COLLODIONS SECS
§ 113. La sensibilité du collodion, k ünesse des images obtenues, la simplicité des manipulations, ont fait chercher dès le début à employer ce procédé aussi bien à Tétât sec qu’à Tétat humide. Nous devons dire cependant que les premières tentatives ne furent pas heureuses.
Pour conserver au collodion toute sa sensibilité, il faut que Tiodure d’argent soit mélangé à une assez forte quantité d’azotate d’argent. Or il n’est pas possible de garder longtemps la couche sensible dans ces conditions. En effet, si l’azotate d’argent n’est additionné d’aucune autre substance, il ne tarde pas à perdre Teau qui le tenait en solution, il se concentre sur la glace et forme alors avec Tiodure d’argent un sel double qui cristallise sur toute la surface. Si l’azotate d’argent est additionné de. quelques autres substances organiques, sucre, gomme, miel, etc., il se fait, même à Tabri de la lumière, un commencement de réduction qui empêche le développement convenable de l’image. Aussi toutes les fois que Ton n’a pas éliminé complètement l’azotate d’argent , les préparations ne peuvent se conserver que pendant un temps assez court; et si l’azotate d’argent est enlevé en totalité par des lavages convenables, le temps de pose est généralement quintuplé.
Un grand nombre de photographes (i) ont proposé, pour opérer à sec, le lavage pur et simple d’une glace préparée au collodion ordinaire et sensibilisée; toutefois on obtient rarement ainsi de bonnes épreuves, elles sont le
(i) Chimie photog,r(i}>}ii<me ; i'® édition, p. ‘258.
COLLODION
plus souvent taihles et d’une teinte grise générale, tandis rpie dans les autres procédés au papier ciré sec ou à ralhuniine on peut avoir par ce inoven de fort beaux résuitats. La cause peut s’expliquer par la nature même de la couche de collodion, qui est en qiu'Ique sorte spongieuse, épaisse tantqu’elle est humide; mais, une fois desséchée, elle se transforme en une mince pellicule imperméable. C’est en vain qu’on la remet ensuite dans l’eau, ce liquide détruit son adhérence à la glace , mais la pellicule ne reprend plus l’état spongieux qu’elle a perdu, les pores se sont resserrés en emprisonnant en quelque sorte les molécules d’iodure d’argent, et les réactifs, ne pouvant plus agir que d’une manière incomplète, ne donnent que des résultats incomplets. Mais si par un moyen (juelconque on interpose un corps étranger qui empêche les molécules d’iodure d’argent d’être, pour ainsi dire, isolées les uns des autres et qui, modifiant la structure de la pellicule, permettent l’action des réactifs, rien n’empéchera alors d’obtenir une épreuve sur collodion sec comme on l’obtient sur albumine ou sur papier. Ajoutons toutde suite que dans la plupart des procédés que nous allons indiquer, le plus grand obstacle au développement de l’épreuve est le peu d’adhérence du collodion sur la glace et les soulèvements qui en sont la suite; comme ces soulèvements se produisent toujours parce que l’eau s’inliltre par les b.ords, on rend ces derniers plus adhérents en les collant sur la glace au moyen d’une bande légère d’un vernis alcoolique et résineux que l’on applique au pinceau.
§ 114. Certains collodions, surtout ceux (|ui ont été altérés par le temps, peuvent marcher à sec après un simple lavage cl donner d’assez bons résuHats; quel(|ues
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personnes préiëreiU ee procédé a tous les autres : il est d’une grande simplicité. On emploie, au lieu du bain d'azotate d’argent ordinaire, un bain dans lequel on a ajouté soit quelques gouttes d’acide azotique, soit lo centimètres cubes d’acide acétique pour loo centimètres cubes du bain d’azotate d’argent. Au sortir de ce bain, la glace est lavée avec le plus grand soin et à plusieurs reprises avec de l’eau distillée, puis on la met sécher sur un angle dans une complète obscurité. Le développement peut se faire a la manière ordinaire, mais de préférence avec l’acide pyrogallique; il faut avoir soin toutefois, avant de commencer le développement, de mouiller complètement la surface collodionnée avec de l’eau distillée, afin que le liquide révélateur versé ensuite sur la glace la recouvre d’un coup d’une manière uniforme.
