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Progrès médical, n

NOTE SUR LA FONCTION ANALYTIQUE DU FOIE. 311

loin; hydratation s’opérant à l’aide d’une matière protéique, qui joue le même rôle que l’hydrate de baryte ou l’acide sulfurique dans nos laboratoires ; c’est une fermentation de dénutrition; — l’autre fonction est synthétique et est en rapport avec la digestion : fonction de nutrition, d’assimilation; nous nous en occuperons dans une autre étude.

Pour le moment je ne veux dire que quelques mots sur la première : les preuves cliniques publiées par Charcot, Brouardel, Genevoix, sont connues de tous; on peut encore trouver des éléments de la question dans nos observations d’ictères; je n’y insisterai donc pas; je veux simplement apporter ici des preuves chimiques.

Après avoir pendant quarante heures abandonné à luimême nn foie de bœuf, et y avoir mis quelques gouttes d’acide cyanhydrique, on peut remarquer qu’il n’existe pas de putréfaction ; si alors on vient à faire une analyse du parenchyme' hépatique, on a :

État normal. Foie abandonne à lui-même.

Eau

Eau

Tissus insolubles

Tissus insolubles

Albumine

Albumine

Matières collagènes.. .

Matières collagènes...

Matières extractives.,,

Matières extractives...

Le foie a été maintenu à la température de 38 degrés.

Plusieurs de ces analyses datent de 1873 et ont été laites dans le laboratoire de mon maître le professeur Schützenberger.

Au premier abord, on est frappé de F augmentation considérable des matières extractives, qui de 50 en moyenne ont atteint le chiffre 80.

De plus, les matières solubles ont augmenté de quantité, lan

dis que les matières fixes ont diminué; l’albumine a diminué ainsi que les matières collagènes.

De plus, si on pousse plus loin l'analyse, on trouve :

1° De l’urée en quantité notable (= xanthine 0,062 au lieu de 0,024 à l’état normal);

2° Une grande proportion de leucine et de pseudo-ltucine ; 3° Beaucoup de tyrosine;

4° De la sarcine et divers produits azotés appartenant à ce groupe ;

5° Une matière gommeuse qui augmente également les proportions.

Je crois avoir signalé le premier ce dernier produit. Cela prouve, pour le dernier du moins, que l’organisme animal accomplit des synthèses analogues à celles de l’organisme végétal ;

ce qui est important au point de vue de la physiologie générale.

Voici quelques autres analyses qui ont donné à peu près les mêmes résultats.

Composition chimique (le foie de bœuf non putréfié conserve à l’aide de l’acide cyanhydrique pendant cinquante -six heures.

2" Eau 675

Tissus insolubles 92

Albumine.. - 17

Matières collagènes 58

Matières extractives 76

3» Eau 660

Tissus insolubles 88

Albumine IT

Matières extractives 7-1

Matières collagènes 56

Sur d’autres foies abandonnés à eux-mêmes pendant cinq à six jours (en empêchant la putréfaction), j’ai pu trouver les produits suivants :

1° Du glycocolle;

2° De l’alanine, de l’acide amido-bulyrique;

NOTE SUR LA FONCTION ANALYTIQUE DU FOIE. :JIL

3° De l’acide glutamique et d’autres produits de la série CnH2n — * lAzO2.

Or, si l’on fait l’analyse quantitative des matières collagènes, on trouve que la quantité a considérablement diminué.

Or ce sont précisément ces mêmes matières que l'on obtient par le dédoublement de la gélatine à l’aide de l’hydrate de baryte, de la chaleur et d’une haute pression.

Par suite de la grande quantité de matières albuminoïdes, ou retrouve dans le foie le mélange amidé au complet avec les trois séries :

C"H2" + 1 AzO2 (série du glycocolle);

OH2" — 1 AzO2 (série acrylique);

C‘H2" — 1 AzO4 (série aspartique).

Tout cela varie avec le temps pendant lequel on abandonne le foie à lui-même.

En généralisant, on voit que le foie donne naissance, quand il est abandonné à lui-même, aux mêmes produits que ceux qui existent lorsqu’il se détruit dans l’atrophie jaune aiguë, car dans cette maladie les analyses que j’ai pu faire ont décelé ces différents corps dans le foie, le sang, les reins et les urines. Le processus chimique est un dédoublement : 1° des matières albuminoïdes; 2» des matières collagènes; dans ce cas il y a autophagie du foie. — 'Or, dans nos premières analyses de foie conservé, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’une putréfaction, puisqu’elle est empêchée par les antiputrides. C’est donc bien un acte cellulaire. D’ailleurs les produits sont exactement les mêmes que ceux que l’on rencontre dans l’atrophie jaune aiguë, où l’on ne contestera pas l’activité cellulaire. Donc il est fort probable que pendant le fonctionnement physiologique, ces mêmes produits existent, et si on ne les a pas tous retrouvés, c’est que les analyses n’étaient pas assez parfaites. Je puis affir-

mer, d’après les récentes analyses faites à la Sorbonne, que tous les produits signalés ci-dessus ont été rencontrés dans le foie à l’état normal.

