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DU MATÉRIEL ET DE L’ATELIER

Nous ne décrirons pas dans ce chapitre tous les instruments que peut avoir un photographe parfaitement installé, mais seulement ceux qui sont nécessaires pour faire le paysage et le portrait; et nous renverrons aux chapitres spéciaux pour les appareils qui peuvent faciliter les manipulations, ou qui sont applicables seulement a l’une des branches de la photographie.

§ 74. Matériel. — Les personnes qui désirent commencer la photographie sont souvent si embarrassées pour le choix et l’acquisition de leurs appareils, que nous avons cru utile de consacrer quelques pages à l’examen du matériel. On doit, avant l’acquisition, se rendre bien compte de ce que l’on se propose principalement de faire, soit le portrait , le paysage ou les reproductions , afin d’acheter ses appareils dans ce but principal, et de faire modifier quelques accessoires pour les cas secondaires.

Le choix doit se tixer d’abord sur la dimension de la chambre noire, qui règle tous les autres appareils. Un commençant doit prendre une grandeur moyenne : celle qui permet d’obtenir des épreuves de 21 centimètres de large sur 27 de long, correspondant au quart de feuille et répond au format de grand album : la dimension de

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27 x 35 dorme une grandeur préférable pour mettre sous verre ; les dimensions au-dessus causent beaucoup d’embarras et demandent une grande habitude des manipulations.

§ 75. Chambre noire. — La découverte de la chambre noire remonte au xvie siècle; elle est due à G. -B. Porta. Ce physicien observa que dans une chambre fermée où la lumière arrive par une petite ouverture, les objets du dehors se dessinent lorsqu’ils sont fortement éclairés; seulement ces objets sont retournés. La netteté de l’image que l’on obtient en recevant les rayons lumineux sur un écran est d’autant plus grande, que le trou qui les laisse passer est plus petit. Cette netteté s’accroît encore si l’on ajoute une lentille de verre à l’ouverture.

La chambre noire dont on se sert en photographie, quelle que soit sa forme, est l’application de la découverte de Porta : c’est une boîte de bois, de toile ou de cuir, ne laissant pénétrer le jour que par une ouverture à laquelle est adapté un ensemble de verres appelé objectif , destiné à donner une image nette avec le plus d’intensité lumineuse possible. Le côté opposé à l’objectif est fermé par une glace dépolie mobile, sur laquelle les objets viennent se dessiner renversés et que remplacera la plaque ou la glace sensible. La chambre est construite de telle sorte, qu’il est facile de faire varier l’écartement entre l’objectif et la glace dépolie pour saisir le point où l’image est nette dans son ensemble. L’écartement doit changer suivant les objectifs et l’éloignement des objets à reproduire; un pignon à crémaillère permet de saisir facilement la netteté la plus grande; une vis de pression sert à fixer l’écartement nécessaire.

La chambre noire devrait réunir plusieurs conditions

qu’il est bien difficile de concilier : l’immobilité quand elle est en place, même pour des dimensions peu considérables; la légèreté et un volume assez restreint pour le transport; enfin un mécanisme très-simple pour qu’il soit possible de la dresser rapidement. Ces conditions seraient surtout nécessaires pour la photographie en voyage; de nombreux systèmes ont été proposés qui jusqu’ici ne les réunissent que d’une manière imparfaite. L’appareil que nous préférons est la chambre noire dite à soufflet tournant [fi g. 17); elle a été construite d’abord

Fig. 17.

par M. Relandin, sur les indications de l’un de nous, puis modifiée parM. Koch. Elle peut être employée pour les portraits, les paysages et les reproductions. La rapidité avec laquelle elle se monte et se démonte la rend précieuse pour le voyage; on peut, en dévissant un seul écrou e ou e' ( fi g . 17), faire tourner le soufflet et obtenir les vues soit en hauteur, soit en largeur, sans déplacer

Ïl6 DEUXIÈME PARTIE.

la chambre. Enfin, quoique peu volumineuse, elle présente une assez grande stabilité (i).