Selon M. Krone, si ce procédé ne marche pas toujours d’une manière constante, cela tient à ce qu’il est difficile d’enlever complètement les dernières traces d’azotate d’argent; aussi a-t-il proposé, lorsque la majeure partie de l’azotate d’argent a été enlevée par un premier lavage, de plonger la glace dans une cuvette d’eau contenant U pour loo de chlorure de sodium, et de terminer par un lavage à l’eau distillée. Par ce moyen, tout l’argent se trouve transformé en chlorure insoluble, la glace séchée (3nsuite peut conserver assez longtemps une grande sensibilité ; le développement se l'ait comme nous l’avons dit ci-dessus. M. Krone attribue les résultats meilleurs qu’il obtient ainsi à l’absence complète de l’azotate d’argent libre. Sans vouloir nier en aucune façon cette influence, nous pensons (|ue la présence du chlorure d’arg(mt (jui s’est intej'posé comme coiq^s étranger entre les bbresdu collodion, peul contribuer aussi pour beaucoup au succès de ropéraîiou
COLLODION
§ 115. Les procédés ci-clessus ne réussissant pas toujours parfaitement selon les désirs des opérateurs, on a eberclié dans l’addition de matières étrangères les moyens d’opérer au collodion sec; tantôt ces substances sont ajoutées dans le collodion même , tantôt elles sont versées sur la couche sensible après la sensibilisation et le lavage.
Les matières ajoutées dans le collodion même pour lui donner la propriété de réussir à sec, sont le plus souvent des résines. Nous pensons pouvoir dire d’une manière générale que les matières à employer dans ce but seront toujours celles qui, solubles dans l’alcool et l’étber, sont insolubles dans l’eau. Elles viennent jouer ici le même rôle que nous avons attribué plus haut au . chlorure d’argent dans le procédé de M. Krone; ce sont des corps étrangers qui modifient la structure de la pellicule de collodion, la divisent en quelque sorte, et permettent aux réactifs d’agir sur les molécules d’iodure d’argent.
Voici quel(|ues-i]nes des formules de collodion résineux qui ont été publiées.
Formule de MM. Robiqiiet et Duboscq pour la prépa-
ration du vernis a l’ambre :
Ambre jaune porphxrisé. . . . 40^®"^
Chloroforme i5o
Ether sulfurique.. i5o
If ambre est épuisé par lixiviation dans un appareil à déplacement et la liqueur bltrée au papier.
Dans 3oo grammes d’un l)oi\ collodion ordinaire on ajoute 2.Ô centimètres cubes de ce vernis à l’ambre, et après trois a quatre jours de repos Iceollodion est l)on à servir.
DlîiUXJÈMt: PARTI K.
Koriiiule de M. Jouet :
Élher
Chloroforioe 6o
\n)bre en poudre. . , . 20»''
Dans 100 centimètres cubes d’un bon collodion mettez 4 centimètres cubes de ce vernis.
Quelques opérateurs, au lieu du vernis à l’ambre, ont ajouté de la colophane. Nous avons employé également avec succès le vernis au benjoin dont on se sert pour vernir les clichés (§ 107) à la dose d’environ 2 centimètres cubes pour 100 centimètres cubes de collodion. Tous ces procédés peuvent également bien réussir. Seulement pour tous il faut prendre les précautions suivantes :
Le collodion doit être plus riche en éther que celui dont on se seit ordinairement, afin de mieux adhérer à la glace; dans ce meme but, après l’avoir étendu sur la glace, on doit attendre 5o à 60 secondes avant de le plonger dans le bain d’azotate d’argent. Le bain est toujours fortement acidulé, soit par 10 centimètres cubes d’acide acétique cristallisable, soit par i centimètre cube d’acide azotique ordinaire pour loo centimètres cubes de bain. Après la sensibilisation, il huit un lavT^ge très-soigné et séchage dans une obscurité complète. Le temps de pose est environ trois a quatre fois plus long (jue celui du collodion humide. Pour développer, on dint commencer par mouiller la glace avec de l’eau distillée, puis verser le li- (juide réducteur additionné d’azotate d’argent ; le fixage se fait comme |)our le collodion humide. Dans tous les cas il faut [jrocéder avec beaucouj) d(' [jrécaution, jiour ne pas détach(‘r la (*ou(‘h(‘ d(‘ collodion.
^ llb. (i(>mmc nous l’avons flii pins haut, les sub-
COLLODIOIN.
stances que l’on peut ajouter sur la couclie de collodion après le bain d’azotate d’argent et le lavage, pour lui conserver sa sensibilité,' sont excessivement nombreuses: toutes les matières gommeuses, mucilagineusès , gélatineuses, sirupeuses, albuminoïdes, ont été ou peuvtmt être essayées avecsuccès. Aussi renoncerons-nous à donner tous les procédés publiés : nous indiquerons seulement ceux qui ont été communiqués par les meilleurs photographes et qui entre des mains habiles ont donné de fort beaux résultats. Nous réserverons un chapitre spécial pour le collodion albuminé (procédé ïaupenot ), que nous considérons comme le meilleur procédé de collodion sec.
Procédés de M. Maxwell Lvte.
Emploi de la gomme et du miel. — Prenez :
Eau
3oo§
(ioniine arabkiue. . .
