ISLANDE Q
Situation géographique, dimensions ET ASPECT. L'Islande est une des plus grandes îles d'Europe, car elle a près décent vingt-quatre lieues de long et plus de quatre-vingts de large. Elle est * située entre le 63'^ degré 30' et le66M2' de latitude nord, et les 16^ et 27*^ degrés de longitude. Un bras de mer d'environ trente- cinq lieues la sépare du Groenland; à l'est, elle avoisine l'archipel des Féroë. Ses côtes sont rocailleuses, inégales, et découpées par une infinité de baies profondes. Au sud , elle est presque circulaire; à l'ouest , elle projette , dans l'Océan , deux langues de terre qui, de loin, semblent former deux autres îles. Au nord ouest , les dentelures sont si nombreuses et si rapprochées , qu'on dirait, à les voir sur la carte (**), un dessin bizarre tracé par la main capricieuse d'un enfant.
La charpente de l'Islande est formée par deux grandes chaînes de montagnes qui se coupent en croix et qui s'embranchent avec d'autres rameaux non moins remarquables par les pics élevés qui les dominent. Quelquesunes de ces montagnes descendent par une pente douce vers la mer; d'autres s'élancent brusquement du milieu des
(*) Il serait naturel, au point de vue géographique , de placer notre travail sur le Groenland après la notice qu'on vient de lire sur les terres arctiques proprement dites. Mais conime le Groenland fut découvert par des Islandais , et que le lecteur ne pourrait pas se faire une idée exacte de l'organisation primitive de ce pays, s'il ne connaissait pas celle de sa première mère-patrie, il nous paraît logicpie de donner ici la description de l'histoire de l'Islande. Letohleau qu'on va lire pourra servir comme d'introduction à la notice sur le Groenland.
(**) La meilleure carte d'Islande, en attendant la publication des travaux hydrographiques et géographi(|ues de l'expédition de la hcchcrciie , est celle qui accompagne le voyage de Heuderson.
flots. Il est impossible d'imaginer un pays plus rude au regard , plus tourmenté , plus bouleversé , en un mot d'un aspect plus extraordinaire. Cette terre, dont la formation est un mystère pour le géologue, présente l'ituage du globe, tel qu'il devait être avant que l'œuvre de la création lui et}t donné la lumière et la vie. On n'y voit, en effet, que volcans brûlants ou tièdes encore; torrents de lave refroidie; roches énormes confusément entassées; vallées que le feu a marquées de son empreinte indélébile; fleuves bouillonnants qui roulent vers la mer leurs eaux diversement colorées; glaciers inmienses qui, placés sur les sommets les plus hauts, sont toujours enveloppés d'un manteau de brumes; magniiïques jets d'eau surgissant des entrailles du sol ; plaines arides au milieu desquelles reluit , de distance en distance , la surface brillante des lacs que les révolutions terrestres ont formés et que de nouvelles convulsions dessécheront peut-être.
Mais nous ne voulons pas empiéter ici sur la description. C'est en lisant ce qui suit qu'on pourra se faire une juste idée de la physionomie de l'Islande. Chaque détail sera un trait indispensable à l'ensemble du tableau; car, dans un pareil sujet, la description locale est inséparable de la description somtnaire. Nous passons donc immédiatement à l'analyse, bien que les préliminaires eussent par euxmêmes assez d'intérêt pour nous tenter.
Climat. Quoique l'Islande soit située sous une latitude plus méridionale et présente une plus grande masse de végétation que le continent voisin, elle a été baptisée du nom de Terre de glace {Ice-land) , tandis que la grande péninsule que baignent les eaux du détroit de Davis a été appelée Groenland, ou Terre verte. INIais cette anomalie , comme on le verra plus loin, s'explique par la saison pendant
RÉGIONS CIRCOMPOLAÏRES.
laquelle les premiers navigateurs Scandinaves découvrirent ces deux pays.
Le climat de Plsiaiide rend cette contradiction encore plus rluKiuante, caril n'est pas beaucoup plus rude que celui du Danemark et de la Suède septentrionale. En hiver, il toml)e une grande quantité de neige dans la partie nord ae l'île, et les paysans sont alors réduits à une extrême misère. Il règne aussi , dans certaines localités , des brouillards épais; cependant Tatmosphère est, en général, pure et transparente.
