‹ Chimie organique élémentaireChapitre 50 sur 113 · CARBONE · texte numérisé non relu

CARBONE

:. . 232. Le carbone est l'élément qui se présente sous

■Xsf^ le plus d'états allotropiques différents; ce n'est que par l'analyse de ses produits de combustion qu'on est arrivé à reconnaître l'identité chimique de ce corps, s'oSrant sous tant d'aspects divers, diamant, graphite, noir de fumée, anthracite, etc.

' A l'état naturel, le carbone pur constitue le diamant

et le graphite. L'anthracite, le lignite et les divers charbons de terre fournis par la nature, ainsi que les charbons artificiels, sont essentiellement formés par du carbone, plus ou moins mélangé de matières étrangères.

233. Diamant. — Lavoisier, en brûlant du diamant dans de l'oxygène, constata le premier sa transformation en acide carbonique ; Humphry Davy montra que le diamant est du carbone pur en mesurant le volume d'acide carbonique produit.

Le diamant est transparent, d'un éclat particulier appelé adamantin, inodore, insipide, ordinairement incolore, quelquefois présentant une coloration jaune ou brune. Sa densité est de 3,52 à 3,55; sa dureté et son pouvoir réfringent sont supérieurs à ceux de tous les autres corps. Il se rencontre disséminé dans les sables d'alluvion, à Bornéo, au Brésil, au Gap, dans

i'Inrle, dans la Sibérie ; on le recueille par lavage t sables diamantifères.

f II cristallise naturellement en octaèdres, en cubes p en dodécaèdres rhomboïdaux; ordinairement, il est îouvert d'une croflte terreuse plus ou moins adhé-

fij-'éclat du diamant est plus grand lorsqu'il est tai

îst-à-dlre que ses facettes sont multipliées artificii Têment par la taille. Les anciens ne connaissaient qm les diamants bruts; c'est seulement au milieu xv° siècle que la taille fut inventée par Louis de I quem, de Bruges.

Le diamant, étant le plus dur de tous les corps, n'est usé que par sa propre poussière. On se procure cette poussière, appelée êgrisde, par l'usure réciproque de certaines espèces de diamants défectueux et impropres à la taille. L'égrisée se vend (')000 fr. le kilogramme.

On pratique la taille des diamants en les maintenant contre une plate-forme tournante en fer, recouverte d'égrisée délayée dans l'huile.

Les diamants se taillent en roses ou en brillants ; le diamant taillé en rose présente à son sommet une pjTamide à facettes triangulaires et une base large et plate destinée à être embrassée dans une monture pleine en or ou en argent.

La taille en brillant offre à la partie supérieure un©; table entourée de facettes triangulaires et de facettes à losanges. La partie inférieure est une pyramide garnie de facettes. Les brillants se montent à jour; ils ont olus d'éclat que les roses.

UEn raison de leur rareté, des frais qu'exige la taille ' I la perte qu'elle produit, les diamants sont d'un |ix élevé. On les estime d'après leur poids, L'unité

B poids adoptée est le /««-at, correspondant Sl^ cwv

MlE INORGANIQUE ËLÉMENTAtAE

tîgramiïies et demi. Un diamant brut est estimé 48 fr. le karat, s'il ne dépasse pas ce poids; au-dessus d'un karat, ou estime les diamants par le carré de leur poids niuUipliii par 48. Ainsi un diamant brut de deux karats ou 41 centigrammes vaut 192 fr. Une fois taillés, les diamants ont une valeur bien plus considérable et qui s'élève à 2 ou ;îOO fr. le karat, suivant la beauté de la pierre.

Le poids des diamants est généralement peu élevé; on n'en connaît que quelques-uns pesant plus de 100 karats (20 gr, 5); tels sont celui du radjah de Bornéo, qui pèse 64 grammes ; le Grand-Mogol , qui pèse 56 grammes et est estimé H railliuns; le Régent, qui appartient & la France et pèse 27 grammes : il est estimé 8 millions, etc.

Comme toutes les variétés de carbone, le diamant chauffé à l'abri de l'air est infusible aux plus violents feux de forge; exposé à la température développée par une batterie de cent éléments Bunsen, il fond et se change en une matière noire ressemblant au graphite.

