DU MERCURE ET DE SES COMPOSES
Mercure. Pes. i3,56. Ce métal, appelé aussi vifargent, fut connu dès les temps les plus reculés; on l’employait alors comme aujourd’hui pour appliquer l’or sur les autres métaux. Il est fluide à la température ordinaire, d’un blanc d’argent; volatil à 35o° , inodore, insipide et susceptible de se solidifier à environ — 4°° > il ressemble alors à l’argent et devient malléable : on t le trouve quelquefois à l’état natif, mais en général il est, , dans la nature , combiné avec le soufre ; il porte alors le nom de cinabre ou de vermillon ; on l’isole en le distillant avec de la chaux vive ou de la limaille de fer qui s’emparent du soufre. On exploite ce métal sur le territoire autrichien , en Espagne et dans 1 Amérique du Sud .
Le mercure a près de quatorze fois le poids de Eeau ; c’est le plus pesant des métaux après l’or et le platine : un morceau de pierre , de fer , de plomb , <f argent mis dans le mercure, surnage à sa surface comme un morceau de bois sur l’eau. Ce métal ne .décompose l’eau ni à chaud ni à froid , et ne s’empare de l’oxigène de l’air qu’à l’aide de la chaleur.
On emploie le mercure pour la construction des baromètres et des thermomètres, l’étamage des glaces, etc. Dans les pays qui possèdent des mines d’or et d’argent, on s’en sert pour séparer ces métaux des matières étrangères. C’est ce qu’on appelle amalgamation.
La pharmacie en consomme une assez grande quantité pour préparer l’onguent mercuriel , les oxides de mercure, le sublimé corrosif, le calomel, etc. , etc.
Le mercure a une grande affinité pour les autres métaux ; ces alliages prennent le nom d’ amalgames .
Une partie de zinc, deux parties de mercure et une d’étain forment un amalgame qui cristallise, lorsqu’après avoir été fondu on le laisse réfroidir lentement. On se sert de cet amalgame pour l’excitation des mach ines électriques.
Le mercure s unit facilement à l’étain, même à froid, et ces métaux peuvent ctre combinés en toutes proportions , en mettant du mercure dans l’étain fondu. L’amalgame d’étain , lorsqu’il est formé de trois parties de mercure etd une partie d’étain, cristallise en lames carrées grises et brillantes. Ou emploie l’amalgame d etain pour 1 etamage des glaces ; on applique sur une table une feuille d’étain extrêmement mince et bien battue : on l y etend avec une règle polie , arrondie du cote où elle presse l’étain ; on recouvre ensuite de mercure la surface de cette feuille , que l’on tamponne avec soin jusqu a ce que les deux métaux soient incorpores ; on fait alors glisser une glace sur cet amalgame , et on 1 y maintient par des poids : l’excès de meicure s écoulé , et en très peu de temps la feuille etamee adhère à la glace et la convertit en miroir.
On peut unir l’antimoine au mercure en versant ce. métal en fusion dans du mercure presque bouillant. En mêlant de cette manière trois parties de mercure avec une partie d’antimoine fondu , on obtient un amalgame mou qui se décompose très promptement de lui- même.
Un mélange de trois parties de mercure, d’une partie de plomb et d’une partie de bismuth forme un amalgame parfaitement fluide. Ce composé triple peut être passé à travers une peau de chamois sans éprouver de décomposition ; le mercure est souvent falsifié par la présence de ces métaux ; mais il fait alors la queue , c’est-à-dire qu’en agitant une goutte de ce métal sur un vase à fond plat , cette goutte , au lieu de conserver la forme sphérique , se termine en pointe et adhère en partie à la surface du vase. Ces falsifications sont très nuisibles lorsqu’on emploie le mercure pour les préparations pharmaceutiques; aussi dans les pharmacies doit-on distiller le mercure que livre le commerce.
