VOLATILITÉ ET PUISSANCE DES ODEURS
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Divers auteurs ont constaté, quant à la constitution chimique des essences, un fait important, c'est que, dans beaucoup de cas, l'essence obtenue des fleurs par la distillation n’estpas identique avec le parfum quis’exhale des fleurs vivantes, ce qui oblige, dans un grand nombre de cas, à recourir aux procédés dits «à basse température », que nous examinons aux articles Enfleurage et Dissolvants volatils. | i
La vapeur d'eau a sur l’essence une action chimique.
La plupart du temps, les essences fraîchement distillées reproduisent faiblement le parfum des fleurs desquelles © elles sont extraites et le rappellent mieux plus tard, grâce à l'influence oxydante de l'air.
Certaines essences, le néroli par exemple, ne sentent jamais comme la fleur dont on les a tirées. Mais quand on procède par l’enfleurage, c'est-à-dire en faisant absorber l'odeur de la fleur d'oranger toute fraiche par un corps gras, puis en retirant de ce corps gras le principe odorant au moyen de l'alcool dont on le sépare ensuite par la distillation, on obtient un néroli dont l'odeur est identiquement la même que celle de la fleur. On remar-
- quera que par ce procédé on ne voit pas de vapeur d’eau
intervenir et détruire l'essence.
Il est certain que le néroli ainsi obtenu reproduit la
véritable odeur de la fleur d'oranger, tandis que celui
qu'on obtient par la distillation a une odeur toute différente, qui rappelle celle du poisson d’eau douce.
Lesrecherchestrèsintéressantes deplusieurschimistes
et notamment celles de Blanchet et Sell, Deville, etc.,
ont démontré que les essences formaient avec l'eau
des combinaisons définies, tout en modifiant leurs pro-
| priétés physiques et plus spécialement leur odeur ; mais
il arrive aussi que l’eau modifie chimiquement les essences : c'est ainsi que le néroli diffère complètement, par ses propriétés et sa composition, non seulement de
l'essence de fleurs d'oranger extraite des fleurs par l’en-
fleurage ou par le sulfure de carbone, mais encore dela même essence isolée de l’eau distillée de fleurs d'oranger au moyen de l’éther; il faut donc établir une grande
différence entrele néroli et l'essence de fleurs d'oranger
proprement dite, et il est probable que l'huile solide cristallisable extraite par Plisson. du néroli, et qu'il désignait sous le nom d’auratte, n'est autre chose qu'un hydrate. Enfin il est constant que les essences exposées au contact de lair s’oxydent et se résinifient.
On peut se servir du procédé d’enfleurage a froid pour obtenir plusieurs essences qu'on ne pourrait obtenir par distillation, telles que l'essence de tubéreuse, de jasmin, d'acacia et de violette.
Toutefois il n'est pas exact de dire que les parfums
obtenus parles procédés d’enfleurage sont des essences, car une essence doit étre complétement volatile, et les parfums oblenus par enfleurage ou par le sulfure de carbone sont des mélanges d'huiles volatiles, de cires, résines, etc. Il convient d'ajouter que les essences de
jasmin, de tubéreuse, de jonquille, d’willet, de jacinthe, que l'on ne peut obtenir pratiquement par la distillation ordinaire, ont été obtenues industriellement par le procédé des dissolvants. ;
IlLest à présumer que les corps qui ont lamême odeur
sont les mêmes. En effet, deux corps différemment
composés n'ont pas la même odeur, et, s’il en est ainsi, on pourrait extraire de l'essence de violette de la racine d'iris, car la véritable essence de violette a exactement la même odeur que la racine d'iris fraiche,
Toutefois ce principe d'identité d’odeur et de propriétés physiques de corps ayant la même composition chimiqué est loin d'être absolu. On peut citer de nombreux exemples du contraire parmiles substances isomères, par exemple l’éther éthylformique etl'éther méthylacétique qui renferment les mêmes éléments et dans les mêmes proportions, et qui cependant possèdent des odeurs bien différentes; le grand groupe des essences hydrocarbonées offre encore des exemples nombreux de ces faits singuliers.
De ne Cp de
L'industrie de la parfumerie comprend :
1° L’extraction des parfums simples ou composés, qui existent tout formés dans les différentes parties des plantes, ou qui y prennent naissance sous l'influence de véhicules les plus divers ; 2° La préparation synthétique de produits identiques à ceux qui existent dans la nature, ou bien qui en diffèrent et par leurs propriétés et par leur constitution. L'extraction du parfum des plantes peut se faire de différentes manières, et le modeopératoire varie avec la partie de la plante à traiter, avec la nature de la substance aromatique qu’ellecontient, et aussi avecla forme sous laquelle on veut obtenir le parfum. On peut distiller avec de l’eau, les fleurs, les fruits, les feuilles, les tiges, les écorces, les racines et recueillir l'essence qu'entrainent les vapeurs d'eau. On peut aussi enlever aces différents organes leurs principes odorants, en les traitant soit par des corps gras(enfleurage), soit par des dissolvants très volatils, quand on veut obtenir des extraits concentrés. Cette industrie emploie donc les méthodes les plus variées pour saisir, sans les altérer, les parfums les plus délicats.
