NOTIONS PRÉLIMINAIRES
§ 62. La photographie comprend l’ensemble des opérations qui oqt pour but d’obtenir sous l’action de la lumière une image permanente; ces opérations reposent sur des principes communs que nous allons exposer avant de décrire ceux qui sont particuliers aux différents genres de photographie.
Quel que soit le procédé suivi, il faut obtenir une surface impressionnable par la lumière; jusqu’ici la surface sensible la plus généralement employée est une combinaison chimique de l’argent avec d’autres corps (les principaux sont l’iode, le brome, le chlore, etc.), souvent mélangés a un excès de nitrate d’argent.
§ 63. Nous pouvons distinguer deux espèces de préparations sensibles, la première donne immédiatement, par l’action seule de la lumière, une image apparente sans qu’il soit nécessaire de la développer par des réactifs : telle est par exemple la couche de chlorure d’argent imprégnée de nitrate d’argent et séchée. Cette préparation est surtout employée pour faire les épreuves dites posi-
tives, où les clairs et les ombres sont semblables an modèle; la réaction est relativement assez lente; ce mode ne peut s’employer pour la reproduction à la chambre noire. La seconde espèce de préparation est celle qui, exposée a la lumière, ne donne qu’une faible image, et qui même le plus souvent n’en produit aucune; le dessin s’achève ou se révèle sous l’action ultérieure de réactifs appropriés. Pour cette seconde préparation on se sert le plus généralement d’iodure d’argent, auquel on ajoute quelque autre sel d’argent, tel que le nitrate, destiné a en exalter la sensibilité au plus haut degré. Ces préparations sont tellement sensibles, qu’elles sont impressionnées dans un temps très-court par les plus faibles rayons lumineux ordinaires ; elles sont pour cela surtout propres à reproduire les images de la chambre noire. Elles donnent le plus souvent des épreuves dites négatives, dans lesquelles les effets d’ombre et de lumière sont renversés .
§ 64. D’après ce qui précède, on comprend que la couche sensible, pour positifs ou négatifs, doit toujours être préparée a l’abri de la lumière, ou, du moins, a l’abri des rayons lumineux qui peuvent exercer sur elle une action vive.
Il est à noter que parmi les divers rayons lumineux, il en est qui sont plus ou moins actifs : ainsi la lumière blanche, les rayons violets, bleus, sont très-énergiques, tandis que les rayons rouges, jaunes, orangés et verts ont beaucoup moins d’action.
§ 65. Lorsque la surface sensible est préparée, on met dans un cadre disposé a cet effet (châssis) la plaque, le papier ou le verre qu’elle recouvre, puis on expose aux rayons lumineux dont Faction commence aussitôt, et
qui agissent en raison de leur énergie. Les Lianes, les noirs et les demi-teintes sont naturellement le résulta! de cette action, la surface étant impressionnée avec une rapidité d’autant plus grande, toutes circonstances égales d’ailleurs, que la lumière est plus intense.
L’exposition a lieu h la chambre noire ou dans le châssis à reproduction, suivant le but que l’on veut atteindre.
§ 66. Le temps pendant lequel on peut prolonger l’exposition varie beaucoup, suivant la nature des préparations : il est très-court pour les préparations humides, plus long, jusqu’ici du moins, pour les préparations sèches. D’ailleurs ce temps varie continuellement avec la lumière; des essais nombreux, une grande habitude peuvent seuls guider l’opérateur. Nous ferons remarquer en outre qu’il faut toujours tenir compte de la couleur des objets, de leur éloignement et de l’intensité de la lumière qui les frappe.
§ 67; Les empreintes obtenues à la chambre noire ne sont ordinairement pas visibles au moment où l’on retire l’épreuve, il faut les faire apparaître ; les agents révélateurs qui développent les images photographiques et daguerriennes sont nombreux : ce sont, pour les premières, les acides gallique, pyrogallique, le sulfate de protoxyde de fer, etc., en présence de l’azotate d’argent; pour les épreuves sur plaques on emploie le mercure. Cette opération du développement se fait nécessairement dans le laboratoire, a l’abri de la lumière blanche f on doit en suivre avec soin les phases, pour l’arrêter aussitôt qu’il est au point nécessaire, ce que l’on apprend par expérience.
