sumarlid , Einar s'en empara. Son esprit inquiet et aventureux ne lui permettait pas de laisser un moment de repos à ses sujets. Mais bientôt ceux-ci murmurèrent, et lui firent connaître par l'intermédiaire de Thorkell, l'un des principaux d'entre eux , que la famine se faisait déjà sentir à cause du manque de bras pour cultiver les terres : par suite de cette calamité, il allait leur devenir impossible de fournir aux levées qu'il ordonnait chaque année, pour guerroyer sans autre profit que des dépouilles dont lui seul se réservait la propriété. Le pouvoir des seigneurs sur leurs vassaux était bien exorbitant à cette époque, puisque nous ne voyons pas que ces représentations aient eu le moindre résultat. Nous trouvons, au contraire, qu'à quelques années de là, Thorfinn, toujours relégué en Ecosse , ayant de nouveau réclamé son tiers dans la souveraineté des Orcades , le pacifique Brus, pour mettre lin à ces démêlés , et pour obtenir d'Einar qu'il accordât à Thorfinn sa part légitime, conclut avec son avare frère un arrangement par lequel il lui cédait ses propres domaines, sinon en toute propriété, du moins pour en jouir à titre d'usufruitier, jusqu'à ce que le décès de l'un des deux vînt rendre le survivant unique possesseur des fiefs ainsi réunis.

Cet accord , par lequel Brus sacrifiait l'avenir de son fils à Einar qui n'avait point d'enfant, paraît aux historiens danois une preuve que les Orcades étaient un fief mâle qui ne passait point aux filles. Nous avons peine à nous rendre compte des motifs qui ont pu leur faire tirer de ce fait une telle con-

clusion , à moins que quelque autre clause de ce traité n'ait prévu que dans le cas où Einar, héritier de son frère, décéderait ne laissant que des filles, le fief passerait au fils de Brus. Quoi qu'il en soit de ce traité, nous verrons qu'il ne fut pas exécuté dans la suite sans de vives réclamations de la part de celui-là même dans l'intérêt de qui il avait été conclu. Ce Thorkell, qui s'était chargé de présenter à Einar les justes réclamations des Orcadiens , n'avait pas laissé d'être profondément blessé du peu de cas que son souverain avait fait de ses avis, et s'était depuis lors retiré en Ecosse auprès de Thorfinn , qu'il avait surtout excité à réclainer son tiers. Ce motif de querelle lui échappa ; alors il eut recours à la ruse : feignant d'avoir peur que la colère d'Einar ne l'atteignît en Ecosse, il obtint de Thorfinn la permission de se rendre auprès d'Olaf , roi de Norwége; il eut à lutter contre les répugnances de ce monarque, qui regardait probablement en pitié les misérables discussions de deux princes pirates se disputant la jouissance de quelques rochers pauvres d'hommes et de productions ; mais il intrigua avec tant d'adresse, qu'il décida le roi à se porter médiateur entre eux , quand il aurait pu intimer ses ordres à Einar et les lui faire exécuter. En conséquence, Olaf envoya un vaisseau à Thorfinn , en faveur de qui il avait été prévenu par Thorkell , et l'invita à se rendre auprès de lui. Thorfinn n'eut garde de refuser cet honneur, qui excita sans doute la jalousie de son sauvage frère. Ce n'était là pourtant que le prélude des grâces qu'Olaf voulait répandre sur lui, et le commencement de l'exécution du plan secrètement arrêté par Thorkell, qui faisait ainsi, et à leur insu , servir deux volontés de rois à ses projets de vengeance. L'année suivante, en effet , Olaf voulut faire rentrer lui-même Thorfinn dans le tiers de la souveraineté des Orcades. Einar s'émut, rassembla des troupes, fit mettre ses vaisseaux à la mer : c'était là que l'attendait Thorkell ; mais le bon Brus, l'homme de la paix, intervint

L'UNIVERS

de nouveau, et Einar, de son côté, réfléchissant aux forces que la Norwége pouvait en un instant diriger contre lui, feignit de consentir à une réconciliation, qui ne pouvait être franche ni d'un côté ni' de l'autre. Des festins homériques furent échangés , et Olaf s'en retourna convaincu que sa présence avait suffi pour éteindre ce vaste incendie. Il n'en était rien. Einar n'avait pas été longtemps à s'apercevoir du rôle que s'était donné Thorkell ; mais peu habile à dissimuler, il s'était facilement laissé deviner par celui-ci, qui comprit que le temps était venu où l'un des deux devait disparaître devant l'autre. Nous appelons l'attention sur cette partie de notre récit , que nous extrayons presque textuellement de Torfaeus et de la Saga Orkneyinga; elle offre quelques détails de mœurs intéressants.

Einar avait a recevoir les premières civilités de Thorkell, car alors un souverain des Orcades savait gré à son vassal d'une invitation à dîner; celui-ci, qui avait fait de son mieux pour recevoir le comte, et qui devait le reconduire, le soir, à l'habitation particulière qu'il lui avait fait préparer, remarqua pourtant chez lui une certaine préoccupation de fâcheux augure. Il soupçonna qu'on pourrait bien avoir préparé quelque embuscade sur le chemin qu'il aiirait à suivre pour rentrer chez lui. Il voulut s'en assurer. Traînant donc le temps en longueur, il dépêcha des éclaireurs, qui revinrent lui annoncer qu'en effet ils avaient découvert, en trois endroits différents , des soldats à l'affût. 11 n'y avait plus à hésiter. Il fait secrètement et en toute hâte mander ses domestiques, ses fermiers, tout son monde , et , sous de futiles prétextes, il retient Einar, impatient de partir. La salle du repas était oblongue ; aux deux extrémités étaient placées deux portes vis-à-vis l'une de l'autre, et le foyer était établi à terre au milieu de la pièce. Einar restait assis à la place d'honneur , pendant que Tiiorkell , feignant de soigner le feu ou de veiller au service, allait et venait par l'une et par l'autre porte afin

de presser lui-même ses amis. Lorsque tout fut disposé, il rentra une dernière fois, suivi d'un Irlandais qui commença d'abord par fermer soigneusement la porte à laquelle veillaient les gardes d'Einar. Celui-ci demandai alors h Thorkell s'il était décidément' prêt à partir; aussitôt, et pendant que Thorkell lui répondait qu'il était à ses ordres, l'Irlandais déchargea sur la tête du comte un coup d'épée qui l'envoya tomber la face au milieu du feu.

Thorkell et les siens s'échappèrent en toute hâte et se réfugièrent encore auprès d'Olaf , qui ne leur fit pas plus mauvais accueil que si de telles façons d'agir avaient été la chose du monde la plus simple et la plus naturelle.