Chauffé à l'air, le diamant brûle vers le point de fusion de l'argent et se convertit en gaz carbonique,

234. Le graphite ou plombagine est une variété de charbon naturel, qui cristallise en tables hexagonales. Il est opaque, d'uu gris d'acier, d'un éclat métallique, gras et tendre au toucher. Il tache les d<iigts et laisse une trace noire sur le papier. Sa densité est comprise entre 2,14 et 2,73.

e trouve en amas, à une profondeur variable, dans les terrains d'ancienne formation ; on exploite actuellement le gisement de Mamiski, dans la Sibérie orientale.

Le charbon se dissout dans la fonte en fusion et y cristallisesous forme degraphite par le refroidissement;

pour obtenir le charbon cristallisé, semblable au grj« phite, on dirige sur de la fonte au rouge un courant dM vapeur de chlorure de carbone. Le clilore s'empar™ dii fer et forme avec lui une combinaison volatile, et lea carbone du chlorure se dissout dans l'excès de fonta^ d'oii il se stSpare à l'état cristallisé. ■

Le graphite sert à la fabrication des crayons ordi^ naires; on l'emploie pour vernir le plomb de chasse^îl enduire les objets de fer et de fonte, comme tuyaux de poêle, fourneaux, afin de les préserver de l'oxydation.

233. Anthracite, houille, lignite. — L'anthracite se présente sous l'aspect de masses noires, bril-a lantes, compactes, renfermant 90 à 02 pour lOO defl carbone pur. Il ne brûle qu'à une température élevéail et sa combustion n'a lieu qu'en grande masse. Ausstl est-il difficile h allumer, mais il produit une cbaleuT-i très forte et est employé comme combustible indus-J triel dans diverses localités. I

La houille est un charbon de ten'e que l'on rencontre* dans les terrains de transition et dont il existe àeêS gisements considérables dans certaines régions. I

Elle renferme des matières minérales, et foumit4 depuis 1 jusqu'à 10 pour 100 de cendres, suivant S4fl provenance. Il est inutile de rappeler les usages impôt* I tants de la houille, qui sert comme combustible prin-fl cipal dans les foyers des machines à vapeur et dont lafl distillation fournit, outre le gaz d'éclairage, des sels am-H moniacaux, de la benzine, du toluène, du phénol, etc.

La houille parait résulter de la carbonisation lente de végétaux enfouis profondément dans le sol; on rencontre dans les terrains de sédiment.

Le lignite se rapproche de la houille; c'est i charbon fossile, qui a encore conservé la forme ( végétal dont il provient. Certaines variétés de ligai

sont noires, brillantes, assez dures pour être travaillées au tour et employées à la fabrication de divers petits bijous; on les désigne sous le -nom de jais, jayet ou ambre noir.

236. Charbons artificiels. — Toutes les fois qu'on détruit une matière carbonée végétale ou animale en ia soumettant à l'action d'une forte chaleur, elle laisse du charbon plus ou moins mélangé de substances étrangères ; c'est là l'origine de tous les charbons artificiels, charbon de bois ordinaire, coke, noir de fumée, noir animal. Si l'on veut se procurer du charbon artificiel pur, on a recours à la destruction de matières organiques exemptes de matières minérales ; on prépare ordinairement du carbone pur, amorphe, brillant, boursouflé, en calcinant le sucre en vases clos, à une température rouge.

237. Coke, charbon de cornues. — La houille étant soumise à la distillation, une partie du carbone se combine ù l'hydrogène pour fournil' du gaz d'éclairage et un goudron complexe. Il reste dans les cornues un charbon dur, cassant, qui constitue le coke, se présentant en masses boursouflées, brillantes, d'un gris métallique, si la distillation a été rapide, et formant des masses volumineuse.'?, très compactes, si la disljllation a été conduite lentement.

Le coke est d'une difficile combustion; il ne brûle qu'en grande masse, et sa combustion doit être activée par un courant d'air. A volume égal, il donne plus de chaleur que la houille; aussi lui est- il préféré dans divei^ses opérations industrielles. Comme il ne rraiferme que du charbon et des cendres et ne contient plus d'hydrogène, il brûle presque sans flamme et ne répand pas l'odeur désagréable de la houille.