La propriété qu’a le mercure de dissoudre une certaine quantité d’or et d’argent a fourni aux alchimistes un moyen d’en imposer et de faire croire qu’ils avaient réussi à opérer la transmutation des métaux. Us employaient dans leurs opérations du mercure qui tenait en dissolution des petites quantités de ces métaux; et comme le premier se volatilise par la chaleur , ils obtenaient le second à nu. Il eût été facile de découvrir la fraude ; mais ils se gardaient bien d’exposer leur mercure aux regards des spectateurs.
Oxides. Les oxides de mercure connus jusqu’à présent sont au nombre de deux,
Protoxide (éeh. syn. 200 mer. , Boxig. ) : poudre noire, sans aucun éclat métallique, d’une saveur cuivreuse, insoluble dans l’eau , et que.l on appelait anciennement éthiops perse . On l’obtient en traitant le protonitrate de mercure par l’ammoniaque : le précipité noir , lavé avec soin et séché à l’abri delà lumière, constitue le protoxide. M. Guibourt assure que cet
•oxide présente des globules de mercure coulant , qu on peut les apercevoir à la loupe , et même a 1 œil nu , lorsque cette poudre est soumise a une torte pression . selon lui , cette poudre ne serait qu’un mélangé de mercure et de deutoxide, et le protoxide n cxisteiail que combiné avec les acides. .
Deutoxide ( comp. éch. syn. 200 merc. , 16 oxig.); poudre rouge-orangée, appelée anciennement précipité perse , que l’on obtient en exposant le nitrale de mercure à une température qui s’élève graduellement : l’acide nitreux se dégage en partie , et la combinaison se réduit en un oxide rouge brillant , qui retient neanmoins encore une petite quantité d’acide ; cet oxide est employé en médecine pour la destruction des vermines et pour le traitement des ulcères vénériens, après l’avoir mêlé à un onguent. Chauffé fortement, le précipité rouge dégage de l’oxigène mêlé de gaz. azote , et le mercure se sublime à l’état métallique. La lumière le décompose ; il est faiblement soluble dans l’eau , lui communique une saveur métallique très prononcée et la propriété de verdir le sirop de violette. On peut encore préparer le deutoxide de mercure en traitant le deutonitrate de mercure par la potasse. Le précipité obtenu ainsi et agité dans l’ammoniaque liquide, se combine à cet alcali en formant un composé blanchâtre insoluble dans l’eau et qui détonne lorsqu’on l’expose à la chaleur : on le connaît sous le nom d arn-
moniure de mercure.
Sulfures de mercure. Le soufre peut s’unir au mercure en deux proportions , et forme ainsi Je protosul— fure qui est noir, et le dcutosulfure qui est rouge. i° En triturant ensemble dans un mortier deux parties de soufre et une de mercure, ce métal disparaît par degrés , et le tout prend la forme d’une poudre noire que l’on appelait anciennement éthiops mercuriel Du minéral. On peut aussi l’obtenir en faisant passer un courant de gaz acide bydrosuîfurique dans une dissolution acide de mercure : le sulfure noir se précipite;
ce sulfure peut donner, lorsqu’on le comprime, du mercure cou ant; sa composition n’est pas bien déterminée, bunant 1 echelle synoptique; il serait formé de 200 de
mercure , et de 16 de soufre.'
