CHAPITRE V
TRAITEMENT DES RESIDUS.
Les divers procédés de photographie que nous avons décrits reposent principalement sur l’emploi des sels d’argent, dont on fait une assez grande consommation, et dans certains cas sur l’emploi des solutions d’or; le prix élevé de ces métaux et la faible quantité qui reste sur les épreuves terminées relativement à la quantité employée pour la préparation, la facilité avec laquelle on peut les retrouver, devraient déterminer tous les photographes à conserver leurs résidus, d’autant plus que s’ils ne veulent pas faire eux-mêmes les opérations nécessaires pour en
extraire ies métaux précieux, iis peuvent au moins les faire traiter dans les maisons spéciales; ils éviteraient ainsi une perte considérable, car nous avons prouvé, par l’analyse, (\[X elle s élève à pour loo de l’argent employé. On peut précipiter ces métaux précieux, soit par le zinc, soit par un chlorure soluble quelconque par une solution de foie de soufre (polysulfure de potassium) ; ce dernier procédé, qui ne donne pas l’or, n’est pas possible dans tous les cas, mais seulement pour les liquides ne contenant ni cyanure de potassium, ni byposulfite de soude : or ce sont précisément les plus riches. Quel que soit le mode de précipitation employé pour recueillir les métaux précieux des liquides photographiques, on peut se servir d’un vase à siphon intermittent, qui a l’avantage de fonctionner seul et dont il faut seulement, dans certains cas, surveiller la marche, ou de deux vases superposés déversant l’un dans l’autre pour que la précipitation puisse se faire d’une manière complète.
La marche du seau a siphon intermittent [fig. /|3) est
(Fig. 43.)
Irès-simple : lorsque le liquide est arrivé dans le vase V au niveau n' n' , le siphon S s’amorce seul et vide dans la cuvette C, qui le déverse au dehors, le liquide intérieur jusqu’a ce qu’il soit descendu au niveau O. A ce point, le
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siphon s’arrête et ne recommence que lorsque le liquide est remonté en pendant le temps nécessaire pour que le seau se remplisse ainsi, les précipités ont le temps de se déposer, et si on a soin qu’il y ait toujours dans l’appareil un excès du corps précipitant, si on en surveille un peu la marche pour l’empêcher de se vider immédiatement lorsqu’il reçoit d’un eoup une masse assez considérable de liquide, on retrouve dans le fond un dépôt d’argent proportionné au travail que l’on a fait.
§ 212. I® Traitement par le zinc. — Ce procédé, communiqué dernièrement par M. Peligot, est d’une grande simplicité dans l’application; il suffit de recueillir tous les liquides argentifères, quels qu’ils soient, dans un même vase, et de les y laisser séjourner au moins vingt-quatre heures en contact avec des lames de zinc: l’or et l’argent passent à l’état insoluble et tombent peu à peu au fond du vase, et l’on n’a qu’à décanter le liquide clair que l’on remplace successivement par les autres solutions argentifères. Encore bien que théoriquement il semble que l’argent doive se préeipiterà l’état métallique, il se précipite en réalité pour la majeure partie à l’état de sulfure, par suite de la décomposition de rhyposulfite de soude. On est même prévenu que la réaction est complète par l’odeur assez forte d’acide sulfl^drique^ue répand le liquide; on doit donc, à cause des émanations du gaz acide sulfhydrique, éviter de faire ce tracement dans l’intérieur du laboratoire.
On recueille le précipité lorsqu’on veut en faire le traitement, et, après l’avoir laissé séeher, on le mélange avec son poids d’azotate de potasse; ce fondant sert en même temps à réduire les sulfures, à oxyder les parcelles de zine métallique qui pourraient se trouver mélangéesauxpréci-
34o DEUXIÈME PARTIE.
pités, et a former le bain de fusion nécessaire pour réunir tous les globules métalliques en un seul culot. On pro» jette le mélange dans un creuset porté au rouge vif ; lorsque tout est fondu, on maintient le feu pendant au moins un quart d’heure, on laisse refroidir et on casse le creuset pour extraire le culot. La fonte faite soit avec du borax, soit avec du carbonate de soude, ne donnerait pas un aussi bon résultat qu’avec le salpêtre (azotate de potasse), parce que le culot d’argent pourrait rester mélangé de sulfure.
