EMPLOI SELS DE FER
§ 232. M. Poitevin a indiqué un procédé basé sur une autre réaction qui n’est pas sans analogie avec celle décrite page 364. Certaines substances, qui restent parfaitement sèches dans l’obscurité, peuvent, sous l’influence de la lumière, être chimiquement modifiées et devenir hygroscopiques et en quelque sorte poisseuses, et par conséquent retenir les poudres que l’on promène à leur surface.
La préparation employée par l’auteur consiste en un mélange de perchlorure de fer et d’acide tartrique que l’on fait de la manière suivante : Dans 3o centimètres cubes d’eau on dissout 10 grammes de perchlorure de fer
du commerce ; dans 3o autres grammes d’eau on dissout 5 grammes d’acide tartrique : les deux liquides étant filtrés sont mélangés, et le mélange est conservé à l’abri de la lumière.
On étend cette solution sur du verre dépoli trës-fm que l’on nomme douci dsiXis le commerce. La surface, bien nettoyée à la potasse si elle était grasse, puis à l’eau acidulée, est ensuite lavée à l’eau ordinaire et essuyée avec un linge ; après avoir enlevé les dernières poussières, on y étend le liquide précité, on en fait écouler l’excédant, et on applique une bande de papier sans colle en haut et en bas de la glace pour égaliser la couche; on laisse sécher pendant douze heures au moins : la préparation est d’autant meilleure qu’elle est séchée pendant plus longtemps.
L*impression a lieu par contact à travers un négatif bien verni au copal; l’exposition peut durer cinq minutes au soleil, elle varie suivant le cliché et suivant la lumière.
Au sortir du châssis on voit peu le dessin, mais à mesure que la glace prend la température ambiante, le dessin devient plus visible, parce que l’humidité de l’air se porte sur les parties insolées. Alors, avec un blaireau très-doux , on applique la poudre de charbon , ou toute autre poudre, et on voit l’épreuve monter de ton à chaque passage de la poudre. Lorsque l’épreuve est arrivée à la vigueur voulue , on peut ou la laisser sur verre ou la transporter sur papier, en la recouvrant de collodion non ioduré, lavant à l’eau ordinaire, puis à l’eau acidulée pour détacher la couche, que l’on transporte d’abord sur un papier ordinaire, puis en second lieu sur un papier albuminé ou gélatiné. On peut, avec le même procédé, obtenir des émaux colorés de telle couleur qu’on le désire, en remplaçant la poudre de charbon par des poudres vitri-
fiables, que l’on passe ensuite au moufle a une température suffisante pour en opérer la fusion.
§ 233. Il a été également donné quelques procédés pour obtenir des épreuves au gallate de fer : jusqu’ici les épreuves que nous avons vues étaient toujours bien inférieures comme éclat à celles obtenues par les sels d’argent, et ne rachetaient pas ce défaut comme les épreuves au charbon par leur inaltérabilité ; car on sait que si l’encre d’impression résiste à l’action du temps, il n’en est pas de même de l’encre ordinaire, qui pourtant présente déjà une certaine stabilité.
M. Poitevin a présenté le procédé suivant pour obtenir ce genre d’épreuves :
Dans une solution de lo grammes de perchlorure de fer dans loo grammes d’eau, on ajoute 3 grammes d’acide tartrique. Le papier appliqué sur ce mélange est abandonné à sécher dans l’obscurité; ce papier sec est d’un jaune foncé que la lumière décolore rapidement, en faisant passer le perchlorure à l’état de protochlorure : il suffit d’une exposition de dix à douze minutes au soleil, sous un positif sur verre, pour avoir la réaction convenable. Sous les blancs du positif, le lumière a agi, le percblorure de fer est changé en protocblorure ; on lave alors rapidement le papierà l’eau ordinaire (calcaire) ou mieux chargée de craie en suspension; la majeure partie du protocblorure s’en va en dissolution , le perchlorure se transforme en peroxyde; on remplace l’eau par une solution d’acide gallique et de tannin , et peu à peu l’image apparaît en noir d’encre; onlavebien à l’eau et le fixage est complet.
En employant, au lieu d’acide gallique, une solution de cyanoferride de potassium (prussiate rouge de potasse), on a des épreuves bleu de Prusse dans les endroits qui ont
PROCÉDKS PHOTOGRAPHIQUES. 369
reçu l’action de la lumière. Ces impressions peuvent également se faire sur laine et sur soie ( i ) .
KMPLOI DE l’azotate d’uRANE.