Les hivers de 1717, 1742, 1784 et 1792 ont été extrêmement rigoureux, et l'ont , par conséquent , exception à la règle générale que nous venons de poser. Le froid fut si intense dans ces quatre années , et il gela si longtemps, que l'eau de la mer se prit à une prolondeur assez grande pour qu'on pût sans danger traverser les baies les plus larges et aller d'une île à l'antre dans le Breïdafiord. La plus forte gelée qu'on ait jamais éprouvée en Islande est celle de l'hiver de 1348; les habitants purent aller h cheval tout autour de l'île, même dans les endroits où la mer est ordinairement très-agitée. En 1753 et 1754, le froid, et le manque de fourrage qui en est la suite, firent périr un grand nombre de bestiaux. On vit les clievaux ronger les os des animaux morts de faim et de froid, et les moutons se manger la laine les uns aux autres. En 1756 , il ne cessa de neiger pendant les mois de juillet et d'août.
Il est certain que le climat de l'Islande est plus rigoureux aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque de la première colonisation , car plusieurs historiens , entre autres Are , dans ses Schedse de Islandia, nous apprennent que l'île était alors couverte de forêts; or, le froid y empêche aujourd'hui le développement des arbres. On sait que la même observation a été faite sur toutes les régions circompolaires, sur la Sibérie, la Tartarie septentrionale et le nord de l'Europe. Les modiflcations climatériques du Groën- ' land viennent à l'appui de cette opinion,
s'il est vrai , comme nous le pensons , que la partie de ce pays qui est depuis longtemps inabordable, à cause des glaces , ait joui autrefois d'une température assez douce pour comporter un établisse ment colonial important (*).
Ce (jui augmente considérablement la rigueur du froid dans la partie septentrionale de l'Islande, ce sont les ér)ormes glaçons que les vents du nord-ouest y poussent en hiver. Ces glaces viennent de la côte du Groenland, et le bruit qu'elles font dans le trajet, en se heurtant les unes contre les autres, peut s'entendre à plusieurs lieues. C'est un spectacle aussi extraordinaire qu'effrayant; toutes ces masses flottantes se mouvant dans tous les sens, s'élevant ou s'abaissant suivant les ondulations de la mer, tourbillonnant sous l'effort de la tempête ou s'avançant avec rapidité, présentent l'image d'un chaos d'une nature étrange et tel que les poètes n'en ont jamais décrit de semblables.
Tout se réunit, on le voit, pour faire de l'Islande une terre de merveilles et le théâtre des phénomènes physiques les plus imposants.
Tant que les montagnes de glaces ne sont pas fixées, le temps est inconstant et orageux; le courant, les mouvements de la mer, le flux et le reflux, tout est dans un désordre singulier et offre une irrégularité surprenante.
Mais dès que les glaçons s'arrêtent sur les côtes et que les eaux ont entraîné les parties mobiles qui en ont été détachées, tout rentre dans l'ordre accoutumé; le temps devient calme, l'air s'épaissit et se charge de brouillards qui produisent un froid humide et pénétrant (**). Souvent, en arrivant sur le littoral, les glaces, poussées par la violence du courant , enlèvent les petites îles environnantes , brisent la partie saillante des promontoires , et s'enfoncent dans l'intérieur des terres.
(*) Voyez dans la notice suivante notre dissertation sur l'ancien et le nouveau Groenland. '
(**) Olafsen et Povelsen, Voyage en Islande fait par ordre du roi de Danemark.
L'UNIVERS
Vers la fin de l'hiver, les baies du nord sont entièrement encombrées, et quelquefois les montagnes flottantes sont si nombreuses, que, ne trou^'ant plus de place sur les côtes septentrionales, elles viennent sefixer le long dus districts de l'ouest, et arrivent même jusque dans les ports du sud, où elles occasionnent un froid rigoureux. En 1766 , tout l'espace qui sépare le Groenland de l'Islande fut rempli de glaçons (•). Les plus gros quartiers durent plus d'un an, et ne se fondent que dans la partie qui s'élève au-dessus des flots; encore le soleil a-t-il peu de prise sur cette dernière, parce que ses rayons sont repercutés par la superficie lisse et unie du glaçon.