L’inconvénient de ce procédé, surtout en hiver, est uni' précipitation un peu lente s’il s’agit d’un travail courant. Avant de décanter les liquides, il sera bon de s’assurer qu’ils ne contiennent plus d’argent; il faut pour cela en prendre une portion dans une petite capsule et l’essayer soit en faisant bouillir au contact d’une lamé de zinc, l’argent alors se précipitera en poudre noire, soit en ajoutant une goutte de sulfhydrate d’ammoniaque ou de sulfure de potassium qui donnera un précipité noir. On ne peut toutefois employer ce dernier moyen si les liquides contiennent des solutions de fer (sulfate de fer) ou autres métaux que l’or et l’argent. L’odeur sulfhydrique serait du reste un renseignement suffisant : elle ne se produit pas tant qu’il y a de l’argent en solution.
§ 213. 2P Traitement par les sulfures, — Le sulfure d’argent est insoluble, aussi bien dans les hyposulfites et dans les cyanures que dans toutes les autres dissolutions employées en photographie; il suffit donc d’amener à l’état de sulfure l’argent contenu dans ces dissolutions pour pouvoir le recueillir facilement et le réduire ensuite en argent métallique.
On verse pêle-mêle dans l’appareil tous les résidus
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argentifères de (jiielqne nature qu’ils soient : hyposulfite , cyanure, azotate, eau de lavage, tout liquide ou solide pulvérulent contenant ou pouvant contenir quelques traces d’argent, sans s’inquiéter s’il se fait ou non des précipités, si les liquides sont clairs ou troubles; il faudrait presque que toute l’eau qui sort du laboratoire passât d’abord par l’appareil à résidus.
Lorsque le vase est presque plein , on y verse peu à peu, en agitant, de petites quantités d’une dissolution de foie de soufre (polysulfure de potassium); cette dissolution est faite dans les pro|)ortions de i kilogramme pour 3 kilogrammes d’eau : il est préférable de l’employer filtrée ou reposée.
Il se forme immédiatement un précipité de sulfure d’argent. On juge l’opération terminée quand le liquide sent franchement rôdeur sulfbydrique (odeur des œufs pourris) ; aussi est-il nécessaire que l’appareil à résidus soit hors du laboratoire, l’bydrogène sulfuré ayant une influence fâcheuse sur les épreuves négatives et positives. On abandonne au repos une demi -heure ou plus; tout le sulfure tombe au fond. On peut facilement s’assurer alors si la précipitation a été complète en ajoutant encore quelques gouttes du polysulfure; s’il se fait un nouveau précipité noir, on verse un léger excès de sulfure, on laisse reposer, on rejette le liquide clair qui ne contient plus d’argent. (On peut, avant de jeter ce liquide, le désinfecter par une solution de sulfate de fer ou de sulfate de zinc.)
On continue d’opérer ainsi, sans s’inquiéter du précipité formé, jusqu’à ce qu’il y en ait une couche assez épaisse; on le ramasse alors avec une cuiller de fer ou tout autre instrument approprié, et on le jette sur un filtre en toile tendue sur un cadre en bois, ou sur un
large entonnoir de verre, on le laisse égoutter et sécher : on amasse a cet état les résidus argentifères jusqu’au moment où on veut en extraire l’argent métallique.
Le précipité est formé en grande partie de sulfure d’argent et autres sulfures métalliques, si on a employé d’autres métaux, mélangés à un excès de soufre et à une certaine quantité d’eau. On peut l’introduire seul dans un creuset placé au milieu d’un fourneau de fondeur et chauffé seulement au rouge sombre; il est inutile que le charbon dépasse la hauteur du creuset. A cette température le soufre en excès se volatilise et brûle à la surface. On laisse l’opération se continuer tant que l’on voit le soufre brûler; la matière diminue beaucoup de volume, de sorte qu’on en ajoute peu à peu de nouvelle: il ne faudrait pas cependant que la quantité qui reste après la combustion du soufre dépassât la moitié environ de la capacité du creuset. Lorsque le soufre est complètement brûlé, on ajoute de la potasse d’Amérique, un tiers environ de la quantité de sulfure employé, et un peu de borax pour faciliter la fusion; on plonge dans la masse, en les faisant pénétrer jusqu’au fond, quelques morceaux de fer, par exemple de grands clous : on doit toujours avoir soin de mettre un grand excès de fer; il faut que les morceaux de métal ne dépassent pas le bord du creuset, afin que l’on puisse placer le couvercle . Le creuset étant fermé, on aj oute du charbon de manière à l’en couvrir, et on fait marcher le fourneau pendant une demi-heure en maintenant la température au rouge très-vif; le sulfure d’argent est alors décomposé par le fer, il se fait un sulfure de fer, l’argent est mis en liberté et se rassemble en culot. Au bout d’une demi-heure au plus, on lève le couvercle du creuset, on retire le fer qui n’a pas été attaqué et on laisse refroidir.
