CHAPITRE IL
BE l.’Aî»lPiJFIEATI<E\ DES EPIÎEEVES.
Ou s’est de[nHS Famiée deniièrc beaucoup occupé de ta question de raïuplitication, sans se rendre un compte suffisant du parti qu’on pourrait tirer de cette application de l’optique à la photographie pittoresque.
A notre sens, rainplification réalise un progrès immense ; il doit, en peu d’années, transformer les opérations photographiques et conduire une des plus belles découvertes de notre temps dans une voie infiniment préférable sous le rapport de l’art. Nous avons pensé qu’un chapitre spécial sur ce sujet important intéresserait le lecteur. Notre savant collègue, M. Bertseh, à qui nous devons témoigner ici notre reconnaissance, a bien voulu se charger de la rédaction de ce chapitre: pour ne rien perdre de l’originalité de ce travail important, nous laisserons parler l’auteur :
« § 200. Déjà beaucoup de choses ont été dites sur les grandissements, bien des questions de détail ont été résolues, sans que le côté sérieux de cette application ait jamais été traité.
)) Occupé depuis plus de dix ans d’appliquer scientifiquement les amplifications photographiques aux recherches d’histoire naturelle, nous avons pour nous une expérience qui nous permet de donner aux personnes encore peu familières avec ce genre de travail quelques renseignements utiles, et nous allons essayer de poser quelques principes qui nous semblent indispensables a connaître pour procéder avec certitude dans l’exploration de cette voie nouvelle toute pleine d’avenir.
Pour transporter du domaine de la science dans celui du pittoresque les instruments qui nous ont permis d’obtenir les résultats que connaissent beaucoup de nos confrères, nous n’avons eu qu’à augmenter les surfaces et les foyers de nos lentilles, ce qui est d’ailleurs plus facile que de les diminuer. Un grossissement de loo fois, déjà considérable pour un paysage, peut être aisément obtenu par des méthodes qui nous ont permis de pousser l’augmentation des surfaces jusqu’à 900,000 fois , avec une grande netteté.
» Avant d’entrer dans l’analyse des conditions à remplir pour agrandir convenablement, disons un mot des clichés dont on doit se servir et des avantages considérables qu’il y a au point de vue de la vérité de la forme et de la perspective à en augmenter les dimensions. Un reproche que les photographes ont longtemps mis sur le compte de la jalousie, bien qu’il soit des plus sérieux et des mieux fondés, est journellement adressé par les artistes et les gens de goût aux épreuves photographiées. Les paysages manquent de premiers plans , la perspective n’y est pas exacte ; rien n’y indique l’échelle véritable et le relief y est peu senti. Quand bien même un amour aveugle pour les paysages photographiés nous empêcherait de nous rendre à l’évidence, les lois de l’optique nous démontreraient que ces observations sont fondées. Loin de représenter ce que l’œil voit dans la nature, une photographie n’est bien souvent, il faut l’avouer, qu’un contre-sens qui blesse le goût et le sentiment du vrai. Nous serons d’autant plus à l’aise pour démontrer d’ime manière irréfutable qu’il en doit être ainsi, que les pi'océdés de grandissement vont nous pe]*mettre de nous garantir des défauts reprochés jus- (jifà ce jour l\ la photographie pittoresque. Afin d’être
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compris par les personnes les plus étrangères a la science de l’optique , nous éviterons les Ibrinules, les termes techniques, pour nous renfermer dans les limites d’expériences que tout le monde peut faire au moyen d’une lentille.
» Comparons l’image qui se peint au fond de notre œil sur la rétine avec celle qu’une lentille réfracte au fond d’une chambre noire sur une glace dépolie, et voyons s’il n’y aurait pas entre ces deux images un désaccord qui explique tous les défauts reprochés a la photographie.
» Soit une lentille convergente LL : objectif simple ou double, peu importe, les phénomènes se ressembleront.
(Fig. /,o.)
