‹ Chimie photographique (volume 2)Chapitre 16 sur 96 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

§ 67. L’art de la pliotographie comprend l’ensemlile des opérations qui ont pour but d’obtenir une image par l’action de la lumière; ces opérations reposent sur des principes communs que nous allons exposer avant de décrire ceux qui sont particuliers aux différents genres de photographie.

Quel que soit le procédé suivi, il faut obtenir une surface sensible; jusqu’ici la surface sensible la plus généralement employée est une combinaison chimique de l’argent avec différents autres corps, dont les principaux sont l’iode, le brome, le chlore, etc., le plus souvent mélangés a un excès de nitrate d’argent.

§ 68. Nous pouvons distinguer deux espèces de préparations sensibles, la première donne immédiatement une image par l’action seule de la lumière sans qu’il soit nécessaire de faire développer plus tard cette image par des réactifs : telle est par exemple la couche de chlorure d’argent imprégnée de nitrate d’argent sec, qui par l’actiou seule de rayons lumineux inlenses donne des images d’une

grande vigueur. Cette préparation est suxtout employée pour faire les épreuves dites positives, où les clairs et les ombres sont semblables au modèle; elle est relativement assez lente et ne peut s’employer à la chambre noire. La seconde espèce de préparation est celle qui, exposée à la lumière, ne donne qu’une faible image, et le plus souvent n’en produit aucune, mais qui par l’emploi de réactifs convenables laisse cette image paraître plus ou moins rapidement et prendre une grande intensité : pour cette seconde préparation on emploie le plus généralement l’iodure d’argent, auquel on ajoute quelque autre sel d’argent, tel que le nitrate, qui en exalte la sensibilité au plus haut degré. Cette préparation est tellement sensible, (ju’elle est impressionnée dans un temps très-court par les plus faibles rayons lumineux ordinaires; elle est pour cela propre surtout a reproduire les images de la chambre noire. Elle donne le plus souvent des épreuves dites négatives, dans lesquelles les effets d’ombre et de lumière sont renversés.

§ 69. D’après ce qui précède, on comprend que la couche sensible, pour positifs ou négatifs, doit toujours être préparée à l’abri de la lumière, ou, du moins, a l’abri des rayons lumineux ijui peuvent exercer sur elle une action vive; car, parmi les divers rayons lumineux, il en est qui sont plus ou moins actifs : ainsi la lumière blanche, les rayons violets, bleus, sont très-énergiques, tandis que les rayons rouges, jaunes, orangés et verts ont beaucoup moins d’action.

§ 70, Lorsque la surface sensible est préparée, on met dans un cadre (châssis) disposé â cet effet la plaque, le papier nu le verre sur lequel (die a été produite, puis on l’expos(‘ aux ravons lumineux dont l’action commence

aussitôt, et qui agissent en raison de leur énergie. Les blancs, les noirs et les demi- teintes sont naturellement le résultat de cette action, la surface est impressionnée avec une rapidité d’autant plus grande, toutes circonstances égales d’ailleurs, que la lumière est plus intense.

L’exposition a lieu à la cliambre noire ou dans le châssis à reproduction, suivant le but que l’on veut atteindre.

§ 71. Le temps pendant lequel on peut prolonger l’exposition varie beaucoup, suivant la nature des préparations : il est très-court pour la plaque et le collodion humide, plus long, jusqu’ici du moins, pour le collodion sec, le papier et l’albumine. Pour une même préparation, ce temps varie continuellement avec la lumière : des essais nombreux, une grande habitude peuvent seuls guider l’opérateur. Nous ferons remarquer que, s’il s’agit de reproduction â la chambre noire, il faut tenir compte de la couleur des objets, de leur éloignement, de l’intensité et de la couleur de la lumière qui les frappe.

§ 72. Les images obtenues â la chambre noire ne sont ordinairement pas visibles au moment où l’on retire l’épreuve, il faut les faire paraître; les agents qui développent les images photographiques et daguerriennes sont nombreux : ce sont les acides gallique, pyrogallique, le sulfate de protoxyde de fer, à la condition que ces corps se trouveront en présence de l’azotate d’argent; pour les épreuves sur plaques on emploie le mercure. Cette opération se fait nécessairement dans le laboratoire â l’abri de la lumière blanche : on doit suivre avec soin le développement, pour l’arrêter aussitôt qu’il est au point nécessaire, ce que l’on apprend par expérience.