Le froid vif et humide n'est pas le seul inconvénient qui résulte de l'arrivée de ces masses d'eau solidifiée; il en est un autre plus redoutable: un grand nombre d'ours du Groenland sont transportés par les glaçons jusque sur les côtes d'Islande , et ces animaux s'empressent de gagner la terre pour assouvir leur faim. On peut se faire une idée du ravage qu'ils font parmi les troupeaux de moutons , et de la terreur qu'ils répandent au loin dans l'île. Les Islandais se réunissent en troupes nombreuses pour leur donner lâchasse, et quand ils sont assez heureux pour en tuer quelques-uns , ils ont droit à la récompense qu'offre le gouvernement pour chaque tête d'ours. Il est à remarquer que les ours ne passent jamais l'été en Islande ; ils profitent du moinent où les glaces se détachent des côtes de Tile, et reprennent le chemin du Groenland pour se rembarquer et retourner dans leur terre natale. On raconte des choses merveilleuses sur la ruse et l'instinct de ces animaux. On dit, par exemple, que si les glaçons ont quitté le rivage avant qu'ils aient songé au départ, ils grimpent au sommet des plus hautes montagnes, pour découvrir de quel côté se dirigent leurs embarcations , et qu'ils se jettent en-
(*) Tremarec , Rclatioii d"uii voyage fail dans la mer du Noril.
suite à la nage pour les rejoindre (*).
Disons toutefois que ces glaces voyageuses qui ont une si fâcheuse in/luence sur le climat de l'Islande, offrent aux liabitantsde cette île quelques avantages assez précieux. D'abord, elles l( ur procurent du bois de flottage en grande quantité; en second lieu, elles poussent dans les baies des districts septentrionaux des baleines, dont quelques-unes sont mortes , et deviennent sur-le-champ la proie des pêciieurs islandais, tandis que les vivantes sont aisément tuées à coups de lance et de hache. Certaines espèces de poissons fort recherchées se réunissent aussi près des glaçons; on peut citer particulièrement le merlus , qui se tient de préférence autour des montagnes qui touchent au fond de la mer. Olafsen et Povelsen font , au sujet de ce poisson , une remarque singulière : ils disent qu'il a toujours un flanc tourné vers le glaçon qu'il fréquente, ce qui fait qu'il perd la vue de ce côté. En l'observant, on voit que l'œil est entièrement gâté, blanc, et couvert d'une matière visqueuse.
Les cycloptères , qu'on prend auprès des masses d'eau congelée, n'ont également qu'un oeil.
Les grands froids, les brouillards et l'humidité engendrent parmi les Islandais des maladies cruelles ; une des plus communes est la pleurésie. La goutte, l'érysipèle et les rhumatismes sont aussi fréquemment observés.
IMais de tous les maux qui affligentcette malheureuse population, le plus terrible et le plus hideux est la lèpre, espèce de scorbut qui n'est point contagieux, mais qui se transmet de ptre en fils. Cette maladie , qui n'était pas connue en Islande avant l'annce 1289, se manifeste chez quelques individus comme le scorbut sur nos bâtiments, et chez d'autres par des symptômes bien plus effrayants. Elle commence par un gonflement à la tête et aux pieds ; quelquefois toutes les parties du corps sont attaquées ; la peau devient luisante et prend une teinte plombée ;
{*) Olafsen el Povelicn, loc. cit.
REGIOJNS CIRCOMPOLAIRFS.
les cheveux tombent; la vue, l'odorat.
le goiU et le tact diiniiuicnt, et souvent s'oblitèrent tout à fait; les bras, les pieds , le visage se couvrent de boutons; la respiration devient difficile, riialeine puante ; des douleurs intolérables se font sentir dans toutes les articulations ; une éruption générale couvre le corps et se convertit en une immense plaie qui achève d'épuiser les forces vitales du malade et le conduit au tombeau (*).
