DE LA LUMIÈRE
§ 73. Pour compléter ces notions générales, il est indispensable de faire connaître d’une manière toute sommaire l’action des divers rayons lumineux sur la couche sensible. Cette action, étudiée par plusieurs physiciens à la tête desquels nous citerons sir John Herschell (i) et M. Ed. Becquerel, a été parfaitement décrite par M. van Moncklioven dans la seconde partie de son Traité général de Photographie.
Si l’on fait tomber un rayon de soleil sur un prisme, ce rayon est réfracté, c’est-à-dire dévié de la ligne qu’il aurait suivie si le prisme n’avait pas été interposé ; et si Ton reçoit ce rayon réfracté par le prisme sur un écran blanc, on voit qu’au lieu de donner une image blanche il donne une image composée de sept couleurs placées audessous les unes des autres dans l’ordre suivant : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge; c’est 1 e spectre solaire .
Cette expérience montre le rayon de lumière blanche composé des sept rayons colorés que nous venons de
(i) Philosophical Transactions , part. I; 1848.
nommer, et comme ces rayons ne sont pas réfractés (déviés par le prisme) au même degré, il en résulte qu’au lieu de venir sur le même point reconstituer la lumière blanche, ils se juxtaposent de manière à former le spectre.
Si on reçoit le spectre solaire ainsi formé sur une surface sensible en marquant les deux extrémités visibles et que l’on développe l’image, on observe que les couleurs les plus vives a nos yeux, le rouge, l’orangé, le jaune, le vert, n’ont rien donné; que les rayons bleu, indigo, violet, sont au contraire fortement accusés, et, chose plus bizarre, on voit qu’au-des^us du violet, là ou. nos yeux n’aperçoivent pas de traces d’image, la couche sensible en accuse une plus vive encore : il existe donc des rayons invisibles à nos yeux , mais très-nettement accuses par les réactifs. Si on répète la même expérience avec des couches sensibles diversement préparées, on trouvera des modifications dans l’action des couleurs du spectre. Une glace à l’iodurc d’argent ne donnera rien dans les rayons rouge, orangé, jaune, vert; une couche au bromure d’argent donnera un commencement d’image dans le vert et même dans les couleurs rouge, orangé, jaune, si l’action est prolongée (i).
Ces expériences font comprendre facilement d’une part l’emploi du bromure d’argent en photographie, d’autre part l’extrême difficulté qu’il y a à reproduire des objets diversement colorés, tels qu’un bouquet de fleurs, un tableau. Ainsi l’arrangement des couleurs compris par le peintre peut se trouver complètement renversé dans une copie photographique à l’iodure d’argent, où les couleurs jaune, rouge, orangé, qu’il avait disposées pour
(i) Ces faits expliquent pourquoi l’on peut travailler dans une pièce convenablement éclairée par des verres jaunes.
GÉNÉRALITÉS. Iï3
attirer le regard, se trouvent très-peu marquées, tandis que des parties plus calmes, violettes ou bleues, etc., prennent une vigueur extrême,. Toutefois l’emploi des bromures, la prolongation du temps de pose, l’exposition à un jour très-vif, permettent d’atténuer ces difficultés, ainsi que le prouvent les belles reproductions faites par MM. Bingham , Michelez, Braun, Fierlants, Richebourg, etc.