‹ Chimie. Traité élémentaire de cette science et de ses applications aux arts et aux manufacturesChapitre 88 sur 162 · DE L’ARGENT ET DE SES COMPOSÉS · texte numérisé non relu

DE L’ARGENT ET DE SES COMPOSÉS

Argent. Ce métal fut probablement connu en même temps que l’or; on sait que tous deux sont les signes représentatifs des richesses.

Pes. io, 47 ? l’argent est le plus blanc des métaux; il est insipide, inodore, beaucoup plus dur que l’or , très ductile et très malléable ; il l’est moins cependant que ce dernier, car il se rompt si on le réduit à une ténuité de ' t ()0 ' qÔ~o Pouce ’ tanc^s <îue ^or Peut être

étendu en feuilles beaucoup plus minces. Il est opaque, rougit avant de se fondre , acquiert du brillant par la fusion, pour laquelle une chaleur de 22° de Wedge-

wood est nécessaire. Une forte lentille ou un feu d’oxigène et d’hydrogène le vitrifie et le vaporise en partie. Les vapeurs recueillies sur une plaque d’or donnent de Y argent à l’état métallique : l’eau et l’air, à la température ordinaire, ne l’altèrent pas; tenu en fusion long-temps avec le contact de l’air, il absorbe l’oxigène.

L’argent ainsi que l’or se rencontrent le plus abondamment sous les tropiques. Les mines d’argent les plus considérables l’offrent à l’état natif ; on le trouve souvent mêlé au plomb , au soufre, etc., etc., à l’état de chlorure , etc., etc. Les procédés que l’on suit pour extraire l’argent varient singulièrement en raison de la nature des mines , de leur richesse et des lieux où elles se trouvent. Cependant, en dernier résultat, ces procédés consistent presque tous à ramener l’argent à l’état métallique, lorsqu il n y est point; à l’allier au plomb ou au mercure, et tà le séparer ensuite de ceux-ci. On distingue trois principaux procédés connus sous les noms d’imbibition , de coupellation , d’amalgamation : le premier est usité à Konsberg , où existe la mine d’argent natif la plus riche d’Europe : l’on fait fondre partie égale de plomb et d’argent natif, presque entièrement dégagé de sa gangue ; il en résulte un alliage composé d’environ 35/ioo d’argent, que l’on soumet a la coupellation; le plomb s’oxide , coule sous forme de litharge, et l’argent reste dans la coupelle ; la coupellation repose sur l’inaltérabilité de l’argent ; la mine de plomb argentifère, bocardée, grillée et débarrassée de sa gangue , est placée sur un lit de cendres dans un fourneau que l’on chauffe fortement ; le plomb oxidé se fond et surnage; l’argent moins fusible reste au fond à l’état métallique. La coupellation sert aussi à purifier l’argent obtenu par le procédé de l’amalgamation. Celui-ci consiste à former du minerai d’argent bien broyé une espèce de boue sur laquelle, après quelques préparations accessoires, on verse du mercure : lorsque 1 amalgame est regardé comme terminé , on lave ; lès parties terreuses sont entraînées , l’amalgame

se précipite ; par la distillation le mercure se volatilise et abandonne l’argent, que Ion purifie ainsi qu il a été dit plus haut. Si le minerai est très riche en soutre, on le o'rille en tas ou dans un fourneau a re\erbère ; ensuite on le mêle avec du sous-carbonate de soude , de l’oxide de plomb, et quelquefois du plomb métallique ; l’on humecte le mélange et on le traite dans un espèce de fourneau ù manche : l’on obtient ainsi, d une part , des scories composées de sulfure de soude , de chlorure de sodium , de silice, de chaux , de la plupart des métaux étrangers à l’argent , et de 1 autre , une matte très riche en argent d’où l’on extrait ce meta .

Les usages de l’argent sont, connus. Ce métal est employé à la confection des différons ustensiles domestiques et sert de moyen d’échange. Sa disposition à noircir et sa mollesse paraissent être les plus grands obstacles à son emploi dans la construction des instrumens

astronomiques. , ., i „

L’argent se combine avec le chlore, il se trouv e dans

la nature mêléàcette substance. Le phosphore peut lui être uni à l’aide delà chaleur. Le soufre a une grande affinité pour l’argent et le transforme lentement , a la température ordinaire, en sulfure noirâtre. Les ornemens d’argent exposés à l’air brunissent par le meme motif ; partout enfin où il y a dégagement d hydrogéné sulfuré, l’argent décompose en partie le gaz en s emparant du soufre : l’effet des œufs cuits sur ce métal est

une action de ce genre. ,

L’argent s’allie avec la plupart des métaux que nous , • • • 1 f* 11-» r^lninK nnp Tïinsse

le bismuth , larsenic, le zinc, i r

alliages qui sont tous cassans. Le compose qu il foi nu avec le tungstène est susceptible de s etendre un peu sous le marteau, mais se brise après les premiers coups.