» Devant cet objectif, plaçons trois points rayonnants, A,lLC,et inégalement distants. Ces trois points sont trois plans différents du paysage que nous voulons réfracter en arrière dans la chambre noire, sur la glace dépolie. En vertu de la loi des foyers conjugués que les photographes connaissent et appliquent journellement, et dans l’analyse de laquelle il est par conséquent superflu d’entrer, le point ou l’objet A sera réfracté en AL B en 13' et i] en C'. Les points A,B,C, constituant, nous l’avons dit, trois plans différents dans le paysage, seront aussi réfractés en arrière de la lentille sur les trois plans différents A',B',C'. Admettons que A soit l’horizon. Blés plans moyens et C les premiers plans du paysage, nous voyons
l)t:üXîi:ME PAilTIE.
tout de suite (jue u’ayant a sa disposition qu’un seul plan, qui est la glace sensiÎDle, le photographe sera dans l’impossibilité d’obtenir une image nette de ces trois points. S’il place sa glace à un plan teU que l’image du point B y soitnettement réfractée, le point C, qui représente les premiers plans, ne convergera pas encore, tandis que A sera devenu divergent. C et A seront donc reproduits avec des formes étalées, sans contours précis, mal éclairés et en un mot sans aucune espèce de vérité. Quel- (jue parti que prenne le photographe, l’image qu’il pourra obtenir sera nécessairement défectueuse et sans aucun rapport avec celle qui se produit sur la rétine. Ce qui est pour nous le mieux arrêté, sera justement dans l’épreuve ce qu’il y aura de plus vague, en sorte que la perspective aérienne se trouvant complètement détruite, le résultat tinal n’aura rien de commun avec l’impression que nous fait la nature elle-même.
» Nous devons donc malheureusement poser ce principe, {[u'i est rigoureux et sans exception : Un objectif d’un foyer quelconque ne peut, par l’application de la loi des loyers conjugués sur un même plan en arrière, réfracter nettement (|u’un seul plan. Dans de telles conditions, un objectif est donc impropre a reproduire avec quelque apparence de vérité une perspective d’une certaine prolondeur et ne doit être employé qu’à photographier des gravures, des façades de monuments ou tout autre objet d’un faible relief. Le triomphe de la photographie, diton, c’est la reproduction des monuments, des bas-reliefs et des dessins; mais elle est insuffisante pour rendre la nature. Nous allons voir que la manière seule dont on emploie les instruments est cause de cette insuffisanc(n (‘t qu’une appîi(*ation plus rationnelle des lois de ropti(|ue nous permej de reproduire avec la vérité la
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plus saisissante un paysage queleonque, fût-il eoinposé d’unè quantité infinie de plans différents.
» Faisons une seconde expérience, tout aussi simple et tout aussi concluante que la première. Prenons cette même lentille et visons un point éloigné A dont nous remarquerons avec soin l’image réfractée en A', sur
(Fig. 4i.)
la glace dépolie. Prenons maintenant un autre point B encore plus éloigné, et mesurons également la distance a laquelle il se réfracte en arrière en B'; nous verrons que cette distance n’aura pas varié. Visons le point G beaucoup plus rapproché, nous rentrerons alors dans la première expérience, c’est-à-dire que G sera réfracté en G' sur un plan plus éloigné de la lentille que A',B'. Mais si nous nous éloignons de G jusqu’à ce qu’il vienne se réfracter nettement dans le plan A'B', nous remarquerons que les points A', B' auront néanmoins conservé euxmêmes toute la netteté de leurs contours.
» Donc pour tout objectif il y a une distance à partir de laquelle les angles de divergence sont tellement semblables entre eux, et à partir de laquelle tous les points rayonnants ont, eu égard au faible diamètre des diaphragmes, une parallaxe si petite, que les rayons réfléchis peuvent être considérés comme parallèles entre eux, de quelques points (jifils arrivent à partir de celte distance.
» Pour le photographe, cetle loi est de la plus haute importance, car il peut, comme nous allons le démontrer, en
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s’y reriferniaiit, être assuré de rendre la nature exactement comme nos yeux la voient.
)>Ladistance à la lentille du plan unique sur lequel viennent se peindre nettement tous les objets extérieurs, quel que soit leur éloignement, se nomme en optique le plan du foyer principal de la lentille. Nous sommes, d’après ce qui précède, en droit d’émettre ce principe fondamental et incontestable : dès qu’un objet sera suffisamment éloigné d’une lentille convergente, pour que son image vienne nettement se réfracter à son foyer principal, tous les objets situés à des distances inégales et encore plus éloignées viendront aussi se peindre dans le même plan.
» Nous conclurons de ce principe que, si un objectif est de courbes bien calculées pour la correction de l’aberration sphérique et diaphragmé de manière à arrêter les pinceaux trop obliques, il donnera à son foyer principal l’image nette de tous les objets compris sous un angle normal de 3o degrés dont il est le sommet.