L'affaire du tiers réclamé par Thorfinn et arrangée par Brus fut de nouveau remise sur le tapis à la mort d'Einar. Brus , en effet , se fondant sur le traité dont nous avons parlé, commença par s'emparer des deux tiers dont son frère avait eu l'usufruit ; mais Thorfinn, qui disait que Brus en aurait encore assez quand il ne lui resterait que son premier tiers , ne s'accommoda point de ce nouvel arrangement, et fit observer que le précédent traité n'avait pu préjudicierà ses droits à venir. Quand nous étions trois , disait-il , j'avais droit à un tiers ; nous ne sommes plus que deux , la moitié me revient. Il avait raison , sans doute; mais Brus ne l'avait pas moins ea lui répondant : Quand pour faire reconnaître ton droit je consentis à renoncer à l'exercice du mien , tout en prévoyant pourtant l'éventualité qui se présente aujourd'hui et dont tu me refuses le bénéfice, tu étais moins formaliste et ne regardais pas d'aussi près à la rigoureuse exactitude dui partage de l'héritage de notre père.) Thoriinn avait, on le voit, profité des leçons de Thorkell, et, certain d'être, en toute hypothèse, appuyé par le roi d'Ecosse, son grand-pere, il ne se départait en rien de ses prétentions. Le bon Brus voyant qu'il en faudrait venir aux grands moyens, à la lutte à main armée, préfera tenter encore la voie des négociations ; et , partageant

l'erreur de tous les hommes généreux, il se figura que le roi Olal" qui, dans une cause juste, avait donné à Tliorfinn un appui si désintéressé contre Einar, ne manquerait pas de prendre encore en main la défense de la J'ranchise et du dévouement contre l'injgratitude et la duplicité. Il alla donc l'invoquer à son tour. « Je suis prêt, lui dit Olaf, à considérer vos intérêts comme les miens, mais il est une petite formalité que je tiens à vous voir accomplir auparavant : les Orcades, connue vous savez, appartiennent aux rois de Norwége, qui les ont, suivant leur bon plaisir, données tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Je serais certainement enchanté de vous en confier également la moitié, pourvu que vous commenciez , ainsi que cela avait eu lieu pour votre père Sigurd , par me reconnaître pour votre suzerain. Je vous préviens , au surplus , que je n'aviserai pas moins au moyen de faire valoir mes droits, soit que vous acceptiez ma proposition, soit que vous la rejetiez. » Brus fut grandement surf)ris de cette déclaration; il y réfléchit ongtemps, réclama les avis de tous ses conseillers; mais enfin se voyant, d'une part, menacé par son frère, aidé du roi d'Ecosse, et par Olaf lui-même, s'il se montrait trop difficile; d'autre part, considérant qu'avec l'appui d'Olaf il recouvrerait toujours un pouvoir assuré, quoique moins grand, il se décida pour le parti le plus sûr , et promit tout ce que le roi voulut.

ïhorfinn , cependant , dès qu'il avait appris la demande de son frère Brus, s'était hâté de l'imiter, se confiant dans les marques d'intérêt qu'Oiaf lui avait autrefois données contre Einar. Olaf, enchanté de l'empressement que les deux frères mettaient à venir ainsi lui offrir d'eux-mêmes l'occasion de recouvrer le droit qu'une paisible transmission par héritage lui aurait fait perdre sur les Orcades , et comptant d'ailleurs avoir meilleur marché de lui , son ancien obligé , le mit bientôt au fait et de ses prétentions et des concessions déjà faites par Brus. ïhor- ^nn était moins facile qu'il ne l'avait

cru; il résista , disant que le roi d'Ecosse auraitde meilleures raisonsqu'Olaf pour réclamer la souveraineté qui lui avait été transmise, et que cependant il la lui refuserait. Le roi de iNorwége menaça; alors Thorfinn, voulant gagner du temps, retourna dans ses llUds pour s'y mettre en défense. Mais Olaf lui déclara qu'il n'était pas besoin de tant de réîlexions pour se déterminer à une chose juste et toute dans son intérêt; qu'il s'agissait, en un mot, de se décider ou d'entrer en hostilités avec son suzerain. Thorkell, qui était alors auprès de Thorfinn, lui conseilla de se résigner aux nécessités du moment, sauf à revenir plus tard sur ce qui aurait été l'ouvrage de la force. Thorfinn se décida en conséquence à suivre l'exemple de son frère. Olaf convoqua aussitôt une assemblée, en présence de laquelle, et après avoir reçu Thomniage des deux comtes , il les étonna par cette dernière déclaration : « Je garde pour moi le tiers laissé par Einar; je le garde en réparation du meurtre commis sur la personne de l'un de mes favoris, et je me réserve d'en faire don plus tard à qui bon me semblera; de plus , comtes , je vous ordonne de recevoir l'un et l'autre Thorkell dans votre grâce. »

Le dernier point était trop peu de chose en comparaison du premier, pour que Brus s'y refusât. Quant à Thorfinn, il était parti, impatient d'aller apprendre au roi d'Ecosse, son beaupère, le guet-apens qu'on lui avait tendu. Brus , au contraire , mettait dans ses apprêts une sage lenteur; Olaf, satisfait de cette preuve de soumission, le fit appeler au moment de son embarquement , et lui dit : a C'est à vous que je donne le tiers que je me suis réservé; maître de presque toutes les Orcades , vous serez ainsi mieux en mesure de contenir votre frère , en qui j'ai peu de confiance. Vous me laisserez toutefois votre fils Rôgnvald en otage, pour me répondre de la complète exécution de ma volonté souveraine. » Brus ne trouva rien que de très-naturel dans cette restriction , et , laissant son fils

L'UNIVERS

en Norwége, il retourna chez lui, enchanté d'avoir, en dernière analyse, atteint le but de son voyage, c'est-à-dire, l'exécution du traité, origine de cette querelle.

Cet Olaf , qui déploya tant de ruse et d'habileté pour en venir à ses fins , a été depuis béatifié. Cette particularité n'est pas la moins curieuse de cette histoire.

Nous appellerons l'attention sur la nature et les effets du droit de suzeraineté, tel qu'il résulte du récit (ju'on vient de lire : le fief, ou la terre, n'était pas donné à une famille, mais à un homme , et au décès de chaque donataire il retournait au donateur qui était libre de ne pas confirmer l'héritier dans la possession du fief, et pouvait le donner à un autre. Cette donation viagère , en outre , ou cette commission, n'entraînait passeulement une simple prestation de foi et hommage; le fief restait toujours domaine utile du suzerain, puisque celui-ci était libre d'exiger du tenancier une redevance quelconque. Tel fut aussi en France !e droit politique sous la première et une partie de la seconde race de nos rois , avec cette différence toutefois, qu'en France les souverains ne f)araissent pas avoir toujours considéré es fiefs qu'ils distribuaient , comme faisant partie de leur domaine utile j c'est-à-dire, comme terres données moyennant une redevance pécuniaire.

Plus tard , en France comme ailleurs , les fiefs, d'abord viagers, étaient devenus peu à peu héréditaires, et la royauté dut recommencer par la ruse et la force la lutte qu'elle avait, dans le principe, soutenue par la seule autorité de son bon vouloir contre des vassaux impatients du joug monarchique.

L'arrangement forcé dicté par le roi fut exécuté. Nous ne suivrons pas les deux frères dans leurs démêlés au sujet de la part qu'ils auraient dû prendre également à la défense générale des îles contre les incursions des pirates, démêlés qui furent enfin apaisés par Malcolm d'Ecosse, auquel succéda peu de temps après Karl Hund;ison.

Le premier soin de ce nouveau roi

fut d'exiger de Thorfinn, pour son comté de Kaithness, la redevance imposée à tous les autres fiefs, et Thorfinn ayant refusé de se soumettre à cette prétention, la guerre fut aussitôt déclarée de part et d'autre ; elle fut longue, sanglante, et marquée par toutes les horreurs qui caractérisent les luttes de cette triste époque. Brus étant mort sur ces entrefaites, Thorfinn se trouva le seul maître des Orcades. Cependant la possession de ces îles n'était paa près de passer pleine et entière à un seul maître. Le fils que Brus avait laissé en otage à Olaf, Rôgnvald , survint encore avec ses prétentions aux deux tiers possédés par son père ( 103.5 ). L'histoire de Rôgnvald occupe une large place dans les vieilles annales d'oii nous exhumons cette notice. Nous en faisons grâce à nos lecteurs ; il leur suffira sans doute de savoir que ce jeune prince s'était acquis l'amitié de Magnus, fils et successeur d'Olaf, en l'accompagnant dans ses guerres en Paissie et en Suède, et en lui donnantdes preuves éclatantes de son courage et de son dévouement.