Parmi les différents systèmes nous mentionnerons aussi un modèle spécial pour V atelier appelé chambre universelle par MM. Gilles, qui en sont les inventeurs. Le mode de construction de cette chambre permet d’obtenir a volonté un tirage très-long pour les reproductions ou très-court pour les cartes de visite; on peut avec les planchettes de rechange y adapter toute espèce d’objectifs,

(i) Description de la chambre à soufflet tournant. — Cette chambre peut se placer indifféremment sur le pied d’atelier [fig. 17) et sur le pied de campagne ( Jîg . 21); repliée, elle est d’un faible volume (jîg. 21).

Elle se compose de quatre parties distinctes : i° la partie BC que nous pourrons appeler porte-objectif; 20 lapartieCD, que l’on appelle la queue, qui est brisée au point E; 3° le soufflet, qui peut être en toile ou en cuir; 4° le cadre A dans lequel se place la glace dépolie ou les châssis.

La partie BC est assemblée solidement et à demeure avec la queue à l’angle C; un trou percé au centre sur la face antérieure permet d’y visser l’objectif O sur une petite planchette que l’on peut changer à volonté. Cette planchette est montée elle-même sur une partie mobile qui permet d’élever ou de descendre l’objectif et par conséquent de déplacer le point central.

La queue est formée de pièces distinctes assemblées avec le plus grand soin : i° la planchette sur laquelle se visse l’écrou qui fixe l’appareil sur son pied : cette planchette glisse d’arrière en avant dans deux coulisseaux, et lorsqu’elle est poussée, elle empêche la charnière de fermeture E de pouvoir se replier; 20 la queue proprement dite brisée au point E et dans laquelle se meut à coulisse une rallonge D. Sur cette rallonge est une pièce à écrou G, qu’on appelle le chariot; c’est sur.ee chariot qu’on fixe au moyen de la vis e ou e' le cadre A : il glisse au moyen d’une crémaillère et s’écarte à volonté pour régler le tirage et la mise au point.

Le soufflet, fixé d’un côté sur les quatre côtés du cadre A, vient s’arrêter de l’autre sur une rondelle mobile placée au centre de la partie B. Cette rondelle est percée à son centre d’une ouverture destinée à laisser passer l’objectif. Cette disposition permet de faire tourner le soufflet et le cadre A sans changer aucune autre des pièces de l’appareil et de prendre ainsi les vues soit en hauteur, soit en largeur, sans autre peine que de dévisser la vis e, lever le cadre A, le tourner sur sa face c\ et au moyen de cette vis e' le fixer de nouveau sur son chariot.

soit un seul, soit deux ou quatre accouplés; au moyen d’un châssis multiplicateur très-simple on obtient à volonté sur une même glace plusieurs séries d’épreuves.

Beaucoup d’autres modèles ont été proposés ou sont employés; mais dans notre pratique nous avons toujours préféré, surtout pour le travail d’atelier, les systèmes dans lesquels, pour la mise au point, l’objectif reste fixe, tandis que la glace dépolie est mobile.

§ 76. La chambre est accompagnée de la glace dépolie et de châssis disposés pour mettre les surfaces préparées. Il faut : i° un châssis pour glaces collodionnées construit de telle sorte, que la glace ne porte que sur les quatre angles ; 20 un second châssis disposé de manière à recevoir indifféremment le papier sec ou le verre préparé à l’albumine ou au collodion sec. Ces châssis doivent être construits de telle façon, que la surface sensible vienne prendre exactement , dans la chambre noire, la même position que la surface dépolie de la glace; ils 11e doivent pas laisser pénétrer la moindre lumière. On s’assure qu’il en est ainsi en jetant sur la chambre un tissu opaque dont on s’enveloppe la tête; regardant par le trou destiné à l’objectif, 011 examine l’intérieur de la chambre, on ouvre et on ferme successivement la planchette ou la porte du châssis. S’il y pénétrait la plus faible lumière, ce serait une cause continuelle d’insuccès.

Pour prendre les vues en campagne, il faut soit une tente pour changer les préparations, ce qui fait un lourd bagage, soit autant de châssis que de négatifs à produire. On peut employer des châssis doubles; ce système est le plus sûr de tous. Les châssis Bristol (système Clément), pour le papier ciré sec appliqué aux glaces par 31. Bayard, sont également légers et commodes.