Outre le coke, on trouve sur les parois des cornues

s appareils à gaz un dépôt cohérent de charbon prode la décomposition partielle des carbures d'hydrogène qui, produits par la distillation de la houille, ont rencontré les parois chauffées au rouge des cornues. Ce charbon, appelé charbon de cornues, est à peu près chimiquement pur. Il est noir, brillant, presque aussi dur que le diamant, et se travaille avec facilité. On le taille en prismes ou en cylindres qui forment les pôles positifs des piles de Bunsen; on en fait également des creusets complètement infusibles,

'238. Charbon de bois, noir de fcibée. — Le bois renferme du carbone uni h. l'oxygène et à l'hydrogène, et des matières minérales. Quand il est brûlé au contact de l'air, les matières minérales restent seules : ce sont les cendres. Si l'on empêche l'accès de l'air, l'hydrogène et l'oxygène se dégagent en partie à l'état d'eau, en partie comhinés au charbon pour donner des produits volatils, acide carbonique, oxyde de carbone, carbures d'hydrogène, acide acétique, esprit de bois; mais la plus grande partie du charbon reste après la calcination, conservant encore la forme du bois qui l'a fourni.

On carbonise le bois dans les forôts en disposant les bûches en meules, recouvertes de feuilles, de débris de végiïtaux, puis d'une couche de terre ou de gazon; au centre de la meule, on laisse une ouverture descendant jusqu'au sol et faisant l'office de cheminée, et l'on ménage à la partie inférieure des évents de manière qu'il puisse s'étabhr un courant d'air suffisant pour la combustion ; on allume la meule en jetant du bois enflammé dans la cheminée; aussitôt que la flamme sort par cette ouverture, on la recouvre d'une plaque de gazon et on ouvre des évents sur le côté pour HbAomier cours aux produits de la combustion. Quand

par les éventa il arrive une flamme claire et transparente, on les ferme avec de la terre, et on en ouvre de nouveaux. L'opération continue ainsi jusqu'à ce que toute la masse soit incandescente. Il faut alors recouvrir entièrement la meule de terre pour arrêter la combustion et éteindre le charbon.

Ce procédé fournit en charbon 18 à 20 pour 100 du poids du bois employé.

On peut aussi opérer la carbonisation dans de grands cylindres en tôle chauffés; les frais de main-d'œuvre sont plus considérables, et le charbon, étant plus poreux, est de qualité inférieure, mais on retire plus de charbon pour une même quantilé de bois, et on recueille en outre les produits de la distillation, qui consistent en alcool méthylique impur et en acide acétique.

Le charbon de bois bien préparé est dur, compact, sonore, d'une cassure brillante; les parties incomplètement carbonisées ou fumerons ont une couleur terne et donnent de la fumée en brûlant.

239. Le noiv de fumée est le charbon léger, très fin, qu'on obtient en condensant la fumée fournie parla combustion incomplète des matières résineuses ou grasses; il est impur, renferme des cendres et des substances huileuses et résineuses. Il sert à la pelature en bâtiments et à la fabrication des encres d'imprimerie.

240. Charbon animal. — C'est un mélange de charbon, de phosphate et de carbonate de chaux provenant de la caicination des os en vases clos; il est très impur et renferme 70 à 80 pour 100 de matières minérales.

241. Propriétés physiques des charbons. — Les charbons, gn'Lce à leur porosité, possèdent la propriété

d'absorber les gaz, surtout quand ils viennent d'être calcinés. Si l'on éteint un morceau de charbon incandescent dans le mercure et qu'on l'introduise dans une cloche pleine de gaz ammoniac renversée sur le mercure, le gaz sera entièrement absorbé en quelques minutes, et le mercure remontera dans la cloche. Le charbon retient énergiquement les gaz absorbés; il ne les perd qu'à. 100 ou 150° ou dans le vide. Les gaz sont d'autant plus tacilement absorbés qu'ils sont plus solubles dans l'eau : ainsi un volume de charbon de bois absorbe 90 volumes de gaz ammoniac, 85 de gaz chlorhydrique et 55 de fiaz sulfhydrique.

Le pouvoir absorbant du charbon dépend de sa porosité : aussi le charbon de bois l'a-t-il au plus haut :é, tandis que l'anthracite, la plombagine, le coke J&le possèdent que faiblement.

pîLes propriétés absorbantes du charbon, signalées ■ Fonlana, le font employer comme désinfectant; c'est Lowitz, chimiste russe, qui, le premier, l'employa pour désinfecter les eaux. Une eau croupie, chargée de gaz infects, perd son odeur désagréable par la fiitration sur le charbon de bois, qui, en raison de cette propriété, est employé dans la construction des filtres.