Aussi, lorsqu'il apprit la mort de son père Brus, obtint-il facilenient de Magnus le titre de comte des Orcades et les secours nécessaires pour faire reconnaître ce titre par son oncle. Son arrivée mettait dans un grand embarras Thorfinn , alors en guerre avec les Hébridiens, ses anciens alliés. Aussi ne mit-il pas d'autre condition à ses restitutions que d'être fidèlement aidé et soutenu par son neveu, qui lui tint religieusement parole.

Ce bon accord ne dura que quelques années, et la question du double tiers donné à Brus par Olaf et réclamé par Rôgnvald fut encore la cause d'une guerre qui devait se terminer en 1046 par le meurtre de ce dernier. L'ouvrage que nous venons de citer raconte cette catastrophe à peu près en ces termes : Rôgnvald était a Kyrkiovog et s'apprêtait à repasser dans la petite Papa. C'était peu de jours avant la fête de Noël.

Tout son monde et lui-même étaient occupés à faire sécher dans des fours

DES ILES DE L'OCIUN

lo grain qu'il se proposait d'emporter pour passer IMn'ver, lorscpie, vers lo soir, on vint lui aunouecr que le village était cerné par des honuiies en aruK'Ts. Cette sur[)rise avait été dirigée par le comte Thorlinu hu-uiéme, qui donnait l'exemple à ses soldats eu jetant sur les huttes de bois, doïit se composait le village, des tisons euflanuiies.

L'incendie fut bientôt assez fort pour ne pouvoir plus être éteint. Thortinn, qui n'eu voulait qu'à Rôgnvald et à ses défenseurs, avait déjà accordé à presque tous les habitants du village la permission de fuir ce lieu de désolation , quand un jeune homme, vêtu d'une simple tunique, apparaît au bout d'une palissade, prend un élan vigoureux , franchit d'un bond un espace considérable, fuit et se perd bientôt dans l'obscurité. « — C'est Rôgnvald, s'écrie ïhorfinn ; Rôgnvald seul est capable de tant d'audace et décourage.

Qu'on le cherche partout et qu'on ne lui fasse point de grâce, quels que soient les trésors qu'il offre pour sa rançon. » Tous les rochers, toutes les broussailles, les moindres ravins de l'île avaient été minutieusement fouillés, et l'on n'était point parvenu à découvrir le prince , quand un soldat annonce que, du côté d'un bas-fond inaperçu jusqu'alors, il a cru entendre des hurlements plaintifs. Cet indice guide les assassins, qui découvrent en effet Rôgnvald exténué, blessé, sans connaissance, et gardé par son pauvre chien. Tous deux furent impitoyablement massacrés.

Thorfmn était de nouveau seul maître des Orcades. De tous les partisans de Rôgnvald , il n'avait épargné qu'un seul soldat qu'il avait chargé d'aller annoncer à Magnus la fin de son ami.

Cette bravade imprudente faillit le perdre, car IMagnus, qui avait su apprécier les grandes qualités du fils de Rrus, s'empressa de conclure, pour le venger, un traité d'alliance avec Ulfsson, roi de Suède, qui partageait ses regrets et son indignation.

Despotes chez eux, les petits sou- ^ crains de ce temps-là étaient, bien plus que ne sauraient être de nos jours

5'' lÀcraison (îles de l'Océan.)

les nations faibles , soumis à la nécessité de complaire a leurs voisins puissants. Les comtes des Orcades avaient beau joindre à leurs îles la possession de terres assez considérables, soit en Ecosse, soit en Irlande, soit \x\m\Q dans le nord du continent, ils n'en étaient pas moins de très-petits seigneurs par rapport aux rois d'Ecosse, de JNorwége et de Danemark. On se ferait de très-fausses idées si , prenant à la lettre les paroles des historieni», on pensait que les flottes et les armées de ces petits {)rinces ressemblaient aux flottes et aux armées que pouvaient réunir les souverains que nous venons de citer; Thorfinn lui-mcme, qui, une fois unique possesseur des Orcades, tint, en réalité, peu de compte de l'hommage qu'il avait prêté au roi de Norwége, et paraît même n'avoir jamais payé de tribut ; Thorfinn,que les chroniqueurs représentent presque comme un homme de génie^ ne fut, après tout, qu'un chef de pirates , plus souvent heureux dans ses excursions annuelles , mais non moins sauvage et non moins pauvre que ses devanciers. Il est vrai qu'il fit bâtir l'église où il fut enterré après un règne dont la fin fut aussi paisible que les commencements en avaient été orageux; mais nous ferons observer que la construction d'une église n'exigeait point alors les frais qu'elle nécessiterait aujourd'hui.

Le meurtre de Rôgnvald avait, comme nous l'avons dit, péniblement affecté Magnus, roi de Norwége. Thorfinn , dans le but de prévenir les effets de la colère de ce souverain , se rendit auprès de lui , et réussit à capter sa confiance au pomt de devenir son conseiller le plus intime. Une imprudente réponse qui lui échappa en sa présence, au sujet de la mort de Rôgnvald, dont venait lui demander compte le seul soldat qu'il eût laissé survivre au massacre de Kyrkiovog, lui fit cependant perdre le fruit de son habileté et le força à regagner précipitamment les Orcades. INlais Magnus étant venu à mourir à quelque temps de là, et Harald , son oncle, lui ayant succédé,

L'UNIVERS

Thorfinn , qui se trouvait sans doute à l'étroit dans ses petites îles , se hâta d'accourir auprès de ce dernier qui n'avait point hérité des affections de son neveu comme de son royaume.

Knfin , et peut-être est-ce là son plus i!;rand titre à l'indulgence de ses patients chroniqueurs , ce remuant personnage poussa jusqu'à Rome, et se lit dévotement absoudre de ses péchés et de ses crimes. « Il en revint, dit Torfœus, beaucoup plus religieux, car il s'abstint dès lors de la piraterie. » Thorfinn mourut vers l'an

Paull et Erlend, ses fils, lui succédèrent conjointement. L'événement le plus important arrivé sous leur règne est la mort de Harald , roi de Norvège.