§ 68. La surface impressionnée, développée à point, continuerait â s’altérer si on l’exposait de nouveau â
Faction de la lumière, attendu que la partie sensible qui n’a pas été attaquée dans la chambre noire le serait au jour libre, presque tous les sels d’argent noircissant sous l’influence des rayons lumineux ; il est donc nécessaire d’enlever à la préparation toute sensibilité. Ce résultat est atteint de deux manières : ou bien on rend l’apprêt photogénique insensible, ou bien on élimine tout ce qui n’a pas été impressionné par la lumière. Jusqu'ici nous préférons cette seconde manière. Dans ce but on emploie un agent capable de dissoudre ce qui n’a pas été attaqué par la lumière sans altérer les corps qui forment l’image : l’hyposulfite de soude est le dissolvant généralement employé. On peut se servir également des sulfocyan lires alcalins, ainsi que du cyanure de potassium ; toutefois on doit se rappeler que ce dernier est un poison violent, même en très-minime quantité. Cette opération s’appelle le fixage de l'épreuve ; on peut réunir, sous le nom de fixateurs , les diverses substances dont on se sert pour obtenir ce résultat.
Les images fixées sont lavées et séchées; si elles ont été faites avec les soins convenables, on doit pouvoir les conserver i n d é fi n i m en t .
§ 69. Ces points établis, nous allons voir qu’il est possible, par des expériences bien simples, de se rendre compte de ce qui se passe dans la production d’une épreuve avec les deux espèces de préparations sensibles.
i° Si nous mettons dans un verre à expériences quelques gouttes d’azotate d'argent, puis quelques gouttes d’eau salée, il se forme un précipité blanc de chlorure d’argent : c'est une préparation sensible. Ce précipité, exposé quelques instants a la lumière, passe rapidement du blanc au violet et même au noir; cette modification du chlorure d’argent
correspond à la formation de l’image. Si nous versons une solution d’hyposulfite de soude sur le précipité, nous le voyons disparaître en grande partie par l’agitation, seulement il reste encore des particules noirâtres qui sont précisément celles qui ont été impressionnées par la lumière; celles qui n’ont pas été impressionnées ont été enlevées par l’hyposulfite qui les a dissoutes.
20 Si, nous tenant à l’abri de la lumière, nous versons dans deux verres un peu de la dissolution d’azotate d’argent, puis quelques gouttes d’une dissolution d’iodure de potassium, en ayant soin qu’il reste un excès du sel d’argent, nous produisons un précipité jaune d’iodure d’argent; si, laissant un verre dans l’obscurité, nous portons l’autre au jour pendant quelques secondes, pour le rapporter ensuite dans le local obscur, nous constatons qu’aucun changement appréciable â l’œil ne s’est manifesté : mais si, cela fait, nous versons dans chacun des verres quelques gouttes d’une solution d’acide gallique, le contenu du verre qui a vu le jour noircit rapidement, tandis que celui de l’autre verre reste jaune; la lumière a agi sur Vio dure d’ argent, l’acide gallique, additionné de nitrate, a noirci cet iodure, enfin nous terminerons le fixage avec quelques gouttes d’hyposulfite de soude.
Ces expériences représentent l’ensemble des phénomènes qui se passent dans la photographie. Les préparations négatives sur papier et sur glace sont toutes fondées sur ces modifications que la lumière fait subir à certains sels d’argent, modifications telles, que le mélange des corps réducteurs et d’azotate d’argent teint en noir plus ou moins foncé les parties exposées plus ou moins à l’action de la lumière.
Les images sur plaque sont dues aux mêmes causes que celles sur papier, savoir, l’action manifeste de la Ie '*• 7
lumière sur l’iodure d’argent, et la solubilité dans l’hyposulfite de soude ou autre dissolvant des parties de la couche sensible qui n’ont pas été impressionnées; la manière de faire venir l’image est différente au moins en apparence. Dans la photographie, on fait sortir l’image en continuant l’action de la lumière, au moyen d’un dépôt d’argent qu’un agent réducteur sépare du nitrate d’argent; dans les épreuves daguerriennes, on la fait sortir par un dépôt de mercure.