Le charbon est également un antiiiutride ; non seulement il enlève l'odeur des viandes qui ont subi un commencement d'altération, mais encore il empêche et arrête la putréfaction. M. Stenhouse admet que les miasmes putrides sont oxydés dans les pores du charbon par la grande quantité d'oxygène qui s'y trouve cnndeosé, et qu'ils sont ainsi transformés en produits inoffensifs et inodores.

Le charbon absorbe aussi les matières colorantes

d'un grand nombre de liquides végétaux et animaux,

Hj^nsi que l'avait vu Lowitz. Figuier a constaté que zoMsi.

propriété appartient surtout au charbon animal- Une solution de cochenille filtrée sur tlu charbon animal passe incolore; mais la matière colorante est simplement retenue, sans qu'il y ait de combinaison. Si l'on reprend le charbon animal par une solution alcaline, celle-ci s'empare de la matière colorante, l'enlève au charbon et devient d'un beau rouge.

On consomme de grandes quantités de noir animal dans l'industrie pour la décoloration des sirops de sucre. Les résidus des raffineries sont employés comme engrais; ils sont utiles li la végétation en raison des phosphates et des matières azotées qu'ils renferment. Quand le charbon animal a absorbé une certaine quantité de matière colorante, 0 peut être revivifié par une nouvelle calcination qui détruit la substance organique.

242. Propriétés chimiques du carbone. — Quelle que soit son origine, le carbone présente toujours les mfimes propriétés chimiques. Chaulfé au contact de l'air, il se convertit en gaz carbonique CO' si l'oxygène est en excès, et en oxyde de carbone CO si l'oxygène est en quantité insuffisante.

Toutes les variétés du carbone sont fixes et infusibles.

A la température rouge, le carbone se combine au soufre et donne le sulfure de carbone CS'.

Mélangé avec un alcali, il absorbe au r'ouge l'azote pour se convertir en cyanure.

Enfin, quand on produit l'arc voltaïque entre deux pointes de charbon pur, dans une atmosphère d'iiydrogène, il y a combinaison directe du carbone et de l'hydrogène, et production d'un carbure d'hydrogtoe gazeux, l'acétylène C'H' (Berthelot).

Le carbone ne s'unit pas directement aux autres

ments. Avec un grand nombre de corps oxygénés. Réagit en leur enlevant tout ou partie de leur oxygène; nous avons vu que l'acide sulfurique chauffé avec du charbon le convertit en gaz carbonique et passe luimême à l'état de gaz sulfureux.

L'acide phosphorique, l'acide arsénieux, les oxydes d'antimoine, de bismuth, chauffés avec le charbon, sont réduits en phosphore, arsenic, antimoine, bismuth. De toutes les combinaisons oxygénées des métalloïdes, il n'y a que l'anhydride borique et la silice qui soient inattaquables par le charbon.

L'eau dirigée sur du charbon chauffé au rouge est décomposée; il se dégage un mélange d'hydrogène, d'acide carbonique et d'oxyde de carbone.

243. Poids atomique du carbone. — Le poids moléculaire du carbone n'est pas connu. Son poids atomique, déduit de l'analyse des composés carbonés dont on a déterminé la densité de vapeur, est égal à 12.

Le carbone, comme le bore et le silicium, fait exception à la loi de Dulong et Petit. Les chaleurs spécifiques de ces éléments n'ont aucune relation avec les poids atomiques déduits des considérations chimiques, qui sont plus certaines.

Cette différence entre les poids atomiques fournis par l'analyse des molécules carbonées volatiles et ceux auxquels conduisent les chaleurs spécifiques vient de ce que la loi de Dulong et Petit ne s'apphque qu'aux chaleurs spécifiques déterminées à des températures également éloignées du point de fusion des corps. Or le bore, le silicium, le carbone, ayant un point de fUsioQ si élevé que nous ne sommes pas arrivés à les fondre, leurs chaleurs spécifiques ne sont pas prises dans des conditions comparables & celles des autres

Si l'on détermine la chaleur spécifique du carbone à 500° et à 800°, on voit qu'elle va en augmentant et qu'elle tend de plus en plus à se rapprocher du chiffre théorique.

