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SECTION VU

DAGUERRÉOTYPE (Photographie sur plaques).

La photographie sur plaques, qui permet d’obtenir en quelques instants une épreuve positive complète présentant des images d’une finesse peut-être supérieure a ce que l’on obtient avec les autres procédés, est due principalement aux travaux de Daguerre. Ce procédé est un peu abondonné aujourd’hui, malgré ses beaux résultats. Le miroitage de la plaque, le renversement de l’image si l’on n’opère pas avec une glace parallèle, l’impossibilité de reproduire avec un jiremier type autant d’épreuves qu’on

le désire, sont aiitaot de causes qui font donner la préférence aux autres branches de l’art photographique. Nous allons toutefois examiner rapidement l’ensemble des manipulations nécessaires pour obtenir les épreuves daguerriennes.

Les opérations sur plaques peuvent se résumer ainsi : apprêts, nettoyage et polissage de la plaque, formation de la couche sensible, exposition, développement de l’image, fixage et avivage.

§ 217. Apprêts de la plaque. — Nous conseillons au point de vue de l’économie, aux personnes qui s’exercent aux manipulations daguerriennes, d’acheter tout de suite des plaques de bonne qualité (au moins au trentième), qui puissent supporter un grand nombre de polissages et d’essais successifs. Les plaques doivent toujours être conservées dans des boîtes à rainures spéciales pour cet usage, afin que le contact des corps étrangers ne puisse ni les rayer ni les détériorer.

Le premier soin est d’abattre les vives arêtes de la plaque ; on y arrive facilement au moyen d’une baguette de fer rond que l’on passe avec force sur chacun des côtés. A cet effet, la plaque est placée d’aplomb sur une planche de bois garnie, à l’un de ses bords, d’une règle de fer taillée en biseau ; les quatre arêtes de la plaque étant successivement adoucies et légèrement renversées, on courbe les quatre coins soit au moyen d’une pince spéciale, soit avec une pince plate ordinaire. Chaque coin est courbé d’abord de haut en bas à angle droit, puis relevé de manière à entrer facilement sous les boutons des planchettes qui servent de support.

Le polissage se fait au moyen de coton cardé imhihé d’alcool et de Iripoli; on trouve dans le commerce du

coton nettoyé spécialement pour le daguerréotype; on emploie l’alcool à 33 degrés rectifié : le tripoli doit être à ce degré de finesse où il ne peut pas rayer les plaques, tout en mordant légèrement la surface. On jugera qu’il est bon lorsque les traces laissées dans un sens par le frottement disparaîtront, pour peu qu’on passe deux ou trois fois le coton dans un autre sens. Quelques personnes emploient la silice ou l’alumine précipitées, lavées et calcinées, au lieu de tripoli, mais nous ne pensons pas que ces substances soient d’un meilleur usage que ce dernier» Afin de répandre plus uniformément le tripoli, la silice, ou l’alumine sur la plaque, on se sert d’un flacon fermé, au moyen d’une gaze maintenue par un fil, ou mieux par un anneau de caoutchouc. L’opération est conduite de la manière suivante : la plaque étant fixée sur la planchette, on imbibe d’alcool un tampon assez gros, pour que les doigts ne puissent pas être en contact avec la surface à nettoyer, on jette du tripoli sur la plaque, et pendant un temps assez long on frotte en tournant sur toute la surface et en ramenant toujours des angles vers le centre, puis on laisse sécher complètement ; prenant alors un coton sec, on frotte de la même manière sans tripoli et on nettoie parfaitement la surface. On juge qu’elle est bien préparée, si la vapeur de l’haleine produit un beau blanc mat disparaissant d’une manière régulière sans laisser de taches; s’il n’en est pas ainsi, on frotte de nouveau avec le tampon sec et un peu de tripoli ; et on recommence l’opération entière tant que les taches persistent.

La surface bien nettoyée est polie avec un polissoir en peau de daim. On frotte toute la surface du polissoir avec la brosse longue et dure, dite brosse à bijoux, puis on projette dessus un peu de rouge a polir (première qua-

lité) au moyen d’un flacon fermé comme le flacon à tri™poli, et on brosse de nouveau avec soin, pour faire tomber tout l’excédant du rouge; un polissoir ainsi préparé peut servir pendant une journée sans qu’il soit besoin d’y retoucher. Les polissoirs doivent être longs, un peu larges, et, pour plus de commodité, munis d’une poignée; il faut en avoir le plus grand soin : ils sont renfermés d’ordinaire dans une boîte où on les replace toutes les fois qu’on a terminé. La plaque à polir est frottée vigoureusement dans tous les sens, avec le polissoir, jusqu’à ce qu’elle prenne l’aspect d’une glace bien nette; on donne un dernier coup perpendiculairement au sens de l’épreuve, et la plaque est prête.

S’il s’agit d’une plaque ayant servi, on doit la polir avec le plus grand soin, pour que l’ancienne image ne vienne pas à reparaître en même temps que la nouvelle; si la plaque a été passée au chlorure d’or, on recommande d’employer d’abord, au lieu d’alcool, l’huile de pétrole acidulée d’un peu d’acide azotique, ou l’essence de lavande; nous avons employé avec succès, pour cette opération, le produit vendu sous le nom de benzine. Dans tous les cas, il faut un polissage très-long et trèssoigné.

