‹ Chimie photographique (volume 2)Chapitre 17 sur 96 · DE LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA LUMIÈRE

§ 78. Pour compléter ces notions générales, 44 est indispensable de faire connaître d’une manière sommaire Faction des divers rayons lumineux sur la couche sensible. Cette action, étudiée par plusieurs physiciens à la tête desquels nous citerons M. Ed. Becquerel, a été parfaitement décrite par M. Van Monckhoven dans la seconde partie de son Traité général de Photographie,

Si l’on fait tomber un rayon de soleil sur un prisme, ce rayon est réfracté, c’est-à-dire dévié de la ligne qu’il aurait suivie si le prisme n’avait pas été interposé; et si Fon reçoit ce rayon réfracté par le prisme sur un écran blanc, on voit qu’au lieu de donner une image blanche il donne une image composée de sept couleurs placées audessous les unes des autres dans l’ordre suivant : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge; c’est le spectre solaire.

GÉNimALITÉS.

Cette expérience prouve que le rayon de lumière blanche est composé des sept rayons colorés que nous venons de nommer, et comme ces rayons ne sont pa^ réfractés (déviés par le prisme) au même degré, il en résulte qu’au lieu de venir sur le même point reconstituer la kimière blanche, ils se juxtaposent de manière à former le spectre.

Si on reçoit le spectre solaire ainsi formé sur une surface sensible en marquant les deux extrémités visibles et que l’on développe l’image, on observe que les couleurs les plus vives a nos yeux, le rouge, l’orangé, le jaune, le vert, n’ont rien donné; que les rayons bleu, indigo, violet, sont au contraire fortement accusés, et, chose plus bizarre, on voit qu’ au-dessus du violet, là où nos yeux n’aperçoivent pas de traces d’image, la couche sensible en accuse une plus vive encore : il existe donc des rayons invisibles à nos yeux, mais très-nettement accusés par les réactifs. Si on répète la meme expérience avec des couches sensibles diversement préparées, on trouvera des modifications dans l’action des couleurs du spectre. Une glace à l’iodure d’argent ne donnera rien dans les ray ons rouge, orangé, jaune, vert; une couche au bromure d’argent donnera un commencement d’image dans le vert et même dans les couleurs rouge, orangé, jaune, si l’action est prolongée ( i ).

Ces expériences font comprendre facilement d’une pari l’emploi du bromure d’argent en photographie, d’autre part l’extrême difficulté qu’il y a à reproduire des objets diversement colorés, tels qu’un bouquet de fleurs, un tableau. Ainsi l’arrangement des couleurs compris par le peintre peut se trouver complètement renversé dans

1 1) Ces fails ex|)linucet poiii(|uoi l’on pcul paifailcinent Iravailler dans une pièce convenablement éclairée par des veires jaunes.

une copie photographique à Tiodure d’argent, où les couleurs jaune, rouge, orangé, qu’il avait disposées pour attirer le regard, se trouvent très-peu marquées, tandis que des parties plus calmes, violettes ou bleues, etc., preoîKMit une vigueur extrême. Toutefois l’emploi des bromures, la prolongation du temps de pose, l’exposition à un jour très-vif, permettent d’atténuer ces difficultés, ainsi que le prouvent les belles reproductions faites par MM. Bingbam, Braun, Fierlants, Richebourg, etc.

DU MATÉRIEL ET DE l’aTELIER.

§ 79. Matériel, — Les personnes qui désirent commencer la photographie sont souvent si embarrassées pour le choix et l’acquisition de leurs appareils, que nous avons cru utile de consacrer quelques pages a l’examen ilu matériel. On doit, avant l’acquisition, se rendre bien compte de ce que l’on se propose principalement àe faire, le portrait, \e paysage ou reproductions,; afin d’acheter ses appareils dans ce but principal, et de faire modifier <juelques accessoires pour les cas secondaires.