S 73. La surface impressionnée continuerait à s’altérer

si on l’exposait de nouveau à l’action de la lumière, attendu que la partie sensible qui n’a pas été attaquée dans la chambre noire le serait au jour libre, presque tous les sels d’argent noircissant sous l’influence de la lumière; il est donc nécessaire de lui faire perdre désormais toute sensibilité. Cette opération se fait de deux manières : ou bien on rend l’apprêtpbotogénique insensible, ou bien on enlève tout ce qui n’est pas nécessaire pour la formation de r image. Jusqu’ici nous préférons le second moyen, qui consiste à éliminer complètement ce qui reste de la couche sensible. Dans ce but on emploie un agent capable de dissoudre ce qui n’a pas été attaqué par la lumière, mais sans action sur les corps qui forment l’image : le meilleur de ces dissolvants est l’iiyposulfite de soude. On peut employer également, dans certains cas, le cyanure de potassium, toutefois on doit toujours préférer l’hyposulfite de soude; car le cyanure de potassium est un poison', si violent, qu’il y a danger même dans l’emploi de quantités minimes. Cette opération s’appelle le fixage de r épreuve; on peut réunir, sous le nom de fixateurs, les diverses substances dont on se sert pour obtenir ce résultat. (Disons en passant que l’expression de fixera été aussi employée dans un autre sens : on appelle fixer l’image sur la placpie, la rendre inattaquable par le frottement lorsqu’on la passe au chlorure d’or; mais a ce moment le dessin a déjà été rendu inaltérable à la lumière, la substance sensible ayant été enlevée précédemment par un bain d’by[)osulfite de soude. On pourrait appeler cette opération le ixruissage ; c’est, en effet, nxi vernis d’ or opx on dépose à sa surface, j

Les images achevées sont lavées, et séchées; si elles ont été faites avec les soins convenables, on doit pouvoir les e 0 n s r V e r i n (1 é fi n i ni c n t .

GÉN h: H ALITÉS. y y

§ 74. Il est possible, par des expériences bien simples, de se rendre compte de ce qui se passe dans la production d’une épreuve.

Si nous mettons dans un verre a expériences quelques gouttes d’azotate d’argent, puis quelques gouttes d’eau salée, il se forme un précipité blanc de chlorure d’argent : c est la préparation sensible. Ce précipité, exposé quelques instants à la lumière, passe rapidement du blanc au violet et même au noir; cette modification du chlorure d’argent correspond a la formation de limage. Si nous versons une solution d’Iiyposulfite de soude sur le précipité, nous le voyons disparaître en grande partie par l’agitation, il ne resfe plus que des particules noirâtres qui sont précisément celles qui ont été impressionnées par la lumière ; celles qui n’ont pas été impressionnées sont enlevées par riiyposulfite qui les dissout. Cette dernière opération est le fixage de limage. L’ensemble représente les préparations d’une épreuve positive.

Si, noustenantâ l’abri de la lumière, nous versons dans deuxverresun peu de la dissolution d’azotate d’argent, puis quelques gouttes d’une dissolution d’iodure de potassium, en ayant soin qu’il reste un excès de nitrate d’argent, nous produisons un précipité jaune d’iodure d'argent; si, laissant un verre dans l’obscurité, nous portons l’autre au jour pendant quelques secondes, pour le rapporter ensuite dans le local obscur, nou^ constatons qu’aucun changement ne s’est manifesté : mais si, cela

fait, nous versons dans chacun des verres quelques gouttes d’une solution d’acide gallique, le contenu du verre qui a vu le jour noircit rapidement, tandis que l’autre reste jaune; la lumière a agi sur l iodure d argent, l’acide gallique, additionné de nitrate, noircit cet iodure, enfin nous terminerons le fixage avec ([uelques gouttes d’byposulfite de soude.

Ces expériences représentent tous les phénomènes qui se passent dans la photographie. Les préparations négatives sur papier et sur glace sont toutes fondées sur ces modifications que la lumière fait subir à certains sels d’argent, modifications telles, que les corps réducteurs mélangés d’azotate d’argent noircissent plus ou moins les parties touchées par la lumière.

