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EMPLOI DU BICHROMATE I)E POTASSE

§ 239. Lorsqu’un mélange de bichromate alcalin et d’une substance organique, telle que la gélatine, l’albumine, la gomme en dissolution dans l’eau, est exposé à l’action de la lumière, il se forme un produit insoluble. Ce fait, signalé en 1 838 par Mungo Ponton, a été, pour la première fois, appliqué par M. Talbot pour obtenir la gravure héliographique; et, depuis, MM. Poitevin, Pouncy, Salmon, Garnier, Fargier, Swann, Placet, etc., etc., se sont servis de la même réaction pour obtenir des épreuves photographiques sur papier dont le dessin pouvait être formé à volonté par le charbon ou une poudre colorée quelconque.

§ 240. M. Poitevin a donné la description suivante d’un de ses procédés :

« Pour préparer les papiers, je les recouvre d’une dis- » solution concentrée d’un des corps organiques précités » (gomme, gélatine et congénères) et additionnée d’un * sel à acide chromique ; après dessiccation, je soumets à » l’influence de la lumière directe ou diffuse à travers le » cliché du dessin a reproduire; après un temps d’expoj sition variable , j’applique au tampon ou au rouleau > une couche uniforme d’encre grasse typographique ou

PROCÉDÉS PARTICULIERS. f\2Q)

» lithographique, éclaircie préalablement, et je plonge » la feuille dans l’eau. Alors toutes les parties qui n’ont » pas été impressionnées abandonnent le corps gras, » tandis que les autres en retiennent des quantités pro- » portionnelles à celle de la lumière qui a traversé le » cliché. »

Un second procédé a été indiqué par M. Poitevin :

« J’applique les couleurs diverses liquides ou solides » sur le papier, les étoffes, le verre et d’autres surfaces, » en mélangeant ces couleurs avec le mélange ci-dessus » indiqué (bichromate de potasse et matière organique), » et appliquant ce mélange ou cette combinaison sur le » papier ou toute autre surface.

» L’impression photographique, sur cette surface pré- » parée, se produit par l’action de la lumière passant à » travers un négatif photographique, une gravure ou un » objet convenable, ou enfin à la chambre noire; on » lave ensuite au moyen d’une éponge et avec une grande » quantité d’eau. L’albumine ou la matière organique » devient insoluble dans les parties où la lumière afjagi,

» et le dessin est reproduit par la couleur que l’on a » employée. » On pourrait également, sans doute, le reproduire en teinture, avec les nouvelles couleurs obtenues de l’essence de houille, qui prennent directement sur albumine.

§ 241. Le procédé de M. Pouncy, tel qu’il a été publié en France, offre la plus grande analogie avec le dernier mode de M. Poitevin : il consiste à prendre une solution saturée de bichromate de potasse que l’on mélange avec une solution de gomme arabique ayant la consistance d’un vernis léger. On mêle ensemble 1 5 grammes de la solution de bichromate de potasse, i5 grammes de la solution de

43o deuxième partie.

gomme arabique et 4 grammes de charbon végétal porphyrisé, puis on passe à travers un linge de mousseline très-fine. Au moyen d’un pinceau en poils de chameau, on recouvre d’une manière uniforme , avec cette préparation , une feuille de papier préalablement tendue, et, lorsqu’elle est sèche, on l’expose sous un négatif de quatre à huit minutes au soleil, puis on immerge l’épreuve dans l’eau, l’image en dessous, et on l’abandonne cinq ou six heures; enfin on termiqe par un lavage fait sous un robinet. Partout où la lumière n’a pas frappé, le mélange est resté soluble, il est entraîné par l’eau ainsi que le charbon incorporé; l’effet contraire a lieu partout où la lumière a frappé, et le charbon, retenu par la matière organique devenue insoluble, reste en plus ou moins grande quantité sur le papier et forme l’image.

§ 242. MM. Salmon et Garnier ont indiqué deux procédés pour obtenir des épreuves au moyen -de poudres colorées. Ces procédés, que nous ne pouvons séparer, sont basés sur des réactions du même genre que les précédents , mais ils diffèrent dans l’application. Les substances employées, d’une nature en quelque sorte poisseuse, peuvent prendre le noir uniformément, à moins que la lumière n’ait réagi sur elles et ne les ait rendues incapables de faire adhérer le noir qu’on leur présente. Aussi MM. Salmon et Garnier emploient-ils un positif au lieu d’un négatif pour tirer leurs épreuves : là où le positif laisse passer la lumière, le réactif influencé ne prend pas le noir; il prend, au contraire, une quantité de poudre plus ou moins considérable là où la lumière n’a pu agir. On peut ainsi, avec un positif, obtenir directement un autre positif.

Les auteurs ont employé d’abord une solution très-

épaisse de citrate de fer qu’ils étendent avec un tampon de linge doux , d’une manière très-égale, sur une feuille de papier satiné.

Le papier, préparé et séché dans l’obscurité, est ensuite exposé à la lumière, sous un cliché positif, pendant un temps qui peut varier de huit a trente minutes. Après l’exposition, on retire le papier sur lequel l’image apparaît déjà; mais on la fait sortir beaucoup plus vigoureuse en fixant, par les angles, le papier sur une table, puis passant à sa surface un tampon de coton saupoudré de noir ou de toute autre poudre très-divisée. Rien ne paraît d’abord, mais il suffit de projeter l’haleine pour que le réactif très-hygrométrique reprenne plus ou moins d’humidité, suivant qu’il a été plus ou moins influencé, et le noir, adhérent alors, dessine nettement l’image. Pour fixer l’épreuve, on la plonge dans un bain d’eau très-propre, le citrate de fer se dissout, la poussière de charbon reste sur le papier; on vernit ou gomme au besoin, et l’épreuve est terminée.