Le choix doit se fixer d’abord sur la dimension de la chambre noire, ipii règle tous les autres appareils. Un commençant doit prendre une grandeur moyenne : celle de ni centimètres de large sur 27 de long correspondant au quart de feuille donne un format de grand album, la dimension de 27 X 00 donne une grandeur préférable pour mettre sous verre ; les gra;nleurs au-dessus causent beaucoup d’embarras et demandent une grande habitude d(‘s manipulations

SO. Chamhre noire, — I ai découverte de la chambre

' GÉJNÉRALITÉS.

noire remonte auxvi^ siècle; elle est due à G. -B. Porta. Ce physicien observa que dans une chambre fermée où la lumière arrive par une petite ouverture, les objetsdu dehors se dessinent lorsqu’ils sont fortement éclairés; seulement ces objets sont retournés. La netteté de l’image que l’on obtient en recevant les objets lumineux sur un écran est d’autant plus grande, que le trou qui les laisse passer est plus petit. Cette netteté s’accroît encore si l’on ajoute une lentille de verre à l’ouverture.

La chambre noire dont on se sert en photographie, quelle que soit sa forme, est l’application de la découverte de Porta : c’est une boîte de bois, de toile ou de cuir, ne laissant pénétrcu* le jour que par une ouverture a laquelle est adapté un assemblage de verres appelé objectif, destiné a donner une image nette avec le plus d’intensité lumineuse possible. Le coté opposé a l’objectif est fermé par une glace dépolie mobile, écran sur lequel les objets viennent se dessiner et que remplacera la plaque ou la glace sensible. La chambre est faite de telle sorte, qu’il est faciln de faire varier l’écartement entre l’objectif et la glace dépolie pour saisir le point où l’image est nette dans son ensemble. L’écartement doit changer suivant les objectifs et l’éloignement des objets àj^eproduire; une vis de pression permet d’arrêter le point en tixant cet écartement.

La chambre noire devrait réunir plusieurs conditions qu’il est bien difficile de concilier : l’immobilité quand [ elle est en place, même sous d’assez grandes dimensions;

la légèreté et un volume assez restreint pour le transport;

1 enfin un mécanisme très-simple pour qu’il soit possible J de la dresser rapidement. Ces conditions seraient surioul nécessaires pour la photographie en voyage; bien des systèmes ont été proposés qui jusqu’ici ne les réunisseni

92 DEüXiÈMb: PAHTIE.

que d’une manière imparfaite. L’appareil que nous préférons est la ehambre noire dite à soufflet tournant [fig, i6); elle a été construite d’abord par M. Relan-

(FiC'- 1^-)

din, sur les indications de l’un de nous, puis inodibée et améliorée par M. Kocli. Elle peut servir aux |)ortraits, aux paysages et aux reproductions. La ra- [)idité avec laquelle elle se monte et se démonte la rend précieuse [)our le voyage; on peut en dévissant un seul écrou e ou d [fig- »C) faire tourner le soufflet et obtenir les vues, soit en bauteur, soit en largeur, sans déplacer la cbambre. Enfin, (|uoi(|ue d’un -volume raisonnable, elle présente une assez grande stabilité (i).

(J] Dcs! ri pilon (le 1(1 (luiiuhiv a sottjfjcl lonr/uinl. — ■ CgUp cliaillbrP psMil SC placer iridilféi onuncnl siii le i>icd d’alelicr i6) et sur le pied

G I'NÉH ALITAS. 93

§ 81. La cluunhre esl accompilgiiée de la glaee (lé[)olie et de châssis disposés pour mettre les surfaces préparées. Il faut : i'’ uu châssis pour glaces collodionuées construit de telle sorte, que la glace ne porte que sur les quatre angles; 2*^ un second châssis disposé de manière à recevoir indifféremment le papier sec ou le verre préparé â Talbumine ou au collodion sec. Ces châssis doivent être construits de telle façon, que la surface sensible vienne prendre exactement, da|p; la chaml€illkjl||pi^J«a même position que la surface dépolie de la glace; ils ne doivent

de campagne [fig. 17); repliée, elle est d’un faible volume [fg. 18).

Elle se compose de quatre parties distingues : la partie BG que nous pourrons appeler porte-objectif ; 2° la partie CD , que l’on appelle la queue, qui est brisée au point E ; 3° le soufflet, qui peut être en toile ou en cuir; 4° le cadre A dans lequel se place la glace dépolie ou les châssis.

La partie BC est assemblée solidement et à demeure avec la queue au point G; un trou percé au centre sur la face antérieure permet d’y visser l’objectif O sur une ])etite planchette que l’on peut changer à volonté. Cette planchette est montée elle-même sur une partie mobile qui permet d’élever ou de descendre l’objectif et par conséquent de déplacer le point central.

