PROCÉDÉS OPÉRATOIRES
§ 94. Nettoyage des glaces. — On peut se servir de glaces ou de verres de première qualité pour étendre la couche de collodion. La glace offre sur le verre cet avantage qu’elle est parfaitement plane, bien polie, exempte d’aspérités et de bulles : elle est donc supérieure a ce dernier pour obtenir de beaux négatifs; le verre au contraire offre presque toujours une surface moins polie, légèrement courbe, ce qui ne nuit pas sensiblement à la pureté du cliché, mais est souvent une cause de déran-
gement dans la mise au point , ou de rupture par la pression dans le châssis positif : il faut donc, si on emploie du verre, avoir soin de le choisir assez mince pour qu’une légère pression sur les bords puisse en redresser la courbure et même le courber en sens contraire. Ce verre doit être, autant que possible, exempt de stries, de bulles et surtout de rayures profondes qu’il est très-difficile de nettoyer.
Il faut que les glaces ou les verres dont on veut se servir soient d’abord lavés a grande eau de manière à enlever toutes les empreintes visibles, et que l’eau s’y étende bien uniformément. Si l’eau refuse de couler également, c’est qu’il y a sur la surface quelques substances grasses; on doit alors employer pour le lavage de l’eau additionnée d’un peu de potasse ou d’un peu d’ammoniaque, puis bien rincer. Après ce bain alcalin, on rince les glaces, on les fait égoutter pendant quelques instants en les dressant contre le mur et posant le bord inférieur sur un morceau de papier buvard, ensuite on les essuie et les sèche avec un linge fin ou avec quelques tampons de papier josepb; on procède enfin au nettoyage définitif.
On dépose la glace à nettoyer dans le cadre , ou dans la presse à vis, spécialement inventée pour cet usage
Fig. a5.
COLLGDION.
iG'j
de la vis de pression, on projette sur la surface à nettoyer un peu du mélange suivant :
Eau ioo:r
Terre pourrie. 2$
Acide nitrique 3 à 4CC
Avec un morceau de molleton de coton, 011 étend ce mélange sur toute la surface, et 011 frictionne en rond de manière a enlever toutes les impuretés; sans laisser sécher on prend un second tampon de la même étoffe, et, par un frottement rapide et rectiligne, on enlève toute la terre pourrie en commençant par le bas de la glace et montant à mesure jusqu’à l’autre extrémité. Une légère pression des doigts qui maintiennent le tampon, tandis que le reste de l’étoffe s’étend sous la paume de la main, facilite beaucoup cette opération; de cette ma uière les doigts enlèvent la terre pourrie, et la paume de la main polit en quelque sorte la glace, qui après cette opération doit être parfaitement nette et prête à servir. On peut comme surcroît de précautions donner à la glace un dernier coup avec un tampon neuf, ne servant qu’à cet usage. Les morceaux d’étoffe doivent toujours être assez grands pour que la main ne porte directement sur aucun point de la glace.
Nous préférons pour ce nettoyage le molleton au coton cardé; ce dernier a l'inconvénient de donner des peluches et d’essuyer beaucoup moins bien qu’une étoffe.
Quelques personnes conseillent d’employer pour le nettoyage un mélange d’alcool et de terre pourrie, d’autres ajoutent à ces substances de l’ammoniaque; le résultat ne nous a jamais paru meilleur que par notre moyen plus simple, et le procédé que nous indiquons réussit parfaitement.
Si les glaces ont été antérieurement vernies, ou pré-
parées avec de la gélatine ou de l’albumine, il faut commencer par les débarrasser de cette couche souvent très-résistante. On a conseillé l’emploi de la potasse ou du carbonate de soude, mais nous préférons actuellement employer l’acide nitrique étendu de son volume d’eau; on verse ce liquide dans une cuvette de porcelaine assez profonde et on y abandonne toutes les glaces à nettoyer, vernies ou non, albuminées ou même simplement collodionnées. A cet état de concentration, l’acide nitrique approprie parfaitement les deux faces du verre, il suffit alors pour nettoyer complètement les glaces de les soulever hors du bain , de détacher les couches de collodion qui s’enlèvent immédiatement, de rincer à grande eau et passer à la terre pourrie.
Le nettoyage des glaces peut être fait quelques heures à l’avance; celles-ci se conservent nettes si on a le soin de les mettre à l’abri de la poussièrg.
§ 95. Application du collodion. — La glace étant parfaitement propre, il faut la couvrir de collodion d’une manière régulière sur toute la surface : cette opération demande un peu d’habitude, et, si la glace n’excède pas 3o centimètres de côté, elle peut se faire seulement à la main. On prend la glace de la main gauche, on la soutient en dessus par le pouce et en dessous par les autres doigts, en ayant le soin d’intercaler plusieurs doubles de buvard pour empêcher qu’elle ne s’échauffe par places, ce qui produirait infailliblement des taches. On peut encore faire un tampon avec un mouchoir et poser dessus la glace horizontalement, ce qui permet d’en couvrir intégralement toute la surlace [fi g-. 26). Nous préférons ce moyen à l’emploi des ventouses ou autres ustensiles inventés ad hoc , il suffit, d’un peu d’exercice pour en
COLLOOJON.
prendre l’habitude, et on n’a plus a craindre les taches produites par les différences de pression et de température.
Fig. 26.
La glace étant tenue ainsi horizontalement , on passe d’abord a la surface un blaireau fin pour enlever toutes les poussières, on prend le flacon de eollodion dont on a essuyé le goulot pour en enlever la poussière, ou mieux encore, par surcroît de précaution, on laisse tomber et perdre quelques gouttes qui entraînent ainsi les impuretés adhérentes au goulot, puis 011 verse le eollodion sur le point A ( fig. 27) d’une manière régulière et continue, de telle sorte que la liqueur s’étende en rond; on cesse de verser quand le liquide arrive à l’angle gauche supérieur, et en même temps on incline légèrement la glace à gauche; le liquide vient en B, puis en G. On penche un peu sur soi et 011 incline de manière à faire couler lentement l’excédant par l’angle D : si on renversait trop vite, la couche serait irrégulière. On doit, autant que possible, lorsqu’on verse le eollodion, avoir soin qu’il
n’en passe pas sous la glace et qu’il n’en, vienne pas' jusqu’au pouce si on la maintient par un angle.