Toutes ces affections pathologiques, la mauvaise nourriture et la misère des Islandais abrègent singulièrement l'existence de ces pauvres gens. Les enfants nouveau-nés ne sont nourris du lait de leur mère que pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent raccouchement; on les met ensuite au lajt de vache, et, dans les mauvaises années , on mêle à ce lait de l'eau et de la farine. Devenus grands, leur estomac s'accommode fort mal des aliments grossiers et presque toujours ^atés dont ils font leur ordinaire. La constitution lymphatique prend le dessus, et les maladies les assaillent même dans la force de l'age. Ils dépassent rarement cinquante ou soixante ans ; ?ncore ceux qui mènent une vie laborieuse, comme celle de pêcheur, n'atteignent-ils à cet âge que chargés de maux physiques, qui en font des vieillards bien avant le temps marqué par •a nature (**). Les femmes vivent plus longtemps que les hommes; particularité qui, du reste, s'observe presque partout. Mais en Islande on a remarqué que les femmes qui avaient été les plus fécondes , étaient privilégiées 3ntre toutes et parvenaient à un âge très-avancé ; or il n'est pas rare de trouver dans cette île des mères de famille qui ont eu douze et quinze enfants. Biarne Haldorson nous apprend même dans ses annales que la femme du gudmund Johnson , à Huainas , dans le nord de l'Islande, eut de vingt 3t une couches vingt-quatre enfants ,
(*) Troïl , LetUes sur l'Islande , Iraduiles par Lindblom.
(**) Idem , ibid.
exemple de fécondité assurément fort remarquable.
MiU'orolocjie. L'hiver en Islande est sans doute funeste aux habitants, dont il détruit la santé, comme on vient de le voir, et dont il épuise les ressources.IMais que de jouissances ne procuret-il pas au voyageur avide d'émotions et de spectacles grandioses ! C'est en effet pendant cette saison que les phénomènes météorologiques les plus frappants se succèdent presque sans interruption. Chaque nuit , l'aurore boréale illumine le firmament : tantôt elle se montre sous la forme d'une ligne droite qui traverse l'hémisphère et simule pendant plusieurs heures un large fleuve de lumière ; tantôt elle s'agite et danse à l'horizon avec une vélocité surprenante, en laissant échapper de ses flancs mille langues de feu tordues en zigzag et en spirales , ou arrondies en courbes gracieuses. Lorsqu'elle s'est fixée sur un point de la voûte céleste , elle rassemble ses forces, puis se divise en lignes nombreuses qui s'élancent au loin en passant par le zénith, et toujours de manière à conserver à l'ensemble du météore une forme ovale. Ces jets brillants se contractent comme ils se sont développés, et, après s'être réunis sur un point commun , recommencent leur mouvement de va et vient; enfin ils se perdent dans un torrent splendide , dont la vive lueur s'affaiblit par degrés jusqu'à ce qu'elle s'efface complètement et qu'elle cède la place aux ténèbres. Rien de plus éblouissant que ces rayons mobiles , colorés de jaune sombre , de rouge et de vert. Au moment où ils exécutent les évolutions les plus rapides, on entend un pétillement semblable à celui qui accompagne le dégagement des étincelles d'une machine électrique. Les aurores boréales égayent aussi les nuits des régions voisines du pôle; mais nulle part elles n'ont ce caractère de grandiose et d'originalité qu'elles empruntent en Islande aux paysages pittoresques sur lesquels elles versent leurs clartés fantastiques.
Autrefois ces merveilles aériennes
15* Livraison. (Régions circompolaires.;
L'UNIVERS
étaient considérées comme l'annonce certaine de quelque fléau désastreux, tel que la guerre, la famine ou la peste; mais, aujourd'hui , l'Islandais les regarde tout simplement comme les précurseurs de la tempête. On a observé, en effet, qu'il se passait rarement plus d'un jour après une aurore boréale remarquable, surtout dans la partie nord , sans qu'un ouragan ou une trombe éclatât brusquement.
Le soleil de minuit apparaît quelquefois à l'horizon et projette sa pale lumière sur les rochers de l'Islande.
Le voyageur égaré sur les montagnes reste frappé de surprise en apercevant tout à coup l'astre du jour, dont le disque se détache sur l'azur sombre du ciel , et dont les rayons se reflètent dans les flots paisibles de l'Océan.
