‹ Chimie pathologiqueChapitre 112 sur 166 · ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

ATAXIE LOCOMOTRICE PROGRESSIVE

La nommée Adèle, couturière, âgée de 35 ans, est entrée à la salle Ste-Marie, n° 12, le 7 octobre 1878.

Malade depuis 3 ans. Jusqu’à cette époque, bien portante. Elle a eu souvent des engelures qui ont laissé des cicatrices, de plus elle porte des indices d’adénites suppurées sous-maxillaires ; pas de traces d’alcoolisme, de syphilis, de rhumatismes; une grossesse à terme; pas de fausses couches.

Pendant l’hiver 1875, elle s’aperçut qu’elle ressentait plus vivement le froid que pendant la guerre de 1870, bien qu’à cette dernière époque la température fût plus basse. A la fin de l’été 1875, faiblesse, engourdissement, fourmillements dans les membres inférieurs, elle sentait bien le sol sous ses pieds. A la même époque, vomissements pituiteux et glaireux accompagnés d’une douleur vive à l’épigastre et d’une certaine agitation nerveuse : ces symptômes gastriques se répétaient de temps à autre sous forme de crises douloureuses; dans l’intervalle la digestion était assez bonne. Bientôt apparurent les signes tabétiques : elle commença à chanceler dans la station verticale; lorsqu’elle marchait, ses talons frappaient le sol avec bruit. Aussi se décida-t-elle à entrer en 1876 dans le service de M. Moissenet, à l’Hôtel-Dieu, où elle fut soumise à un traitement ferrugineux et tonique; plus tard elle partit au Vésinet, puis entra à l’hôpital St-Antoine; là on lui fit des applications de pointes de feu sur la région lombaire et, comme médication interne, elle prit des pilules de nitrate d’argent. Ce traitement fut mal supporté, l’ataxie du mouvement progressa et il survint même assez rapidement une incontinence d’urine, des sensations douloureuses à l’anus caractérisées par un faux besoin d’aller à la garde-robe, des douleurs lancinantes dans les membres inférieurs, dans les mains et dans les doigts.

Aujourd’hui la sensation du froid et du chaud est conservée; le simple contact des doigts n’est pas perçu sous la plante des pieds, mais la piqûre d’épingle détermine de la douleur.

Lorsque les yeux sont fermés, il y a perte de la notion de situation des membres, ainsi que de la flexion et de l’extension. La jambe

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soulevée au-dessus du lit, ne peut être ramenée à sa position première qu’après une série d’oscillations irrégulières à gauche à droite ; mouvements ataxiques dans les membres supérieurs. La malade est devenue très impressionnable, pleure souvent, sa mémoire a beaucoup faibli. Quand elle essaye de marcher, ses jambes s’entrecroisent et le talon frappe violemment le sol.

Catarrhe laryngo-bronchique avec expectoration muqueuse; elle vomit quelquefois après des quintes de toux, les phénomènes pulmonaires remontent à 6 mois; l'amaigrissement a été rapide. Sueurs abondantes. Douleurs entre les deux épaules. L’examendirect ne dénote qu’une respiration rude à gauche sans souffle, sans craquements; pas de fièvre.

4 janvier. — Crise de douleurs fulgurantes dans le mollet gauche, dans la jambe du même côté; depuis 8 jours les muscles de la cuisse présentent des mouvements fibrillaires coïncidant avec des battements artériels.

10 janvier. — Violentes douleurs dans la région dorsale.

27 janvier. — Douleurs lancinantes dans la fesse droite ; la défécation est assez douloureuse. Pas de dysurie.

Analyse chimique du sang :

Hémoglobine 88er,54.

Pouvoir oxydant 170 centimètres cubes.

Matériaux solides 79sr,3.

6 février. — Douleurs lancinantes au niveau des vertèbres dorsales. Cette femme se cachectise, elle est amaigrie; la digestion est laborieuse, de plus elle est obligée de garder le lit, les mouvements sont tellement désordonnés que la marche est impossible.