- La grande difficulté réside dans l'obtention des prin- Vale
Lo
La fleur est généralement le siége du parfum, mais il est certains végétaux dont différentes parties recélent chacune un produit aromatique doué d'une odeur particulière; c'est ainsi, par exemple, qu’en distillant la fleur de l'oranger avec de l'eau on obtient une essence connue sous le nom de « Æéroli », tandis que la distillation des feuilles et des fruils verts du même arbuste donne une autre essence se rapprochant de la précédente, mais moins suave quelle, et que l'on désigne sous le nom de « Néroli Petit Grain ». }
Il existe également des différences marquées entre les produits fournis par des parties identiques d'un même végétal, traitées à divers états de maturité.
Il y a là tout un ensemble de faits, intéressant à la fois la science de la physiologie végétale et l'industrie des parfums. L'étude de ces phénomènes de l’élaboration des composés odorants chez les plantes a élé entreprise par M. Charabot (1), qui a pu déja tirer de ses recherches d intéressantes conclusions. M. Charabot a d’abord suivi les modifications que subissent les composés appartenant au groupe du linalol dans un méme organe, au fur et a mesure de la végétation et lors de leur cheminement à travers les diverses parties de la plante. Lorsque les organes au sein desquels il évolue sont pourvus de chlorophylle, le linalol donne naissance à des éthers composés sous l'influence des acides libres, et à des terpènes par déshydratation. Ensuite l'énergie respiratoire l'emportant sur le phénomène d’assimilation, le linalol ou ses dérivés se. modifient par voie d'oxydation. D'une manière plus générale, M. Charabot a constaté que les alcools se transforment en éthers sous l'influence des acides; ils
(1) Annales de Chimie et de Physique, 5° série, t. XXI, p. 207.
s’oxydent notamment dans les fleurs, où la respiration l’emporte sur l'assimilation, en donnant naissance, les alcools primaires aux aldéhydes correspondantes, les alcools secondaires à des'cétones.
De plus récentes recherches ont permis à M. Charabot (1) d'établir que les conditions de milieu qui rendent une plante plus apte à la fonction chlorophyllienne favorisent en même temps l’éthérification.
En étudiant le mécanisme de l’éthérification chez les plantes, MM. Charabot et Hébert (2) ont constaté que ce phénomène se produit dans les organes verts, sous l'influence d'un agent particulier qui parait être une diastase à action réversible.
Ces résultats étant acquis, MM. Charabot et Hébert (3), dans lé but de pousser plus loin la connaissance des phénomènes chimiques de la vie végétale, ont envisagé le problème de l'influence des sels minéraux sur ces phénomènes. Les conclusions auxquelles ces auleurs sont arrivés présentent un intérêt tout particulier, non seulement au point de vue scientifique, mais encore en ce qui concerne la culture rationnelle des plantes à parfums. Nous renvoyons nos lecteurs aux Mémoires originaux.
La qualité, la quantité et la nature du parfum fourni par chaque plante sont soumises a de profondes variations régies par l’espéce et le genre du végétal, ainsi que par la couleur des fleurs qu'il produit.
Ainsi, en examinant les plantes monocotylédones, Cohler et Schlubert ont trouvé qu’elles renfermaient 14 p. 100 d'espèces odoriférantes, tandis que les dicotylédones n’en renferment que 10 p. 100.
(1) Bulletin de la Société chimique, 3e série, t. BAN, p- 259. (2) Ibtd., 3° série, t. XXV, p. 884 et 955.
(3) C. R. de l’Académie des sciences, t. CXXXIV, p. 181 et 1228.
Observées par familles naturelles, les fleurs ont présenté les couleurs et les odeurs associées dans les proporlions suivantes :
FLEURS FAMILLE NATURELLE. COULEUR DOMINANTE. ODORIFÉRANTES p. 100.
Nymphéacées. Blanc et jaune. 22 Rosacées. Rouge, jaune et blanc. 131 Primulacées. Blanc et rouge. 123 Borraginées. Bleu et blanc. 5,9 Convolvulacées. Rouge et blanc. 4,13 Renonculacées. Jaune. 4,11 Papavéracées. Rouge et jaune. 2 Campanulacées. Bleu. 4,934
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Les mémes auteurs, aprés avoir examiné les diverses fleurs suivant leurs qualités odorantes, et les couleurs qu'elles possèdent, ont constaté que les fleurs blanches sont les plus parfumées et les plus agréables à l’odorat, tandis que les fleurs orangées et brunes sont de peu d'utilité au parfumeur. |
Voici le classement auquel ils ont été amenés :