§ 77. L’ objectif, qui est la pièce principale de l’appareil, est également celle dont le choix présente le plus de difficultés; on devra, pour cette acquisition importante, ne se laisser entraîner à aucune considération d’économie et s’adresser aux meilleures maisons de France, d’Angleterre ou d’Allemagne.

Une même combinaison de lentilles ne peut être employée pour tous les sujets photographiques (i). Car la rapidité de l’impression lumineuse et la netteté des divers plans d’une image sont deux conditions qui semblent s’exclure, de telle sorte que, si l’on recherche avec raison la plus grande netteté pour les reproductions et le paysage, on est obligé d’employer des appareils lents, tandis que pour les portraits et les scènes en mouvement on recherchera plus de rapidité en sacrifiant la netteté des divers plans. D’autre part, la grandeur de la surface que l’on veut couvrir dépend de la distance a laquelle l’objectif forme son foyer. ( Voir au Vocabulaire le mot Objectif; Note de M . Secretan.)

De là les différentes combinaisons de lentilles, les divers objectifs employés en photographie. L’objectif simple ( fig . 18) sert principalement pour faire les paysages, les monuments et les reproductions d’objets inanimés. Il se compose de deux lentilles, Lune biconvexe en crown glass F, l’autre biconcave en jlint-glass F'. Ces deux lentilles sont collées ensemble de manière à n’en former qu’une seule et constituent ainsi ce qu’on nomme un objectif achromatique péris copique.

Cet objectif, emprisonné dans un barillet, est vissé sur un tube en cuivre dont la longueur est calculée d’après le

(i) Notre ami M. Lerebours a bien voulu revoir et compléter ces considérations sur les objectifs.

foyer des lentilles, ce tube de cuivre est fermé à l’autre extrémité par un disque percé au centre d’une ouverture

Fig. iS.

qui laisse arriver les faisceaux lumineux sur l’objectif. Une série de diaphragmes D de plus en plus petits permet de diminuer a volonté cette ouverture et d’obtenir ainsi des pinceaux lumineux plus étroits, la lumière est d’autant moins vive, et l’impression d’autant moins rapide, mais cet inconvénient est- racheté par de grandes qualités. En effet, si l’objectif est bien construit, son foyer se fait sur un même plan, et il produit ainsi des images nettes à la fois au centre et sur les bords. Le diaphragme, en amincissant les pinceaux lumineux, donne ce qu’on peut appeler une grande tolérance de foyer et permet de reproduire des objets ayant des plans très-différents.

En Angleterre et en Allemagne on emploie souvent des lentilles d un plus petit diamètre que ceux adoptés en France.

En général, un objectif simple, muni d’un diaphragme moyen, donne sur la glace dépolie une image dont le côté est égal aux f de la longueur focale de l’objectif; ainsi, pour faire les dimensions 21x27 , il faudrait théoriquement un objectif deom,Zj6 de foyer; toutefois, s il s’agit de faire le paysage, il est important, pour

couvrir une surface donnée, que l’objectif ait le foyer le plus court possible, on obtient ainsi un ensemble plus complet, plus de rapidité, plus de netteté entre les différents plans. On trouve des objectifs simples qui réunissent ces conditions; cette difficulté paraît aussi avoir été résolue en partie par une nouvelle combinaison a laquelle M. Dallmeyer a donné le nom de triplet ou objectif a trois lentilles.

Pour la reproduction des monuments, on peut, au contraire, employer de longs foyers toutes les fois qu’on a un recul suffisant, car on obtient alors plus facilement le parallélisme des lignes.

L’objectif simple, excellent quand il s’agit de reproduire les objets inanimés, ne peut convenir toutes les fois qu’il faut agir avec rapidité, puisqu’il n’admet la lumière que par une ouverture très-étroite. On se trouve alors obligé d’employer l’objectif double ou objectif à portraits.

Ce système se compose de deux-objectifs achromatiques; le premier FF' a sensiblement la forme des objectifs simples, le second CC' est composé d’une lentille biconvexe C en crown-glass et d’une lentille concavo-convexe C' en flint-glass ; ces deux dernières lentilles ne peuvent être coll ées, elles sont séparées par une bague. On place ces deux objectifs aux deux extrémités d’un tube portant en son milieu un diaphragme D' à large ouverture ( fig. 19).