§ 234. Cette méthode est due à M. Niepce de Saint- Victor, et voici l’exposé sommaire d’un procédé décrit par l’auteur. Le papier que l’on emploie ne doit avoir subi aucune préparation antérieure, il faut le soustraire pendant plusieurs jours a l’action de la lumière, et ne le toucher qu’avec de grandes précautions.
On pose la feuille sur un bain d’azotate d’urane, com-
posé de :
Eiu distillée loo^*’
Azotate d’urane .... 20
Onia laisse pendant quelques minutes à la surface de ce bain ; on la prend, on la met à sécher dans l’obscurité. Le papier peut se conserver ainsi très-longtemps.
Pour tirer une épreuve, on expose la feuille sous un négatif d’une a dix minutes au soleil, un quart d’heure à une heure à l’ombre. Il se fait une apparence d’image qu’il est nécessaire de développer au moyen d’un des bains suivants ;
1° Bain de nitrate d’argent.
Eau loos*"
Azotate d’argent cristallisé .... 6
Acide acétique traces.
Lorsqu’on plonge la feuille dans ce bain, l’image appa-
(i) Il y a encore de nombreux procédés pour obtenir des épreuves par les sels de fer et autres, nous ne pouvons les indiquer tous et nous renvoyons nos lecteurs aux revues spéciales de photographie, dans lesquelles ils ont été publiés.
raît immédiatement, elle est terminée en trente a quarante secondes. Aussitôt qu’elle est au point .voulu, il suffit de la laver à plusieurs eaux successives pour la fixer complètement.
2° Bain de chlorure d'or acide.
Eau distillée loo^''
Chlorure d’or ordinaire 2
Acide chlorhydrique 2 à 3 gouttes.
L’épreuve plongée dans ce bain au sortir du châssis positif apparaît plus rapidement encore que dans le bain d’azotate d’argent n° i . On la lave â plusieurs eaux, on la laisse sécher; elle est suffisamment fixée : elle prend une vigueur beaucoup plus grande si on la sèche au feu. Ce bain de chlorure d’or acidulé sera surtout employé pour faire virer les épreuves qui auront été préalablement développées dans la solution de nitrate d’argent n° r .
On peut également employer un bain de bichlorure de mercure auquel on fait succéder un bain d’azotate d’argent, mais il faut dans ce cas tripler le temps d’exposition â la lumière. Lorsque la durée est jugée convenable, on retire l’épreuve du châssis, et on la plonge dans une solution de bichlorure de mercure, saturée â la température de lo degrés. On laisse dans cette solution jusqu’à décoloration du papier; on lave avec soin et on met l’épreuve dans le bain de nitrate d’argent indiqué n® i; elle se développe plus lentement; on l’arrête au point voulu et on la lave à plusieurs eaux pour la fixer.
On peut encore employer une solution de nitrate d’urane à 10 pour 100, laisser le papier d’une à deux minutes sur ce bain ; après dessiccation, exposer à la lumière sous un négatif, passer l’épreuve dans une solution
contenant i gramme de bichlorure de mercure pour looo grammes d’eau, la laver avec grand soin à l’eau distillée et l’immerger ensuite dans une solution de nitrate d’argent à a ou 3 grammes pour loo grammes d’eau. Lorsque l’épreuve est suffisamment développée, on la lave à plusieurs eaux et on laisse sécher.
M. Niepce a indiqué également divers procédés pour obtenir des épreuves monochromes, mais de couleurs différentes.
En préparant le papier sur une solution de nitrate d’urane à 20 pour 100 d’eau,- puis après l’exposition, lavant l’épreuve à l’eau, et la passant dans une solution de prussiate rouge de potasse à 2 pour 100 d’eau, on obtient une belle couleur rouge, imitant la sanguine.
Cette épreuve rouge peut être transformée en une épreuve verte en la plongeant pendant une minute dans une dissolution d’azotate de cobalt, et faisant sécher au feu sans lavage; on fixe par une solution de sulfate de fer additionné d’acide sulfurique, puis on lave à l’eau et sèche au feu.
Si, au sortir du châssis, on lave â l’eau chaude la feuille préparée â l’azotate d’urane, comme il est dit ci-dessus, et qu’on la plonge dans une solution de chlorure d’or à i pour 100 d’eau, elle prend une belle couleur violette. On lave et laisse sécher.
Les épreuves bleues se font en préparant le papier sur une solution de cyanoferride de potassium (prussiate rouge de potasse) â 20 pour 100 d’eau; après exposition au châssis sous un négatif, on passe l’épreuve dans une solution de bichlorure de mercure saturée â froid, on lave I dans l’eau, puis on verse sur l’image une solution d’eau I â 60 degrés saturée h froid d’acide oxalique. On lave a trois i eaux et on laisse sécher.