» Pour nous rendre un comp te exact des images que nous pourrons obtenir en nous renfermant rigoureusement dans la loi du foyer principal, faisons une dernière expérience. Examinons le rapport qu’il y a entre la distance la plus rapprochée A et celle de son image A' à la lentille. En mesurant ces deux distances, nous verrons que la dernière est contenue 99,99 dans la seconde. Ceci est rigoureux et invariable. Qu’en devons-nous conclure? C’est que toutes les fois que l’objet le plus rtipproché d’une lentille sera réfracté en arrière en une image qui représentera le centième de sa hauteur ou le dix-millième de sa surface, il sera réfracté au foyer principal du système. Comme conséquence de ceci, nous dirons que tout objet peut se peindre nellement sur un plan en arrière d’un objectif quelconque, roncurrcmment a^’cc des objets plus cloig/iès que lui, pourvu
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que par sa distance le premier soit réduit au dix-millième de sa surface.
»Donc en plaçant une chambre noire a une distance telle des premiers plans d’un paysage, qu’ils soient réfractés au foyer principal de l’objectif, on peut être assuré d’obtenir une image nette, tant de ces premiers plans que de l’horizon.
» Voyons quelles seront les conditions à remplir pour obtenir une pareille image sur une surface de 5o centimètres carrés.
» La diagonale de ce carré étant de 70 centimètres, et un objectif ne pouvant donner comme champ de netteté que la moitié de sa longueur focale, il nous faut pour une pareille image une lentille d’un foyer de L^,4o. En vertu des principes émis, a quelle distance des premiers plans devons-nous nous placer pour que le paysage soit net jusqu’à l’horizon? A i/jo mètres! A cette distance, quelle sera la hauteur d’un homme placé au premier plan pour servir d’échelle? 18 millimètres! Jugez du reste et des détails de ces mêmes premiers plans, si importants cependant pour l’effet de la perspective. Si vous doublez les dimensions d’une telle photographie, ce même homme, au lieu de gagner de l’importance, sera quatre fois plus petit, c’est-à-dire de la hauteur d’une mouche. Dira-t-on qu’une pareille épreuve rend la nature telle que nous la voyons ; non certes, car pour voir un paysage, jamais un artiste ne se placera à i4o mètres de ses premiers plans. Les grandes photographies prises directement d’après nature ne peuvent être autre chose que des rideaux de fond. Plus les différents plans y seront rendus nettement, plus elles manqueront d’échelle et de perspective : ceci est mathématiquement etphysiquemeîU vrai. Quel peintre se placera, pour copier un paysage, à la distance incom-
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mensurable où le photographe est forcé de mettre sa chambre noire quand il veut obtenir de la netteté pour tous ses plans? C’est pour cela que les grandes photographies prises directement ne peuvent être que des fonds de tableaux, et ne peuvent donner aux artistes que des idées fausses.
)) Tandis qu’à lo mètres de nos yeux, c’est-à-dire à la distance où nous nous plaçons pour voir un ensemble, un arbre, un objet quelconque d’un mètre de diamètre, soustend un angle de plus de 5 degrés et nous dérobe plus du cinquième de l’horizon; tandis que par son importance il repousse les seconds plans, éloigne l’horizon et nous donnerait à lui seul le sentiment de la perspective et de l’étendue, placé à loo mètres il ne sous-tend déjà plus - qu’un angle de 34 secondes, et dans une photographie de la grandeur que nous venons d’indiquer, il devient un fil qui se confond aisément avec les objets distants d’un kilomètre.
» Condamnés d’une part, s’ils appliquent la loi des foyers conjugués, à laisser dans le vague les horizons ou les premiers plans, forcés d’autre part, s’ils se renferment dans la loi du foyer principal, à ne reproduire que des objets très-éloignés, les photographes n’ont jusqu’à -présent jamais pu faire d’épreuves pittoresques même de dimensions moyennes, qui ne méritassent pas les reproches que les artistes leur ont toujours et avec raison adressés.
» Nous aimons trop la photographie pour en exposer ainsi les défauts si nous ne pouvions présenter le remède à côté du mal.
))Leslois de l’optique nous permettent heureusement de résoudre d’une manière complète l’important problème de la reproduction photographique de la nature, en ce (jui touche la vérité de la perspective et la vraie relation