La queue est formée de pièces distinctes assemblées avec le plus grand soin : 1° la planchette sur laquelle se visse l’écrou qui fixe l’appareil sur son pied ; cette planchette glisse d’arrière en avant dans deux coulisseaux , et lorsqu’elle est poussée, elle empêche la charnière de fermeture E de pouvoir se replier; a'" la queue proprement dite brisée au point E et dans laquelle se meut à coulisse une rallonge D. Sur cette rallonge est une pièce à écrou G, qu’on appelle le chariot; c’est sur ce chariot qu’on fixe au moyen de la vis e ou c' le cadre A ; il glisse au moyen d’une crémaillère et s’écarte à volonté pour régler le tirage et la mise au point.

Le soufflet, fixé d’un côté sur les quatre côtés du cadre A , vient s’arrêter de l’autre sur une rondelle mobile placée au centre de la partie B. Gette rondelle est, bien entendu, percée à son centre d’une ouverture qui laisse passer l’objectif. Gette disposition permet de faire tourner le soufflet et le cadre A sans changer aucune autre des pièces de l’appareil et de prendre ainsi les vues soit en hauteur, soit en largeur, sans autre peine que de dévisser la vis c, lever le cadre A, le tourner sur sa facer’, et au moyen de cette vis e’ le fixer de nouveau sur son chariot.

(j4 DEUXIÈME PARTIE.

pas laisser pénétrer la moindre lumière, ce dont on s’assure facilement en mettant le châssis en place, le tournant vers la lumière et regardant par l’ouverture destinée a l’objectif; avec un tissu opaque qu’on jette sur la chambre et dont on couvre sa tête, on produit une obscurité complète, on examine ainsi l’intérieur de la chambre en ouvrant et fermant successivement la planchette ou la porte : la plus faible lumière qui y pénétrerait serait une cause c(d^i|i||§^ii&)insuccès. ^

Pour prendre les vues ea campagne, il faut 'Soit autant de châssis que de négatifs à produire, soit une tente pour changer les préparations, ce qui fait un lourd bagage. On peut diminuer celui-ci de moitié par l’emploi des châssis doubles; ce système est le plus sûr de tous. Les châssis Bristol (système Clément), pour le papier ciré sec appliqué aux glaces par M. Bayard, sont également légers et commodes.

§ 82. V objectif, qui est la pièce principale de l’appareil, doit avoir été essayé avec le plus grand soin. Le paysage se fait ordinairement avec l’objectif simple, le portrait avec l’objectif double (i). Le diamètre et la longueur focale de

(i) Voici, au sujet des objectifs pour paysage, quelques remarques qui nous ont été communiquées par M. Secretan, opticien de S. M. l’Empereur et fournisseur de l’Observatoire, et qui sont extraites par lui d’une théorie mathématique des objectifs simples pour la photographie.

Dans ces appareils il faudrait qu’on pût réaliser simultanément les conditions suivantes ;

Le foyer chimique et le foyer visuel réunis en un seul;

L’aberration de sphéricité suivant l’axe devrait être détruite;

3” Il en devrait être de même de l’aberration sphérique pour les faisceaux obliques;

4" Ces deux dernières conditionsdevraient avoir lieu non-seulement pour les rayons moyens, mais encore pour les rayons extrêmes du spectre;

l’objectif sont choisis en raison de la grandeur des épreuves que l’on veut obtenir. Pour les grandeurs que nous avons citées, un objectif simple de (T“,o8i (3 pouces) de diamètre, de o™,45 de foyer pour 21 x 27 et de o“\55 pour 27 X 35 sera très-bon pour le paysage. L’expérience a montré que la longueur focale de l’objectif avec un diaphragme moyen peut être moindre que le double du côté de la surface à couvrir. îl est à regretter que l’on ne

5° La surface focale, pour des objectifs suffisamment éloignés, devrait être plane;

6° Enfin, il faudrait que l’image fût la représentation parfaite de l’objet sans déformation aucune.

Les conditions i et *2, 5 et 6 sont plus imporlantps que celles 3 et 4; ces dernières sont négligées même pour les objectifs des grandes lunettes, qui doivent pourtant supporter une très-forte amplification ; il est vrai qu’à leur égard cette circonstance est compensée, relativement à la condition 3, par le fait qu’on n’y utilise jamais que des faisceaux peu obliques à l’axe.