2 Deuto- sulfure, comp. iooinere., souf. 32 (éch
Syn’ -?°0 n,er'ur.Ç * 32 soufre), appelé aussi cinabre ou lUo,h est d une couleur violacée lorsqu’il est en
vermi
nstaux ; sa poudre est d un rouge éclatant. On le prépare comme «1 suit : on triture ensemble 3oo parties de mercure et 68 de soufre, le tout humecté de quelques gouttes d une dissolution de potasse ; au bout de quelque temps 1 ethiops mercuriel est formé : on ajoute .a. °/c 1 \° Par^ies de potasse dissoutes dans une quani e ega e eau. On expose le vase qui contient le méangc a la flamme d une bougie, en continuant de triturer sans interruption ; à mesure que l’évaporation du liquide a lieu, on ajoute de temps en temps de l’eau pure, ce maniéré que le mélange soit constamment recoin ert du liquide à la hauteur d’environ 25 millimétrés. Apres deux heures de trituration soutenue, et ordinairement quand une grande partie du liquide est evaporee, la couleur noire passe au brun, et alors très rapidement au rouge : il ne faut plus ajouter d’eau, mais la trituration doit être continuée : lorsque la masse a acquis la consistance d’une gelée , la couleur rouge devient de plus en plus brillante : à l’instant ou cette couleur est Ja plus belle possible, on relue le compose du feu et il conserve une belle coucur rouge de carmin. Ce procédé est préférable lorsque 1 on veut obtenir le cinabre en poudre pour les besoins des arts; mais le deutosulfure peut encore se préparer en plaçant l’éthiops mercuriel dans un matras et chauffant à une chaleur voisine du rou^e • il y a dégagement de vapeurs sulfureuses; le cinabre *e s^bljme en aiguilles violacées qui passent au rouge par la pulvérisation. Ce sont principalement les ïïolan aïs qui fabriquent Jecjnabre ou vermillon, mais on ait que le vermillon de Chine est encore plus brillant
MERCURE. 1 3 g
que celui qu’ils préparent. Le cinabre, tel qu’il sc trouve dans la nature , est rarement assez pur pour l’emploi que l’on en fait dans les arts.
C’ust , comme nous l’avons dit, de ce sulfure de mercure, qui se trouve en grandes masses, que l’on extrait le métal ; il est décomposable par une forte chaleur ; le fer et plusieurs métaux chauffés avec lui , lui enlèvent le soufre qu’il contient ; l’air et l’oxigène sont sans action sur lui à froid.
Chlorures de mercure. Le chlore s’unit au mercure
en deux proportions; il forme le proto et le deutochlo— rure demercure. Ces deuxeomposés peuvent également s’appeler proto et deutohydrochlorate de mercure.
Le perchlorure de mercure ( éch. syn. 7 4 at'idc hydroehlorique , 216 de deutoxide de mercure ; ou bien 72 chlore , 200 de mercure) s’appelait anciennement sublimé corrosif , mercure corrosif : on ignore l’époque de sa découverte : Avicenne en fait mention vers le milieu du onzième siècle. Ce composé , lorsqu’il est obtenu par la sublimation , est sous forme d’une belle masse blanche , demi-transparente , formée de petites aiguilles prismatiques ; mais si on le prépare par l’évaporation de sa dissolution , il cristallise en prismes T'homboïdaux ou quadrangulaires. L’eau peut dissoudre la moitié, et l’alcool les 88/ioo de son poids; cette solution a une saveur métallique très désagréable. Le meilleur procédé pour le préparer est de sublimer dans tm matras de verre un mélange de cinq parties de proto et dcutosulfate de mercure , de quatre parties de sei mærin décrépité et d’une partie de peroxide de manganèse : dans cette opération le sulfate et le chlorure de sodium se décomposent ; le chlore s’unit au mercure pour former le deutochlorure de mercure qui se sublime ; le peroxide de manganèse a pour but de fournir de l’oxigène, et par conséquent déportera l’état de deutosulfate une certaine portion du protosulfate qui se forme toujours lorsque l’on traite le mercure par l’acide sulfurique : si l’on a conduit le feu avec soin , on trouve le
a4° mercure.
deutochlorure sublimé à la partie supérieure du matras. On connaît les usages de cette composition vénéneuse ; on 1 emploie à petite dose dans le traitement des affections syphilitiques.