Composés oxygénés du carbone.

244. Acide oarbonique. — La combustion du charbon dans un excès d'oxygène donne naissance au gaz carbonique C0^ Ce corps est aussi appelé acide carbonique, mais ce n'est qu'un anhydride de l'acide normal GO'H* très peu stable, et qui aussitôt qu'on le met en liberté se dédouble en eau H*0 et anhydride carbonique CO*. A l'acide carbonique normal CO^H' correspondent des sels neutres et des sels acides :

rn/ONa m/ONa

^"\0H ^\ONa

BicarboDate Carbonate neutre

de sodium. de sodium.

245. Etat naturel. — Le gaz carbonique C0% plus ordinairement appelé acide carbonique, se rencontre en abondance dans la nature, soit combiné avec les alcalis (carbonates), soit libre, se dégageant des fissures du sol et des volcans en activité. Toutes les eaux potables en contiennent en solution; quelques-unes, comme les eaux de Vichy, de Seltz, en sont tellement riches qu'elles moussent à l'air.

Il se produit de l'acide carbonique en grande quantité par la respiration, par la combustion du charbon et des matières carbonées qui servent à l'éclairage et au chauffage *, par la fermentation alcoolique, ainsi

1. Un homme adulte brûle 13 grammes de charbon par heure et exhale environ 24 litres, c'est-à-dire 47- grammes d'acide car-

que par la déconiposition ignée des carbonates, comme dans la fabricatiun de la chaux par décomposition de son carbonate.

Dans les laboratoires ou dans l'industrie, on se procure l'acide carbonique en traitant, par l'acide chlorhydrique ou l'acide sulfurique, le carbouate de cbaux, si répandu dans la nature (craie, marbre blanc, pierre à bâtir).

cblQrhydriiiue. de culrigni. cnthanique.

'. Propriétés. — Le gaz carbonique est incolore, Mcoup plus dense que l'air, car sa densité est Wl,5421 : un litre d'acide carbonique pcse 1 gr. 966. En raison de cette densité, lorsqu'il se produit dans un lieu clos ou dont la ventilation est insufliaante, il s'accumule à la partie inférieure de l'atmosphère, comme dans les puits, les grandes cuves où le vin a fermenté. Les phénomènes qu'on observe dans la grotte dite du Chien, près de Naples, sont dus à la même cause; un honune s'y promène impunément, tandis qu'un chien y est asphyxié, la couche d'acide carbonique accumulée à la partie inférieure étant plus élevée que la taille du chien et n'atteignant pas celle de l'homme.

Le gaz carbonique n'est pas permanent ; il se liquéfie sous la pression de 36 atmosphères en un liquide incolore; en se volatilisant, l'acide carbonique liquide emprunte une telle quantité de chaleur, que la température s'abaisse à — 78", et qu'une partie de l'acide

bonique. Dans une Iieiire, un bec de gaz d'éclairage, débitauL 15S litres de gaz, fournit 138 litres d'acide carbonique: tO grammes de bougie versent dans l'air 14 litres d'acide carbanviv>Lï..

lui-même se solidifie en une matière légère et blanche comme de la neige. Écrasé entre les doigts, l'acide carbonique solide désorganise la peau, comme le ferait un fer rouge; mélangé avec de Téther, il produit un abaissement de température de 100** au-dessous de zéro qui permet de solidifier un kilogramme de mercure en quelques minutes.

Le gaz carbonique est soluble dans l'eau, qui en dissout son volume à la température et à la pression ordinaires; cette solubilité augmente avec la pression et à peu près proportionnellement à celle-ci. Les boissons gazeuses artificielles sont des liquides saturés, sous une forte pression, de gaz carbonique, qui s'en échappe avec eflFervescence aussitôt que la pression diminue. Al'ébuUition, ces solutions perdent tout leur acide carbonique; c'est pourquoi l'eau ordinaire, qui contient toujours un peu de carbonate de chaux dissous par l'acide carbonique, le laisse déposer à 400°. Ce carbonate calcaire forme la majeure partie des dépôts solides qui se fixent aux parois des chaudières à vapeur.

Les solutions aqueuses de gaz carbonique ont une saveur aigrelette qui fait rechercher les eaux gazeuses comme boissons rafraîchissantes; elles colorent en rouge le papier bleu de tournesol.