La discorde se mit pourtant entre ces deux princes , dont l'union avait été exemplaire jusque-là, et elle fut l'ouvrage de leurs enfants. Hacon , fils de Paull, se croyant bien supérieur à ses cousins , autant par la naissance de sa mère , fille de roi , que par ses qualités personnelles , ne souffrait qu'avec peine l'égalité dans laquelle on les maintenait tous vis-à-vis les uns des autres. Il se rend en Suède, y consulte un devin, dont les paroles ambiguës lui semblent promettre le pouvoir. Il va ensuite en Norwége, et la , apprenant que ses cousins sont tout-puissants aux Orcades, et que son père lui-même ne désire pas plus son retour que le peuple et la noblesse, il craint qu'on ne finisse par lui rendre impossible l'exécution de ses projets ambitieux. Il ne pouvait rien par lui-même ; il engage donc Magnus (*) à tenter une expédition qui rendrait de nouveau la INorwége maîtresse des îles et des autres contrées que lui avait autrefois soumises Harald à la belle chevelure. Un tel conseil ne pouvait être que favorablement accueilli par Magnus; mais Hacon eut bientôt lieu de se repentir de sa perfidie. Magnus, en effet, passa dans les Orcades, et, après avoir en-

(*) Surnommé aux pieds nus.

voyé prisonniers en Norwége Paull et Erlend , et inscrit au nombre de ses guerriers les enfants de ces comtes, et Hacon lui-même, il érigea en royaume, au profit de son fils Sigurd, les Orcades, auxquelles il joignit les Hébrides et toutes les îles situées le long des côtes de l'Ecosse. Ce royaume ne subsista pourtant que du vivant de Magnus. Ce roi ayant été tué par trahison en Irlande, ses fils, qui lui succédèrent, rendirent les Orcades à Hacon , fils de Paull , et à Magnus , fils d'Erlend (1099). Hacou voulant à toute force régner seul, tua son cousin Magnus en 1110. Ce prince, bien que marié depuis dix ans, ne laissa point d'enfants. Les historiens content des merveilles au sujet de sa continence. Sa mère ayant obtenu la permission de le faire ensevelir dans l'église construite à Mainland par Thorfinn , son tombeau devint aussitôt célèbre par une infinité de miracles.

Guillaume, premier évêque dont il soit fait mention dans les Orcades, et qui administra ce diocèse pendant soixante-six ans, fit tant, qu'en dépit de sa jalousie, il fallut bien que Hacon rendît hommage à la mémoire de son cousin , qui fut immédiatement béatifié; saint Magnus devint, dès lors, le patron des Orcades.

Après la mort de Magnus, Hacon avait réuni sous son pouvoir toutes les îles qui auparavant étaient partagées entre eux, et il exerça d'abord toute sorte de vexations contre les partisans de son cousin; mais rien ne changeait alors un homme, et surtout un souverain, comme un voyage en terre sainte ou seulement à Rome.

Thorfinn avait déjà éprouvé les effets merveilleux de cette panacée morale ; Hacon en voulut essayer aussi : il alla doncenpèlerinageàRomed'abord,puis à Jérusalem; il se baigna dans les eaux du Jourdain, et revint, comme disent les moines, pénétré de la grâce de Dieu et tout disposé à faire le bonheur de ses sujets , qui pleurèrent sa mort.

Hacon était à peine enseveli, que la mésintelligence se mit entre ses deux

DES ILES DE L'OCf^AN.

riIs,Paull le Silencieux et Ilarald l'Orateur. ]Se pouvant régner de concert, ils s'entendirent j)our se partager les terres de leur père. Les îles lurent réparties avec assez de justice entre les deux princes; mais la protection du roi d'Ecosse ayant fait adjuger le comté de Caitliness à Harald, l'équilibre fut rompu, car celui-ci fut incontestablement le plus puissant. Il paraît même qu'Ilarald avait encore d'autres fiefs en Ecosse. Pendant un séjour qu'il lit dans le Suduriand, un homme, nommé Slembi le Diacre, se rendit auprès de lui. Il était iils d'un prêtre norwégien, nommé Adalbrict, et de ïhora, sœiir de Sigridis, de laquelle Magnus aux pieds nus, roi de Norwége, avait eu Olaf devenu roi à son tour. Thora se vantait d'avoir eu Slembi du même Magnus.

L'aventurier, tirant vanité du déshonneur de sa mère, et se fondant sur sa naissance illégitime pour réclamer le trône de Korwége , ne craignit pas de se présenter comme étant le fils de Magnus. A ce titre , il avait longtemps joui des plus grands honneurs à la cour du roi d'Ecosse David. Arrivé auprès du comte Harald, et, bienvenu de lui, il l'accompagna dans les Orcades. Son arrivée réveilla les factions qui commençaient à s'assoupir, et les principaux d'entre les Orcadiens recommencèrent à se partager en deux camps ennemis. Parmi les conseillers intimes de Paull figuraient Sigurd de Vestnesia, mari d'Ingilbiorg, et Thorkell Sumarlid, agnat du comte saint Magnus. Ce dernier ne quittait pas le comte Paull, et cette assiduité lui avait mérité , comme à son bisaïeul, le tuteur du jeune comte Thorfinn, \e surnom de 7iou7Ticier .ThorkeW était fort suspect aux partisans d'Harald , qui le disaient violemment irrité de la mort de Magnus , et disposé, pour le venger d'une manière éclatante, à détruire l'un par l'autre les enfants d'Hacon, le meurtrier.

Harald chargea Slembi de l'en débarrasser. Paull, irrité, marcha aussitôt contre son frère. Les Orcadiens, prévoyant tous les malheurs qui résulte- ^taientde cette collision, s'interposèrent

à l'envi, et Paull se refusant à traiter avant (jue Harald lui eilt livré tous ceux qui avaient trempé dans la mort de Thorkell , Slembi fut, comme de raison, sacrifié [)ar Harald. (lit aventurier (levait plus tard mourir dans les tortures, après avoir usurpé un instant la couronne de Norwége.

Ici nous avons encore à raconter une de ces traditions dont le caractère mystérieux cache les faits les j)lus positifs. Pour sceller leur réconciliation , Harald se préparait à donner à Paull son frère , et aux seigneurs des deux partis, un immense festin dans son habitation de Jorsiara. Sa mère et sa belle-mère Frakaurk l'aidaient dans les préparatifs de cette fête. Un jour que, dans une pièce reculée du palais, ell€s apprêtaient des ajustements de toilette, Harald survint, et, admirant une tunique de lin lamée d'or, qu'elles achevaient de préparer : « A qui donc destinez-vous, leur dit -il, ce magnifique vêtement ? — A Paull votre frère , lui répondit Frakaurk. — Vraiment , reprit-il , vous ne vous donneriez pas tant de peine pour moi. » Et il se disposa à s'en couvrir. En vain sa mère voulut-elle le lui arracher des mains ; en vain sa belle -mère se jeta-t-elle à ses genoux , lui avouant que cette tunique était empoisonnée , et qu'il mourrait s'il la revêtait; il n'écouta rien , et expira bientôt dans des douleurs atroces. Paull , se doutant bien que le poison qui venait de le délivrer de son frère lui avait été d'abord destiné , chassa des Orcades, dont la souveraineté lui appartenait dès lors sans contestation , sa mère , la belle-mère d'Harald, et toute leur famille. Elles se retirèrent dansle comté deCaithness, et de là en Ecosse, où Frakaurk avait plusieurs terres. Elles emmenèrent avec elles quatre princes jeunes encore , et qui , plus tard , au rapport de quelques historiens, revendiquèrent successivement leurs droits sur les Orcades, mais qui ne paraissent cependant pas avoir troublé Paull, contre qui allait s'élever un compétiteur bien autrement dangereux.