Pendant qu’on reverse l’excédant du liquide, on voit toute la couche se couvrir de stries dans le sens du courant; pour les faire disparaître complètement, il suffit de faire osciller la glace de gauche a droite en maintenant l’angle dans le goulot du flacon. Il faut toutefois que le mouvement d’oscillation ne fasse jamais revenir le bord de la glace incliné vers la droite dans une position telle, qu’il soit incliné vers la gauche, parce qu’alors tout l’excédant de collodion qui se trouve accumulé sur ce bord reviendrait sur la couche et doublerait son épaisseur. On reçoit le collodion excédant dans un flacon propre et on ne le mélange pas avec l’autre, par la raison que, sur
Kg* 27.
cette large surface, l’éther se vaporisant rapidement, le collodion recueilli dans le flacon renfermerait relati-
COLLODION
vement beaucoup plus d’alcool qu’auparavant , il est d’ailleurs plus dense; si on le reversait dans le flacon dont on veut faire usage pour les glaces suivantes, le mélange des deux collodions se ferait irrégulièrement et, ne présentant plus une masse homogène, il donnerait des couches inégales et moutonneuses .
La série de mouvements par lesquels on couvre la glace avec le collodion doit se faire sans secousse, sans temps d’arrêt, de telle manière que le liquide ne revienne jamais sur lui-même.
Si l’on a de larges 'surfaces à préparer, on disposera dans le goulot d’une bouteille un tampon fortement serré ou un bouchon de liège arrondi, et 011 mettra en équilibre sur ce support le milieu de la glace à collodionner ; tout le poids se trouvant ainsi supporté, 011 manoeuvrera de la main gauche comme nous venons de l’expliquer, en versant le collodion de la main droite.
Lorsque le collodion est étendu, la vaporisation de l’éther produit un grand froid, et immédiatement l’humidité de l’atmosphère vient se condenser sur les surfaces refroidies, le côté non préparé se recouvre d’une légère buée qui donne à la glace un aspect mat, la surface collodionnée reçoit aussi une certaine quantité d’humidité qui doit certainement influer sur les inconstances que présente l’emploi du collodion ; mais jusqu’ici cette influence n’a pas encore été nettement appréciée.
On doit, avant de plonger la glace dans l’azotate d’argent, attendre que le collodion ait pris assez de consistance, il suffit pour cela de quelques secondes; si la couche était trop humide ou trop sèche, l’action du bain chargent serait inégale et incomplète : l’habitude sert de guide dans cette manipulation. La glace, plongée trop humide dans le bain, devient aussitôt opaque, surtout
dans les parties voisines du coin par où le collodion s’est écoulé; si elle est trop sèche, il se fait a l’angle opposé des places qui restent beaucoup plus transparentes.
§ 96. Sensibilisation de la couche de collodion. — Le bain d’azotate d’argent étant préparé, on le filtre; il est alors bon pour sensibiliser la couche de collodion. Comme cette opération doit être faite régulièrement, sans temps d’arrêt et sans bulles, ce qui offre un peu de difficulté, nous citerons les divers procédés imaginés pour y parvenir.
On emploie soit l'affleurement de la face collodionnée sur le liquide, soit l’immersion complète de la glace dans la cuvette horizontale, soit l’immersion dans une cuvette verticale.
Affleurement sur le bain . — On prend une cuvette à fond de verre et mieux à fond de glace entouré d’un cadre de bois verni [fig. 28); on la pose sur la table,
Fig. 28.
non pas à plat, mais en l’élevant avec une planchette ou une règle de manière a l’incliner vers soi (le côté qui est près de l’opérateur étant le plus bas et celui qui est à l’opposé étant élevé d’environ 2 centimètres). Dans cette cuvette bien nettoyée et ne devant jamais servir qu’à mettre des bains d’argent, on fil tre la quantité nécessaire
COLLODION
pour que le liquide en couvre la moitié et laisse a sec la moitié la plus élevée.
On prend alors la glace préparée au collodion, on la retourne de manière que le coin par lequel s’est écoulé le collodion soit a la partie supérieure, on la place verticalement dans la cuvette de sorte que le bord inférieur trempe seul dans le liquide, que la face collodionnée soit tournée du côté de la cuvette et non du côté de l’opérateur, on maintient le bord supérieur avec un crochet de baleine ou mieux d’argent, et avec ce crochet on abaisse complètement la glace d’un mouvement régulier, sans temps d’arrêt; le liquide, par la seule force capillaire, monte facilement entre la glace et la cuvette sans interposition d’une seule bulle d’air. On abandonne alors la glace, qui, posée sur son crochet, se trouve assez éloignée du fond pour qu’il n’y ait point contact entre les deux surfaces; il faut pour cela que le crochet soit assez petit pour être facilement maintenu par le poids de la glace. Le crochet d’argent A ( fig . 28) que nous employons nous paraît préférable au crochet de baleine coudé, parce que celle-ci se ramollit par l’action continue des liquides, peut laisser retomber les glaces, et ne présente pas en général assez de fermeté pour permettre de reprendre une glace que l’on aurait laissé échapper dans le bain.
Le collodion prend une teinte opaline.
On laisse ainsi la glace dans le bain pendant une minute environ jusqu’à ce que cette opalinité n’augmente plus; on la relève et on remarque que le liquide n’en mouille pas régulièrement la surface, mais qu’il se divise par veines d’une apparence huileuse. Il faut alors l’abaisser, la relever plusieurs fois de suite jusqu’à ce que cet aspect huileux ait complètement disparu et que la surface soit mouillée uniformément. La glace peut sans inconvé-
nients sensibles rester dans le bain quelques minutes de plus que le temps nécessaire à la sensibilisation. On relève la glace, on la laisse égoutter au-dessus du bain pendant quelques secondes et on la met dans le châssis.
Ce procédé présente les avantages suivants : Emploi d’une très-petite quantité de bain (ï5o centimètres cubes de liquide suffisent pour des glaces d’un quart de feuille, soit 2icent x 27); plus de facilité et de propreté dans les manipulations, la glace n’étant mouillée que d’un seul côté; mais, par contre, le bain s’épuise beaucoup plus vite et se sature très-promptement d’alcool et d’éther par cela seul que la masse en est moins considérable.
Il est facile de remédier à l’épuisement du bain en ajoutant une préparation neuve dans laquelle on a forcé un peu la dose du nitrate d’argent (soit à 9 pour 100), et on se débarrasse facilement de l’alcool et de l’éther en faisant bouillir le bain pendant quelque temps; on le ramène à son volume primitif par addition d’eau distillée.
Nous devons faire observer que ce procédé donne quelquefois des réductions d’argent sur la glace, si on n’a pas eu le soin d’écrémer le bain en passant à da surface une feuille de papier.