Un courant de gaz carbonique dirigé dans de l'eau de chaux donne un précipité de carbonate de chaux, qui disparaît par un excès de gaz en passant à l'état de bicarbonate de chaux qui est soluble.

Dirigé dans un tube de porcelaine rempli de charbon et chauffé au rouge, il se transforme en oxyde de carbone :

Acide

Charbon.

Oxyde

carbonique.

de charbon.

.e volume de l'oxyde de carbone produit est double celui du gaz carbonique.

Lorsqu'une almosphére est chargée de ce gaz, elle est impropre à la combustion et h. la respiration; une bougie allumée s'y éteint. Pour rendre respirable une telle atmosphère, on doit en chasser le gaz carbonique, soit par la ventilation, soit en jetant dans l'espace clos des quantités notables de lait de chaux qui absorde lide carbonique.

iiis. Action do gaz carbonique sur l'organisme. On a cru longtemps que le gaz carbonique est simiement irrespirable, mais qu'il n'agit pas sur l'organisme. Les expériences de M. Claude Bernard ont démontré que le gaz carbonique est délétère par luimême, car des oiseaux ne tardent pas à périr asphyxiés lorsqu'ils sont plongés dans une atmosphère plus riche en oxygène que l'air ordinaire, mais renfermant 13 p. 100 facide carbonique. L'asphyxie serait due non au mand'oxygène, mais à la surabondance d'acide carbole dans le sang veineux, qui ne peut s'en débardans un milieu déjà riche en acide carbonique. gaz carbonique est également absorbé par la des oiseaux périssent lorsque leur corps est dans du gaz carbonique, tandis que leur tête ive dans l'air ordinaire. Ils présentent des sympd'excitation bientôt suivie d'insensibilité. gaz carbonique a été essayé comme anesthésique, mais son emploi ne présente aucun avantage.

247. Carbonates. — L'acide carbonique donne naissance à deux séries de sels, il est bibasique; le carboneutre de potasse est CCK' ; le bicarbonate ou \ OK

3 sont décomposés par les acides avec ô.fe%îi%a- - ciiiuiE i.vona. W>

ment de gaz carbonique; les carbonates alcalins sont solubles dans l'eau, indécomposables par la chaleur : les carbonates terreux et métalliques se décomposent en acide carbonique et en oxydes terreux ou métalliques par la calcination; ils sont insolubles dans l'eau. Les bicarbonates sont solubles, ils se transforment en carbonates neutres par l'ébuUition de leur solution aqueuse :

^(^ I ol) = ^ { OK + ^^' + ^^^

Bicarbonate Carbonate Gaz Eau.

de potasse. neutre. carbonique.

248. Oxyde de carbone GO (carhonyle), — On prépare ce corps, véritable radical de Tacide carbonique :

1^ En chauffant dans un ballon de l'acide oxalique avec 5 à 6 fois son poids d'acide sulfurique, et dirigeant le gaz dans un flacon renferms^nt une solution de potasse pour retenir l'acide carbonique ; l'acide oxalique se décompose en eau, acide carbonique et oxyde de carbone :

C20*H2 = H80 + C02 + ce

Acide Eau. Gaz Oxyde

oxalique. carbonique, de carbone.

^ En chauffant du ferrocyanure de potassium pulvérisé avec 8 à 40 fois son volume d'acide sulfurique concentré; l'acide cyanhydrique qui se forme est décomposé, par l'excès d'acide sulfurique, en oxyde de carbone et sulfate d'ammoniaque :

2CAzH + S0*H2 + 2H»0 = S0*(AzH*)2 + 200

Acide Acide Ean.r Sulfate Oxyde

cyanhydrique. sulfurique. d'ammoniaque. de carbone.

L'oxyde de carbone se forme toutes les fois que le charbon Lrùle en présence d'une quantité insuflîsanle d'air. Il est gazeux, incolore, inodore, permanent; il brûle avec une flamme bleue en produisant de l'acide carbonique. Cette affinité de l'oxyde de carbone pour l'oxygène est telle, qa'à. une température élevée il se comporte comme réducteur â l'égard des oxydes métalliques; aussi prend-il part aux phénomènes qui se passent dans les hauts fourneaux en enlevant l'oxygène à l'oxyde de fer, Chauiré à 100" en vase clos avec la potasse caustique, il s'y combine ; on a réalisé ainsi la synthèse de l'acide formique (Berthelot) :

Iious l'influence des rayons solaires, il s'unit au ore, en donnant du chlorure de carbonyle ou oxychlorure de carbone COCl'; la formule de ce corps montre que l'oxyde de carbone CO est un groupement diatomique.