Les images sur plaque sont dues aux mêmes causes que celles sur papier, savoir, l’action manifeste de la lumière sur l’iodure d’argent, et la solubilité dans l’hyposulfite ou autre dissolvant des parties qui n’ont pas été impressionnées; la manière de faire app-araître l’image est différente au moins en apparence. Dans la photographie, on fait l’image en continuant l’action de la lumière, au moyen d’un corps réducteur mis en présence du nitrate d’argent; dans les épreuves daguerriennes, on la fait sortir par le mercure, dont le mode d’action n’est pas aussi manifestement apparent.

EXCLICzVTlON THÉORIQUE DES PUÉÎNOMÈXES DE LA PHOTOGRAPHIE.

^ 75. Plusieurs chimistes, parmi lesquels nous citerons MM. Hardwich, Crookes, Spiller, Yan Monckhoven, G. Sella, Donné, Girard et nous-mêmes, se sont préoccupés de. donner une explication théorique des divers phénomènes que la lumière fait naître sur les surfaces sensibles; jusqu’ici, liien que cette étude ait fait de grands progrès, on n’est pas parfaitement d’accord sur la modification que les rayons lumineux font subir aux sels d’argent. Là oîi quelques auteurs ne voient qu’un commencement de réduction ou même une simple modification phvsiqne dn sel d’argent, nous admetlons d’une manière

générale, d’après les expériences faites en France, par F un de nous, en conunun avec M. Girard (Etudes sur les épreuves positives), d’après celles deM. Spiller, en Angleterre, que les sels d’argent attaqués par la lumière subissent une réduction, une séparation de leurs composants.

Nous allons développer les différentes idées qui ont été émises, et en insistant principalement sur celles qui, d’après nos expériences, nous paraissent les plus vraies et les plus rationnelles.

La production des images photographiques est due a l’action de la lumière, et nous savons déjà que tantôt cette action est totale et suffit à elle seule pour produire une image complète, et que tantôt elle est partielle; dans ce cas l’image invisible d’abord apparaît seulement par l’action subséquente de réactifs appropriés.

La chimie explique facilement le premier pliénomène : la lumière , en effet, produit sur certaines substances (nous pourrions dire sur presque toutes) un effet analogue a celui de la chaleur ; tantôt , elle facilite la combinaison de divers éléments, tantôt, au contraire, elle facilite la séparation des éléments combinés. C’est cette double influence qu’elle exerce en photographie; ainsi elle facilite la combinaison avec l’oxygène (l’oxydation) de certaines matières organiques, comme les essences, les bitumes, les résines. Nous citerons a l’appui les premiers essais photographiques de Niepce avec le bitume de Judée, les recherches de MM. Chevreul, Niepce de Saint- Victor, etc,, qui ont démontré que les résines s’oxydent sous l’influence des rayons lumineux, et que c’est par le fhit de cette oxydation et de rinsolubilité partielle qui en résulte qu’on obtient des dessins par la lumière. D’autres fois au contraire l’action de la lumière favorise la séparation des éléments combinés; c’est ainsi

8o DEUXIÈME PARTIE.

qu’elle ramène la plupart des comBinaisons d’argent à l’état d’argent métallique. Si cette réduction opérée par la lumière est profonde , les résultats en sont visibles, et on obtient une image complète dans un temps relativement assez court. C’est ce qui arrive pour les épreuves positives formées par la seule action de la lumière sur le chlorure d’argent mélangé à une forte proportion de nitrate.

Dans les circonstances où l’image est latente , réduction n’est pour ainsi dire que superficielle, elle reste invisible et il est nécessaire de la développer par des réactifs. Dans ce cas nous devons chercher :

i® Quel est le rôle de la lumière;

Quel est le rôle des réactifs qui font apparaître le dessin.

§ 76. Rôle de la lumière. — La lumière n’ayant pas donné d’image visible, il est difficile jusqu’ici de déterminer d’une manière positive son mode d’action, et l’on ne peut répondre que par des hypothèses corroborées toutefois par des expériences.

L’opinion la plus généralement répandue, celle que nous admettons, est qu’il se produit alors une action chimique, une réduction, une séparation des éléments dont la mesure est proportionnée à l’intensité lumineuse. Cette opinion est appuyée par les faits suivants : les sels d’argent sont presque tous réduits par la lumière; 2^" dans certaines préparations, l’image est légèrement visible au sortir de la chambre noire, la couche sensible a bruni un peu, il y a done eu action chimique, et il s’est formé de l’argent métallique. On doit admettre que si cette action chimique échappe à la vue dans la plupart des cas, elle peut exister néanmoins, et elle est duc a la lumière seule.