Immersion complète dans la cuvette horizontale. — Il faut employer, pour cette opération, une cuvette qui soit d’un quart environ plus longue que les glaces à sensibiliser. Cette portion plus longue est couverte par une bande de verre collée sur les bords, de telle sorte qu’en soulevant l’extrémité opposée tout le liquide vient se placer dans cette espèce de caisse et laisse à découvert la place nécessaire pour la glace. On verse dans la cuvette placée horizontalement assez de liquide pour qu’il y en ait près d’un centimètre d’épaisseur; il faut, pour des glaces de 2icentx 27, environ 65o à 750 centimètres cubes de
COLLODION
bain. Soulevant alors la cuvette delà main droite (fig-% 9), on envoie tout le liquide dans la partie fermée; avec la main gauche 011 place la glace, le collodion en dessus , sur la
Fig. 29.
artie de la cuvette restée à découvert, et on abaisse aussitôt la main droite de manière que le bain sensibilisateur vienne recouvrir d’un coup toute la surface collodionnée. On agite la cuvette, en découvrant la glace de temps en temps pour voir si elle a perdu son aspect bilieux, on la retire au moyen du crochet, on la fait égoutter, on essuie l’envers avec un peu de papier josepli; elle est alors prête a servir.
Souvent on place cette cuvette dans une boîte de bois blanc vernie a la gomme laque, dont le couvercle à charnières vient en se rabattant fermer tout accès au jour pendant la sensibilisation.
Emploi de la cuvette verticale . — La cuvette verticale est faite soit en verre moulé d’une seule pièce, soit en gutta-percha, soit en glaces collées ou même en porce-
laine; c’est une caisse ayant la hauteur et la largeur des plus grandes glaces que l’on veut sensibiliser et une épaisseur de 2 à 3 centimètres. On y verse la quantité de liquide nécessaire pour que la glace, étant plongée, baigne complètement sans faire déborder, et on immerge celle-ci au moyen d’un crochet en verre ou en gutta-percba. Le reste des manipulations est le même que ci-dessus. Nous ne nous servons pas ordinairement de ces cuvettes verticales préférées cependant par beaucoup de personnes. Elles nécessitent des quantités de bain considérables, car si on les suppose épaisses seulement de 1 -f centimètre, et il est rare que ces cuvettes n’aient pas une épaisseur beaucoup plus considérable, nous voyons que pour des glaces de 2icent x 27 il faut 1 litre de liquide; en outre elles ne peuvent servir qu’a ce seul usage et sont difficiles à remplacer.
Toutefois pour un travail courant de chaque jour, comme cela a lieu pour celui des photographes de profession, la cuvette verticale sera peut-être la meilleure; la cuvette à recouvrement sera préférée par les amateurs; le procédé d’affleurement convient surtout à celui qui, variant continuellement ses essais pour faire des recherches, doit tâcher d’économiser les bains.
§ 97. La glace sensibilisée, convenablement égouttée, est placée encore tout humide dans le châssis, qui doit toujours être maintenu incliné dans le sens de l’écoulement du 1 liquide, afin d’éviter que l’azotate d’argent 11e revienne sur lui-même, ce qui serait une cause incessante de taches.
Il faut donc tenir compte, tant en faisant égoutter la glace qu'en la plaçant dans le châssis, de la position qu’elle doit avoir dans la chambre noire, soit en hauteur, soit en largeur. La glace sensible, nous l’avons dit en parlant du
CÛLLODIQN.
matériel photographique, ne doit porter que sur les quatre angles; il ne faut pas qu’elle touche par les bords, et encore les quatre coins du châssis doivent-ils être enduits de gomme laque ou de gutta-percha. On pose sur l’envers des glaces une feuille de gros buvard, dont la partie inférieure excède un peu le bord, afin d’absorber l’excès d’azotate d’argent, et fermant le châssis, on le porte à la chambre noire. Une fois la glace placée dans le châssis, il convient de l’exposer sans retard, parce que si la couche venait a se dessécher en quelques parties, il se manifesterait au développement des réductions superficielles, et, par une dessiccation plus complète, il se produirait un composé d’iodure et nitrate d’argent (iodonitrate), qui en cristallisant perdrait complètement la préparation.
§ 98. Mise au point et exposition à la chambre noire . — 11 faut avant de préparer la glace déterminer la mise au point. La dimension de l’image qu’on veut obtenir règle les distances qui séparent l’objectif du sujet à reproduire et de la glace dépolie. Ces distances varient suivant la longueur focale de l’objectif. On trouvera dans l’ouvrage de M. Secretan, Sur la distance focale des systèmes optiques convergents, un tableau qui donne ces écartements. Pour un sujet de grandeur naturelle, l’objectif doit être à une distance égale du modèle et de la glace dépolie. Si l’on veut faire plus petit que le modèle, on en éloigne l’objectif et on diminue le tirage de la chambre noire; pour faire plus grand, on rapproche au contraire l’appareil du sujet, et on écarte la glace dépolie. Il y a donc dans la mise au point deux conditions à remplir : d’abord déterminer la grandeur de l’image que l’on veut faire, ce qu’il est facile d’obtenir en manœuvranttoute la chambre noire
et le pied qui lui sert de support, en l’avançant et la reculant, écartant en même temps plus ou moins la glace dépolie jusqu’à ce que l’on ait obtenu sur cette glace une image de la grandeur désirée et d’une netteté approximative. Celte première position déterminée, il faut chercher une mise au point aussi parfaite que possible en manœuvrant la glace dépolie ; pour les petites dimensions, on est souvent obligé d’avoir recours à une loupe. Dans un grand nombre de circonstances cette netteté ne peut être absolue.
S’il s’agit de reproductions inanimées, on emploiera l’objectif simple (ou l’objectif orthoscopique ou le triplet) , et déplaçant la glace dépolie en avant, en arrière, on examinera le point où l’image est nette en même temps sur les bords et au centre. Lorsque le sujet comporte plusieurs plans, on devra de préférence rechercher la netteté des premiers; on obtiendra ainsi plus d’effet de perspective. Il faut se rappeler que les diaphragmes donnent une netteté générale d’autant plus grande qu’ils sont d’un plus petit diamètre, mais qu’ils diminuent d’autant la lumière et exigent par conséquent une pose plus prolongée. Si le sujet à reproduire ne présente pas de lignes bien arrêtées, comme cela arrive souvent pour les peintures, il faut mettre au centre et sur les bords des fragments de papier imprimé, sur lesquels on peut régler le point d’une manière plus rigoureuse. On doit toujours avoir soin que l’objectif et le modèle soient dans des plans parallèles, et que leurs centres soient dans le même axe, sinon il y a déformation. Ces conditions, assez faciles à remplir dans l’atelier, sont souvent impossibles à réaliser lorsqu’il s’agit de reproduire les monuments.