Une dissolution ammoniacale de chlorure cuivreux absorbe facilement l'oxyde de carbone.

Pour doser l'oxyde de carbone dans l'air, on dirige un volume donné d'air préalablement privé de gaz carbonique, dans un tube de verre chauHë au rouge et plein d'oxyde de cuivre, en communication avec un tube de Liebig rempli de potasse et dont le poids est connu.

L'oxyde de carbone est alors transformé par l'oxyde de cuivre en acide carbonique qui est recueilli par le tube de Liebig; l'augmentation de poids de ce tube indique la quantité d'acide carbonique provenant de la transformation de l'oxyde de carbone, et par suite le poids de celui-ci.

280 CHIMIE INORGANIQUE ËLÉMENTAIitE

249. L'oxyde de carbone est délétère ; un lapin succombe au bout de vingt-trois minutes dans une atmosphère chargée d'un 45« de son volume d'oxyde de carbone. Il est le principal agent de l'empoisonnement dans les asphyxies causées par le charbon.

Claude Bernard a expliqué le mécanisme de cet empoisonnement, il a fiait voir que l'oxyde de carbone a plus d'affinité que l'oxygène pour l'hémoglobine, matière colorante rouge des globules du sang; si l'on agite en effet du sang avec de l'oxyde de carbone, celui-ci déplace l'oxygène volume à volume.

M. Gréhant a reconnu que le sang d'un animal vivant absorbe de l'oxyde de carbone lorsque la proportion de ce gaz dans l'air est égale à fj^., à ^, et même à 4ï^, mais la mort n'a lieu que par des proportions plus grandes. Un chien meurt dans un mélange qui renferme 2^ d'oxyde de carbone. Lorsqu'un animal, partiellement empoisonné par l'oxyde de carbone, respire ensuite de l'air pur, l'oxyde de carbone est éliminé en nature par les poumons, mais ne l'est complètement qu'après plusieurs heures (Gréhant).

250. Chlorure de carhonyle COCP. — Volumes égaux de chlore et d'oxyde de carbone s'unissent sous les rayons directs du soleil, en donnant le chlorure de carhonyle ou oxychlorure de carbone. Celui-ci n'est liquéfiable que lorsqu'il est absolument pur; il bout alors à 8° et se convertit en un gaz d'une odeur suffocante, se comportant à l'égard des réactifs comme un chlorure d'acide ; avec l'eau, il se décompose en acide carbonique et en acide chlorhydrique :

COCl» + H20 = CO* + 2HCi

Chlorure Eau Acide Acide

de carbonyle. carbonique, chlorhydrique.

raité par l'alcool, il donne de l'acide chlorhydriqne

cde Véther chtoroxijcarboniq^ie ^^CAr'in^ liquidi

incolore, d'une odeur suffocante, bouillant à 94",

composahle par l'eau en alcoql, acide carbonique i

acide chlorhydrique.

251, Sulfure de carbone CS'. — Le sulfure de carbone, analogue par sa constitution à l'acide carbonique CO', se produit lorsque le soufre est ajouté peu k -, peu à du charbon incandescent. Il est liquide, neutre^» mobile, très réfringent, doué d'une odeur fétide; densité à IS- est de 1,271 ; il bout îi 4^°. Il brfile à Fair^J avec une Oamme bleue, en donnant du gaz carbonique I et du gaz sulfureux :

11 dissout le soufre, le phosphore, le camphre, les huiles grasses, les huiles essentielles, les résines, le caoutchouc. L'industrie consomme de grandes quantités de sulfure de carbone pour la vulcanisation du caoutchouc et par l'extraction des huiles grasses restées dans les tourteaux des plantes oléagineuses.

Le sulfure de carbone CS^ se combine aux sulfures alcalins pour donner des combinaisons, les sulfo-carhonates, qu'on peut comparer aux carbonates.

1 prépare industriellement le sulfo-carbonate dol kBsium, qui est employé pour combattre le phyl--l

Page 1