GÊÎNÉRALITÉS. 8î

Une seconde opinion non acceptable, consiste à dire qu'il n’y a pas encore séparation des éléments iode et argent, mais que ces deux molécules combinées ensemble s’éloignentTune de l’autre, etquelesagents réducteurs employés pourle développeme-nt viennent complétercette séparation et mettre en liberté la molécule d’argent. Ici, comme dans la première hypothèse, nous avons une action chimique ; mais dans ce cas l’acide gallique ou pyrogallique seul, au contact de l’iodure d’argent parfaitement lavé, devrait, ce nous semble, développer une image quelque faible qu’elle fût : or nous n avons jamais pu en obtenir une dans ces eirconstances ; quelques photographes prétendent en avoir obtenu, mais il est probable qu’alors eette image devient visible grâce à des traces très-faibles d’azotate d’argent échappées au lavage, comme cela arrive toujours avec le papier.

Enfin, une troisième hypothèse émise admettrait que la couche d’argent est d’une exquise sensibilité, que sans qu’il y ait changement chimique la lumière produit dans certaines limites d’intensité une modification de l’état moléculaire, état précis qui ne peut être dépassé sans que la réaction contraire se manifeste (épreuves solarisées), et que les molécules ainsi groupées sont pour ainsi dire douées d’une certaine action magnétique et acquièrent la propriété à' attirerai leur surface. Cette propriété (hypothétique) a la plus grande analogie avec ce fait connu d’une glace qu’on a touchée et qui reproduit une empreinte par la projection de l’haleine.

Telles sont les hypothèses auxquelles on s’arrête quant à présent. Les expériences suivantes, faites à la suite du procédé donné parM. Youngpour développer les épreuves en pleine lumière donnent raison a la première.

Si, après avoir pris une épreuve sur glace albuminée,

011 l’examine, on ne voit aucune trace d’image, la couche d’iodure d’argent semble intacte; on peut alors la plonger (à l’abri de la lumière) dans l’byposulfite de soude et dissoudre complètement tout l’iodure d’argent. Après un lavage convenable, la glace est parfaitement transparente; on la met dans une solution d’acide gaîlique ou pyrogallique additionnée de quelques gouttes de nitrate d’argent, et l’on voit peu à peu l’épreuve se'développer même en pleine lumière. Ce fait prouve bien que la couche d’iodure d’argent a été réduite par la lumière, quoique d’une manière invisible; 'cette réduction a été complète pour la quantité d’iodure d’argent sur laquelle la lumière a agi, et une quantité infiniment petite d’argent a été ramenée a l’état métallique, car l’acide nitrique faible employé, soit avant, soit après le fixage, peut dissoudre cette légère et invisible couche d’argent et empêcher l’épreuve de se développer dans le bain d’acide gallique ou pyrogallique. Il ne s’est donc fait ni sous-iodure d’argent, ni simple éloignement des molécules iode et argent, ni ébranlement purement physique des molécules, ' mais bien une séparation complète des deux éléments sur une quantité infiniment petite de matière.

5^ 77. 9/^ Piôle des réaetifs. — Selon nous, le rôle des réactifs qui font apparaître l’image photographique lal eme n’est pas de continuer la réduction de l’iodure d’ ar- ' gent impressionné par la lumière ( i ), mais bien de répartir^ sur la surface sensible, des molécules qui vont se fixer sur les par^ties impressionnées par la lumiérx, et former un dépôt en vertu de l’attraction molèculame. Voici quelques preuves a l’appui de cette opinion.

(i) On no pont aclmettre celte action réductive subséquente que dans !<‘ cas exceptionnel des verres continnateurs.

Si le bain devait simplement continuer la réduction de l’iodure d’argent, les liquides réducteurs (solutions d’acides gallique, pyrogallique, de sulfates de protoxyde de fer) agiraient sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter de Tazotate d’argent; or une glace sensible, parfaitement lavée, exposée à la lumière un temps convenable, ne donne pas trace d’image, même après une immersion de quatre heures dans l’acide gallique, et la même glace, si l’on ajoute un peu de nitrate d’argent dans le bain, donne une image complète, parce que le nitrate d’argent ajouté est décomposé par l’acide gallique, et qu’il se fait un dépôt sur les parties impressionnées par la lumière.