La mise au point pour l’objectif double est plus difficile, car nous avons vu (p. 120) que cet objectif a son
COLLODION
foyer sur une surface concave, et, à moins de faire des images très-petites relativement à la longueur focale de l’appareil, on est toujours obligé de sacrifier certaines parties. L’emploi des diaphragmes remédierait partiellement à cet inconvénient, mais la rapidité est tellement diminuée, qu’on ne peut que rarement en faire usage pour les portraits. Les chambres noires bien établies portent une bascule qui permet d’incliner la glace dépolie, et par suite le châssis. Cette disposition remédie un peu au défaut signalé.
Il ne faut pas forcer la dimension que peut donner l’objectif, on aurait ainsi des déformations considérables.
Nous ne saurions donner des règles de pose pour le portrait, c’est au goût de l’opérateur a placer convenablement son modèle, à l’éclairer de la façon la plus avantageuse. Une pose naturelle et facile, un éclairage disposé de telle sorte que les ombres soient très-adoucies, parce que toujours elles seront exagérées par la reproduction, une étude convenable du jour de l’atelier, tels sont les préceptes généraux connus de tout le monde. Les procédés photographiques constituent une manière nouvelle de rendre la nature, et l’artiste qui en a pris possession obtiendra des résultats d’autant plus heureux qu’il aura mieux étudié son sujet.
Enfin, il y a lieu de faire, en toutes circonstances, la part des sacrifices nécessaires à l’instrument qui souvent ne peut pas rendre l'image telle qu’on voudrait l’obtenir.
Lorsqu’on apporte la glace sensibilisée dans son châssis, on jette un coup d’œil sur la glace dépolie pour voir s’il n’y a pas eu de changement dans la mise au point, et celle-ci étant arrêtée d’une manière rigoureuse, on substitue le châssis à la glace dépolie, on lève la planchette, on découvre l’objectif, et l’on observe le temps
i8o Deuxième partie.
d’exposition, qui ne saurait être déterminé que par l’habitude et peut varier de l’instantanéité à plusieurs minutes, suivant l’objectif, les diaphragmes, la lumière, l’objet à reproduire, etc., ete.
Il est bon, pour la régularité des opérations, d’avoir, un compteur qui marque les secondes; à défaut de compteur, on peut en faire un avec un fil d’un mètre de long, auquel on pend une balle de plomb : on a ainsi un pendule dont l’oscillation bat sensiblement la seconde.
Pour avoir une épreuve négative qui représente l’ensemble de l’objet à reproduire, il faut toujours poser plutôt trop longtemps que pas assez; un temps de pose trop court donne des oppositions du blanc au noir trop dures, trop heurtées, manquant de détails dans les ombres et les demi-teintes; une pose trop longue donne, au contraire, un ensemble complet, mais souvent trop uniforme : il faut donc apprécier ie temps de pose d’après les objets à reproduire et d’après les effets que l’on veut obtenir.
§ 99. Développement de limage. — L’exposition terminée, on rapporte le châssis dans la pièce obscure en ayant soin de le maintenir toujours dans le même sens, afin d’éviter le retour du liquide, ce qui produirait infailliblement des taches, on retire la glace du châssis, et on • la renverse pour que la face collodionnée soit en dessus; on la met soit sur le pistolet porte-glace {fig* 3o), que
l'on emploie de préférence en campagne parce qu’il prend
COLLODION
moins de place, soit sur un cadre à poignée [fi g. 3i ), qui est généralement employé dans l’atelier. On pourrait
Fig. 3i.
également tenir la glace a la main; mais comme les réactifs agissent sur la peau, celle-ci, après quelques opérations, se trouve littéralement teinte en noir : il est donc préférable d’employer un support quelconque. L’image, invisible jusque-là, est ensuite développée par l’un des procédés suivants.
Le mode de développement le plus généralement adopté consiste dans l’emploi de la solution de sulfate de protoxyde de fer étendue, ou de sulfate double de fer et d’ammoniaque (communément bain de fer, § 91). On met soit dans un verre à fond plat et à bec, dit vase à précipiter (fig. 32),, soit dans tout autre vase qui puisse verser
Fig. 32.
régulièrement une quantité du bain de fer beaucoup plus que suffisante pour couvrir la glace en une seule nappe, et, commençant par le côté qui était dans le haut du châssis, on verse hardiment et d’un coup cette solution, non pas sur le milieu de la glace, mais sur le bord, de manière que la nappe coule uniformément sur toute la surface et déverse par le bord opposé; puis, relevant la main soit immédiatement avant que la solution ait pu s’écouler en totalité, soit après l’avoir laissée écouler et
l’avoir remplacée aussitôt par une nouvelle quantité, on promène le liquide sur toute la surface et on voit apparaître l’image.
Il y a, dans cette opération, une sorte de tour de main dont il faut se rendre maître, sans quoi les plus belles épreuves pourraient être gâtées par des taches de différente nature. Ainsi, lorsqu’on verse le liquide sur un même point, le nitrate d’argent qui reste sur la glace et qui est nécessaire au développement se trouve chassé de la place sur laquelle tombe le bain réducteur, et le développement ne se faisant à cet endroit que d’une manière très-faible, cette place reste beaucoup plus transparente que les autres. Si la nappe, au lieu de couler régulièrement, se divise en plusieurs parties, qui viennent ensuite se rejoindre, chacune de ces jonctions est marquée par une raie noire ou des jaspures qui indiquent qu’à ce point l’azotate d’argent, chassé par deux flots de liquide, en sens inverse, s’est trouvé réparti d’une manière inégale, et par conséquent a produit des taches. Lorsque l’opération est bien faite et commencée par le bord supérieur, l’azotate d’argent libre, accumulé au bord inférieur de la glace, est enlevé et rejeté au dehors par la nappe de sulfate de fer; mais, si on commence à verser cette nappe parce côté même où le liquide est accumulé, au lieu de le rejeter en dehors, on répartit la solution sur toute la surface d’une manière inégale, ce qui est encore une cause de taches. Si enfin les deux liquides refusent de se mêler parce que l’un est beaucoup plus alcoolisé que l’autre, il se fait sur toute la surface des marbrures nombreuses, et l’épreuve est perdue; on remédie à cet inconvénient en ajoutant un peu d’alcool au bain de fer.
