‹ Chimie des parfums et fabrication des essences, odeurs, bouquets et eaux composées, émulsions, pâtes, teintures, pommades, dentifrices, poudres, etcChapitre 248 sur 268 · CORPS GRAS · texte numérisé non relu

CORPS GRAS

Les corps gras, grandement employés en parfumerie pour la préparation des huiles antiques, des pommades

et d’autres cosmétiques, ne sont jamais employés tels

quels. 11 convient de les soumettre à une purification plutôt chimique que mécanique. Les corps gras du commerce contiennent le plus souvent des jrestes du corps animal ou végétal dont ils proviennent. Dans les corps gras animaux, on retrouve encore du sang, des portions de peau; dans les graisses végétales, des parties celluleuses, albumineuses. Outre ces impuretés, les graisses contiennent encore, lorsqu’elles sont vieilles, de petites quantités d’acides gras libres,

suffisantes toutefois pour communiquer l'odeur et le.

goût extrêmement répugnants de la graisse rance.

Certaines graisses deviennent rances très rapidement.

On peut du reste appeler rance toute graisse odorante, parce que la graisse pure est absolument inodore.

À FLE

La résine de benjoin et l'acide benzoïque ont le pou-

voir de s'opposer au rancissement de la graisse. On

fera donc bien d'incorporer intimement à la graisse entièrement lavée, environ un millième du poids en acide benzoïque. Mais les graisses se conservent mieux encore par l'acide salicylique tant qu'elles sont liquides; aux huiles on ajoute le même acide directement, puis on agite énergiquement. Cet acide se dissout dans l'huile et la solution huileuse se conserve dès lors indéfiniment. Un millième du poids de la graisse en

question ou de l'huile est plus que suffisant en acide salicylique pour une conservation de plusieurs années. Tous les corps gras proprement dits peuvent être

saponifiés par les alcalis. Parmi les substances animales, les suifs de mouton, de bœuf, de chèvre, les graisses de porc dits saindoux ou flambards, provenant de la cuisson de viande des charcutiers, sont seuls employés à la confection des savons de toilette (1)...

Les huiles végétales, au point de vue de la fabrication des savons, doivent être divisées en deux catégories selon leur richesse en principes solides. Les Auiles d'olive, d'arachide, de sésame, de lentisque, d’illipé, de palme, de coco sont les plus estimées pour cette fabrication. Les savons obtenus avec l’Auile de coco sont dits savons de marine et possèdent la propriété de mousser avec l’eau de mer.

Quoique les onguents proprement dits ne soient pas

employés en parfumerie, il importe de faire connaître la distinction qui doit étre faite entre ces préparations

et les pommades.

(1) Voy. Julien LEerÈvRE, Savons. Paris, 1895.

Les onguents, quelle que soit leur consistance, sont des mélanges en proportions variables de corps gras divers, de cire, d'huiles et de résines, unis avec diverses substances.

Les pommades diffèrent essentiellement des onguents en ce qu'elles ne renferment jamais de résines ; on peut les diviser en pommades par action chimique, non employées en parfumerie, et en pommades par solution (pommade camphrée, et la plupart des pommades odorantes employées en parfumerie), et les pommades par simple mélange : telle est la pommade à l'oxyde de zine, etc.

Le pointessentiel dans la fabrication de la pommade,

c'est, quelle que soit la graisse qu'on emploie, que

cette graisse soit parfaitement inodore.

Voici comment on obtient un saindoux sans odeur :

Prenez, par exemple, 14 kilogrammes de panne parfailement fraîche, mettez-les dans un vase bien vernissé, qui puisse sup-

porter la chaleur d’un bain d’eau salée bouillante, ou, si l’on.

emploie la vapeur, une légère pression; lorsque la panne est fondue, ajoutez-y 30 grammes d’alun en poudre et 60 de sel de table ; entretenez la chaleur jusqu’à ce que vous voyiez s'élever une écume composée en graude partie de caillots de protéine (albumine), de pellicules, etc., et qu’il faut écumer. Lorsque la graisse liquide paraît ne plus contenir de corps étrangers, laissezla refroidir. |

Il faut alors laver la panne ou axonge. On procède à ce lavage par petites portions à la fois. On là fait ensuite refondre en ayant soin d'élever assez la chaleur pour faire évaporer toute l’eau qui pourrait être restée. soa la graisse est refroidie, l’opération est terminée.

Cette opération est pénible sans doute et prend beaucoup de temps, mais la graisse qui n’est pas ainsi purifiée est complètement impropre aux usages de la parfumerie ; en effet, une mauvaise graisse coûte plus en parfums pour couvrir sa mauvaise odeur que la

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dépense nécessaire pour clarifier. De plus, si Ja panne employée a le goût de la bête, il est presque impossible de lui donner aucune odeur délicate, et si on la parfume fortement en ajoutant beaucoup d’essence, la graisse ne se conserve pas davantage et devient bientôt rance. De toutes manières, donc, employer, dans la fabrication des pommades, des graisses qui ne soient pas parfaitement inodores est une très fausse économie.

Dans la Provence, qui produit les fleurs et où les belles pommades se font par enfleurage ou par macération (1), la clarification des graisses nécessaires à ce commerce est un objet assez important pour en faire une industrie à part.

On purifie la graisse de bœuf ou de mouton à peu près de la même manière que la panne. Mais la consistance plus ferme de ces graisses exige pour les laver un mécanisme d'une force plus grande que celle que peut fournir un travail manuel. On emploie pour l'épurement un rouleau de pierre se promenant sur une ardoise circulaire. Ce rouleau reçoit son mouvement d’un axe qui passe au centre de l'ardoise ou plutôt de la table de pierre sur laquelle est placée la graisse; celle table étant plus élevée au centre qu'à la circonférence, le courant d’eau s'écoule après avoir lavé le corps gras. Le reste de l'opération se fait de la même manière que pour le saindoux. Ces graisses sont employées dans la parfumerie sous le nom général de corps; ainsi nous avons des ponmades de corps durs (graisses de bœuf ou de mouton — suif), et des pommades de corps mous (panne). Pour tirer des extraits des pommades faites

: (1) Voy. page 58.

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