Comme seconde preuve nous dirons : L’image, dans quelques circonstances, n’existe qii à la surface; on peut quelquefois l’effacer sans altérer d’une manière sensible la couche sous-jacente d’iodure d’argent; s’il y avait réduction de l’iodure d’argent, continuée par les reactifs, cette réduction pénétrerait dans l’épaisseur même de la couche de collodion.

Enfin, une dernière preuve résultant de l’analyse chimique est concluante : si on pèse la quantité d’argent que contient la couche sensible avant le développement de l’image et celle que contient une seconde couche sensible faite dans les mêmes conditions, mais sur laquelle on a développé une épreuve, on voit que la seconde peut contenir six fois plus d'argent que la première; or cette augmentation de poids ne peut provenir que du dépôt d’argent fourni par les réactifs ajoutés.

L’image apparaît en vertu d’une force qui fixe des molécules sur la surface impressionnée; l’idée de cette force, de cette attraction moléculaire, a besoin d’être développée pour être bien comprise.

Quand un corps est à l’état dé solution ou de vapeur.

ses molécules peuvent se mouvoir librement et suivre toutes les attractions; lorsqu’elles passent de cet état de liberté à l’état de stabilité, soit que la vapeur se condense, soit que le corps dissous revienne à l’état solide, la molécule prend une place déterminée par le mouvement attractif qui la domine, et, condensée ou solidi-fiée, elle se fixe, et devient elle-même un centre d’attraction pour les autres. Les exemples sont nombreux, nous pouvons citer le fait d’un sel dont les cristaux grossissent spontanément dans une dissolution saline saturée comme le sulfate de cuivre; mais le phénomène si bien connu que présente le phosphate ammoniaco-magnésien est encore plus probant pour l’ordre de faits qui nous occupe. On sait que ce sel, formé par précipitation dans un vase, se dépose uniformément sur les parois; mais que si l’on vient à frotter ces mêmes parois avec un corps dur, les molécules cristallines se déposent de préférence sur les points soumis au frottement, et l’on peut ainsi tracer des figures qui deviennent visibles par la précipitation du phosphate ammoniaco-magnésien. On sait également qu’il suffit de toucher une glace bien polie avec un corps quelconque pour que l’haleine projetée sur cette glace reproduise immédiatement l’empreinte, et que si, en photographie, on se sert d’une glace ou d’une plaque sur laquelle l’haleine projetée puisse produire un pareil dessin, on peut être presque certain que les réactifs qui développent l’image photographique développeront en même temps l’image que l’haleine avait rendue visible; de même si une cuvette présente un défaut de poli qui puisse retenir des traces invisibles d’argent après une première opération, la tache se reproduira, quelque soin que l’on mette à essuyer cette cuvette. C’est la force qui préside à cet ensemble de phénomènes, et en vertu de laquelle les molé-

GÉINIlBALITKS.

cules (l’un corps sont appelées a se tixer plutôt sur un point que sur un autre, (jue l’on a[) pelle attraction moléculaire.

L’apparition de l’image pliotographi(|ue par dévelop-* peinent, sur placjue, sur papier et sur verre, est un phénomène du même genre. La lumière détermine le pouvoir attractif de la couche sensible ; les réactifs que U on ajoute pour développer fournissent les molécules qui obéissent à cette force attractive.

Dans les deux premières hypothèses dont nous avons parlé plus haut, nous admettons une action ciiimique, une réduction, et dans ce cas le dépôt se l'ait sur læcouche sensible altérée. Dans la troisième hypothèse, il y a une influence physique (jui nous échappe, mais qui néanmoins provoque un premier dépôt, et ce premier dépôt formé, nous rentrons dans les mêmes conditions que pour les deux premières hypothèses; dès lors le rôle des agents qui développent l’image photographique, soit les acides gallique et pyrogallique, soit le protosulfate de fer, est facile a expliquer, et nous pouvons ajouter que tous les corps susceptibles de réduire l’argent (de son nitrate) et jieut-être d’autres métaux seraient aptes à développer l’image photographique (i).

Les corps réducteurs, additionnés de nitrate d’argent, décomposent ce nitrate, mettent des molécules d’argent en liberté, et a mesure de leur élimination celles-ci vont se porter de préférence sur les parties impressionnées par la lumière, parce qu’elles y trouvent déjà de l’argent réduit (invisible à nos yeux, mais sensible aux réactifs),

[\) M. Maxwel Lylc iHail certainement dans la direction de cette donnée quand il a fait ses expériences avec la solution de glucose additionné de chaux.