Quant aux conditions 5 et 6, elles sont particulières aux objectifs pour la photographie, parce qu’on y emi)loie une paidie considérable de la surface focale, ce qui nécessite qu’on tienne aussi bien compte des faisceaux optiques que du faisceau suivant l’axe. Or l’analyse fait voir que la première condition étant remplie, on ne peut réaliser théoriquement les deux dernières qu’autant qu’on suppose, à une certaine distance au-devant de l’objectif, distance dont le calcul assigne la valeur, un diaphragme plus ou moins petit qui a pour résultat de faire travailler les bords du verre seulement pour les faisceaux obliques, tandis que le centre n’agit que sur les faisceaux sensiblement parallèles à l’axe. Les courbures à donner aux deux lentilles sont liées avec cette distance et dès lors calculables. Par cet artifice , les foyers des faisceaux obliques viennent se faire sur le môme plan que ceux des iaisceaux à peu près parallèles, et les aberrations obliques, qui ne peuvent point être détruites entièrement, deviennent presque insensibles.

Relativement à l’ouverture du diaphragme et au diamètre de l’objectif comparé à sa longueur focale, nous dirons seulement que leur détermination repose plus sur la pratique que sur la théorie. A cet égard on peut prendre comme règle les résultats suivants : un objectif pour })aysage de 8 centimètres d’ouverture, avec un foyer de /[o centimètres et un diaphragme de I centimètre, donne des images suffisamment nettes et éclai-

puisse pas couvrir bien neltemeut une pareille surface avec des objectifs de plus court foyer, on obtiendrait ainsi plus de rapidité et plus de netteté entre les premiers et les derniers plans: on en trouve quelquefois qui donnent ce résultat. L’objectif double sert pour portraits ou reproductions rapides.

On doit surtout porter son attention sur la coïncidence des foyers chimique et optique, c’est-a-dire examiner si

rées sur une étendue de ‘24 centimètres. G’est dire que l’ouverture du verre doit être celle du diaphragme et celle de l’image f de la distance focale. Quant à la distance du diaphragme à l’objectif, dans les appareils construits jusqu’ici d’après les données de Daguerre, on l’a faite beaucoup trop petite, à peu près ' de la longueur focale; il en résulte que pour l’objectif mentionné plus haut il n’y a guère que la moitié de l’ouverture qui travaille.

Pour que l’ouverture entière servît, l’image ayant toujours l’étendue indiquée ci-dessus, cette distance devrait être de ii centimètres ^ ou un peu moins du tiers de la distance focale. L’analyse fait voir que pour satisfaire aux équations qui expriment que les conditions 5 et 6 sont remplies tout en ne laissant que des aberrations de sphéricité fort petites, il faudrait que la distance du diaphragme fût bien plus grande encore que le tiers; elle donne les -n-, ce qui, toujours pour la même étendue d’image, suppose l’ouverture de l’objectif égale à plus de la moitié de sa distance focale. Or, pour plusieurs raisons, on ne peut lui donner une ouverture aussi considérable. On est donc ainsi conduit à la faire aussi grande que la pratique le permet, puis à déterminer les courbures des verres de manière à réaliser le mieux possible les conditions 5 et 6, tout en maintenant très-petites les aberrations sur l’axe et hors l’axe.

Ces observations, qui s’adressent plutôt aux opticiens constructeurs qu’aux artistes photographes, sont néanmoins utiles à ces derniers, en ce qu’elles leur apprennent ce qu’ils peuvent exiger de leurs appareils. Il est aussi intéressant pour eux de savoir à quelle distance de l’objectif ils doi* vent placer leur chambre noire pour obtenir une réduction voulue. Or la règle à suivre est aisée : voulez-vous réduire au tiers, pi'enez quatre fois la distance focale de rohjectij ; voulez-vous le quart , jv'enez-la ci/iq fois ; le cinquième , j)renez,-la six fois, et ainsi de suite. Pour connaître à quelle j'édiiction répond une grandeur donnée de l’image, il suffit de se souvenir (fue la grandeur moyenne de l’homme est de lyS centimètres et celle de

les rayons chimiques qui agissent sur la couche sensible et les rayons apparents qui dessinent l’image sur la glace ont leur foyer au même point. On constate facilement cette coïncidence en prenant une épreuve de trois objets (trois cartes imprimées par exemple) placés a égale distance l’un derrière l’autre; on met exactement au point sur l’objet du milieu, qui doit sortir le plus net sur l’épreuve si le foyer a été bien détermine. [Focimètre de M. Claudet.)

