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EXCURSIONS PHOTOGRAPHIQUES

§ 202. Le but de la photographie, pour la plupart des artistes ou amateurs, est de pouvoir rapporter de leurs voyages soit des souvenirs, soit des sujets d’études. Cette belle déeouverte offre aux arts et aux seienees d’immenses ressources; avec un matériel bien moins embarrassant qu’on ne se l’imagine, on peut, en une journée, acquérir plus de richesses artistiques qu’on ne le ferait par le dessin en un mois de travail opiniâtre;, et l’on retrouve dans les matériaux que l’on a réunis, non-seulement un ensemble parfait, mais encore la finesse dans les moindres détails, et une vérité que l’on tâcherait en vain d’obtenir par tout autre moyen.

Les seuls procédés réellement applicables en voyage sont les procédés secs sur papier ou sur verre. Nous donnons, quant a nous, la préférence au procédé Taupenot, mais on peut également bien employer le papier ciré ou tout autre procédé sec : le poids et le volume des glaces restreignent forcément le nombre des épreuves â tirer, mais le collodion sec au procédé Taupenot présente l’avantage (le se conserver sensible et bon bien plus longtemps que le papier ciré; on peut ainsi être toujours prêt â saisir l’occasion d’un temps ou d’un éclairage convenable, d’un autre côté il est facile d’emporter des centaines de feuilles de papier sans que le bagage soit sensiblement augmenté.

Il arrive fréquemment qu’on est assez mal installé pour faire les opérations si délicates de la photographie; de là résultent de nombreux mécomptes, et la perte d’épreuves souvent précieuses que l’on n’avait pu obtenir

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qu’avec de grandes difticultés et qu’il serait presque iiiipossible de se procurer de uouveau.

Après avoir recouiiu [)ar iious-inêiiies la plupart de ces inconvéïiieuis, nous nous sommes efforcés de les atténuer, et nous pensons qu’un chapitre ^spécial consacré aux excursions photo graphiques sera l)ien accueilli par nos lecteurs.

§ 203. Bagage. — Les objets qui composent le bagage photographique sont réduits et d’un transport facile lorsqu’il s’agit d’une excursion de quelques heures ou de quelques jours seulement. Ou emporte alors la chambre noire, au moins deux objectifs de foyers différents, les châssis' doubles ou châssis bristol, le pied, le voile noir, les glaces ou papiers de rechange sensil)ilisés selon le nombre de vues que l’on compte faire. Et après avoir pris les vues, on rentre les développer chez soi.

Si on opère sur papier ou si on tient à connaître le résultat, il faut emporter de quoi développer les épreuves, c’est-à-dire deux cuvettes, du nitrate ou de l’acétonitrate d’argent; les acides gallique, pyrogallique, citrique ou acétique, dans des petits llacons à l’émeri. Si enlin on veut renouveler ces préparations, on doit se munir de presque tous les objets et produits dont nous avons donné la liste § 88, en faisant dans deux caisses spéciales un emballage très-soigné. Dans l’une des caisses on mettra tout ce qui est nécessaire pour l’excursion de quelques heures; l’autre est en quelque sorte le laboratoire portatif renfermant tous les produits et les autres accessoires.

Il est bon (fue les glaces ou les papiers soient entourés d’une enveloppe imperméable, car il arrive souvent en voyage que les caisses sont mouillées, et l’on |)eut perdre ainsi, avec son travail passé, tout espoir de réparer le

DEUXIEME PAFiTlE.

(lonimage, piiisqii’oo n’a plus de glaces ou de papiers préparés.

On fera bien d’emporter les glaces ou les papiers prêts à être sensibilisés. La facilité avec laquelle se conservent ces préparations permet de les faire à l’avance chez soi avec plus de facilité. On devra néanmoins ajouter quel- (|ues produits nécessaires pour les renouveler au besoin.

§ 204. Avant de prendre une épreuve, on doit avoir égard à certaines considérations que l’on ne peut pas négliger si l’on veut obtenir, avec la finesse des détails,riîarmonie de rensemble. Certaines couleurs n’ont qu’une action nulle ou très-lente, comme le noir, le vert, le jaune et le rouge; d’autres, au contraire, comme le bleu, le violet et le blanc, ont une action rapide. La végétation, les vieilles ruinbs demandent un tempsde pose beaucoup plus prolongé que les monuments modernes, etc.; il faut en conséquence éviter autant que possible les oppositions trop marquées, et dans ce dernier cas prolonger la pose au lieu de la diminuer, même par une vive lumière.