Kalr , fils de Kaili et beau-frère de

es

L'UNIVERS

saint Magnus, vivait retiré à Ogdum en Norwége, et n'avait jamais pensé à venir se fixer dans les Ôrcades. Kali , son fils , jeune homme doué des plus rares qualités , avait quinze ans lorsqu'il accompagna des marchands qui se rendaient avec une pacotille à la foire de Grimsbaer, en Angleterre. De tous les points de la Norwége, des Orcades, de l'Ecosse et des Hébrides, on se dirigeait alors vers ce lieu de réunion. Kali y rencontra un certain Gilla Kristr, qui avait des prétentions à la couronne de Norwége , en qualité de fils de Magnus aux pieds nus , mais fils, à la vérité, inconnu. Ces deux jeunes gens excitèrent sans doute à J'envi leur folle ambition , et ne se séparèrent qu'après s'être promis de se prêter en toute circonstance un mutuel appui. Un an ou deux s'écoulèrent avant qu'ils eussent à se rappeler leur promesse. Dans cet intervalle cependant, Kali, à la suite d'aventures et de querelles personnelles beaucoup trop longues à raconter, avait appelé sur lui l'attention de Sigurd, roi de Norwége, qui lui donna en toute propriété la moitié des Orcades, et lui imposa l'obligation de quitter son nom pour prendre celui deRôgnvald, sous lequel il fut connu depuis. Cette investiture singulière, qui prouve combien les suzerains disposaient légèrement alors des terres de leurs grands vassaux, fut, avec la parenté de saint Magnus , le titre que nous verrons tout à l'heure invoqué par Rôgnvald pour réclamer de Paull un partage auquel celui-ci dut se soumettre. Sigurd était mort; Magnus l'avait remplacé sur le trône de Norwége -, le moment était venu pour Gilla Kristr, qui , de son côté, avait pris le nom d'Harald, jils de Magnus aux pieds nus , de faire valoir ses droits. Rôgnvald fut sommé de lui prêter assistance; et, lorsque après une lutte de quatre ou cinq ans, l'Harald , faux ou vrai , se fut entièrement emparé du sceptre qu'il convoitait, il n'oublia point son ami:

en sa qualité de suzerain, il lui confirma la donation que lui avait faite Sigurd. Kair, le père de Rôgnvald,

ne se dissimulant point le peu de fond qu'il y avait à faire sur les droits de son fils,pensaqu'ilimportaitd'userderuse, sinon pour les faire reconnaître, du moins pour habituer les gens à les voir invoqués. Par son conseil, des ambassadeurs sont envoyés à Paull, pour l'inviter à se conformeraux volontés de deux souverains qui ont successivement donné à Rôgnvald la moitié des Orcades ; et comme le refus de ce comte avait été prévu, les ambassadeurs se rendent sans retard en Ecosse, auprès de Frakaurk , que nous avons vue s'y retirer après l'empoisonnement d'Harald l'Orateur, et lui offrent, au nom de Rôgnvald , l'autre moitié des Orcades si elle veut le seconder et l'aider à en chasser Paull. Cette proposition souriait trop à la haine de cette femme vindicative pour n'être pas favorablement accueillie. Ainsi, en même temps que le comte Paull apprenait que Rôgnvald avait paru aux Shetland à la tête d'une flotte considérable, on lui annonçait que Frakaurk s'avançait d'un autre côté avec une flotte assemblée aux Hébrides. II n'avait en ce moment que cinq bâtiments à sa disposition , et à peine assez de monde pour les gouverner et les défendre ; il n'hésite cependant pas , et va droit à Frakaurk , l'attaque, la met en fuite, s'empare de plusieurs de ses navires , revient toucher aux Orcades et rembarque les troupes que, dans l'intervalle, ses vassaux ont rassemblées à la hâte; puis il court à Rôgnvald , l'atteint avant qu'il se soit éloigné des Shetland , et , après un nouveau combat où lui et les siens font des prodiges de valeur, il anéantit la flotte de son compétiteur.

Celui-ci, aussi actif que lui , réunit les débris de ses troupes , forme son armée sur le rivage, et invite son ennemi à venir tenter sur terre la fortune qui lui a été si favorable sur mer. Paull était trop prudent pour courir un danger aussi inutile; il revint aux Orcades rassurer ses amis, aviser au moyen de défendre ses îles, et préparer pour le printemps prochain une dernière descente aux Shetland. Son premier soin fut d'élever dans chaque île des tours de

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co

bois, dont l'incendie piU servir de signal en cas de descente. La première fut construite dans i'ile de Fridareyn , la pins proche des Slietland. Il envoya ensuite Olaf, (ils de Hrefr, prendre le commandement et la défense du comté de Caithness.

Tant de courage , tant de prévoyance ne servirent pourtant qu'à retarder, si nous en croyons Torfœus , la chute du malheureux Paull. Poursuivi par un ennemi jeune, audacieux, et par des femmes acharnées à sa perte, il succomba l'année suivante. Fait prisonnier dans les Shetland , et livré à Frakaurk qui l'abandonna à Marguerite (1137), cette sœur dénaturée, non contente d'insulter à son malheur par les paroles et les actes les plus outrageants , l'amena en Ecosse ; et , après lui avoir fait crever les yeux, le jeta dans un cachot , où il est probable qu'elle le laissa s'éteindre misérablement.

Rôgnvald, que les historiens anglais nomment quelquefois Ronald , régnait depuis deux ans et sans partage sur les Orcades. Un jour qu'il célébrait une fête dans son château de Knarrarslad, on aperçut un bâtiment qui arrivait du côté de l'Ecosse. Le c©mte, ses courtisans, et parmi eux Rolfr, son confesseur, virent quinze ou seize hommes en sortir et se diriger vers eux.

A leur tête marchait un homme revêtu d'une longue robe bleue , la tête couverte d'un bonnet qui cachait sa chevelure, la partie inférieure du visage entièrement rasée, mais portant des moustaches qui descendaient jusqu'audessous du menton. Chacun s'étonnait de ce costume singulier; mais Rolfr les tira d'incertitude, en leur annonçant que celui qui s'avançait était .Ton, evêque d'Atjoklis en Ecosse.

Un évêque était à cette époque , une puissance qui ne se dérangeait pas facilement, et pour l'unique plaisir de visiter ses ouailles ou ses confrères. Rôgnvald le savait , et à coup silr, tout en allant dévotement à la rencontre de Tévêque, il dut faire plus d'une fâcheuse réflexion. Jon le laissa pourtant plusieurs jours dans l'attente, et ce ne fut qu'après être allé chercher

Guillaume , évêque de Eigiisey, que, se sentant mieux appuyé, il osa s'acquitter de son message. Il s'agissait d'un nouveau partage des Orcades.

IS'ous allons essayer d'exposer cette affaire le plus clairement possible.

Marguerite, fille d'Hacon et épouse du comte écossais Maddad , INlarguerite, qui avait été si cruelle envers son malheureux frère Paull devenu son prisonnier, avait un lils encore enfant et nommé liarald. Il paraît que pour s'assurer l'appui de Maddad , de Frakaurk, de Marguerite et de tous leurs partisans, Rôgnvald, au temps de sa lutte contre Paull , avait promis nonseulement de dédier une église à saint Magnus, mais encore de partager avec Harald le comté des Orcades. Ôr, saint Magnus avait bien vu s'élever un temple sous son invocation : ceci n'ôtait rien au pouvoir du comte vainqueur; mais Harald avait été complètement oublié. D'un autre côté, ce jeune prince avait, disait-on, des droits plus positifs encore à faire valoir : son oncle Paull, avant de mourir, lui avait rendu verbalement la portion des Orcades à laquelle il pouvait prétendre comme descendant, par sa mère, de Hacon, père de Paull et de Harald l'Orateur ; et c'étaient précisément ces droits et cette vieille promesse que venait rappeler le digne évêque Jon , assisté de son confrère Guillaume, et appuyé au besoin par des seigneurs écossais qui avaient plus ou moins pris part aux complots tramés entre Rôgnvald et Frakaurk contre le comte Paull. Rôgnvald , toute réflexion faite, jugea que Harald, encore enfant, ne pourrait le gêner beaucoup dans l'exercice de son pouvoir, et qu'au contraire, un refus de satisfaire à ses prétentions entraînerait une nouvelle guerre. Il céda donc, et le jeune Harald , accompagné de Thorbiorn Klerk, son maître et son tuteur, vint, l'année suivante, prendre possession de la moitié du comté des Orcades.