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On casse le creuset quand il est froid, et on trouve le culot d’argent.
On obtient encore, niais moins rapidement, un résultat qui est peut-être meilleur, en faisant la réduction du sulfure d’argent par le nitrate de potasse. Pour cela, il faut dessécher le sulfure sous une cheminée qui tire bien, soit dans une marmite de fonte, soit sur une plaque de fonte ou dans un large têt en terre, jusqu’à ce que le soufre commence à brûler; on facilite l’évaporation en agitant la matière, et on élève la température modérément, de manière à atteindre au rouge sombre;
le soufre continue à brûler, et l’on a soin de remuer continuellement et d’écraser la matière avec la cuiller de fer (on doit s’abstenir d’instruments de cuivre si on veut obtenir de^^l’argent pur); la presque totalité du soufre brûle, et la masse noire qui reste après l’opération est du sulfure d’argent sensiblement pur.
Il est très-important que la matière soit eliauffèe assez longtemps pour que tout le soufre en exeès soit eomplétement brûlé; sans quoi on ferait avec le salpêtre un mélange détonant qui pourrait amener de graves accidents. On ne doit pas dépasser la température du rouge sombre pour éviter de fondre le sulfure d’argent, qui serait alors trop difficile à pulvériser. Lorsque tout a été grillé partie par partie, on pulvérise, on fait un mélange intime avec une quantité égale de salpêtre pulvérisé.
Pendant ce temps on porte au rouge un creuset que l’on a placé au milieu d’un fourneau de fondeur. Le creuset étant rouge, on prend le mélange cuillerée par cuillerée avec la cuiller de fer et on le verse dans le creuset, en ayant soin de n’ajouter chaque nouvelle portion qu’alors que la précédente est en pleine fusion, afin d’éviter les boursouflements et les projections. Lorsque le creuset est
plein, on donne un bon coup de feu pendant une demiheure, afin que toute la masse soit bien fluide; les grenailles d'argent se rassemblent ainsi à la partie inférieure et le fondant surnage. On peut ensuite arrêter le feu s’il ne reste plus de sulfure à réduire : s’il en reste, on continue l’opération, et, découvrant le creuset, on retire avec la cuiller une partie du fondant que l’on remplace par une nouvelle quantité de la matière à réduire. Enfin, l’opération étant terminée, on arrête le feu, on laisse refroidir complètement le creuset pour éviter tout accident, et on le brise ensuite pour extraire le culot d’argent.
Ces procédés, dont la description peut paraître un peu compliquée, sont en exécution les plus simples et les plus commodes, en ce sens que l’on obtient ainsi immédiatement l’argent a l’état de métal, et que tous les résidus, quels qu’ils soient, sont traités dans une seule opération. On leur reprochera peut-être de donner une légère odeur sulfureuse ; mais cette odeur est certes plus facilement supportable et moins dangereuse que les vapeurs nitreuses et chlorées des traitements par l’eau régale, ou que les vapeurs d’acide cyanhydrique si délétères de la décomposition des cyanures par des acides, vapeurs qui peuvent amener des accidents d’une extrême gravité. Quant aux frais qu’ils entraînent, ils sont minimes: il n’est besoin que de vases pour faire les précipitations, lesquels peuvent être en terre pour les petites capacités, en bois pour les grandes (et alors un tonneau scié en deux fait parfaitement l’affaire), d’un fourneau de fondeur d’une quinzaine de francs, de quelques creusets, d’une pince en fer et d’un entonnoir qui complètent cette installation. Les frais de réd uction peuvent à peine être comptés.