Cet objectif, contrairement à l’objectif simple, peut recevoir des faisceaux lumineux, presque aussi larges que le diamètre de ces lentilles, aussi produit-il des images en une très-courte pose. Mais cet avantage est compensé par de graves inconvénients : d’abord si le diamètre des lentilles dépasse l’écartement moyen des yeux, et si l’on 11’opère pas a une distance suffisamment éloignée du modèle, l'image obtenue est déformée, parce que les bords

extrêmes de la lentille, qui travaillent comme le centre, voient de chaque côté le sujet h reproduire d’une manière différente. En couvrant l’objectif d’un disque noir

Fig. 19.

percé de deux trous aux extrémités d’un de ses diamètres on obtiendra deux épreuves complètes non déformées, mais présentant les différences de perspective de deux images stéréoscopiques; ces deux épreuves extrêmes sont superposées quand toute la lentille travaille, ce qui donne forcément une image déformée.

L’objectif double a, en outre, le défaut de ne pas venir former son image sur une surface plane, mais bien sur une surface concave, de sorte que les bords ne peuvent être au foyer à la même distance que le centre, et réciproquement; enfin, il donne difficilement une netteté suffisante dans les différents plans, même lorsqu’on emploie des diaphragmes a petite ouverture.

Ajoutons cependant que, depuis quelques années, la fabrication des objectifs a fait d’immenses progrès, aussi bien pour la netteté des épreuves que pour l’étendue du champ et la rapidité de l’impression lumineuse.

L’un des verres de l’objectif double, celui qui est en tète, ayant sensiblement les mêmes dispositions que l’objectif simple, il était naturel de chercher à en tirer parti

pour obtenir ainsi économiquement l’objectif à portraits et l’objectif à vue. Plusieurs opticiens ont inventé et adopté dans ce but des montures très-ingénieuses; ce système est commode pour les amateurs, et il est possible d’en obtenir de très-bons résultats, bien qu’en général les lentilles travaillées spécialement pour faire un objectif simple donnent encore, à longueur de foyer égale, plus de netteté pour une surface de même dimension.

Aux objectifs que nous venons de décrire nous devons ajouter d’autres systèmes auxquels on donne le nom d ' orlho scopique et de triplet .

L’objectif orthoscopique, exécuté par M. Yoigtlander sur les calculs de M. Petzvaï, est formé de deux lentilles. Là première est dans les conditions du verre antérieur d’un objectif double; la seconde, plus petite, est une lentille divergente qui allonge le foyer de la première. Le diaphragme se place au contact de cette dernière lentille du côté du verre dépoli.

L’avantage de ce système serait de répartir la lumière d’une manière plus uniforme et de moins déformer les lignes droites. Cependant, au point de vue de la netteté absolue, l’objectif simple est encore préférable. Toutefois, comme l’objectif orthoscopique peut supporter une plus large ouverture, il opère plus rapidement.

L’objectif auquel M. Dallmeyer a donné le nom de triplet est formé de deux lentilles convergentes achromatiques A et B ( fig . 20 ), ayant la forme de ménisques concaves-convexes et vissés aux deux extrémités de la monture; au milieu de cette monture est une lentille divergente C plus petite, également achromatique. Ce système permet d’employer pour le paysage une large ouverture, et par conséquent d’opérer avec plus de rapidité. Il couvre une très-large surface si on emploie de

petits diaphragmes; sans avoir la grande rapidité de

Fig. 20.

l’objectif double ordinaire, il peut néanmoins être employé pour rendre des groupes et des effets rapides, mais il faut alors lui laisser toute son ouverture.

§ 78. On doit également, surtout lorsqu’on achète un objectif double, porter son attention sur la coïncidence des foyers chimique et optique, c’est-à-dire examiner si les rayons chimiques qui agissent sur la couche sensible et les rayons apparents qui dessinent l’image sur la glace dépolie font leur foyer au même point.

Cette découverte de deux foyers différents est due à M. Claudet, qui la communiqua le 20 mai 1 844 à l’Institut de France; MM. Fizeau, Foucault (1), Lerebours’( 2) donnèrent l’explication de ce curieux phénomène qui tient aux lois de l’achromatisme. Ce défaut, qui autrefois était très-fréquent, a presque disparu actuellement, et les opticiens français se sont appliqués à construire des objectifs n’ayant qu’un seul foyer.