SG DEUXIÈME PABTiE.

dont chaque molécule forme pour ainsi dire un centre d’attraction autour duquel les autres molécules réduites vont se grouper.

Quand un premier dépôt est formé, la force attractive augmente en raison de la masse déposée, et les vigueurs montent naturellement beaucoup plus vite que les demiteintes a mesure que l’épreuve prend de l’intensité. Cette intensité doit croître avec une rapidité extrême par cela seul que la force d’attraction augmente en raison de la quantité d’argent déposé. Cette considération nous semble expliquer parfaitement pourquoi un réducteur énergique, comme le sulfate de protoxyde de fer qui ramène presque instantanément l’argent à l’état métallique, permet un temps de pose plus court, mais donne moins de vigueur qu’un réducteur lent, comme l’acide gallique. Dans le premier cas, tout l’argent mêlé au corps réducteur est réduit dans un temps très-court, il se porte sur toute la surface et dessine en même temps les demi-teintes et les grands noirs; la force attractive de l’argent réduit par la lumière seule a à peine le temps de s’augmenter de celle de l’argent déposé, et on obtient ainsi une épreuve douce par transparence, qu’un nouveau traitement par l’argent et le sulfate de fer renforce davantage, parce que les grands noirs montent déjà proportionnellement plus vite que les demi- teintes. Dans le second cas avec l’acide gallique, réducteur lent, les premières molécules libres d’argent se portent presque exclusivement sur les parties correspondant aux grands noirs dont la tendance à se charger d’argent réduit augmente par cela seul qu’il s’v est fait un prenfuu* dépôt; aussi arrive-t-il que les noirs foncent beaucoup [)lus rapidement et souvent môme deviennent o[)aques avant que les demi-teintes aienl eu le temps (b* paiailre, et si l’on veut rétablir

ré(juilibre, il faut un temps de pose beaucoup plus long.

Il est si vrai (jue la Ibrce attractive est eu raison de l’argent déposé, qu’il est possible même après le tixage de renforcer une épreuve trop uniforme, soit en la passant au nitrate d’argent, puis au sulfate de protoxyde de fer, soit en la couvrant d’acide pyrogallique ou gallique additionné de nitrate d’argent. S’il en était autrement, l’argent réduit se déposerait également partout, et rendrait le clicbé plus lent à tirer, mais runiformité subsisterait toujours; si au contraire les parties déjà plus ricbes en argent attirent plus l’argent réduit que les demi-teintes, 011 fera d’un clicbé uniforme un bon cliché, plus souvent même un cliché heurté, c’est-à-dire une épreuve dans laquelle les blancs et les noirs présentent une trop grande opposition.

L’expérience suivante vient encore prouver cette tendance des .molécules métalliques à se fixer sur fargent mis à nu soit par la lumière, soit par un procédé mécanique (juelconque. Si l’on trace sur une carte des lignes avec une lame d’argent laissant dès traces à peine visibles, ces lignes se développeront dans un bain réducteur additionné de nitrate d’argent; ce développement est du à la présence de molécules d’argent laissé sur le papier et non au frottement, car en traçant des lignes de la même manière avec une agate, on n’obtient aucune trace visible, lorsqu’on met la carte dans le même bain.

Pour résumer rapidement ces ex[)lications nous dirons :

En photographie, l’action de la lumière est totale ou partielle.

Si l’action est totale, les réactions ebimiques suftisent pour l’expliquer.

Si l’action est partielle et qu’il soit nécessaire de la

88 DEUXIÈME PAPiTIE.

compléter par des réactifs, nous avons deux points à rechercher :

Le rôle invisible de la lumière;

Le rôle des. réactifs.

Le rôle de la lumière est de réduire une partie de Liodure d’argent à Fêtât d’argent métallique avec élimination de l’iode.

2!^ Le rôle des réactifs est de fournir et laisser déposer un précipité d’argent qui se fait en vertu de l’attraction moléculaire en plus forte proportion sur les grands noirs que sur les demi-teintes. Cette attraction est déterminée par les molécules d’argent probablement réduites, et chacune de ces molécules devient un centre d’attraction.

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