Souvent l’objectif double pour portraits est construit et monté de telle sorte, que le verre antérieur sert d’objectif simple pour paysage; ce genre de monture trèscommode a été perfectionné par plusieurs opticiens.

§ 83. La chambre noire avec l’objectif se place sur

sa tète de *21 centimètres. Ainsi, voulez -vous que sur l’épreuve les personnages aient 3 centimètres Ÿ de hauteur ou 35 millimètres; comme 35 millimètres entre cinquante fois dans 175 centimètres (ou 1750 millimètres) , vous en concluez que la réduction est au yÿ. Si donc votre objectif a 40 centimètres de distance focale, multipliant 40 par 5i vous aurez '20"", 4 pour la distance à laquelle il faudra mettre votre chambre noire.

De même, voulez-vous un portrait dont la tête ait 3 centimètres de grandeur; comme 21 (grandeur réelle de la tête) contient sept fois le nombre 3, vous en concluez d’abord que la réduction est au y. L’objectif double dont vous faites usage ayant par supposition i5 centimètres de distance focale, multipliez i5 cièntimètres par 8, vous aurez i"\2o pour la distance du milieu du tube objectif au modèle. Nous rappellerons ici que nous entendons par la longueur focale d’un objectif double la distance focale absolue, c’està-dire celle du milieu de l’intervalle des deux objectifs à la glace dépolie, lorsqu’on a mis au foyer les objets éloignés. En faisant usage des règles et remarques ci-dessus, on pourra souvent résoudre des problèmes utiles, et éviter le transport sur le terrain de chambres noires embarrassantes lorsqu’on se propose seulement de voir comment la vue qu’on veut prendre se produit sur la glace dépolie. On trouvera plus de détails à cet égard dans le Mémoire publié en i855 par M. Secretan et ayant pour titre : De la distance focale des systèmes opti((ucs convergents .

g8 DEUXIÈME PARTIE.

un pied: pour râtelier, le pied a crémaillère est préférable [fig- 16); pour la campagne, il faut le pied à trois branches [fig^ J17), solide et à large triangle pour porter la chambre noire, ce pied peut être brisé et se replier sous un faible volume (Jîg, 18). Si la chambre a un long tirage, ce qui est nécessaire pour faire les grandes dimensions, il faut joindre à ce pied deux branches supplémentaires un X, destinées à en soutenir l’extrémité

{.fis- *7)-

(Fig. J7.)

§ 84. Les cuvettes qui servent aux diverses opérations peuvent être de nature différente : il y en a en verre, en verre et bois, en porcelaine, en gutta-percba, etc. Les meilleures sont les cuvettes de porcelaine, mais elles sont lourdes, fragiles, d’un prix très-élevé, surtout pour les

GÉNÉBAîJTÏÎiS. 99

grandes dimensions. Les euvettes tout en verre offrent les memes avantages et les mêmes ineonvénients; les plus simples, les plus légères, les moins chères, sont celles qui sont formées d’une feuille de verre entourée d’un cadre de bois que l’on recouvre d’un vernis de gomme laque et de goudron. Ces cuvettes sont excellentes pour tous les bains qui n’ont pas la réaction alcaline; mnis pour les fixages à rh}q^osulfite de soude, au cyanure de potassium ou a tout autre bain alcalin, elles ne résistent pas aussi longtemps, parce que la gomme laque est attaquée : elles peuvent néanmoins servir pour l’hyposulfite de soude si on a le soin de les revernir de temps en temps. Pour ces derniers bains, les cuvettes en gutta-percha sont préférables. M. Van Monckboven indique une cuvette qui peut être utilisée pour le voyage, surtout pour faire les épreuves de petites dimensions : elle consiste en une feuille de Bristol pliée en caisse à biscuit et complètement enduite de gomme laque.