( 1 ) Ouverture d’un paquet cacheté constatant que MM. Fizeau et Foucault ont fait des expériences analogues à celles de M. Lerebours.

(2) Comptes rendus de V Académie des Sciences , séance du 28 septembre 1846.

On constate facilement cette coïncidence en prenant une épreuve de trois objets (trois cartes imprimées par exemple), placés à égale distance l’un derrière l’autre. On met exactement au point sur l’objet du milieu , qui doit sortir le plus net sur l’épreuve, si le foyer a ét;é bien déterminé. ( Focimètre de M. Claudet.) 11 va sans dire qu’on doit auparavant vérifier si la glace dépolie est rigoureusement au même plan que la surface sensible.

Quels que soient les objectifs employés, il faut avoir soin de maintenir toujours les lentilles parfaitement nettes; leur monture doit, si elle est bien faite, les garantir déjà du contact des objets extérieurs, les barillets dépassant toujours l’épaisseur des verres.

Les surfaces extérieures des verres seront essuyées souvent avec un linge lin ne servant qu’à cet usage, et si on apercevait quelques taches, on mouillerait le linge avec quelques gouttes d'alcool. Les surfaces intérieures, qui sont préservées du contact des mains et même de la poussière, ne seront nettoyées que de loin en loin. Quelques verres de crown cependant se ternissent, parce que la matière contient un excès de fondant; c’est là un grave inconvénient, attendu qu’il faut essuyer très-fréquemment l’intérieur et l’extérieur des verres qui ont ce défaut, et alors il faut apporter le plus grand soin à replacer exactement les lentilles dans leur position première, indiquée suffisamment par les figures ci-dessus, et à visser les montures bien à fond, de manière à ce qu’elles reprennent juste la même position. Quelquefois la résine transparente qui réunit les deux verres d’un objectif se ternit, ou en se fendillant fait apparaître de petites portions irisées; il faut alors remettre les verres à l’opticien qui les recolle.

Si les surfaces du verre présentent de petites taches de

rouille résistant au frottement du linge et de l’alcool, il faut bien se garder de les nettoyer au moyen d’une poudre à polir quelconque, on doit les donner à l’opticien qui procédera à un nouveau polissage fait en suivant les mêmes courbes.

§ 79. La chambre noire avec l’objectif se place sur un pied : pour l’atelier, le pied à crémaillère est préférable f fig. 17) ; pour la campagne, il faut le pied à trois branches ( fig . 2 1), solide et a large triangle pour porter la chambre noire : ce pied peut être brisé et se replier sous un faible volume ( fig . 21). Si la chambre a un long tirage, ce qui est nécessaire pour faire les grandes

dimensions, il faut joindre a ce pied deux branches supplémentaires, un X, destinées a en soutenir l’extrémité {fig. 21).

Le pied de campagne à trois branches se maintient difficilement si on le pose sur des parquets intérieurs des surfaces dallées ou glissantes; nous avons obvié à cet inconvénient d’une manière très-simple, en nous servant d’un petit système composé de trois courroies de cuir réunies chacune par une extrémité à un anneau central. Chaque branche du pied est placée sur une des courroies, arrêtée par les trous que l’on y a faits, et on peut ainsi donner à l’appareil toutes les positions nécessaires sans craindre de le voir glisser et sans altérer les parquets sur lesquels il est posé.

§ 80. Les cuvettes qui servent aux diverses opérations peuvent être de nature différente : il y en a en verre, en verre et bois, en porcelaine, en gutta-percha, etc. Les meilleures sont les cuvettes de porcelaine, mais elles sont lourdes, fragiles, d’un prix très-élevé, surtout pour les grandes dimensions. Les cuvettes tout en verre offrent les mêmes avantages et les mêmes inconvénients ; les plus simples, les plus légères, les moins chères, sont celles qui sont formées d’une feuille de verre entourée d’un cadre de bois que l’on recouvre d’un vernis de gomme laque et de goudron (on pourrait essayer le paraffine et le blanc de baleine, qui sont bien moins altérables). Ces cuvettes sont excellentes pour tous les bains qui n’ont pas la réaction alcaline; mais pour les bains alcalins elles ne résistent pas aussi longtemps, parce que la gomme laque est attaquée : elles peuvent néanmoins servir pour l’hyposulfite de soude si on a le soin de les revernir de temps en temps. Pour ces derniers bains, les cuvettes en guttapercha sont préférables. M. Yan Monckhoven indique une cuvette qui peut être utilisée pour le voyage, surtout pour faire les épreuves de petites dimensions : elle consiste en

GENERALITES

une feuille de Bristol pliée en caisse à biscuit enduite de gomme laque. Nous devons mentionner aussi les cuvettes en carton durci.