§ 214. T raitemenl par les chlorures, — On réunit dans
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un grand flacon tous les liquides troubles ou non, ne renfermant ni liyposulfite de soude, ni cyanure de potassium, et on y verse soit de l’acide chlorhydrique, soit une solution de sel marin (chlorure de sodium); il se forme immédiatement un précipité blanc, lourd, caséeux, qui se rassemble et tombe au fond du vase. On continue de mettre dans ce flacon toutes les liqueurs argentifères de la mêiîie classe; quand il en est presque plein, on y ajoute de nouveau de l’acide chlorhydrique ou du sel, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité : tout l’argent est alors à l’état de chlorure insoluble; on laisse éclaircir la liqueur parle repos, on décante doucement toute la partie claire qu’on rejette, attendu qu’elle ne contient plus d’argent. On verse de nouveau les résidus dans ce flacon, qui doit toujours contenir un excès d’acide chlorhydrique ou de sel, et, quand le dépôt de chlorure est jugé assez considérable, on le lave sur le filtre ou par décantation, et on le réduit à l’état d’argent métallique par l’un des procédés suivants.
I® Par le zinc et V acide sulfurique [procédé Arfwedson) .
On verse sur le chlorure humide le double au moins de son volume d’eau contenant environ d’acide sulfurique; on plonge dans le tout un morceau d’une feuille épaisse de zinc et l’on abandonne vingt-quatre heures : le chlorure d’argent est réduit, il se forme du chlorure et du sulfate de zinc, et de l’argent métallique qui reste sous forme de poudre. C’est de X argent pur, qu’on lave, recueille sur un filtre, et conserve, sec ou humide, pour en faire de l’azotate d’argent (Vocabulaire). Ce procédé, ainsi que le suivant, ne peut être facilement employé que pour de petites quantités.
Qp Parla potasse et le sucre [procédé Levol).
On met le chlorure irargent à réduire dans un ballon
OU une capsule, on y ajoute le double environ de son volume d’une dissolution étendue de potasse caustique ( I partie de potasse pour 9 d’eau) dans laquelle on a dissous un peu de sucre; on fait bouillir doucement. La réaction est terminée lorsque la poudre noirâtre, qui résulte de ce traitement, lavée à plusieurs eaux, est entièrement soluble dans l’acide azotique, ce que l’on reconnaît en essayant sur une petite quantité préalablement lavée avec grand soin. On recueille cette poudre ^argent pur, pour la traiter au besoin. ( Fo?>, au Vocabulaire,
*tate d'argent. )
3*^ Par fusion avec le carbonate de chaux.
On obtient l’argent métallique sous forme de bouton ou culot solide, en mélangeant intimement ;
Chlorure d’argent sec loo parties.
Carbonate de chaux (i) 70 »
Charbon 4 ”
On met ce mélange dans un creuset de terre que l’on chauffe au rouge très-vif pendant une demi-heure au moins. On laisse refroidir complètement, et, en brisant le creuset, on trouve un bouton d’argent pur.
§ 215. Les rognures et tous les papiers ayant servi et contenant des traces d’argent doivent être conservés dans un même lieu. Quand la masse en est assez considérable, on les brûle dans un fourneau préalablement bien nettoyé, on recueille toutes les cendres, on les mélange avec un [)oids égal de carbonate de soude sec, et on fait fondre le
(i) Quohiues personnes remi)laeenl le carbonate de cliaux (craie, blanc d’Espagne, blanc de Meudon, blanc de Troie, etc.) par la potasse causti(|ue.
tout clans un creuset dont on élève la tenipéralure au rouge très-vif. Après refroidissement, on trouve dans le fond du creuset un culot d’argent, dont le poids peut égaler un tiers de celui des cendres.
§ 216. îl suffit de refondre les divers culots d’argent ainsi obtenu dans un creuset propre, et après fusion de saisir le creuset avec une pince, et de faire tomber lentement et de haut le métal lic|uide dans une terrine pleine d’eau pour obtenir de l’argent grenaillé tout prêt à servir a la préparation de l’azotate d’argent (Vocabulaire).
Nota. Si on a employé des sels d’or dans les opérations, la majeure partie du métal se retrouve alliée à l’argent, à moins que celui-ci n’ait été précipité à l’état de chlorure, et lorsqu’on attaque cet alliage par l’acide azotique pur, l’argent se dissout, tandis que l’or reste au fond de la capsule sous forme de poudre noire que retient le filtre.