B. — HYSTÉRIE

Les hystériques dont les troubles digestifs n’acquièrent pas une haute puissance, conservent un taux élevé d’hémoglobine. Celle-ci reste à 104 gr. 16 à 93 gr. 70 : la lésion du sang d’origine névropathique consiste dans une légère diminution d’hé-

HYSTÉRIE

moglobine qui de 120, chiffre normal chez la femme bien constitué, descend à 105 ou 95 grammes; c’est là la règle.

Cependant si ces malades ont l’anorexie hystérique, surtout la forme grave bien décrite par M. le professeur Lasègue, pendant longtemps l’hémoglobine diminuera peu à peu, elle descendra à 92, 90, 85 grammes, 80, 78, 75, 70 grammes; mais elle mettra des mois avant d’atteindre ce chiffre, bien que l’alimentation soit tout à fait insuffisante pour une malade ordinaire.

Puis au bout de ce temps, dans l’espace de 8 à 15 jours, l’hémoglobine descend vite à 50, à 48 et même à 30 grammes, comme chez une de nos malades dont la vie a été fort en danger, et qui heureusement a recouvré la santé

Le pouvoir absorbant suit ces variations : dans les cas ordinaires avec peu de désordres gastro-intestinaux, ce pouvoir varie de 200 à 180 cent, cubes.

Mais dans les cas d’anorexie grave, ce chiffre diminue et de 180 descend successivement à 140 et même à GQ cent, cubes.

Les matériaux solides, chez nos premières malades sans troubles gastriques, restent physiologiques et ne diminuent pas; fait déjà observée dans la chlorose. Nous avons toujours rencontré, dans ces cas, 93, 97, 95, 92, 93 gr. 5, c’est-à-dire un chiffre supérieur à 90 grammes.

Il n’en est plus de même dans les cas d’anorexie grave hystérique; ici on voit le chiffre descendre à 76, 74, 70, 65 gr., et même au-dessous. Mais ce sont là des lésions de l’inanition qui n’ont rien de spécialà l’hystérie.

HYSTÉRIE. — HÉMIANESTHÉSIE DROITE. — OVARALGIE GAUCHE.

M...., Marie, domestique, 27 ans, est entrée en avril à la salle 'Ste-Marie (Hôtel-Dieu). Pas d’antécédents nerveux dans sa famille.

Fièvre typhoïde en 1875. Attaques de nerfs (hystérie-convulsive) pour la première fois lors de l’entrée des Prussiens à Sédan. Mais elle a toujours été un peu nerveuse, riant et pleurant sans motifs, présentant de l’oppression et de l’aphonie intermittente, soit spontanément, soit sous l’influence des émotions.

L’année dernière, accouchement gémellaire par le forceps. — Albuminurie. — Eclampsie. — Depuis ce temps elle est malade.

Aujourd’hui elle offre une hémianesthésie droite complète, abolition de la sensibilité générale, de la thermesthésie, analgésie : on traverse la peau de part en part avec une épingle sans que la malade s’en aperçoive, et sans qu’il y ait écoulement de sang. Cependant profondément il y a encore un peu de sensibilité. Perte de la sensibilité spéciale. L’œil droit ne voit plus, le côté droit de la langue n'apprécie plus les saveurs, la narine droite ne perçoit plus l’odeur du camphre.

Parésie de la vessie, qui nécessite l’usage de la sonde; la quantité des urines est variable de 1000 grammes à 100 grammes. L’urée a été au maximum de 8 gr. 61, au minimum de 4 gr. 61. Pas d’albumine.

L’ovaire gauche est douloureux spontanément et à la pression, en même temps irradiations lombo-abdominales. Vomissements alimentaires survenant irrégulièrement et pouvant persister des semaines entières. Aphonie.

État général satisfaisant. La malade est robuste, sa force musculaire mesurée au dynamomètre atteint 45 kilogrammes.

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