§ 85. Il est souvent nécessaire de placer de niveau lescuvettes ou les glaces. Les cuvettes sont calées avec de petits morceaux de bois en biseau qui servent aussi, dans certains cas, à les élever plus d’un côté que de l’autre. Les glaces doivent être portées sur des rectangles de fonte placés sur trois pieds a vis calantes. On doit avoir soin de placer sur les rectangles en fonte trois petits cônes égaux en métal et mieux en verre ou en ivoire pour que la glace soit soutenue par le moins de points possible. Souvent, en effet, la glace est mouillée dessous comme dessus; or le contact du métal altère les réactifs et peut être une cause de taches. Il suffit, pour cbercber le niveau de la glace, de faire courir une petite quantité d’eau à la surface en manœuvrant les vis calantes.

lOO DEUXIÈME PARTIE.

§ 86. Les châssis positifs, ou presses (//^. 19), sont formés (l’un cadre de bois haut de o'",o5 environ dont le fond est formé par une glace épaisse. Une planchette à brisures recouverte en drap se place exactement sur cette glace, et est maintenue par deux ou trois traverses à ressorts qui font pression sur la planchette : on place le négatif sur le fond,

le papier sensible dessus, puis quelques feuilles de buvard faisant niatelas, enfin la planchette brisée et les trois traverses. Nous préférons un matelas de papier et mieux encore une ûTosse étoffe de laine feutrée, comme un morceau de couverture taillée de grandeur et placée entre deux feuilles de gros buvard a la double glace employée par quelques personnes, car le papier pressé entre deux surfaces planes est forcîément plissé s’il n’est lui-même parfaitement plan, (a's châssis très-simples sont très-commodes et permettent de surveiller facilemenl la venue desépivuves; leur invention, qui daîe des premiers temps de la photographie, est due à M. de Brébisson.

§ 87. Toutes les solutions doivent être renfermées dans des flacons bouchés à l’émeri, les ju'oduits solides sont éi^alement conservés dans des flacons : les uns et les

lO l

autres doivent être soigneusement éti(juetés. (Nous avons donné le moyen de reconnaître le contenu des flacons qui seraient sans étiquette ou à étiquette erronée, § 66.)

11 faut aussi quelques entonnoirs de diverses grandeurs, quelques verres à expériences et deux éprouvettes graduées, Fune de quart de litre au moins divisée en loo parties ou plus, l’autre, beaucoup plus petite, de ^5 centimètres cubes environ, divisée au moins en ^5 parties, dont chacune représente i centimètre cube. Cette seconde éprouvette peut être remplacée par une pipette graduée ou par une burette.

§ 88. Voici en résumé la liste de tous les objets nécessaires pour opérer d’après les divers procédés les plus généralement employés : collodion humide ou sec, papier ciré ou sec, épreuves jjositives.

Optique.

Objectif double poui' portraits.

Objectif simple pour paysage.

2 rondelles de cuivre pour les fixer sur la chambre noire.

(On peut, nous Favons dit plus haut, se servir du verre antérieur de l’objectif double pour faire le paysage; il faut dans ce cas une monture spéciale.)

Ehéuisterie.

Chambre noire a soulflet tournant.

1 glace dépolie.

2 châssis pour collodion, et contre-châssis.

2 châssis doubles.

Pied triangulaire brisé avec triangle en foule. Fourchelle également brisée.

I châssis positif.

I appuie-tête.

i presse à vis pour le nettoyage des glaces.

I balance dite trébuchet.

I pistolet porte-glace.

I porte-entonnoir.

Boîtes à rainures, pour mettre les glaces.

Caisses d’emballage.

Gutta-percha.

3 cuvettes en gutta-percha rentrant les unes dans les autres. 3 entonnoirs « u »

I tasse.

V erre rie,

3 cuvettes en bois à fond de glace garnies tout autour (i). Verres ou glaces pour faire les épreuves (?.).

I verre gradué de 25o centimètres cubes.

1 épreuve graduée de lo à 2.5 centimètres cubes.

3 entonnoirs de verre.

f) agitateurs de verre.

6 llacons carrés bouchés à l’émeri.

2 ou 3 verres dits à expérience, i mortier en porcelaine vernie.

Diveis.

Papier de Saxe négatif et positif.

1 liasse de filtre.

Demi-main papier jaune.

2 crochets de corne ou d’argent, f) pinceaux.

(i) Nous employons de préférence ces cuvettes construites de telle sorte 'luelles puissent servir des deux cotés face et revers.

(2.) .IuR(ju’à la grandeur 21 x 27 le verre moins coûteux est presque d’un aussi f)on emploi que la glace.