L'empire romain , à sa décadence , ne vit pas de plus nombreux compétiteurs se disputer et se partager ses provinces. Fn l'an 1149, Rôgnvald se vit encore l'objet d'un message venu

du dehors; mais celui-ci n'avait rien que d'honorable et de rassurant. Eistein-Ings et Sigurd-Bronchs se partageaient alors le trône de Norwége.

Bôgnvald avait dû se faire une certaine réputation de puissance et de sagesse, puisque les conseillers de ces jeunes souverains les engagèrent à inviter le comte à se rendre à leur cour. Il n'était plus question de suzeraineté à exercer de la part de la Norwége; c'était seulement deux grands rois faisant à un petit souverain l'honneur de s'occuper de lui. Rognvald partit , et Harald, âgé de dix-sept ans, l'accompagna. Ils trouvèrent à cette cour un jeune et noble guerrier, Endrid-Jungs, qui arrivait de Constantinople, où il avait passé plusieurs années au service de l'empereur Emmanuel Comnène. On ne se lassait point de l'entendre raconter les miracles de splendeur et de puissance des empereurs d'Orient, si bien que Rognvald, qui le ramenait sans cesse sur ce sujet favori , se décida à aller s'assurer par ses propres yeux de la vérité de ce qu'il entendait. Pareille curiosité s'empara de plusieurs seigneurs norwégiens, et une sorte de caravane maritime fut organisée pour la saison suivante. Le voyage débuta mal : une tempête dispersa de trop faibles embarcations, et ce fut à grand'peine, et non sans avoir perdu tout ce qu'il avait emporté de richesses avec lui , que Rognvald regagna les Orcades. L'année suivante cependant il se remit courageusement en route ; cette fois ce ne fut plus Constantinople qu'il prit pour but de son voyage , mais Jérusalem. Aujourd'hui que les nations tendent à se mêler de plus en plus, et que les voyages ne sont que des visites à des frères plus ou moins éloignés , on est moins frappé qu'on ne le fut à cette époque du mouvement qui poussa l'Occident vers l'Orient. Les uns n'y ont vu qu'un excès de ferveur religieuse , d'autres en ont fait honneur à la politique romaine. Sans nier ni l'une ni l'autre de ces causes, nous pensons qu'il en est une autre non moins puissante : c'est un vague désir de connaître, quand rien de nouveau ne restait à explorer autour de soi. L'histoire

ne dit pas que Rognvald se soit fort préoccupé des intérêts du catholicisme ni de ceux de la cour de Rome; il voulut en même temps voir du pays et faire ses dévotions.

Nous ne le suivrons point dans son voyage, que nous soupçonnons fort les chroniqueurs d'avoir quelque peu arrangé à leur fantaisie; nous dirons seulement qu'après être allé à Jérusalem, et de là à Constantinople par mer, Rognvald gagna Rome, oii il ne paraît pas qu'il ait songé à aller se présenter au pape; puis il revint en Norwége par terre.

Il trouva, à son retour, bien du changement dans les affaires des Orcades :

Eistein, l'un des deux rois de Norwége qui lesavaient si amicalement accueillis lui et Harald, son copartageant dans la souveraineté des Orcades, s'était, on ne sait trop pourquoi,brouillé avec ce jeu ne prince, l'avait attaqué à l'improviste, s'était emparé de sa personne, et lui avait imposé pour rançon la condition de se reconnaître sonfèudataire. D'un autrecôté, Malcolm, roi d'Ecosse, donnait un nouveau maître à ces pauvres Orcades, si incessamment disputées et partagées. Ce nouveau maître était Erland,fils d'Harald l'Orateur, qui certes avait au fond beaucoup plus de droits au comté qu'Harald et que Rognvald. Ce dernier, à son retour, étourdi du tumulte de toutes ces prétentions, fit à tout hasard alliance avec Erland, qui lui semblait le plus solidement appuyé; mais, réfléchissant bientôt que la conduite d'Erland en cette circonstance pouvait bien n'être pas sans reproche, puisque rien n'annonçait qu'il dût être le plus fort, il l'abandonna pour se réunir de nouveau à Harald, qui feignit de ne pas s'apercevoir de ces évolutions intéressées. Après bien des combats suivis de fortunes diverses, ils s'emparent enfin du comte Erland et le tuent. Sveiu, le moteur de toute cette guerre, Svein, qui ne pouvait pardonner à Harald de l'avoir exilé de ses domaines lui et sa famille, parce que Gunnius, son frère, avait été l'amant heureux de cette Marguerite dont nous avons si souvent parlé d ('jà,et qui était la mère du jeune comte;

DES ILES DE L'OCÉAN

Svein, qui tenait encore la campagne après la mort d'Erland, était un homme trop supérieur à llarald pour que Rôf^nvald ne fiU pas en secret porté à une certaine indulgence pour lui. Il n'épargna donc rien pour les remettre d'accord; mais en bonne politique, c'était du côté de Svein qu'étaient les torts, et tout en le condamnant à payer aux deux souverains des Orcades une forte amende, il s'empressa de lui remettre la part qui, à ce titre, lui revenait à lui-même.

Cette querelle ne finit pourtant pas là: on se brouilla de nouveau, on batailla encore, mais en définitive Svein et Harald firent une bonne fois la paix. Rognvald touchait au terme de sa carrière; un assassinat devait la finir. Thorbiorn Klerk, que nous avons vu arriver dans les Orcades à la suite du jeune Harald, et en qualité de son mentor, en avait toujours voulu à Rognvald de ne s'être pas laissé placer aussi sous sa tutelle. Une autre circonstance plus récente avait encore animé son ressentiment : il avait osé, malgré les ordres de Rognvald, violer un lieu d'asile, une église, et y donner la mort à Thorarini, son ennemi ; et Rognvald l'avait chassé des Orcades. LTn jour que le comte était à la chasse dans le comté de Caithness, Thorbiorn lui dresse une embuscade, et l'égorgé avec cinq cavaliers qui l'accompagnaient (20 août 1159).

Nous nous sommes à dessein étendu sur le règne de Rognvald, parce qu'aucun autre ne présente une plus nombreuse série de faits capables de bien faire comprendre ce qu'était, non pas seulement le gouvernement des Orcades et la politique de leurs comtes au moyen âge , mais encore le gouvernement et la politique de tous les États grands et petits. Le gouvernement des peuples n'étant alors basé sur aucun principe, le pouvoir et les institutions variaient suivant chaque nouveau chef ; forts avec celui-ci, faibles avec celui-là. Rien n'était précis, déterminé, encore moins reconnu ; une terre était un héritage que des collatéraux pouvaient disputer aux descendants en ligne directe ; l'essentiel était

d'être assez fort pour oser l'entreprendre et pouvoir réussir. Notons , toutefois, en passant, qu'au fond de cette anarchie vivait déjà une pensée juste et féconde : l'usurpation sentait qu'elle ne se suffisait pas à elle-même, et elle demandait chaque fois à la nation assemblée de sanctionner son succès.