La nappe étant régulièrement versée et promenée sur toute la surface , en supposant d’ailleurs toutes les autres
COLLODION
préparations bien réussies, l’épreuve se dessine plus ou moins rapidement, suivant le temps de pose, la température, la nature des produits employés. Si le temps de pose a été trop prolongé, toute la surface devient grise d’une manière uniforme; s’il a été trop court au contraire, les grandes lumières se marquent seules en noir, et dans les ombres la couche reste opaline sans qu’aucun détail vienne s’v dessiner même après un temps assez long; si enfin le temps de pose a été convenablement calculé, l’épreuve ne doit venir que successivement : les grandes lumières se développent d’abord , puis les demi-teintes, les moindres détails apparaissent peu a peu, même dans les parties tes moins éclairées, enfin la couche peut s’égaliser en apparence d’une manière générale; mais si l’on regarde par transparence, on voit l’image dans toute sa pureté. Si, pendant le temps nécessaire à ce développement, la solution de fer est restée trop peu abondante sur la glace, on en ajoute de nouvelles quantités, en ayant le soin, par un mouvement attentif de la main, d’opérer aussitôt un mélange général; il ne faut pas oublier toutefois que l’image ne se développe que grâce à l'azotate d’argent dont la couche de collodion est imprégnée. Plus cet azotate d’argent sera en excès relativement au bain de fer, plus l’épreuve viendra rapidement et plus elle sera noire; si, au contraire, on verse la solution de fer largement et à plusieurs reprises, de manière â balayer ce trop grand excès d’argent, l’épreuve viendra avec une plus grande transparence générale. Si on enlevait en totalité ce nitrate d’argent on n’aurait aucune image; il faut donc, suivant le sujet qu’on développe, employer une quantité de liquide révélateur plus ou moins considérable dès le début de l’opération.
La venue de l’épreuve doit être surveillée par transpa -
rence ; aussi cette opération doit-elle toujours se faire soit près de la fenêtre qui éclaire le laboratoire d’un jour jaune, et mieux encore près d’une lumière artificielle, toujours la même, munie d’un écran jaune (la lumière directe d’une bougie suffirait pour voiler l’épreuve); on fait couler dans un verre par l’angle inférieur de la glace le liquide qui la recouvre, on examine l’épreuve par transparence : si elle n’est pas assez venue , on reverse le liquide écoulé, en le faisant tomber de préférence sur les parties plus faibles. Lorsque ce liquide est devenu gris et boueux, on doit le rejeter complètement*
Il arrive souvent qu’après ce premier développement l’épreuve a assez de vigueur, c’est-à-dire que les noirs sont assez opaques (et ils ne doivent pas l’être trop) pour donner une bonne épreuve positive; on procède alors au lavage et au fixage comme il sera dit plus loin.
Mais plus souvent encore l'épreuve , quoique trèsbelle dans tout son ensemble, manque de la vigueur nécessaire et ne donnerait au tirage que des images positives, blafardes, sans aucun effet; il est alors nécessaire de la remonter, et on y arrive facilement par différents moyens.
Si l’image est près de la perfection et qu’il soit seulement nécessaire de lui donner un peu plus de ton, on rejette tout le liquide qui couvre la glace et on le remplace par une solution de nitrate d’argent faible (3 grammes d’azotate d’argent pour 100 d’eau additionnés de 5 centimètres cubes d’alcool environ). On maintient le liquide pendant quelque temps sur la glace , puis on verse une nouvelle nappe de bain de fer; le développemenl recommence alors, l’épreuve prend une vigueur nouvelle, et en alternant ainsi les deux liquides, on peut la faire arriver à l’opacité complète. Mais, comme nous venons de le dire,
COLLODION
nous préférons employer ce moyen seulement lorsqu’il s’agitcl’un renforcement léger. En effet, lorsqu’on exagère ce développement, il se forme des granulations d’argent de plus en plus grosses, qui se détachent sous le courant des liquides et causent une multitude de petites piqûres a jour dans l’épreuve. Quelques opérateurs très-soigneux lavent complètement la glace sous un courant d’eau, entre chaque développement partiel.
Si l’image beaucoup trop légère doit être renforcée vigoureusement après le bain de fer, on commence par la laver avec soin sous un courant d’eau, puis on verse sur la surface un mélange, que l’on fait au moment, de deux tiers environ de la solution d’acide pyrogallique, et un tiers de la solution faible de nitrate d’argent ( voir au Formulaire les proportions) ; on suit alors avec soin le développement de l’épreuve, et reversant dans, un verre le liquide, regardant par transparence, puis remettant le liquide sur la glace, on laisse agir ainsi jusqu’à ce qu’on ait atteint la vigueur voulue ( i);
(i) Il se présente quelquefois un phénomène assez singulier lorsqu'on fait remonter l’épreuve, l’image se renverse pour ainsi dire , le développement se produit non plus sur les noirs, mais sur les parties restées blanches jusqu’alors, et on obtient une image positive par transparence et négative par réflexion, à laquelle quelques auteurs ont donné le nom d’image cimphitype. M. le docteur Sabatier a décrit le procédé suivant qui permet de reproduire ce phénomène à volonté et d’obtenir ainsi immédiatement des images positives à la chambre noire : il suffit, après un premier développement ordinaire très-léger, de laver la glace, de la couvrir d’une solution d’argent à réaction alcaline, ou d’une faible solution alcaline i quelconque , et de recommencer le développement. Il y a tout lieu de croire que lorsque ce phénomène se présente accidentellement, on doit en rechercher la cause soit dans le manque d’acidité de l’azotate d’argent pour développement, soit dans l’alcalinité passagère des eaux de lavage. On arrive également à produire ce développement de l’épreuve amphitype en laissant arriver sur l’épreuve une faible lumière diffuse, soit qu'on j expose volontairement la glace à la lumière blanche ordinaire, soit que
le liquide se colore peu à peu en brun : s’il devient trop trouble, on le remplace après lavage par une nouvelle quantité du même mélange. Après cette seconde opération, si l’épreuve n’est pas arrivée au point voulu, on peut continuer à la développer, mais elle ne doit pas donner beaucoup d’espoir, elle se salit, et le plus souvent on n’obtient qu’un mauvais résultat.
A la place de la solution pyrogallique ci-dessus, on
peut employer la suivante :
Acide gallique 3gr
Acide pyrogallique i
Acide citrique i
Eau ilitre
que l’on additionne d’azolate d’argent en solution faible; l’action de ce liquide est plus lente, mais elle paraît donner des noirs plus vigoureux.