Ainsi comprise, la fonction du foie aurait surtout pour effet de dédoubler certains produits en les hydratant.

Or lorsqu’on opère sur le foie comme pour la recherche des ferments, on trouve en extrait une matière azotée impure qui, mise en contact avec les peptones, les albumines, les transforme en les dédoublant en urée, en leucine, en tyrosine, en sarcine, etc. Il est donc permis de supposer qu’il se trouve dans le foie une fonction générale de nutrition, mais d’une plus grande activité là que dans les autres tissus, en raison même de sa structure spéciale, et que les albuminoïdes et autres produits sont dédoublés et hydratés dans la trame hépatique, dont les cellules renferment dans leur protoplasma une matière azotée, sorte de ferment à dédoublement, qui agit sur les albuminoïdes, dédoublement par hydratation qu’il est facile de comprendre en se rappelant que, d’après Schülzenberger, l’albumine est une uréide complexe qui contient les éléments de la taurine, de l’oxamide, la tyrosine, les acides amidés de la série Cr‘H'211 -jlAzO2, et une amide cellulosique, avec un ou deux acides amidés plus oxygénés, dont l’un se rapproche de l’acide aspartique. Ce dédoublement donne de l’urée, de l’acide urique, etc. ; il s’agira maintenant de savoir si les autres tissus, les muscles possèdent la même propriété de décomposition, de dédoublement avec hydratation. Je serais [porté à le croire, d’après quelques analyses des autres tissus.

Si, de plus, sur un animal vivant, on plonge une aiguille galvanique dans l’organe hépatique et que l’on irrite à l’aide d’un courant électrique, l’urée excrétée augmente souvent dt double.

NOTE SUR LA FONCTION ANALYTIQUE DU FOIE

Pour l’urée, il est facile de démontrer son passage dans le sang, et j’ai fait, même avant de connaître les expériences de Cyon, plusieurs injections et analyses qui prouvent la chose, en répétant à peu près le même mode expérimental que Cl. Bernard instituait pour démontrer la fabrication du sucre par le foie.

On lue un chien, on injecte par la veine porte 70 p. 100 de se marin dissous dans l’eau glacée, on porte le foie à 38 degrés, puis on fait traverser par ime certaine quantité de sang les vaisseaux portes.

Voici des analyses d’après ce procédé :

lre série. — Sang avant l'expérience pour 200 centimètres cubes. . . . 0sr,15

Après l’expérience pour la même quantité 0sr,26

2e série. — Avant de passer, 200 centimètres cubes donnaient 0sr,12

Après injection, 200 centimètres cubes 0sr,28

3? série. — Avant, 200 centimètres cubes Os'qlA

Après, 200 centimètres cubes Osr,30

Ce n’est pas seulement l’urée qui passe dans le sang par cette opération, mais on y retrouve les matières suivantes en quantité plus considérable que normalement : 1° la leucine; 2° l’acide urique ; 3° la sarcine ; 4° les trois séries du mélange amidé, e la xanthine, de la matière gommeuse qui se transforme en acide mucique par l’acide nitrique. On voit ainsi combien sont variées les altérations du liquide sanguin, par suite des fonctions imparfaites du foie.

Voici le procédé suivi : le foie est broyé avec du sable et passé sur une toile; on filtre, puis on concentre au bain-marie jusqu’à consistance sirupeuse ; on voit souvent alors, après refroidissement, se déposer des cristaux.

On fait bouillir avec un excès d’alcool (90 p. 100) , on voit alors le tout prendre l’aspect de la colle de Flandre ; de nouveau re-

froidi, on aperçoit de beaux cristaux en plaques ou en boules : c’est la pseudo-leucine mélangée à la vraie leucine.

Les eaux mères sont distillées au bain-marie, le résidu étendu d’eau de baryte, qui précipite les phosphates, — l’excès de baryte est enlevé par un courant de gaz carbonique.

On reprend le liquide filtré auquel on ajoute un excès d’acétate de cuivre ; il se forme un précipité qui renferme, à l’état de combinaison , la carnine , la sarcine , la xanthine et la guanine.

On débarrasse le liquide du cuivre par l’hydrogène sulfuré, on filtre.

On concentre, on traite par l’alcool froid, qui en extrait la leucine et la butalanine. Le précipité de cuivre est lavé à l’eau chaude, puis traité à chaud par l’acide chlorhydrique étendu. On filtre à chaud ; par le refroidissement il se dépose une grande partie de la combinaison cuivrique.