§ 218. Formation delà couche sensible. — Pour cette préparation il faut deux boîtes à cuvettes. Dans l’une on met une couche d’iode dont on régularise l’évaporation en la recouvrant d’une feuille de papier à filtre qu’on laisse à demeure. Dans l’autre cuvette on mette bromure ou le cblorobromure de chaux, qui sont les substances accélératrices généralement employées. Les meilleures cuvettes sont en porcelaine, fermées par des glaces dépolies et rodées; celles en faïence sont d’un moins bon usage :

les boîtes jumelles à châssis mobiles sont les plus com-' modes de toutes.

La plaque polie est déposée sur la boîte à iode et la cuvette est découverte doucement; aussitôt on note le temps, soit en observant une montre à secondes ou un pendule, soit en comptant mentalement en mesure. La plaque se colore peu â peu; on l’examine de temps à autre, en la présentant â contre-jour devant une feuille de papier blanc.

L’argent exposé à l’iode prendrait successivement les colorations jaune clair, jaune foncé, rougeâtre, rouge cuivre, violet, bleu, vert. Pour le portrait, on s’arrête quand la coloration passe du jaune au rouge; on reporte alors la plaque sur le brome, et l’on suit de nouveau la coloration, jusqu’à ce qu’elle devienne rouge très-légèrement violacé; on termine sur l’iode, en laissant la plaque le tiers du temps qu’on a employé â la première exposition : dès lors la couche sensible est complète.

Une plaque colorée en jaune clair sur l’iode, en jaune plus foncé sur le bromure de chaux et reporté^peu de temps sur l’iode, présente une sensibilité plus^rande, avec plus de rapidité, mais comme la couche est moins épaisse, elle donne moins de vigueur. (Cette préparation, qui n’est pas la plus convenable pour le portrait, est excellente pour les vues.) La plaque préparée est mise dans le châssis, avec toutes les précautions nécessaires pour qu’elle ne voie pas le jour.

§ 219. Exposition. — La couche sensible peut être conservée plusieurs heures avant l’exposition et plusieurs heures après, sans inconvénient. Nous avons mis quelquefois un intervalle de huit heures entre la préparation de la plaque et la venue de l’image, et nous avons obtenu

néanmoins de bons résultats : il vaut mieux cependant, quand on le peut, faire les opérations successivement, ou du moins à un court intervalle (i).

Le temps de pose pour la plaque est généralement assez court; il dépend de la saison, de l’heure delà journée, de l’état du ciel, de l’exposition du modèle, soit a l’intérieur, soit à l’extérieur. Il est impossible de fixer la durée exacte, car nous avons pris en plein soleil, pendant l’été, des vues parfaitement nettes en moins d’une seconde, et avec des foyers très-courts on peut obtenir une rapidité plus grande encore; tandis qu’il nous est arrivé souvent de poser plusieurs minutes à l’intérieur sans obtenir une image passable. Quelques essais en apprendront beaucoup plus que tout ce qu’on pourrait expliquer.

On se rendra rapidement compte du temps d’exposition nécessaire pour une lumière donnée, en levant graduellement le châssis en quatre fois à des intervalles égaux; on met la plaque dans la chambre à mercure, et l’on examine a quelle durée correspond la meilleure partie de l’image.

§ 220. Développement de limage. — Après l’exposi-p tion, on rapporte l’image dans le laboratoire et on la soumet à la vapeur mercurielle : il est bon d’entretenir le mercure â une température de 6o â 70 degrés, pendant tout le temps des opérations (2) ; seulement on a le soin

(i) On a remarqué que les plaques étaient plus sensibles en ne les employant que quinze à vingt minutes après leur préparation; cela est du reste conforme à la théorie. L’iode et le brome en léger excès sur la plaque nuisent à la rapidité; sans doute après quelque temps il ne reste plus que l’iode et le brome en combinaison, qui ont alors leur m.aximum de sensibilité.

('2) Les boîtes à mercure doivent être munies d’un thermomètre à mercure ^ et non d’un thermomètre à alcool.

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de laisser la boîte ouverte tant qu’il n’y a pas de plaque exposée. On peut, si l’on veut, ne chauffer qu’à 5o degrés : nous ne croyons pourtant pas qu’une température plus élevée puisse nuire à l’épreuve, elle la fait seulement sortir plus vite ; on laisse réagir la vapeur de mercure pendant une minute ou deux, puis on suit avec une bougie le développement de l’image. Dans le laboratoire convenablement éclairé par la lumière jaune, on peut examiner l’effet du mercure dès le commencement. Si la plaque n’est pas assez mercurée, les blancs restent bleus; si, au contraire, elle est trop mercurée, les parties les plus blanches commencent à s’effacer, et les parties noires se cendrent et se voilent : il faut suivre cette action avec attention, et, aussitôt que les blancs sont bien dégagés, retirer la plaque. Plus la couclie sur l’iode et le brome est foncée, plus il faut de temps pour faire sortir au mercure; lorsqu’au contraire on s’est arrêté aux premières teintes, cette action se fait rapidement et les noirs se cendrent très-vite. C’est en voyant l’image se dévelppper, qu’on peut apprécier si le temps d’exposition!^ été?' convenable : s’il a été trop court, l’image est noire r#il a été trop long, elle est blafarde et les contours s’effacent, l’épreuve est alors dite solarisée,

