AUTRES PROCÉDÉS AU COLLODION
Dans les paragraphes qui précèdent nous avons donné une méthode complète pour exécuter le eollodion et opérer dans les conditions ordinaires; quelle que soit la formule qu’on ait adoptée, avant de s’occuper des diverses modifications proposées ici et qui donnent d’excellents résultats dans des circonstances spéciales, il faudra être parfaitement sûr des manipulations précédentes.
Nous avons réuni principalement dans les paragraphes qui suivent les procédés divers qui empêchent la couche de eollodion sensibilisée de sécher avec trop de rapidité.
§ 105. Emploi du sucre.— Nous devons à l’obligeance
COLLODION
de M. Fierlants, qui s’occupe spécialement de la reproduction des tableaux, la communication des formules suivantes qu’il emploie pour des tableaux de teintes foncées et de reproduction difficile.
i° Collodion.
Ether à 62° 65, 00
Alcool à 4.00 . 35,oo
Coton-poudre 1,10
lodure de cadmium. . . . o,go Bromure de cadmium.. . 0,40
Chlorure de cadmium.. . o,o5
20 Bain sensibilisateur.
Eau distillée. . ........... ioo£r
Azotate d’argent cristallisé . g Sucre blanc g
Laissez la glace au moins un quart d’heure sur ce bain.
3° Solution pour développer {k).
Acide pyrogallique ....... isr
Acide acétique 3o
Alcool 3o
Eau distillée 1000
Solution pour continuer le développement (B).
Acide pyrogallique igr
Acide acétique. i5
Alcool . ... t o
Eau distillée 3oo
M. Fierlants ajoute au collodion une forte proportion de bromure soluble pour obtenir une surface plus impressionnable par les couleurs peu photogéniques, § 73. L’addition du sucre dans le bain d’argent permet de prolonger le temps de pose, parce que la glace sèche plus
difficilement et conserve alors sa sensibilité. Le développement de l’image se fait en recouvrant la glace avec la solution (À) et Sa laissant couverte jusqu’à ce que l’épreuve soit accusée dans toutes ses parties; il est préférable de faire cette opération dans une cuvette. Quand l’image est accusée, on continue le développement en remplaçant la solution faible (A) d’acide pyrogallique par la solution (B) plus concentrée, à laquelle on ajoute, pour faire monter l’épreuve , quelques gouttes d’azotate d’argent.
Quand l’épreuve est arrivée à la vigueur que l’on désire, on lave avec soin et on fixe par une solution de
Eau iooogr
Cyanure de potassium .... 3o
Cette solution ne doit séjourner qu’un temps très-court sur l’épreuve pour éviter son action trop énergique qui altérerait les parties faibles. On la remplace avantageusement par une solution concentrée d’hyposulfite de soude.
Si le cliché n’a pas assez d’intensité pour supporter ce mode de fixage, on peut le remplacer en passant sur l’épreuve une solution de bromure de potassium contenant 2§r,5o de bromure pour ioo d’eau.
Quand il s’agit de reproduire des tableaux clairs, on suit les procédés ordinaires avec un collodion bromuré. Pour les gravures on doit employer un collodion donnant des épreuves dures; il suffit généralement d’ajouter dans le collodion quelques parcelles d’iode libre.
M. Bayard, sans rien changer aux formules ordinaires de collodion, ajoute souvent au bain d’azotate d’argent du sucre blanc, G à 10 grammes par 100 centimètres cubes; il obtient ainsi des glaces qui peuvent supporter
COLLODION
sans sécher une pose beaucoup plus longue. C’est une ressource précieuse, surtout en été, pour la reproduction des tableaux, ou toute autre opération qui demande une pose prolongée.
Les bains sucrés doivent être conservés avec soin dans l’obscurité, car sous l’influence de la lumière le sucre devient un réducteur énergique qui précipite l’argent à l’état métallique et altère le bain très-rapidement.
§ 106. M. Legray a pu conserver pendant deux ou trois jours des glaces collodionnées sensibles en versant simplement sur la glace, au sortir du bain d’azotate d’argent, une couche de lait écrémé et filtré; la glace, posée sur un angle, est ensuite abandonnée à dessiccation dans une obscurité complète. Le temps de pose est environ six fois plus long qu’aVec le collodion humide.
M. Cliffort a remplacé le lait par la bière additionnée de 3 pour ioo d’azotate d’argent et de 2 pour 100 d’acide acétique. Cette préparation est filtrée dans une cuvette et 011 immerge dans ce bain la glace collodionnée sensibilisée et préalablement lavée à l’eau distillée. (Ne sérait-il pas plus simple de sensibiliser immédiatement la glace dans le bain de bière additionnée d’azotate d’argent?)
§ 107. Emploi de la glycérine. — La glycérine est un produit que l’on sépare des corps gras neutres par la saponification ( voir% 39). La propriété que possède ce corps de ne pas sécher le rendait à priori éminemment propre à conserver le collodion. Pourtant nos premiers essais n’avaient pas réussi, sans doute à cause de l’impureté du produit. M. Henri Pollock et M. Llewelyn ont renouvelé ces essais en Angleterre, et, avec une glycérine plus pure,
ils ont obtenu de bons résultats, en employant la formule suivante (que nous citons textuellement) :
i° Ajoutez au collodion ordinaire 1 5 gouttes de glycérine pour ioo centimètres cubes.
2° Dans le bain d’argent, mettez i partie de glycérine pour 5 d’eau.
3° Préparez un second bain d’argent contenant seulement igr,5 d’argent pour 85 centimètres cubes d’eau et i5 centimètres cubes de glycérine.
La glace collodionnée à là manière ordinaire est sensibilisée d’abord dans le premier bain; puis on l’immerge une minute dans le second bain; on la lave ( i ) et inet à égoutter sur une feuille de buvard. Cette glace peut servir pendant une semaine.
11 suffit, pour développer, de passer sur la surface une couche d’eau distillée et de verser une solution d’acide pyrogallique ordinaire additionnée d’azotate d’argent faible. La glycérine altère le bain d’argent au bout d’un temps assez court; il faut alors le filtrer ou même le renouveler. Cet inconvénient ne présente aucune gravité quand on se sert de cuvettes horizontales qui ne demandent qu’une très-faible quantité de bain.
§ 108. Toutes les matières gommeuses, sirupeuses, sucrées, telles que le miel, la gomme, les mucilages, le glucose, etc., etc., peuvent conserver au collodion sa sensibilité ; il en est de même de tous les sels neutres déliquescents, qui sont sans action sur la couche de collodion et l’azotate d’argent. Ainsi les azotates de chaux, de magnésie, l’azotate double d’ammoniaque et de magnésie,
(i) 11 est à craindre que ce dernier lavage, indiqué par les auteurs, n’enlève toute la glycérine, et l’on devrait peut-être laver l’épreuve dans une eau contenant encore de la glycérine et la laisser sécher.
COLLODION
l’azotate de manganèse ont été successivement proposés. Ces substances diverses, ainsi que celles employées dans les formules que nous avons données ci-dessus, ne réalisent pas exactement un colîodion sec. Elles donnent au contraire au colîodion la propriété de ne pas sécher et de conserver ainsi sa sensibilité pendant un temps plus ou moins long.
Nous réunissons dans le chapitre suivant quelquesunes des nombreuses formules que l’on a données pour obtenir le colîodion sec. Parmi celles-ci il en est que l’on devrait peut-être classer comme donnant des collodions conservés humides, mais nous avons pensé qu’il valait mieux réunir en un même chapitre tous les procédés qui ont été publiés sous le nom de colîodion sec.