§ 81 . Les châssis positifs ou presses [fi g. 22) sont formés d’un cadre de bois haut de ora,o5 environ dont le fond est

Fig. -j ■> .

fermé par une glace épaisse. Une planchette à brisures recouverte en drap se place exactement sur cette glace , et est maintenue par deux ou trois traverses à ressorts qui font pression sur la planchette : on place le négatif sur le fond , le papier sensible dessus , puis quelques feuilles de buvard ou une grosse étoffe de laine feutrée faisant matelas, enfin la planchette brisée et les trois traverses. Ces châssis très-simples sont très-commodes et permettent de surveiller facilement la venue des épreuves; leur invention, qui date des premiers temps de la photographie, est due a M. de Brébisson.

§ 82. Tous les produits doivent être renfermés dans des flacons soigneusement bouchés et étiquetés.

Il faut aussi quelques entonnoirs de diverses grandeurs, quelques verres a expériences et deux éprouvettes graduées ( fig . 23), F une de ~ de litre au moins divisée en 100 parties ou plus, l’autre, beaucoup plus petite, de 2.5 cen-

li mètres cubes environ, divisée au moins en 25 parties, dont chacune représente i centimètre cube.

Fig. ?3.

§ 83. Liste de tous les objets nécessaires pour opérer d’après les divers procédés.

Optique.

Objectif double pour portraits.

Objectif simple pour paysage.

2 rondelles de cuivre pour les fixer sur la chambre noire. (On peut, nous l’avons dit plus haut, se servir du verre antérieur de 1 objectif double pour faire le paysage; il faut, dans ce cas, une monture spéciale.)

Ebénisterie,

Chambre noire à soufllet tournant.

1 glace dépolie.

2 châssis pour collodion, et contre-châssis.

2 châssis doubles.

Pied triangulaire brisé avec triangle en fonte.

Fourchette également brisée, i châssis positif (au moins), i appuie-tête.

i presse à vis pour le nettoyage des glaces.

i balance dite trébuchet.

i porte-glace pour développer, i porte-entonnoir.

Boîtes à rainures, pour mettre les glaces.

Caisses d’emballage.

Gutta-percha.

3 cuvettes en gutta-percha rentrant les unes dans les autres. 3 entonnoirs » » »

Verrerie.

3 cuvettes en bois à fond de glace garnies tout autour ( i) Verres ou glaces pour faire les épreuves (2).

1 verre gradué de 25o centimètres cubes.

1 éprouvette graduée de 10 à 25 centimètres cubes.

3 entonnoirs de verre.

6 agitateurs de verre.

6 flacons carrés bouchés à l’émeri.

2 ou 3 verres dits à expérience.

1 mortier en porcelaine émaillée.

Divers.

Papier négatif et positif.

1 liasse de filtre.

Demi-main papier jaune.

2 crochets de corne ou d’argent.

1 blaireau.

Boîte d’épingles.

Gros papier buvard rose.

Papier joseph.

Produits chimiques.

Acide acétique cristallisable 25o

» azotique. 2.5

(1) Nous employons de préférence ces cuvettes construites de telle sorte qu’elles puissent servir des deux côtés face et revers.

(2) Jusqu’à la grandeur 21 x 27 le verre moins coûteux est presque d’un aussi bon emploi que la glace.

Ie éd.

l3o DEUXIÈME PARTIE.