Certains détails, qui sont d’un mauvais effet dans l’ensemble d’un tableau, pourront souvent être évités lorsque îa position sera mieux étudiée; d’autres, au contraire, seront reclierchés. Il est inutile de dire qu’il faut pour la pbotograpbie, de même que pour le dessin, faire entrer autant que possible dans son cadre, soit un personnage, soit une voiture ou tout autre objet d’une dimension généralement connue. Cela est surtout important pour les vues de monuments : on a ainsi un pointde comparaison, une sorte d’échelle qui fait ressortir tout de suite les proportions d’ensemble.

11 est généralement préférable d’opérer par un jour de soleil; indépendammenl d’une rapidilé beaucoup plus

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grande dans l’opéralion, on obtient des ombres portées (jüi font mieux ressortir les contours : toutefois on doit éviter de prendre une vue dans le moment où elle est éclairée de face; elle reçoit alors, il est vrai, une lumière plus vive, mais il n’y a pas d’ombres portées, et les épreuves sont sèches et dures. En été, il vaut mieux s’abstenir quand le soleil est à son plus haut point dans le ciel, parce qu’il frappe d’aplomb sur le modèle, et qu’aiors les moindres saillies donnent des ombres allongées d’un très-mauvais effet. Lorsqu’on veut faire des feuillages, des dessous d’aiEres, on doit de préférence, pour obtenir les détails et l’harmonie, opérer sans soleil avec une pose prolongée; on évitera ainsi les effets heurtés et neigeux que donne une trop vive lumière sur le luisant des feuilles.

Lorsqu’on peut disposer d’un cabinet éclairé pour faire ses manipulations, il suffit de recouvrir avec des doubles de papier jaune-orangé les cai*reaux de la fenêtre pour obtenir une lumière convenable; on peut dès lors y travailler à son aise. Mais si l’on n’a qu’une seule chambre, on remet au soir toutes les opérations qui ne peuvent sup- [lorter la lumière du jour, comme tes sensibilisations, le développement des images, etc., etc. Nous ferons observer, en passant, que l’on peut employer comme vases toutes les poteries communes vernissées que l’on trouve à bon marché dans tes moindres' villages; il faut seulement qu elles n aient jamais servi.

Lorsque l’image est assez développée, on lave les épreuves à plusieurs eaux, on les fixe provisoirement en les passant dans un bain saturé de sel commun, ou dans un bain de bromure de potassium, à 25 grammes par litre. Cette dernière opération peut se faire à la lumière fdffusc. Les épreuves [>assées de nouveau dans l’eau frai™

che sont séchées, soit à l’air, soit (pour les papiers) en les pressant entre des doubles de papier buvard, puis elles sont conservées jusqu’au retour; on les passe alors àl’hyposulfite de soude pour les fixer d’une manière définitive.

Lorsqu’on a l’habitude des manipulations, on peut, au lieu d’eau distillée ou d’eau de pluie, qu’il est souvent si difficile de se procurer, employer simplement l’eau de rivière ou de source ordinaire (on doit formellement exclure toutes les eaux minérales, ferrugineuses, sulfureuses, etc.); on y ajoutera quatre à cinq gouttes d’acétonitrate, et, après l’avoir filtrée, on pourra s’en servir pour > tous les bains d’iodure de potassium ou d’ammonium, d’acétonitrate d’argent, d’acide gallique, etc. Nous avons fait l’expérience avec l’eau du canal de l’Ourcq, qui est bien moins pure que l’eau de Seine, et nous avons obtenu des épreuves en tout semblables à celles faites comparativement avec de l’eau distillée.

§ 205. Le bagage du voyageur et toutes les opérations se trouvent singulièrement simplifiés, si l’on adopte la petite chambre automatique deM. Bertscb (page3i9);on pourra alors, comme le dit l’auteur, opérer en pleine campagne, soit par la voie sèche, soit par la voie humide , et obtenir de petits clichés d’une scrupuleuse exactitude.

l.orsqu’on sera de retour dans son laboratoire, on n’aura plus qu’à tirer sur verre les épreuves positives convenables, à les grandir au moyen de l’appareil spécial de M. Bertscb (page 32 1 ), pour en faire un bon négatif de la dimension que l’on désirera, et l’on pourra obtenir ainsi des épreuves d’un grand effet artistique.

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