POLE ANTARCTIQUE
Les régions circompolaires du sud étant beaucoup plus froides que les contrées voisines du pôle nord , sont par cela même beaucoup moins connues. Tandis qu'au nord on a dépassé le 83^ degré de latitude, au sud c'est à peine si l'on a pu atteindre le TT". Pendant l'hiver , le navigateur qui parcourt l'océan antarctique rencontre des glaces dès le 50'' degré, c'est-àdire, sous la latitude de Dieppe; et quelques degrés plus loin , sa marche est arrêtée par les montagnes flottantes. Du côté de l'Amérique, on pénètre aisément, dans la mauvaise saison, jusqu'au cap Horn, situé sous le .56'' ; mais on ne peut guère aller plus loin sans de grandes difficultés. Aussi, dans l'état actuel de la science, avons-nous fort peu de chose à dire sur les contrées polaires australes.
On a mis au nombre des îles africaines la terre d'Enderby, située sous le cercle polaire antarctique et au 40^ degré de longitude à Test du méridien de Paris. Cette terre fut découverte , il y a quelques années, par le capitaine anglais Biscoe. Elle s'étend au sud<
sud-est de l'île de Kerguélen , et au sud des îles Crozet.
A l'ouest du méridien, on trouve:
I" L'île Saint-Pierre, nommée par les Anglais Géorgie australe, Nonvelle- Géorgie et île du Roi-George. Découverte par ia Roche en 1675, elle fut reconnue en 1775 par le capitaine Cook, qui crut ou feignit de croire qu'il l'avait aperçue le premier , et la débaptisa pour lui imposer un nom anglais. On lui donne trente-neuf lieues de longueur sur vingt de largeur. Elle gît par 55'' de latitude et 41" de longitude occidentale.
2° Le petit arcliipel de Sandwich, au sud de fîle Saint-Pierre, par 59° latitude et 30° longitude occidentale.
Ccok en fit la découverte. Ses îles principales sont Bristol, que Ton croit être la plus vaste; la Thulé australe, qui est peut-être aussi étendue; et le groupe àw Marquis de Traversay, qui renferme dans son île principale un volcan en activité. On doit compter dans cet archipel les quatre îles découvertes, il y a quelques années, par le capitaine ferown ; ce marin a aper<ju
L'UNIVERS
des traces de volcan dans celles qu'il a nommées Ile du Prince , et Ile J-Velley.
3° Les Orcadps australes, à l'ouestouest-sud des Sandwich, découvertes en 1821 par le navigateur anglais Weddell. Les principales îles de cet archipel sont Pomona et Coronation; les autres, telles que iVIelville, Robertson, Weddell, Saddle, etc., ne sont que des îlots.
4° Les Shetland australes, à l'ouestouest-sud des Orcades. Les plus considérables de ces îles sont Barrow, Levingston et l'île du Roi-George. Celle de James a une montagne extrêmement élevée ; et le rocher baptisé du nom de Bridgman supporte un petit volcan, qui est le plus austral et le plus bas que l'on connaisse jusqu'à présent.
5° La terre de la Trinité , au sud des Shetland australes. Elle a été découverte dans ces derniers temps par Bellinghausen. On suppose que ce n'est autre chose qu'un archipel, comme les contrées dont nous venons de parler.
6° La terre de Graham, découverte en 1831-32 par Biscoe. On a supposé qu'elle formait un continent austral, mais rien ne le prouve. Il est vrai qu'entre la terre de la Trinité et Tile d'Alexandre elle n'a pas moins de cent cinquante milles dans sa partie explorée ; mais cette étendue n'est pas une raison probante, et cette terre peut fort bien n'être qu'une île. N'omettons pas rîle Adélaïde, située à la pointe sud de la côte septentrionale.
7° Les îles AlexandreP'" et Pierre r"", placées presque sous le soixante-dixième parallèle, au sud-ouest de la terre de la Trinité.
8° La terre de Joinville, la terre de Louis-Philippe et l'île de l'Astrolabe, découvertes en 1838 par le capitaine { aujourd'hui amiral ) Dumont d'Urville.
9" La terre Adélie , vue par le même
navigateur français, dans son dernier voyage, et qui, 'suivant quelques personnes, aurait été découverte par un baleinier étranger, puis aperçue par \\ï\ autre, avant que notre compatriote l'eut reconnue. M. d'Urville y place le pôle magnétique austral et en fait un véritable continent. On ne peut rien affirmer sur ces deux points importants, d'après le simple rapport du commandant de V Astrolabe au ministre de la marine. Le monde scientifique ne sera à même de prononcer à cet égard que lorsque le récit complet de l'expédition de M. d'Urville aura été publié.
Toutes les contrées que nous venons d'énumérer sont inhabitées et probablement inhabitables. Le froid le plus cruel s'y fait sentir pendant la majeure partie de l'année. Elles sont environnées de vastes banquises et de montagnes de glace qui quelquefois en rendent l'abord impossible. Quelques mousses attachées au flanc des rochers sont le seul végétal qui croisse dans ces régions maudites.
Cependant, quelque déshérités de la nature que soient ces pays circompolaires, leur découverte a été d'une grande utilité pour les nations maritimes. En effet , leurs parages abondent en cétacés et en phoques de différentes espèces, et les pêcheurs anglais et américains y ont recueilli jusqu'à présent de riches cargaisons. Ces animaux, qui se sont retirés un peu plus vers le sud , paraissent devoir défrayer longtemps encore par leur nombre les expéditions tentées par les armateurs d'Angleterre et des États-Unis. Cet amour du gain qui pousse les peuples aux entreprises les plus périlleuses, amènera sans doute encore des découvertes importantes dans la zone antarctique. La soif de l'or agrandira ainsi le domaine de la science, comme el!e l'a fait déjà dans plus d'une circonstance.
PIIT DES BEGIOirS CIRCOMPOLAIRES.
TABLE DES MATIÈRES