On lave et on décompose par l’hydrogène sulfuré, et l’on a alors la carnine que l’on purifie.

On fait passer dans l’eau mère un courant d’hydrogène sulfuré; il se produit des cristaux de chlorhydrate de xanthine, puis, par concentration du liquide décanté à froid, on a le chlorhydrate de guanine ; puis, en précipitant par un excès d’ammoniaque, on a la guanine, et la xanthine est dissoute. Quand on veut obtenir la sarcine, on traite le premier précipité cuivrique par le nitrate d’argent et l’ammoniaque, on a un précipité gélatineux qu’on lave avec de l’eau ammoniacale, puis on fait cristalliser par l’acide nitrique bouillant à 12° Baumé. — On a ainsi la composition nitro-argentique de sarcine que l’on décompose par l’hydrogène sulfuré, on filtre, on concentre; on ajoute de l’ammoniaque et on a la sarcine en fines aiguilles.

NOTES SUR LA DIGESTION ET LA NUTRITION

NOTES SUR LA DIGESTION ET LA NUTRITION

Les belles recherches de Claude Bernard ont éclairé le grand problème de la digestion ; mais il reste encore bien des inconnues; c’est dans le but d’apporter quelques renseignements dans l’étude de cet acte si complexe, que je livre à la Société les expériences qui vont suivre.

Première série. — En mélangeant à parties égales du suc gastrique et du blanc d’œuf, que l’on soumet pendant sept ou huit jours à une température de 45 à 55°, en empêchant la putréfaction à l’aide de quelques gouttes d’acide cyanhydrique, on trouve après ce laps de temps :

1° Des matières gommeuses se rapprochant des matières sucrées ;

2° De la pseudo-leucine et de la leucine vraie;

3° Des quantités de cristaux de tyrosine ;

4° De la xanthine ;

5° De la guanine;

6° De la sarcine ;

7° De petites quantités d’urée;

8° De l’acide urique ;

9° Des matières colorantes diverses. Ce fait est de la plus haute importance en physiologie générale; il nous permet d’arriver à l’origine des matières colorantes de l’organisme vivant.

Donc, sous l’intïuence du ferment gastrique , il se produit des décompositions; le ferment remplaçant l’hydrate de baryte, et avec avantage, puisque la haute pression n’est plus nécessaire.

Deuxième série. — La même opération, répétée avec le suc pancréatique, donne les mômes résultats : on a encore, dans

le vase à expériences, les mêmes produits de dédoublement par hydratation,

Troisième série. — Il en est de même si on remplace le suc gastrique par le suc intestinal; mais ici l’opération marche avec une extrême lenteur.

Quatrième série. — Enfin, en réunissant ces trois ferments et en les mettant en contact avec des muscles de bœuf, le travail de décomposition se produit encore à une température de

Cinquième série. — En variant la température, on arrive à cette conclusion que même à 38° il se fait aussi un dédouble ment; mais il est très lent: c’est ce qui nous explique pourquoi, pendant la digestion physiologique, cette décomposition n’a pas le temps de se produire, ou elle est très légère.

Sixième série. — Si on mélange l’extrait de foie, préparé comme nous l’avons indiqué dans notre travail, sur la fonction du foie, avec de l’albumine cuite à 39 ou 40°, le travail de décora position se fait sans haute pression, mais assez lentement.

Septième série. — En agissant dans les mêmes conditions et en substituant l’extrait de muscles à l’extrait de foie, les mêmes dédoublements ont lieu. De même pour l’extrait de rate.

Tous ces ferments ont la propriété de rendre d’abord rapidement solubles etdialysablesles matières azotées (je n’ai expérimenté que l’albumine et quelques albuminoïdes).

De plus, les substances quaternaires commencent à se dédoubler dans le tube digestif, mais en très minime quantité ; une partie de la tyrosine des matières fécales ne reconnaît pas d’autre origine : on s’explique très bien cet. infime dédoublement, puisque la température est loin d’atteindre 48°, et que le séjour dans l’intestin n’est pas suffisant pour que les albuminoïdes soient attaqués davantage.

NOTES SUR LA DIGESTION ET LA NUTRITION. 319

On arrive ainsi à la théorie suivante :

1° Les ferments solubles digestifs transforment, il est vrai, l’albumine en albuminose ; mais cette solubilité est déjà une attaque chimique, puisqu’on retrouve les produits de dédoublement en grande quantité dans le vase du laboratoire, en minime proportion dans les matières résidus de la digestion.

2° La dénutrition s’opère par une action lente des ferments solubles répandus dans le foie, les muscles, la rate, etc., sur les substances azotées de nos tissus : de là résultent l’urée, l’acide urique et le grand nombre des matières extractives.

TABLE DES M AÏ 1ÈRE S

P.iges.

Introduction vu

Avant-propos xi

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