GÉJNÉHxVLlTÉS.

I blaireau.

Boîte d’épingles.

Gros papier buvard rose.

Papier Joseph.

P voduits cJd ni i q ne s.

Acide acétique cristallisable

» azotique .

» citrique

» gallique.

» pyrogallique

Alcool à 40^"

Alcool à 36^"

Azotate d’argent fondu ou cristallisé.

Benjoin

Bromure de potassium

» de cadmium

» d’ammonium

5oo

5oo

Chlorure d’or

Cire vierge

Coton ordinaire

. . 5üo

Coton-poudre.

Cyanure de potassium (i)

Éther sulfurique rectifié à 62°. . . .

Hvposulfite de soude

iode

lodure de potassium

» d’ammonium

» de cadmium

Kaolin

Potasse caustique

SiH?re de lait

Sulfate de protoxvde de fer

Terre pourrie

!i) Nous riîvliqiions pour être complets, maison doit s’eu servir le moins possible.

io4

On peut se procurer chez les marchands spéciaux pour la photographie certaines préparations prêtes à servir, telles que collodion ioduré, papier ciré ioduré, papier albuminé, etc.

Les quantités de produits chimiques nécessaires varient beaucoup suivant les dimensions des appareils, le travail que Ton veut faire, le temps que l’on mettra à les renouveler; nous ne pouvons donner les quantités absolues que l’on doit en prendre, mais seulement les quantités à peu près relatives. Le chiffre que nous avons ajouté indique approximativement les proportions que l’on doit demander. Ainsi pour un appareil de 21 x. 27, ces poids d’assortiment représenteront des grammes; pour un appareil de stéréoscope on les comptera pour le quart.

Nous ne saurions trop engager les commençants à faire tout de suite les frais d’excellents appareils et instruments, car si la réussite dépend principalement de l’habileté, du goût et des soins de l’opérateur, il faut qu’il ne soit pas entravé pour des instruments défectueux.

§ 89. Atelier. — L’installation de l’atelier dépend naturellement de la place disponible. Quel que soit le genre de photographie adopté, il faut absolument avoir un cabinet obscur dans lequel on fait toutes les préparations sensibles, et où l’on conserve les produits sur lesquels la lumière pourrait avoir une influence.

Il faut éclairer cette pièce au moyen de verres d’un jaune foncé que l’on dispose de la manière suivante : si la pièce prend un jour direct sur l’extérieur, on ferme complètement cette ouverture, ne laissant qu’un seul carreau sur lequel on applique, en les superposant, deux verres jaunes (le même grandeur, et l’on ne laisse pas entrer le moindre lilet de lumière blanche; on place ensuite soit un store,

GÉINÉRzUJTÉS. Io5

soit un rideau noir, de manière à pouvoir diminuer le jour à volonté. Si la pièce n’a pas d’ouverture extérieure, on tire le jour de la pièce voisine, en pratiquant dans la cloison ou dans la porte une ouverture dont la largeur dépend de la grandeur de la pièce obscure, et alors le jour n’étant pas direct, il suffit d’une simple épaisseur de verre jaune, ïl faut avoir soin, par mesure hygiénique, que cette pièce puisse après le travail être largement ventilée pour renouveler l’air, attendu que les produits employés présentent souvent une odeur excessivement forte et pourraient avoir une action nuisible sur la santé de l’opérateur.

Le laboratoire est ainsi éclairé dans toutes ses parties: ce mode d’éclairage est bien supérieur a celui que l’on obtient avec une lampe ou une bougie, dont la lumière, quoique plus faible, agit relativement beaucoup plus sur les coucbes sensibles, parce qu’elle est plus blanche; on évite une foule d’erreurs causées par la demi -obscurité dans laquelle serait alors plongé le laboratoire, et on n’a pas à craindre les accidents qui pourraient résulter de l’inflammation de l’éther et de l’alcool par une flamme éclairante. Nous devons dire cependant que l’atelier se trouve éclairé d’une manière variable, qui dépend de l’intensité du jour extérieur; cela peut amener quelquefois des erreurs pour juger la venue d’une épreuve, et pour le développement nous nous servons d’une lumière artificielle, toujours identique, munie d’un écran convenable.