Lorsque l’épreuve est convenablement sortie,, on la lave avec soin sous le courant d’eau d’un robinet (i) ou avec une fiole à laver ( fig . 33 et 34) , en prenant garde que
Fig. 33. Fig. 34-
l’eau, frappant trop fort, ne passe sous la couche de collodion et ne le détache de la glace; puis, après l’avoir égouttée un instant, on procède au fixage.
cette lumière pénètre accidentellement dans le laboratoire, soit enfin que les verres jaunes ne soient pas de bonne qualité.
(1) On se sert actuellement clans les ateliers d’un robinet à ressort trèscommode, on le fait manœuvrer avec le pied au moyen d’une pédale et on a ainsi les deux mains libres.
COLLODION
Pour développer les épreuves sur colhxlion, 011 emploie également bien la solution faible d’acide pyrogallique additionné soit d’acide acétique, soit d’acide citrique, sans se servir préalablement du bain de fer.
On verse cette solution sur la glace , en ayant le soin de l’en couvrir uniformément; puis, par une suite de mouvements doux et lents, on fait marcher le liquide sur toute la surface, et on suit le développement de l’épreuve, qui apparaît rapidement quand la solution est acidulée par l’acide acétique et un peu plus lentement si on a employé l’acide citrique. On doit souvent relever la glace , reverser la solution pyrogallique dans le verre , examiner par transparence le développement de l’image, la développer de nouveau en renversant sur le coliodion le liquide du verre. La quantité d’azotate d’argent qui imprègne la glace est généralement suffisante pour le développement complet de l’épreuve; cependant si celleci ne venait pas assez vigoureuse, on mettrait dans le verre un peu de solution faible d’azotate d’argent, on ferait écouler dans le môme verre le liquide qui baigne la glace et on reverserait le tout sur le coliodion. Enfin, on arrête l’action lorsqu’elle paraît arrivée a son point.
Nota. — Si la solution devient trop trouble, trop boueuse avant la sortie complète de l’épreuve, on recommence avec une nouvelle quantité, mais il faut alors y ajouter tout de suite un tiers environ de la solution faible d’azotate d’argent, celui qui imprégnait la couche de coliodion ayant été enlevé ou décomposé par la première opération.
Lorsque l’image est sortie au point voulu, on lave avec soin et de manière a ne pas enlever la couche de coliodion, beaucoup moins adhérente que si elle avait été développée au sulfate de fer, et on porte l’épreuve à fixer.
Si l’épreuve est trop grande pour qu’on puisse la
couvrir uniformément avec la solution pyrogallique en la tenant a la main, on met çetle solution dans une cuvette inclinée, comme nous l’avons expliqué § 96, et on pose la glace, le collodion en dessous, comme s’il s’agissait de la sensibiliser; on relève et abaisse plusieurs fois de suite avec le crochet pour mélanger le nitrate de la glace et la solution, et, la laissant a plat, on suit le développement de l’épreuve. Les crochets d’argent qui servent à faire développer les épreuves ne doivent servir a sensibiliser les glaces qu’après qu’ils ont été bien lavés et bien essuyés, attendu que la plus petite trace d’acide pyrogallique ou gallique dans le bain d’azotate d’argent suffit pour altérer ce bain, faire sur les épreuves de longues taches dans le sens du crochet et même les voiler complètement.
On peut encore employer, pour développer l’épreuve, les divers procédés mis en note p. 109.
§ 100. Fiocage de V épreuve, — L’épreuve convenablement développée, bien lavée à l’eau ordinaire pour enlever la solution qui a servi au développement, contient encore de l’iodure d’argent, qui, sous Linfluence de la lumière, pourrait noircir et altérer l’effet du cliché; le fixage a pour but d’empêcher cette altération. 11 peut se faire de deux manières : i° en dissolvant l’iodure d’argent; 20 en l’empêchant de noircir. Toutes les fois qu’un négatif est vigoureux, bien réussi, il vaut mieux éliminer complètement l’iodure, on obtiendra plus de transparence. Si, au contraire, le négatif est trop faible, on peut ne pas enlever l’iodure, mais seulement anéantir sa sensibilité.
Fixage à l hyposulfite de soude. — On met dans une cuvette une solution d’hyposulfite de soude a s5 pour 100 d’eau et on y plonge complètement la glace. On pourrait
COLLODION. 189
aussi verser cette solution sur la glace en la maintenant horizontale; dans ce cas, on emploiera l’hyposulfitë de soude presque à saturation dans l’eau. On voit peu à peu disparaître la couche jaune d’iodure d’argent, on soulève la glace a des intervalles rapprochés, et on examine l’envers ; quand on ne voit plus de traces jaunes opalines d’iodure d’argent on relève la glace et on la lave à grande eau, si cela est possible, sous le robinet d’une fontaine, en ayant soin, nous le répétons, que l’eau ne frappe pas trop fort sur le collodion , parce qu’on risquerait de le détacher. Nous insistons sur un lavage un peu prolongé; en effet, la couche de collodion est imprégnée d’hyposulfite de soude, et si on ne lavait que superficiellement, au bout de quelques jours ce sel reviendrait cristalliser à la surface, rongerait l’épreuve, et le cliché serait complètement perdu. Le fixage à l’hyposulfite de soude a sur celui au cyanure de potassium l’avantage d’attaquer moins l’argent réduit, et par conséquent de respecter mieux les demiteintes.
L’image fixée à l'hyposulfite de soude apparaît par réflexion, tantôt positive, tantôt négative. Cette différence tient ii un lavage plus ou moins parfait après le développement qui est toujours acide : si le lavage a été fait avec soin , l’image paraîtra positive, quoique empâtée par le dépôt d’argent; si le lavage est incomplet, les traces d’acide citrique ou acétique qui restentsur l’épreuve suffiront pour décomposer une faible proportion d’hyposulfite de soude et pour former une certaine quantité de sulfure d’argent qui empêchera l’épreuve de prendre l’aspect positif. Celte variation ne se présente jamais avec le cyanure de potassium , qui ne contient pas de soufre et donne toujours l’aspect positif aux épreuves vues par réflexion sur fond noir. L’hyposulfite de soude employé
comme agent fixateur du collodion présente un léger inconvénient : c’est d’obliger l’opérateur à se laver les mains avec soin après chaque fixage; car il suffirait d’avoir sur les doigts quelques traces de ce réactif pour tacher toutes les glaces que l’cfti préparerait ensuite.
On peut remplacer avantageusement l’hyposulfite de soude par une solution de sulfoeyanure d’ammonium ou de potassium 'a la dose de 5o à 60 parties de sel pour ioo parties d’eau ; ce fixateur respecte très-bien les demi-teintes, et ne risque pas de donner des taches si quelques traces restaient sur les mains.