Rognvald, aussi infatigable poète que bon guerrier, ne laissa pas passer le moindre des événements sans le célébrer dans ses chants, qui sont parvenus par lambeaux jusqu'à nous.

C'était sans contredit l'un des hommes les plus remarquables de son temps. Il partage avec Magnus l'honneur de pouvoir figurer sur le calendrier romain.

Harald succéda de plein droit à Rognvald , et réunit toutes les Orcades sous son autorité. Svein, avec qui il avait été si longtemps en guerre , et que Rognvald avait en dernier lieu réconcilié avec lui, était le plus redoutable pirate qui fût encore sorti des Orcades. Il fut enfin tué en Irlande par les habitants de Dublin, au moment oii il se présentait pour prendre possession de cette ville. Tout semblait promettre à Harald un règne paisible. Il était encore dans la joie du second mariage qu'il venait de contracter avec la fille du comte de Moravie, lorsqu'il reçut la nouvelle que Magnus, fils d'Erfing-Skack et neveu par les femmes de Sigurd le Hiérosolymite, lui préparait de nouveaux embarras. Harald, fils d'Eiric-Slagbrellr, et neveu du dernier comte Rognvald, était venu réclamer de ce roi la moitié des Orcades et le titre de comte qui avait appartenu à son grand-père; et Magnus avait accédé à sa demande. Harald, que nous nommerons le je une ^ pour le distinguer de l'ancien associé de Rognvald , que nous distinguerons par l'épithète d'ancien, s'était ensuite rendu auprès de Guillaume , roi d'Ecosse, pour en obtenir pareillement et au même titre , l'inve.stiture de la moitié du comté de Caithness; et Guillaume s'était inontré aussi facile que Magnus. Ce n'était là que le renouvellement de ce qui avait déjà eu lieu si

L'UNIVERS

souvent, et la preuve que les rois de IXorwége pouvaient bien quelquefois ne pas invoquer leur droit de suzeraineté, mais non jamais l'oublier entièrement.

]\ous ne suivrons plus pas à pas les faits et gestes des comtes des Orcades ; les mœurs restant toujours les mômes, nous ne ferions que répéter, sous d'autres noms , et en d'autres termes seulement, les mêmes intrigues, les mêmes combats et les mêmes résultats obtenus par la victoire. Les forces militaires des Orcades, et par conséquent la population de ces îles s'étaient cependant accrues , puisque après les guerres d'Harald le jeune et sa mort, nous trouvons dans les historiens qu'Harald le vieux put mettre en campagne sept mille fantassins et un corps (le cavalerie. Il est vrai que cette petite armée, destinée à combattre Guillaume d'I^xosse, qui s'obstinait à réclamer le Caithness, fut détruite par lui aussitôt qu'elle se montra, en 1197. Les Caitbnésiens s'étant révoltés de nouveau sous la conduite de Roderick et de Thorfinn, (ils d'Harald l'ancien , Guillainne alla à la rencontre de leur armée et la défit près d'Inverness. Roderick mourut dans le combat, et Guillaume ayant surpris Harald l'ancien au fond du Caithness, et ayant déclaré qu'il le retiendrait prisonnier jusqu'à ce que Thorfinn fut venu se mettre à sa disposition , ce jeune homme accourut ; mais peu de temps après, sous prétexte qu'Harald remuait encore, Guillaume lui fit crever les yeux et couper les parties sexuelles; l'infortuné mourut bientôt des suites de ces traitements barbares. Harald l'ancien, son père, expira aussi en 1206, à l'âge de soixante et treize ans, et avec lui finit la dernière des souverainetés indépendantes du nord de l'Ecosse.

Ses (ils Jon et David lui succédèrent , et à ceux-ci , en 1239, Magnus, remplacé lui-même, en I25G, par Gibbon, qui , en 1267, céda la place à un nouveau IVlagnus, fils de Gilbert. A celui-ci succéda un troisième Magnus, fils de Gibbon, qui régna jusqu'en 1274.

Après la mort de ce dernier comte, les Orcades paraissent être restées sans

maître pendant quelque temps; car ce n'est qu'en 1276 que son fils, portant le même nom que lui , fut appelé à recueillir son héritage, qu'il conservajusqu'en 1284. .Ton, son fils et son successeur, épousa, en 1300, la fille du roi de IVorwége, Eiric. Un an après, un pirate, nommé Lokuland , dévastait les Hébrides, et y faisait égorger environ cinq mille hommes, et trois mille femmes et enfants.

En perdant de leur importance comme princes visant à l'indépendance, et en se plaçant sous le patronage plus immédiat des rois de Norwége , les comtes des Orcades avaient acquis à la cour de leur maître cette sorte de grandeur factice si jalousée des courtisans. En effet, lorsqu'en 130<S le roi de Norwége Hacon abolissait, dans ses États, les titres de comte et baron , il ne faisait d'exception qu'en faveur des princes de son sang et des comtes des Orcades ; et quand, en 1343, ^lagnus, fils d'Eiric, roi de Suède, de Norwége et de Danemark, mariait sa fille, Argirel, comte des Orcades à cette époque , était appelé à l'honneur de signer le premier au contrat. Ce n'est pas cependant qu'il n'y eiit de temps en temps , et comme' par le passé, de secrets compétiteurs à ce poste, environné encore d'un certain éclat. Une lettre écrite, en 1357, au roi de Norwége par les principaux d'entre les Orcadiens, fait mention d'une prétention de ce genre, qui ne paraît pas avoir excité , h cette époque, les troubles qui en seraient résultés deux siècles plus tôt. Un nonuné Eringils occupait alors le comté.

Henri de Sinclair n'obtint, en 1369, l'investiture du comté des Orcades, de la part de Hacon IH de Norwége , qu'à des conditions qui restreignaient l'autorité déjà si amoindrie des seigneurs de ces îles. Alexandre de Ard, qui lui succéda en 137ô, fut soumis à la même obligation, que dut contracter, en des termes encore plus formels, un autre Henri Sinclair ou Sinclar, en 1379. Par l'espèce de traité vraiment curieux , mais trop long pour être transcrit ici, qu'il signa dans cette circonstance, ce comte s'obligeait

DES ILES DE I/OCÉAN

à fournir cent soldats pour le service du roideNorwéf^e, ets'engaf:;eaità n'avoir d'autres einieniis ni d'autres amis que ceux de ce souverain. Il promettait, en outre, de mettre son comté à la disposition du roi , à la seule condition

au'il jie le partagerait pas, et ne le onnerait à personne. Un point qu'il importe de noter en passant , c'est que l'évêque des Orcades paraît avoir été , à cette époque, de bien moins facile composition que le comte, puisque celui-ci prend vis-à-vis du roi de Norvège l'engagement de ne rien conclure avec cet évéque sans l'agrément préalable du suzerain.