Les parhélies (en islandais hiasolar) sont presque aussi fréquents dans ce pays que les aurores boréales. On en compte quelquefois jusqu'à neuf en même temps. C'est ^ l'approche des glaces du Groenland que ce météore se fait surtout remarquer. Le soleil ne se montre guère alors sans être entouré d'un ou plusieurs parhélies, et souvent un arc-en-ciel apparaît en même temps du côté opposé.
La lune est aussi très-souvent environnée d'un cercle ou rosabaugur^ qui annonce le mauvais temps pour le lendemain. Les globps de feu qui sillonnent l'espace en jetant une soudaine et vive clarté s'appellent wiga-knottur, et, quand ils sont de forme ovale, on les distingue sous le nom de wigabrandur.
L'histoire d'Islande cite plusieurs comètes qui ont fait leur apparition à intervalles assez longs ; on les connaît dans cette île sous la dénomination de halestjernor.
Lorsqu'un vent violent souffle des glaciers du quartier oriental , ou des déserts qui entourent le mont Hécla, il élève dans les airs une colonne de pierre ponce pulvérisée, de sable et de poussière qu'il transporte à une distance de plusieurs lieues. Ce phénomène, désigné par le nom de inistour, produit une obscurité qui dure quel-
quefois toute une journée. Les pêcheurs le redoutent avec raison, et dès qu'ils en aperçoivent les premiers indices, ils se tiennent sur leurs gardes, de peur de voir leur canot chaviré par le vent.
II se forme aussi , au sommet de certaines montagnes coniques , des tourbillons si violents qu'ils renversent et lancent au loin tout ce qui se trouve dans leur rayon. Malheur au voyageur qui, en approchant de ces lieux funestes, ne prend pas les précautions nécessaires pour n'être pal enlevé et précipité au haut de là montagne; il est bientôt saisi parle souffle tournoyant et paye quelquefois de la vie sa fatale imprudence. C'est surtout au sommet du Thyrill que l'air, se mouvant en spirale , à causé de la forme du piton supérieur, produit ce phénomène. Du reste, il n'est pas nécessaire d'aller sur les pics \ei plus élevés de l'Islande pour trouver des vents qui occasionnent ou donnent la mort; quelquefois, dans les mois d'avril et de mai, le vent d'est fatigué et affaiblit tellement les bestiaux, qu'il en meurt un grand nombre. La sant€ des habitants en souffre aussi beaucoup.
Folcans et tremblements d£ terre, L'Islande est le point du globe où les \ feux souterrains exerceiit le plus de ravages, la terre classique du volcan, l'immense laboratoire où le paganisme grec aurait placé le séjour de Vulcain et des cyclopes. Tout , dans ce pays, porte la trace des terribles convulsions produites par cette force cachée qui déchire les entrailles du sol , détruit la demeure de Ihomme, fait surgir les îles du fond de la mer, et les montagnes du sein des continents.
Il serait impossible d'énumérer les cratères éteints ou fumants de cette île, car nul n'a pu les compter , et il s'en forme incessamment de nouveaux. Partout où l'on pose le pied, on se heurte à des blocs de lave, à des scories de forme bizarre, à des pierres calcinées , sorties des flancs des collines et des précipices ; si bien , qu'eu contemplant ce singulier chaos , on
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REGIONS ClRCOMPOLAIllKS.
est tenté de se demander si l'Islande ne sera pas un jour anéantie par la puissance pliysicjue (|ui l'a créée, et ne rentrera pas dans rabînie d'où le feu l'a fait sortir.
Notre intention ne saurait être de signaler et d'analyser tous les résultats des éruptions dont l'Islande est si souvent le théâtre ; nous nous bornerons à indiquer quelques-uns des effets les plus caractéristiques du feu, et les produits volcaniques les plus remarquables.
Quelques jours avant les éruptions, les rivières voisines du cratère tarissent. On entend ce mugissement bien connu, qui ressemble à un bruit de tonnerre; puis, des nuaj^es de fumée s'échappent des flancs de la montagne, et enfin la lave bouillonnante se fait jour par plusieurs ouvertures. Au milieu des éclairs et des globes de feu dont la lueur se réfléchit au loin dans les flots de la mer, sort une prodigieuse quantité de pierres qui, souvent, sont lancées par la force qui les pousse , à une distance incroyable. L'évêque Troïl a vu, à une lieue de l'Hécla, une de ces pierres qui avait deux pieds de diamètre, et qui provenait de la dernière éruption de ce volcan, en 1766.