On peut employer aussi la solution de cyanure de potassium (a 2 pour ioo) : l’action de ce liquide fixateur sur l’iodure d’argent est excessivement rapide; s’il s’agit de fixer des glaces qui n’excèdent pas le quart de feuille (21 x 27), on peut le verser à la main sur le collodion; on maintient le liquide de niveau pendant quelques secondes, et aussitôt que la couche d’iodure d’argent est enlevée, on reverse la solution dans le flacon et on lave la glace pour empêcher que l’action 11e continue en attaquant l’argent; si l’épreuve est trop grande pour que le fixage se fasse facilement à la main, on peut mettre dans une cuvette la quantité nécessaire de cyanure de potassium et y plonger complètement la glace. Ce dernier procédé, très-commode, donne malheureusement des vapeurs cyanhydriques abondantes qui peuvent occasionner de violents maux de tête : il faut, quand on veut l’employer, avoir soin, après chaque fixage, de couvrir la cuvette (1) d’une glace plus grande que celle-ci. On lave ensuite l’épreuve avec soin et on la laisse sécher en
(1) Les cuvettes dont on se sert pour le fixage au cyanure de potassium doivent être en gutta-.percha ou en porcelaine, les cuvettes vernies seraient immédiatement attaquées.
COLLODION. J9T
posant le bord inférieur sur quelques doubles de papier buvard.
Si l’épreuve est faible, on n’emploie aucun de ces deux moyens qui l’affaiblirait encore, et, au lieu de chercher à dissoudre la couche d’iodure d’argent, on préfère anéantir sa sensibilité. Un lavage plusieurs fois répété atténue déjà beaucoup cette sensibilité, qui est complètement détruite si l’on passe sur l’épreuve une solution d’hyposulfite de soude qu’on ne laisse que quelques instants ou une solution de bromure de potassium à 2gr,5o pour 100, ou une solution de persulfate de fer à 2 grammes pour 1000 d’eau, ou meme une solution saturée de sel marin. On lave ensuite et on laisse sécher. Les clichés que l’on conserve ainsi donnent, en général, des images d’une grande douceur; mais il faut une longue exposition pour tirer les positifs, parce que la lumière impressionne difficilement le papier positif à travers la couche jaune d’iodure d’argent.
§101. Rehaussement de V épreuve négative . — Quelquefois il arrive après le fixage, soit à l’hyposulfite de soude, soit au cyanure de potassium, que le cliché prend plus de transparence qu’on ne s’y attendait, et il devient évident pour l’opérateur qu’il n’aura qu’un négatif sans vigueur. On peut alors faire monter le ton du cliché; on a proposé dans ce but l’emploi de divers réactifs.
Si le cliché a seulement besoin de prendre un peu plus de ton, immédiatement après le lavage qui suit le fixage, on verse sur le collodion une solution saturée de b i chlorure de mercure (sublimé corrosif) dans l’eau distillée, en quantité convenable pour couvrir toute la glace. L’épreuve se rehausse rapidement, elle devient d’un noir d’encre et prend plus d’opacité; on lave de nouveau à
IÇ)2 DEUXIÈME PARTIE.
plusieurs eaux et on laisse sécher après avoir recouvert de la solution de gomme. (Il vaut mieux qu’un cliché passé au bichlorure de mercure ne soit pas verni avec les vernis résineux ordinaires qui lui rendraient une partie de sa transparence première el détruiraient sensiblement l’action du réactif.)
On a proposé de remplacer le bichlorure de mercure par le bi-iodure de ce même métal, dissous dans i’iodure de potassium.
M. Draper a préconisé l’emploi de chlorure de palladium, etc.
On emploie également bien une solution de chlorure d’or à 2 ou 3 grammes pour i litre d’eau; cette solution peut être essayée soit seule, soit après l’action du bichlorure de mercure.
Si le cliché a besoin d’un renforcement vigoureux , on emploie le même mélange d’acide pyrogallique et de nitrate d’argent que nous avons indiqué pour développer l’image, on le verse pendant quelques instants sur l’épreuve ; l’action se fait très-rapidement, et il y a souvent lieu de craindre de remplacer un cliché trop doux par un cliché heurté. On lave de nouveau la glace, on passe rapidement dessus un agent fixateur pour être sûr d’enlever tout excès d’azotate d’argent, on lave de nouveau et on laisse sécher. On peut également remonter l’épreuve en la couvrant d’abord d’une solution de nitrate d’argent à 3 pour ioo, acidulée d’acide acétique, puis de la solution révélatrice au sulfate de fer.
Lorsque l’épreuve a été fixée a l’hyposulfite de soude, il faut, avant d’essayer ce mode de renforcement, laver avec un soin extrême et employer l’eau en grande abondance, car les plus petites traces d’hyposulfite de soude en présence d’un excès d’azotate d’argent donnent des
COLLODION
taches irréparables. Cet inconvénient, il est vrai, n’est plus à redouter si le fixage a été fait au cyanure de potassium.
Malgré toutes les précautions prises, il arrive quelquefois qu’en renforçant ainsi une épreuve après coup avec l’acide pyrogallique et l’azotate d’argent, le développement se fait d’une manière inverse et se porte sur les blancs de l’épreuve au lieu de se porter sur les noirs, et les colore en rouge brun. Cet accident doit être attribué aux mêmes causes qui produisent les épreuves dites amphitypes , lesquelles sont positives a la fois par transparence et par réflexion (p. 1 85 ) .
§ 102. Séchage. — L’épreuve étant terminée, convenablement lavée, on examine s’il ne reste pas à la surface quelques poussières, quelques impuretés qu’un nouveau courant d’eau pourrait emporter. On la pose ensuite sur plusieurs doubles de papier buvard le long du mur, le
collodion en dessous; on peut également employer un support composé de deux planches à rainures sur les— 4e êd. i3
quelles on fait tenir une certaine quantité de glaces, puis on laisse sécher spontanément [fig- 35).
Toutefois rien n’empêche, si, l’on est pressé, d’activer la dessiccation par une chaleur artificielle-; cependant les eoliodions qui ont une tendance à se casser et à se déchirer par lambeaux en séchant semblent plus susceptibles encore de s’altérer si on les chauffe trop rapidement.