Tout autour des murs on fait disposer a o“,85 du sol des tablettes de o”b45 de largeur; ces tablettes servent de tables, et il est très-commode d’en mettre une seconde de même dimension immédiatement au-dessous, en laissant un intervalle de o*“,2o environ entre les deux. Cette seconde rangée de tablettes permet de débarrasser rapidement la première, et de placer les châssis, les pa-

DEUXIEME PAIITIE.

piers, les cuvettes, etc., etc.; enfin quelques rayons plus élevés servent à mettre les produits, qu’il est pourtant préférable de renfermer dans des petites armoires.

On adopte un côté de la pièce pour faire les préparations sensibles, un autre côté pour développer les images ; de cette manière on n’a pas à craindre les gouttes d’acides gallique, pyrogallique, de sulfate de protoxyde de fer, qui souvent risqueraient de gâter les bains d’azotate d’argent. Du côté où l’on développe les images, il est bon d’avoir soit un évier en pierre, soit une large cuvette en gutta-percha communiquant par un tuyau avec un grand seau en grès, dans lequel on jette toutes les eaux, et dont tous les matins on rejette le liquide éclairci.

Nous nous servons de préférence du seau à sipbon intermittent [fië' décante seul et déverse au

dehors l’excédant du liquide sans qu’il y ait lieu de s’en occuper.

(Fig. 20.)

Le plus souvent c’est au-dessus de la cuvette, déversant dans ce seau â siphon, que l’on lùit le développement des épreuves collodionnées ; pour cette raison elle doit être, autant que possible, disposée près de la lumière de manière à permettre de suivre facilement les progrès de la réaction. Les eaux chargées de nitrate d’argeul, d’acides galLupie, pyrogallique, de sulfate de fer,

les eaux de lavage des cuvettes, se rendent toutes dans le même récipient, l’argent y est précipité par les liquides réducteurs, on y jette aussi de temps en temps un peu de sel commun pour faciliter la précipitation; on retrouve au fond du vase, au bout d’un certain temps, une quantité d’argent en rapport avec le travail que l’ona fait.

Chaque verre, chaque entonnoir, chaque cuvette doit avoir sa place et ne servir, s’il est possible, qu’à un seul usage.

Il faut écarter de ce laboratoire l’hyposulfite de soude et tout ce qui en contient, car la moindre trace de ce sel en contact avec un excès de nitrate d’argent donne lieu à des décompositions; il se forme un sulfure d’argent produisant des taches noires qui perdent toutes les épreuves. S’il y a au contraire excès d’hyposulfite de soude sur l’argent, le sel d’argent est complètement dissous et la sensibilité est anéantie.

Les opérations de fixage et virage peuvent se faire dans une .pièce éclairée par le jour ordinaire, mais munie de rideau de calicot jaune qu’on laisse retomber au moment où l’on apporte les épreuves pour les fixer, afin que la lumière n’agisse pas sur elle avant que l’hyposulfite de soude les ait rendues complètement insensibles.

La présence du cyanure de potassium est moins dangereuse pour les épreuves que celle de l’hyposulfite de soude; mais ce sel dégage des émanations cyanhydriques délétères et présente de tels dangers, qu’il vaut mieux, malgré cet avantage, renoncer à son emploi.

11 faut, autant que possible, avoir à sa disposition de l’eau ordinaire en grande abondance : elle peut servir à toutes les [iréparalions ne renfermant pas d’azotate d’argent, l’eau distillée ou l’eau de pluie convenablement

îo8 DEUXIÈME PARTIE.

recueillie étant réservée pour celles qui en renferment.

En résumé, de bons appareils, un ordre absolu, un soin minutieux, une grande propreté de tous les instruments sont avant tout les éléments indispensables pour la réussite matérielle de V épreuve.

Nous ne dirons rien de l’atelier de pose; c’est l’atelier d’un artiste, mais avec le plus de jour possible, qu’on ménage ensuite à volonté par des rideaux : il doit être assez long pour qu’on puisse obtenir des épreuves sans déformation (7 à 8 mètres et plus s’il est possible); il faut qu’il soit largement éclairé pour opérer rapidement, situé au nord, quand la situation le permet, pour éviter les rayons du soleil.

Quant aux conditions de pose, d’éclairage du modèle, etc., etc., c’est au goût de l’opérateur exercé a les régler selon l’effet qu’il veut obtenir.

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