Olafsen affirme qu'un bloc de deux cent quatre-vingt-dix livres fut jeté à quatre lieues par le Kotlugia. Après l'éruption, on trouve quelquefois dans les environs du sel en si grande quantité, qu'on peut en charger plusieurs chevaux , ce qui prouve que l'eau bouillante qui sort du cratère , en même temps que les substances volcaniques , vient de la mer. La lave prend souvent une forme bombée; la croûte ou la surface se refroidit et devient solide , tandis que la matière qu'elle recouvre reste à l'état fluide; il en résulte de grandes cavités dont la lave compose le plafond, les parois et le plancher. Il s'y forme aussi une grande quantité de stalactites de la même substance. Ces cavités sont fort nombreuses en Islande; il y en a même de si grandes , que dans beaucoup d'endroits elles servent d'étable. Une des plus considérables est la caverne
de Surthellir, qui a de trente-quatre à trente-six pi^ds de hauteur et de cinquante à cinquante-quatre de largeur; sa longueur n'est pas moindre de cinq mille trente-quatre pieds (*).
Parmi les compositions produites par le feu, on peut citer les suivantes comme les plus remarquables : 1" le jaspe rouge et noir; 2° la tfjffay pierre composée de cendres et de gravier, et contenant tantôt de la lave, tantôt du basalte; 3° la lave qui, comme on sait, est une espèce de pierre fondue et qui varie suivant la différence de l'état dans lequel était la substance première, lorsqu'elle a servi d'aliment au feu.
Quelquefois elle est compacte, d'autres fois poreuse et remplie de petites ampoules et de cavités. L'intérieur présente des cristaux de quartz , opaques et fragiles, d'un blanc mat, ou des gouttes de verre de couleur verte , qui disparaissent au contact trop prolongé de l'air. Les différentes couleurs de la lave sont le noir, le bleu foncé, le violet, le rouge-brun et le jaune sale; toutefois , elle est plus fréquemment rouge ou noire. Dans les endroits où l'action du feu a été la plus violente , la lave est comme glacée et offre l'apparence de la résine.
Dans les hraun ou grandes chaînes de lave, la surface s'est ridée en refroidissant. Ordinairement cette matière, en se consolidant, prend la forme d'une corde ou d'un cable , tantôt allongé , tantôt enroulé, mais dételle façon que la grosseur va en augmentant du centre à la circonférence. On peut rapporter à cette classe une substance noire et dure , qui , au contact de l'acier, produit des étincelles; elle simule quelquefois un arbre avec ses branches, ce qui a fait croire que c'était un arbre pétrifié; 4° la pierre ponce , généralement blanche , quoiqu'on en trouve de rouge et de noire; 5° l'agate, ou plutôt le verre brûlé, dont quelques échantillons sont blancs et transparents comme le cristal ; 6" l'agate bleue qui est rare , mais qui se trouve en fragments si consi-
(*) Olafsen.
dérables , qu'on en envoya à Copenhague un morceau pesant" seize cent soixante livres ; 7^ Tagate verte , qui est plus grossière, et ressemble à du gros verre de bouteilles ; 8° enfin du soufre, dont certaines montagnes sont couvertes , et qui , bien que mal exploité , est une ressource pour les paysans islandais et le gouvernement danois (*).
Le nombre des éruptions qui ont ravagé l'Islande depuis que cette île existe , ne peut être déterminé qu'à partir de l'époque delà découverte par les Scandinaves. La première dont les anciens documents fassent mention , est le ildborger hrawi, qui eut lieu durant le neuvième siècle, dans la partie occidentale de l'île, immédiatement après l'arrivée des Norwégiens, Le second événement de cette nature n'est signalé qu'en l'an 1000, époque de l'adoption publique du christianisme dans ce pays. Les annales islandaises nous font connaître ensuite les éruptions dont voici le tableau d'après les recherches de l'évêque de Linkœping :