§ 221. Fixage et avivage, — Au sortir du nin^re la plaque peut déjà supporter la lumière ; il est nSmnoins convenable de la plonger rapidement dans une cuvette contenant une dissolution filtrée et bien propre d’iiyposulfite de soude, formée de oio grammes environ dje ce sel pour loo grammes d’eau ; on agite la plaque pédant quelques secondes dans cette dissolution, puis ja reporte dans une autre cuvette contenant de l’eau filtrée, où on la lave en l’agitant.

Nous recommandons l’emploi de liqueurs bien filtrées, et un grand soin pour éviter les particules de poussière qui produisent des taches sur l’épreuve lorsqu’on l’avive et la fixe au chlorure d’or.

La plaque bien lavée est portée sur le pied à chlorurer et mise de niveau au moyen des vis à caler ; on verse dessus une couche d’une solution d’iiyposulfite double d’or et de soude (sel de Fordos etGélis). On peut également préparer cette solution en dissolvant i gramme d’or dans 5oo grammes d’eau, 4 grammes d’hyposulfite de soude dans 5oo grammes d’eau, et en versant la solution d’or dans la solution d’hyposulfite de soude. La plaque étant couverte de liquide, on chauffe en dessous avec une forte lampe à alcool, de manière à produire rapidement des bulles sur toute la surface delaplaque. On voit alors le dessin se modifier, s’aviver ; on continue quelques instants, on arrête en jetant d’un coup la plaque dans une cuvette d’eau claire. Durant toute l’opération, il doit toujours y avoir un excès de liquide sur la plaque ; si le liquide manquait en un seul point, ne fût-ce qu’un instan^îL se produirait une tache. Nous insistons, pour obtenir des tons vifs, sur la nécessité d’une flamme trèsgrosse qui chauffe rapidement (i); si l’action était trop

(i) Onpeut faire soi-même une lampe de la manière suivante : On met dans urf^^it flacon à large ouverture un morceau de fer-blanc ou de cuivre MRfce roulé en forme de tube et dépassant le goulot de i centimètre environ. Dans ce tube, on place une mèche de coton filé, et l’on verse doucement de l’alcool pour emplir le flacon; avec cette lampe, on obtient une flamme d’autant plus grosse que la mèche est plus forte. L’opération terminée, on éteint facilement la flamme en couvrant la mèche d’un petit vase dont l’orifice repose sur l’épaulement du plus grand. Les flacon^ doit nous nous servons, même pour la plaque normale, n’ont que 3 'esR-tl mètres de large sur G de haut et 2 centimètres d’ouverture au goulot; ils contiennent assez d’alcool pour passeï' une grande plaque au chlorure d’or et la sécher ensuite.

prolongée, l’épreuve se voilerait et se détacherait par petites écaillés argentées.

L’image étant fixée au chlorure d’or et bien lavée, on saisit avec des pinces la plaque par un de ses coins, on la rince parfaitement en versant dessus de l’eau distillée, et en ayant soin de relever le coin opposé à celui que l’on tient dans les pinces, on chauffe ensuite rapidement du haut vers le bas au moyen de la lampe, en même temps on souffle sur la plaque pour faire glisser la majeure partie de l’eau. Si cette opération était conduite trop lentement, l’eau n’étant pas parfaitement pure, il se produirait des taches qu’il faudrait enlever par un second lavage.

L’épreuve est terminée et désormais indélébile à la lumière ; si le fixage au chlorure d’or a été bien fait, on peut la frotter légèrement avec du coton et même la toucher avec la main, sans l’altérer sensiblement.

§ 222. Épreuves solarisées. — La l’ecette suivante permet de ramener à une teinte convenable les épreuves solarisées ( c’est-à-dire ayant subi l’action de la lumière pendant un temps trop prolongé) ( i) :

On ajoute au chlorure d’or nécessaire pour le fixage une certaine quantité de sel commun ( chlorure de so dium), soit environ i décigramme pour 20 centimètres cubes. Quand la dissolution du sel est complète, on se sert de cette liqueur pour fixer la plaque ; les parties qui restaient bleues après l’action du mercure et de riiyposulfite reviennent immédiatement au blanc.

§ 223. Nettoyage des vieilles épreuves, — Les vieilles

(i) Voir Derniers perfectionnements du dnguerréotrpe, par Colas, chez Secrétan, opticien.

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épreuves sur plaques sont ravivées par un moyen très-

simple.

On fait dissoudre i décigramme environ de cyanure de potassium dans 6o grammes d’eau distillée, et on verse cette liqueur sur l’épreuve, préalablement lavée à l’alcool; les taches disparaissent rapidement. On rince ensuite la plaque à grande eau, et on la fait sécher comme à l’ordinaire.

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