Le protochlorure de mercure (éch. syn. 3; acide hydroehlorique , 208 protoxide de mercure ; ou bien 36 chlore , 200 de mercure) s’appelait autrefois calomel , aquila alba, mercure doux , sublimé doux . Ce composée ut découvert par les alchimistes : on l’obtient en sublimant un mélange de cinq parties de proto et deutosiilrate et de quatre parties de sel marin décrépité. On trouve à la partie supérieure du matras une masse cristalline blanche formée de sublimé doux et presqu’enlièrement exempte de sublimé corrosif, si l’opération a ete bien conduite ; cependant la différence d’énergie de ces deux composés nécessite toujours un lavage parfait! pour séparer tout le sublimé corrosif du sublimé doux ; on y parvient en lavant jusqu’à ce que l’eau de lavage ne précipite plus par le nitrate d’argent. Le sublimé c.oux pulvérisé donne une poudre d’un blanc-jaunâtre qui esttrès usitée en médecine , surtout chez les Anglaisqui 1 emploient dans presque toutes les maladies : les médecins français, moins enthousiastes de ses propriétés, on font usage particulièrement comme purgatif et ver rnifuge.
Sels de Mercure.
IN tirâtes de mercüre. Toutes les combinaisons du mercure avec l’acide nitrique sont caustiques, et produisent sur la peau une tache foncée ou noire. L’acide nitrique chargé d’autant de mercure qu’il en peut dissoudre à chaud affecte ordinairement la forme d’une masse cristalline blanche, qui est un protonitrate; es proportions d acide et de métal sont ordinairement une partie du premier , et quatre à cinq du second : ce sel etendu d eau se décomposé en sur-protonitrate sodée et en sous-preionitrate insoluble. Le deutonitrate
de mercure se prépare en traitant le mercure par un excès d’acide nitrique : les cristaux étendus d’eau donnent un précipité jaune qui est un sous-deutonitrate , ou turbith nitreux insoluble, tandis que le liquide est une solution de sur-deutonitrale.
Sulfates de mercure. L’action de l’acide sulfurique sur le mercure est analogue à celle de l’acide nitrique. Les proportions que l’on prend peuvent donner un proto ou un deutosulfate. Ces deux espèces de sel , étendues d’eau , se décomposent en sous-sel insoluble et en sur- sel soluble.
Les diverses préparations mercurielles dont nous venons de parler sont peu employées dans les arts. Les deux nitrates mêlés et étendus d’un poids égal d’eau ou de décoction de guimauve servent au filtrage des poils dans l’art du chapelier, particulièrement dans l’opération dite sécretage. Le protonitrate mêlé au chrômate de potasse sert à obtenir l’oxide de chrome. On fait de ces sels un grand usage en médecine , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, pour les affections syphilitiques et cutanées.
Fulminate de mercure. Nous ayons déjà parlé de l’acide fulminique; le fulminate de mercure est une poudre cristalline qui détonne au plus léçer choc. On pourrait l’obtenir en décomposant le fulminate d argent par le mercure ; mais le plus ordinairement on emploie le procédé suivant : on dissout une partie de mercure dans douze d’acide nitrique à 34* ; lorsque la dissolution est complète on ajoute deux parties d’alcool à 36°, on chauffe doucement et bientôt il se forme un précipité blanc ; on retire du feu , on laisse refroidir, on filtre, puis on lave avec de l’eau distillée pour enlever l’excès d’acide nitrique. Cette poudre sert actuellement pour les amorces des fusils à piston. Cette préparation est très dangereuse , et si la mort de Leroi prouve que l’on ne doit pas manier cette substance sans la connaître , la catastrophe arrivée il y a cinq ans à la fabrique d’Ivry , dirigée alors par mon ami Bellot ,
catastrophe dont quatre ouvriers furent victimes, prouve qu’une grande habileté pratique ne met pas toujours à. l’abri des accidens.
Propriétés caractéristiques et réactifs des sels
i° Les sels de mercure mêlés à la chaux sèche, à la potasse , à la soude , sont tous décomposés par une forte chaleur , le mercure se volatilise à l’état métallique.
2° Un sel de mercure frotté sur une lame de cuivre la blanchit , surtout si le sel contient un petit excès d’acide : exposée au feu la tache disparaît.
3° Par un alcali les protosels précipitent en noir, les deutoseis en rouge.
4° L’acide hydrosulfurique précipite les deux genres de sel en nçir.