Miel
Alcool
La glace étant sensibilisée , égouttée a la manière ordinaire, on la place de niveau et l’on verse dessus autant d’eau distillée qu’elle en peut tenir. On fait écouler l’eau dans un verre, on lareverse sur la glace deux ou trois fois de suite, puis on la dresse sur l’angle que l’on fait porter sur un morceau de papier buvard en plusieurs doubles. On laisse égoutter l’eau et l’on verse la solution de gomme et de miel, la faisant couler à plusieurs reprises comme on a fait pour l’eau: on remet la glace sur un angle et on fait sécher. Le temps de pose est a peu près le double de celui du collodion ordinaire. On développe en ayant soin de laver préalablement la glace.
Emploi de la mélagélatine (gélatine modifiée par les
s 7 ^ DEUXIÈME PARTIE.
acides). — On prépare la gélatine niodiüée en faisant bouillir dans 4do granioîes d’eau 6o grammes de gélatine pure, et blanche. Quand la solution est faite, on y ajoute lod grammes d’eau additionnée de îo grammes d’acidef sulfurique ou mieux i o grammes d’acide oxalique; on fait bouillir cinq minutes et on laisse refroidir; on fait bouillir de. nouveau cinq.minutesr et on laisse refroidir; 011 continue ainsi jusqu’à ce que le liquide ne se prenne plus en gelée. Quand on emploie l’acide oxalique, on fait bouillir une heure. On neutralise l’acide en ajoutant peu à peu de la craie en poudre jusqu’à ce qu’il ne se fasse plus d’effervescence, on ajoute une goutte de créosote et on filtre sur une toile fine le liquide encore chaud. Avec cette métagélatine on prépare le sirop suivant :
Métagélatine liquide . . . i5o^'
Eau i5o
Miel choisi 3,5
La glace sensibilisée dans l’azotate d’argent est d’ahord égouttée, puis on verse par le bord supérieur une couche du sirop ci-dessus, que l’on fait courir sur toute la glace et que l’on rejette par le bord inférieur. Ce sirop entjaine la majeure partie de l’azotate d’argent, il faut le laisser perdre. On le remplace de la même manière par une seconde couche, puis une troisième, jusqu’à ce que le Liquide s’étende d’une manière bien uniforme. Après dessiccation dans l’obscurité, on expose le double de temps environ du colbjdion humide, on lave la glace à l’eau |)endant une minute (uiviron, on développe ensuite l’imag(‘ (don tixe comme à l’ordinaire.
EfapUn (le la p^raine de lui. — La graim* de lin, ainsi q!U‘ plusii'urs aulr(‘S graines végétales, telb's que le pépin
COLLODION.' 17'i
de coing, le psylliuni, mises a macérer dans l’eau, donnent une sorte de mncilage qui varie suivant les graines. On emploie généralement le mucilage de la graine do lin indiqué il y a déjà plusieurs années par M. Humberl
de Molard.
Mélangez :
Eau disiillée 2ooS‘
Acide acétique 3o
Graine de lin 20
Faites macérer douze heures dans un vase en verre et filtrez à travers un linge fin. Ce mucilage doit être incolore, légèrement visqueux, il peut servir pendaiU huit jours environ sans décomposition. La glace, étant préparée, sensibilisée comme à l’ordinaire, peut être immédiatement recouverte avec cette préparation sans lavage préalable. On verse et reverse plusieurs fois le liquide jusqu’à ce (ju’il coule en nappe bien unie, on pose la glace sur un angle et on laisse sécher: dans ces conditions la sensibilité se maintient environ vingt-quatre heures ; mais si on a le soin de laver la glace convenablement au sortir du bain d’argent (que l’on emploie dans ce cas additionné de lo pour 100 d’acide acétique cristallisable), et de verser ensuite le mucilage de graine de lin , la sensibilité, beaucoup moins grande, pourra être conservée pendant une huitaine de jours. Le développement et le fixage se font comme pour les procédés ordinaires.
On peut remplacer la préparation de graine de lin par une décoction de malt ou orge germée préparée pour la fabrication de la bière, ou plus simplement encore par la l)ière, comme nous l’avons indiqué plus liant.
Emploi du tannin. — Le major Russell a proposé récemment en Angleterre l’emploi du tannin dissous dans l’eau pour conserver la sensibilité du collodion. La
solution, formée de loo partfes d’eau distillée pour 3 grammes de tannin, est appliquée sur la glace après un lavage convenable de la même manière que les solutions ci-dessus. On développe au moyen de l’acide pyrogallique additionné d’acide citrique.
L’albumine a été également indiquée comme substance éminemment propre a conserver la sensibilité du collodion; mais comme les diverses formules proposées sont des modifications du procédé Taupenot, nous les rangerons a la suite de ce procédé.