Acide citrique 25

» gallique 5o

» pyrogallique 10

Alcool à 4°° 5oo

Alcool à 36° 56o

Azotate d’argent fondu ou cristallisé. ?5o

Bromure de potassium io

» de cadmium, io

.» d’ammonium... 5

Chlorure double d’or et de potassium 2

Cire vierge (i) . . 3oo

Coton ordinaire. . ... 5oo

Coton-poudre 25

Cyanure de potassium (2) 25

Ether sulfurique rectifié à 62°. . . . . 1000

Hyposulfite de soude. . , i5oo

Iode. . . . 5

lodure de potassium 20

» d’ammonium... i5

» de cadmium i5

Kaolin. .' 100

Potasse caustique..... 100

Sucre de lait ( 3). 25o

Sulfate de protoxyde de fer...... 200

Terre pourrie 200

On peut se procurer, chez les marchands spéciaux pour la photographie, certaines préparations prêtes à servir, telles que collodion ioduré, papier ciré ioduré, papier albuminé, etc.

Les quantités de produits chimiques nécessaires varient beaucoup suivant les dimensions des appareils, le travail

(1) La cire vierge n’est utile que pour faire soi-même le papier négatif.

(2) Nous l’indiquons pour être complets, mais on doit s’en servir le moins possible.

(3) Le sucre de lait n’est utile que pour faire soi-même le papier négatif.

que l’on veut faire, le temps que l’on mettra à les renouveler; nous ne pouvons donner les quantités absolues que l’on doit en prendre, mais seulement les quantités à peu près relatives. Le chiffre que nous avons ajouté indique approximativement les proportions que l’on doit demander. Ainsi pour un appareil de 21 x 27, ces poids d’assortiment représenteront des grammes; pour un appareil de stéréoscope on les comptera pour le quart.

Nous ne saurions trop engager les commençants à faire tout de suite les frais d’excellents appareils et instruments, car si la réussite dépend principalement de l’habileté, du goût et des soins de l’opérateur, il faut qu’il ne soit pas entravé par des instruments défectueux.

§ 84. Atelier. — L’installation de batelier dépend naturellement de la place disponible. Quel que soit le genre de photographie adopté , il faut absolument avoir un cabinet obscur dans lequel on fait toutes les préparations sensibles , et où l’on conserve les produits sur lesquels la lumière pourrait avoir une influence.

Il faut éclairer cette pièce au moyen de verres d’un jaune foncé que l’on dispose de la manière suivante : si la pièce prend un jour direct sur l’extérieur, on ferme complètement cette ouverture, ne laissant qu’un seul carreau sur lequel on applique , en les superposant, deux verres jaunes de même grandeur, et l’on ne laisse pas entrer le moindre fdet de lumière blanche; on place ensuite soit un store, soit un rideau noir, de manière à pouvoir diminuer le jour a volonté. Si la pièce 11’a pas d’ouverture extérieure, on tire le jour de la pièce voisine, en pratiquant dans la cloison ou dans la porte une ouverture dont la largeur dépend de la grandeur de la pièce obscure, et alors le jour n’étant pas direct , il suffit d’une simple

i32 deuxième partie.

épaisseur de verre jaune (i). Il faut avoirsoin, par mesure hygiénique, que cette pièce puisse, après le travail, être largement ventilée pour renouveler l’air, attendu que les produits employés présentent souvent une odeur excessivement forte et pourraient avoir une action nuisible sur la santé de l’opérateur.

Le laboratoire est ainsi éclairé dans toutes ses parties: ce mode d’éclairage est bien supérieur à celui que l’on obtient avec une lampe ou une bougie, dont la lumière, quoique plus faible, agit relativement beaucoup plus sur les couches sensibles, parce qu’elle est plus blanche ; on évite une foule d’erreurs causées par la demi-obscurité dans laquelle serait alors plongé le laboratoire, et on n’a pas à craindre les accidents qui pourraient résulter de l’inflammation de l’éther et de l’alcool par une flamme éclairante. Nous devons dire cependant que par ce système l’atelier se trouve éclairé d’une manière variable, qui dépend de l’état du ciel et que cela peut amener quelquefois des erreurs pour juger la venue d’une épreuve; aussi pour le développement nous servons-nous d’une lumière artificielle, toujours identique, munie d’un écran convenable.