§ 103. Vernis . — Le cliché étant parfaitement sec, on. peut s’en servir immédiatement pour tirer des épreuves positives; mais toutes les. fois que l’on tient à un cliché, il faut le recouvrir d’un vernis qui puisse le mettre à l’abri des frottements. Quelques personnes se servent simplement d’une solution de gomme arabique à 10 grammes de gomme pour 100 grammes d’eau; cette solution étant parfaitement claire et limpide, exempte de bulles et d’impuretés, est versée immédiatement après le lavage sur l’épreuve terminée; on laisse égoutter pendant quelques instants, on verse une seconde dose de gomme, puis on abandonne la glace à la dessiccation spontanée. Ce vernis a l’avantage de ne pas donner de transparence aux noirs, il convient -surtout aux épreuves un peu trop faibles. Nous avons remarqué que si on laisse d’abord sécher la glace et qu’on la mouille une seconde fois pour appliquer plus facilement la solution de gomme, le cliché prend plus d’opacité.
L’albumine peut parfaitement remplacer la gomme : on la verse et laisse sécher de la même manière, et si l’on veut un vernis très-résistant, on coagule cette albumine en faisant passer la glace dans un bain d’azotate d’argent acidulé par l’acide azotique. L’épreuve lavée ensuite avec soin est fixée dans une solution faible d’hyposulfite de soude pour dissoudre la combinaison sensible d’albumine
COLLODIOJNT.
et d’azotate d’argent, puis lavée une dernière fois et mise à sécher. Toutefois ce dernier moyen peut amener des soulèvements et perdre ainsi une belle épreuve.
Le plus souvent on emploie soit les vernis résineux que l’on trouve dans le commerce, soit ceux que l’on fait soi-mème. Nous avons dit, § 93, que celui que nous préférions était le vernis composé de
Gomme laque. ..... iogl
Élémi 38r
Alcool à 4o°, ioo'c
Quel que soit du reste le vernis que l’on choisisse, le •mode d’emploi est le même.
Sur la glace préalablement chauffée à une douce température, et avec soin pour éviter de la casser, on verse le vernis comme on a versé le collodion, et, après avoir fait égoutter, on chauffe de nouveau toute la surface qui doit prendre le poli du verre ; on a soin de poser l’angle d’écoulement sur un papier qui, absorbant l’excès de vernis, empêche celui-ci de remonter en faisant bourrelet.
Le meilleur mode de chauffage est, soit un feu de braise, soit l’air chaud sortant d’une bouche de calorifère. La lampe à alcool, excellente pour les petites dimensions, est d’un moins bon usage si les glaces dépassent 18 x n4; elle ne chauffe pas d’une manière assez uniforme, et on court le danger d’enflammer l’alcool du vernis.
Le vernis appliqué à chaud donne aux noirs beaucoup plus de transparence, l’aspect du cliché gagne généralement; mais dans certains cas cette transparence devient un défaut; on doit alors chercher à obtenir un vernis mat, il suffit pour cela de vernir a froid avec le vernis au
benjoin :
Benjoin. .... ..... iosr Alcool à 4°°- ...••• ioocc
[96 DEUXIÈME PA.RTIE.
Le vernis étant versé, on pose l’angle par lequel il s’est écoulé sur du papier buvard placé sur une table, et, appuyant l’angle supérieur contre le mur, on laisse le vernis sécher à froid à l’abri de tout courant d’air. Lorsque la dessiccation est complète, la surface n’a pas le brillant flatteur d’une glace vernie à chaud, mais les noirs n’ont rien perdu de leur opacité. Le vernis mat a le double inconvénient de ne pas être solide et de prendre facilement des taches -d’azotate d’argent si le papier positif qu’on y applique n’est pas parfaitement sec.
Même après dessiccation complète au feu, on doit attendre pendant quelques heures pour que le vernis durcisse, avant de tirer une épreuve positive, sans quoi le contact du papier pourrait en altérer la surface.
§ 104. Disposition des clichés. — Les clichés étant vernis, on nettoie l’envers avec un tampon de coton imbibé d’alcool, de manière à enlever toutes les taches de vernis ou autres qui pourraient se trouver au dos, et on les examine par transparence afin de remédier autant que possible aux divers défauts qu’ils peuvent présenter.
En première ligne, même dans un cliché parfaitement réussi, il y a souvent quelques petits points blancs, résultat de quelques grains de poussière : on les bouche avec la pointe d’un pinceau très-fin trempé dans l’encre de Chine.
S’il s’agit de paysage, il arrive fréquemment que, les ciels étant trop transparents, on est forcé de les masquer; cette opération peut dans certains cas se faire assez facilement en collant sur V envers du cliché une feuille de papier jaune ou noir; lorsqu’elle est encore humide, on déchiquète avec une pointe le papier de manière à laisser une bande d’environ 2 millimètres d’intervalle entre le
COLLOOJON.
papier et les contours du paysage, et on reprend ensuite ces contours sur le vernis du côté de l’épreuve au moyen d’un pinceau trempé dans l’encre de Chine.
Toutes les opérations qui ont pour but la retouche d’un cliché se font avec une facilité bien plus grande lorsqu’on se sert du pupitre spécial pour ce genre d’opération . 36).
lug. 36.
Lorsqu’on a tiré l’épreuve, si elle vient trop molle dans son ensemble, on remédie en partie à ce défaut en collant par derrière une feuille de papier dioptrique. Pour cela on mouille cette feuille des deux côtés avec une éponge , on passe sur les bords du cliché, à l’envers, un pinceau imbibé de colle forte, et on y applique la feuille de papier dioptrique qui se tend parfaitement par la dessiccation. Si au contraire le cliché essayé donne des oppositions trop fortes dans les ombres et les clairs, on tâche d’y apporter remède en estompant sur le papier dioptrique avec un peu de mine de plomb, ou en appliquant directement sur le
verre an peu de bitume de Judée dissous dans P essence de térébenthine. Si les contours des parties trop transparentes sont nettement accusés, on peut coller en plein une feuille de papier dioptrique qu’on découpe après en suivant exactement ces contours; mais une épreuve ainsi traitée doit être tirée soit à l’ombre, soit en la plaçant perpendiculairement aux rayons du soleil. Ajoutons tout de suite que ces divers remèdes ne font que pallier les défauts et qu’il vaut mieux, si cela est possible, recommencer le cliché.
Lorsque l’épreuve positive terminée doit être ovale, ronde ou à coins arrondis, et s’il est nécessaire d’en tirer un certain nombre, on trouvera plus commode de donner immédiatement cette disposition au cliché, ce que l’on obtient en faisant un découpe de cette forme de la grandeur voulue dans du papier noir mince, et en collant ce découpe en plein sur le vernis du cliché : on aura ainsi des épreuves positives qui sortiront avec la forme spéciale et des marges blanches imitant le papier de Chine.