§ 243. MM. Salmon et Garnier remplacent, dans un deuxième mode d’opérer, la solution épaisse de citrate de fer par du bichromate d’ammoniaque bien neutre, 7sr,5 additionnés de 3o grammes de sucre blanc, de 3o grammes d’eau ; après avoir fait dissoudre ce mélange, on y ajoute i o grammes d’albumine préalablement battue, puis reposée, dans laquelle on avait introduit quelques parcelles de bichromate. Cette mixture est ensuite étendue sur une feuille de papier, puis, après dessiccation , exposée sous un positif; après le temps convenable d’exposition, on retire le papier et on étend sur ia surface, avec un pinceau, du noir d’ivoire bien divisé. On plonge la feuille dans l’eau , en la promenant de temps

en temps pour faciliter la dissolution du bichromate de potasse; enfin , pour donner plus d’éclat aux blancs, on la met dans un bain composé de 100 parties d’eau et 5 parties d’une solution concentrée d’acide sulfureux ; l’épreuve, sans doute après un dernier lavage à l’eau pure, est séchée, puis collée, et vernie s’il est besoin.

§ 244. Le procédé que M. Fargier a communiqué à la Société photographique est également basé sur la réaction que la lumière fait subir a un mélange de bichromate de potasse et de matière organique. L’auteur fait d’abord un mélange de gélatine blanche, 8 grammes qu’il fait dissoudre dans environ 8o grammes d’eau, et y incorpore en broyant i gramme de noir fin, préalablement lavé au carbonate de soude, puis a l’acide chlorhydrique pour enlever toutes les matières grasses ou résineuses; il ajoute quelques gouttes d’ammoniaque pour décomposer l’alun contenu dans la gélatine, et enfin i gramme de bichromate de potasse. Ce mélange est filtré à travers un linge, puis étendu encore chaud sur une glace convenablement nettoyée et séché ensuite à une douce chaleur.

La glace ainsi préparée est exposée quelques secondes à la lumière, puis couverte d’un négatif et exposée quelques minutes au soleil.

Jusqu’ici ces procédés, on le voit, rentrent dans ceux de MM. Poitevin et Pouncy, mais il y a une différence notable dans la manière de dépouiller l’épreuve.

Sous Pinfluence de la lumière et du bichromate de potasse, la gélatine est devenue insoluble. Cette réaction, cause de l’insolubilité, est plus ou moins profonde, suivant l’intensité lumineuse, et bon doit admettre que les deux faces de la préparation sensible sont dans un état

tout à fait différent et pour ainsi dire opposé. La face qui touche immédiatement la glace, protégée contre la lumière par les couches supérieures, est restée soluble, sauf peut-être en quelques points où la lumière a été très-vive. La couche extérieure est, au contraire, insoluble sur toute la surface ; enfin, entre ces deux couches il y a des parties insolubles plus ou moins profondes, suivant l’intensité de la lumière qui a traversé le négatif. Pour laver convenablement une épreuve dans ces conditions, il faut que le lavage se fasse en dessous, sur l’épreuve décollée. Pour cela, on recouvre l’épreuve de deux couches successives de collodion, puis on immerge dans une bassine d’eau tiède. Le collodion ne tarde pas à se soulever, entraînant l’épreuve avec lui, et la pellicule flotte dans la cuvette où l’on continue le lavage jusqu’à ce que tout le noir et la gélatine en excès soient emportés. De cette manière, les demi-teintes les plus fines restent adhérentes au collodion, et l’image vient parfaitement pure. On fait glisser dessous avec précaution un papier gélatiné sur lequel on l’étend; on laisse sécher en piquant le papier sur une planche, et l’épreuve est terminée.

§ 245. M. Swann indique le procédé suivant : il prépare une solution de 2S parties de bichromate d’ammoniaque pour ioo parties d’eau; et pour i partie de cette solution il ajoute 8 parties d’eau, 2 parties de gélatine, 1 partie de sucre et la quantité de matière colorante nécessaire pour produire l’intensité de ton que l’on désire obtenir: cette matière colorante est le plus souvent l’encre de Chine seule ou mélangée d’indigo et de carmin.

On commence par couvrir une glace avec du collodion non ioduré, puis, avec le mélange ci-dessus et lorsque 4e éd. 28

le tout est sec , on détache de la glace la pellicule qui en résulte. Cette feuille peut se tenir à la main comme une feuille de papier. On expose sous un négatif, en ayant soin de mettre en contact avec l’épreuve la face collodionnée de la feuille préparée.

Un essai préalable détermine le temps de pose, la feuille retirée du châssis présente une image à peine visible et doit être lavée; mais elle n’offrirait pas alors assez de résistance, il faut d’abord la coller sur un support qui n’est autre qu’une feuille de papier.

Une fois collée, on lave l’épreuve dans l’eau à 35 ou 4 o degrés centigrades, elle se dégage alors facilement; on facilite l’opération en la frottant légèrement avec un large blaireau et on termine sous un filet d’eau.

O11 peut alors transporter la feuille de gélatine eollodionnée sur un autre papier pour la remettre dans son vrai sens.

§ 246. Emaux photographiques. — On comprend facilement qu’il soit possible, dans les procédés qui précèdent ou dans ceux qui suivent, de remplacer les poudres de charbon, de sanguine ou autres par des poudres vitrifiables que l’on dépose ensuite sur un fond d’émail, et que l’on passe au moulle d’émailleur à une température suffisante pour en opérer la fusion. On peut obtenir ainsi des émaux tout à fait inaltérables. Cette application nouvelle est parvenue a une grande perfection; les émaux deM. Poitevin, et ceux que M. Lafon de Camarsac obtient par des moyens qui lui sont particuliers, constituent une nouvelle branche d’industrie.

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