Cet acte de soumission dut être renouvelé, en 1418, par Jean Sinclair, et, en 1433, par David Meiner, seigneur écossais, appelé évidemment au comté des Orcades par un caprice du suzerain de ce lief. David ÎMeiner indisposa tellement ses vassaux qu'ils présentèrent contre lui , au roi de Norwége, une accusation portant sur trente-cinq faits , dont les plus notables étaient d'avoir exporté des grains en temps de disette, et altéré la monnaie. Révoqué en 1427, il fut temporairement remplacé par Tévéque , qui , ainsi qu'il s'y était engagé dès le principe, rennt ses pouvoirs , en 1434 , à Guillaume de Sinclair, autre gentilhomme écossais, auquel , au dire de Bucanan , Robut , son (ils , succéda en 1463, Nous nous expliquons difficilement cette préférence pour des étrangers au détriment des nationaux. L'bistoire de ces temps étant celle des hommes plus que celle des choses , il faudrait, pour éclaircir les points obscurs qu'elle présente, beaucoup plus de matériaux qu'il n'en serait besoin pour embrouiller celle d'une de nos grandes périodes modernes. A la vérité, les historiens anglais disent que les rois de Psorwége ne possédèrent les Orcades que jusqu'en 1266, époque à laquelle Magnus IV de Norwége, étant en guerre avec l'Ecosse, les céda à Alexandre III , moyennant la somme de quatre mille marcs sterling, une fois payée , et celle de cent marcs sterling, payable par année. Ils ajoutent qu'en 1312 Hacon confirma celte do-

nation. La seule transmission bien avérée ne date cependant que de 1464 : Christian I'"'' , roi de Norwége et de Danemark, donna alors ces îles en dot à sa fille INlarguerite, qui épousait Jacques III d'Ecosse. Toujours est -il que de 1266 à 1464 les comtes des Orcades prêtèrent constanwnent serment de frdélité aux rois de Danemark.

Robert Sinclair ayant refusé d'obéir à un ordre de comparaître qui lui était adressé par le parlement d'Ecosse, le comté des Orcades fut réuni à la courorme d'Ecosse, et y resta attaché jusqu'au règne de Marie Stuart.

A cette époque, elle créa duc des Orcades Jacques Hepburn , comte de Botwell, afin de le rendre, par ce titre, plus digne de devenir son époux. Ils furent mariés le 15 mai 1567, dans le château d'ilolyrood , et d'après le rite de l'Eglise réformée, par Adam Botwell , évéque des Orcades et frère du nouveau duc. Celui-ci , prévoyant combien ce mariage soulèverait de jalousie contre lui parmi les membres de la noblesse d'Ecosse, et connaissant d'ailleurs les soupçons qui pesaient sur lui au sujet de l'assassinat de Darnley, premier mari de la reine, fit bâtir dans l'île de Westray , l'une des Orcades , un château fort , nommé Noutland , qui pût lui servir de retraite en cas de danger. L'événement justifia ses craintes ; car, ayant été abandonné par la reine, et étant poursuivi par les lords de la congrégation , il s'enfuit avec deux ou trois vaisseaux , et se réfugia aux Orcades. Mais son château de Noutland n'étant pas encore entièrement bâti , et l'entrée de celui de Kirkwall lui avant été refusée par le gouverneur Gilbert Balfaur, il se remit en mer et se livra à la piraterie, jusqu'à ce que William Kirkaldie le forçat à se rendre en Norwége. Arrêté et conduit en Danemark, il y fut jeté dans un cachot, où il mourut au bout de dix ans d« captivité.

Après sa mort, lord Robert Stuart, fils naturel de Jacques V, fut fait , en 1581, comte des Orcades. Comme il avait été auparavant pourvu de l'abbaye d'IIolyrood, il l'échangea avec Adam Botwèll , le frère du "dernier comte ,

pour l'évêché des Orcades, et se trouva réunir ainsi toute l'autorité. Il fit reconstruire en partie le palais de Birsa , résidence principale des comtes. Vers ce temps, Jacques VI ayant épousé Anne, sœur du roi de Danemark, ce dernier signa une nouvelle renonciation aux droits qu'il pouvait encore faire valoir sur les Orcades et les Shetland.

Patrick Stuart, fils de Robert, succéda à son père. Les plaintes de ses vassaux contre les actes d'oppression qu'il se permettait engagèrent le roi à traiter avec sir John Arnat, à qui le comte avait engagé ses États, qui revinrent ainsi à la couronne d'Ecosse. Sir James Stuart fut envoyé aux Orcades seulement en qualité de chambellan et de shériff. Le comte cependant , retenu prisonnier dans le château de Dambarton , chargea son fils naturel , Robert Stuart, de reprendre les châteaux de Kirkwall et de Birsa , dont sir James s'était tout d'abord emparé au nom du roi. Cette entreprise ayant réussi , le comte de Caithness fut à son tour chargé par Jacques VI de venger cet affront. Le château de Kirkwall fut alors repris et démoli , et Robert Stuart, qui y fut fait prisonnier avec quelquesuns des serviteurs du comte, fut envoyé à Edimbourg, où ils furent pendus. Le comte lui-même fut décapité l'année suivante (1615). Les Orcades furent administrées par des gouverneurs jusqu'en 1647, époque à laquelle lord "William Douglass , comte de Morton, fut créé, par Charles T", comte des Orcades.

Son fils, Robert Douglass, lui succéda en 1649. C'est en cette année que le marquis de Monrose arriva de Hollande avec quelques officiers et des troupes étrangères , qui furent tuées ou prises à la bataille de Carbersdale.

En 1664, "William Douglass prit la place de Robert, son père. Un vaisseau hollandais, chargé de monnaie d'or, ayant été capturé et amené aux Shetland , et les lords de la trésorerie ayant forcé AVilliam à rendre compte de cette prise , il fut contraint \m' un décret spécial de revendre à l'Ecosse

son droit de seigneurie. Les Orcades furent alors annexées une dernière fois à la couronne; et un acte du parlement ordonna qu'elles seraient, à l'avenir, administrées par un simple intendant (1669).

Depuis cette époque, le titre de comte de ces îles , passé dans la famille Hamilton , n'est plus qu'honorifique , et les Orcades ne figurent plus dans l'histoire. Réunies aux Shetland dont nous allons nous occuper, elles envoient un représentant au parlement d'Angleterre.

Nous avons donné à ce résumé des annales des Orcades plus d'étendue que nos lecteurs ne s'y attendaient peut-être ; mais deux motifs nous ont guidé dans le plan de ce travail : d'abord l'histoire de ces îles , quoique fort intéressante, était presque inconnue en Europe ; elle n'existait que sous forme de documents obscurs dans la chronique latine de l'Islandais Torfœus, dans l'Orkeneyinga-Saga, et dans quelques auteurs presque ignorés ; c'était donc une page curieuse des fastes du moyen âge à rétablir à sa place, restée vide jusqu'à présent; en second lieu, la biographie des comtes des Orcades se lie si intimenient à celle des roisdeNorwége et d'Ecosse, qu'il nous a semblé qu'elle formerait un utile appendice au tableau de ces deux derniers pays. Ces considérations nous ont décidé à braver la poudre des in-folio, où dormait depuis si longtemps le passé historique des Orcades, et à rassembler dans l'ordre logique la multitude des faits entassés dans le fatras des chroniques. Nous regrettons seulement que le court espace qui nous était assigné ne nous ait pas permis de nous étendre sur les mœurs des temps barbares; nous aurions décrit en détail les combats sanglants que se livraient ces rudes descendants des anciens Scandinaves; nous aurions fait asseoir le lecteur aux banquets , ou plutôt aux orgies de ces hardis pirates, la terreur des mers du Nord; et de pareilles scènes, fidèlement retracées , auraient offert un intérêt puissant.

DES ir.RS DK L'OCisAN.

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