Tout autour des murs on fait disposer à ora,85 du sol des tablettes de om,45 de largeur; ces tablettes servent de tables, et il est très-commode d’en mettre une seconde de même dimension immédiatement au-dessous, en laissant un intervalle de om,2o environ entre les deux. Cefte seconde rangée de tablettes permet de débarrasser rapidement la première, et de placer les châssis, les papiers, les cuvettes, etc., etc.; enfin, quelques rayons plus élevés

(i) Le verre jaune peut être remplacé par du papier jaune et même par un taffetas gommé.

servent a mettre les produits, qu’il est pourtant préférable de renfermer dans des petites armoires.

On adopte un côté de la pièce pour faire les préparations sensibles , un autre côté pour développer les images; de cette manière on n’a pas à craindre les gouttes d’acides gallique, pyrogallique, de sulfate de protoxyde de fer, qui souvent risqueraient de gâter les bains d’azotate d’argent. Du côté où l’on développe les images, il est bon d’avoir soit un évier en pierre, soit une large cuvette en gutta-percha communiquant par un tuyau avec un grand seau en grès, dans lequel on jette toutes les eaux, et dont tous les matins on rejette le liquide éclairci.

Nous nous servons de préférence du seau à siphon intermittent [fi g. ^4), qui se décante seul et déverse au dehors l’excédant du liquide sans qu’il y ait lieu de s’en occuper.

Le plus souvent c’est au-dessus de la cuvette, déversant dans ce seau à siphon, que l’on fait le développement des épreuves collodionnées ; pour cette raison elle doit être, autant que possible, disposée près de la lumière de manière à permettre de suivre facilement les progrès de la réaction. Les eaux chargées d’azotate d’argent, d’acides gallique, pyrogallique, de sulfate de fer, les eaux de lavage des cuvettes, se rendent toutes dans le même récipient, l’argent y est précipité par les liquides réducteurs,

on y jette aussi de temps en temps un peu de sel commun pour faciliter la précipitation ; on retrouve au fond du vase, au bout d’un certain temps, une quantité d’argent en rapport avec le travail que l’on a fait.

Chaque verre , chaque entonnoir, chaque cuvette doit avoir sa place et ne servir, s’il est possible, qu’à un seul usage.

11 faut écarter de ce laboratoire l’hyposulfite de soude et tout ce qui en contient, car la moindre trace de ce sel en contact avec un excès d’azotate d’argent donne lieu à des décompositions; il se forme un sulfure d’argent produisant des taches noires qui perdent toutes les épreuves. S’il y a, au contraire, excès d’hyposulfite de soude sur l’argent, le sel d’argent est complètement dissous et la sensibilité est anéantie.

La présence du cyanure de potassium est moins inquiétante pour les épreuves que celle de l’hyposulfite de soude; malheureusement ce sel dégage des émanations cyanhydriques délétères et présente de tels dangers, qu’il vaut mieux, malgré cet avantage relatif, renoncer à son emploi. On peut le remplacer par le sulfocyanure d’ammonium ou de potassium.

Les opérations de fixage et virage peuvent se faire dans une pièce éclairée par le jour ordinaire, mais munie de rideau de calicot jaune qu’on laisse retomber au moment où l’on apporte les épreuves pour les fixer, afin que la lumière n’agisse pas sur elle avant que l’hyposulfite de soude les ait rendues complètement insensibles.

Il faut, autant que possible, avoir à sa disposition de l’eau ordinaire en grande abondance : elle peut servir à toutes les préparations ne renfermant pas d’azotate d’argent, l’eau distillée ou l’eau de pluie convenablement recueillie étant réservée pour celles qui en renferment.

En résumé, le choix de bons appareils , un ordre absolu, un soin minutieux, une grande propreté de tous les instruments sont, indépendamment des procédés, les éléments indispensables pour la réussite matérielle de l'épreuve.

Nous ne dirons rien de l’atelier de pose; c’est l’atelier d’un artiste, mais avec le plus de jour possible, qu’on ménage ensuite à volonté par des rideaux : il doit être assez long pour qu’on puisse obtenir des épreuves sans déformation (7 à 8 mètres et plus s'il est possible); il faut qu’il soit largement éclairé pour opérer rapidement, situé au nord, quand la situation le permet, pour éviter les rayons du soleil.

Quant aux conditions de pose, d’éclairage du modèle, etc., etc., c’est au goût de l’opérateur exercé à les régler selon l’effet qu’il veut obtenir.

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