L’argent s’unit au cuivre, devient plus sonore et plus dur : cette dernière propriété est très precieuse pour la confection des monnaies qui s’altéreraient lapun

ment si l’argent était à l’état Je pureté. La quantité Je cuivre que l’on ajoute à l’argent varie Jans chaque empire : nous Jonnerons une table Ju taux Je l’argent Jans les principaux états cîe l’Europe.

Angleterre,

Autriche

Danemarck

Espagne

France

Hambourg

Hollande

Portugal

Russie

Sardaigne

Suisse

xoo de monnaie contiennent 92, 5 argent 7,5 cuivre.

IOO

— io,5

IOO

IOO

IOO

IOO

IOO

IOO

L argent uni au cuivre forme aussi la base Jes divers ustensiles tels que couverts, bijoux, etc.

Couverts, vaisselle, médailles, argent g5o cuivre 5o

Bijoux • 800 — 200

Monnaies de billon — 200 — 800

L’argent se combine très rapiJement avec le mercure , et Jéveloppe un Jegré Je chaleur très sensible lorsqu’on le pétrit en feuilles avec ce métal. La précipitation par le mercure est très lente, et proJuit un arrangement symétrique particulier, connu sous le nom J arbre de Diane. Dans ce cas, comme Jans toutes les précipitations, la forme particulière peut être affectée par une foule Je circonstances : faites à la température ordinaire un amalgame de i5 grammes d’argent en feuilles et Je 7, 5 de mercure ; dissolvez-le d us 120 d acide nitrique pur; étendez cette dissolution 1 \yiron 700 grammes d’eau distillée, agitez le mêla ,è et conservez-le dans une bouteille de verre avec son bouchon , pour l’employer au besoin. Quand on veut faire

usage de cette préparation , on en met 3o grammes dans une fiole avec environ gros comme un pois d’amalgame d’or ou d’argent aussi mou que du beurre , puis on laisse le vase en repos : bientôt après de petits filamens se développent rapidement de l’amalgame, et poussent des branches sous forme d’arnrissaux.

Oxides. L’argent s’unit à i’oxigène en une seule proportion , et donne un oxide de couleur olive. On peut l’obtenir de plusieurs manières : i0 l’argent exposé à diverses reprises à la chaleur d’un fourneau à porcelaine s’oxide en partie; soumis en fil aux décharges de la machine électrique , il passe à l’état d’oxide noir : il brûle avec une lumière verte éclatante, lorsqu’il est mis en contact avec une forte batterie galvanique ; Lavoisier parvint à ces résultats au moyen d’un chalumeau et d’un courant d’oxigène; 2° l’eau de chaux précipite l’argent de sa dissolution dans l’acide nitrique sous la forme d’une poudre brune-olive foncée. Cet oxide est sans saveur ; il est insoluble dans l’eau , mais se dissout facilement dans l’acide nitrique. En le chauffant au rouge on le ramène à l’état métallique. L’oxide d’argent traité par l’ammoniaque donne un produit brunâtre qui, parle plus léger frottement, détonne avec la plus grande violence : le meilleur moyen de l’obtenir est de verser l’ammoniaque liquide sur de l’oxide d’argent, récemment préparé, de manière à en former une bouillie liquide et d’abandonner le mélange à luimême ; après un ou deux jours une partie de l’eau s’est dissipée, l’ammoniaque et l’oxide d’argent ont réagi , et le composé recueilli doit être seebe avec une grande précaution.

Sels d’Argent.

Sut ,fate d’akgent. L’argent en poudre fine est soluble dans l’acide sulfurique concentré et bouillant, On prépare le sulfate d’argent en versant de l’acide sulfurique dans la dissolution de nitrate d argent; on

obtient des cristaux si petits qu’on les prendrait pour une poudre blanche ; ils sont peu solubles.

Hydrochlorate d’argent , appelé anciennement lune cornée , argent corné. On lui a donné cette dénomination, parce que si on le laisse refroidir après qu’il a été fondu, il forme une masse demi-transparente un peu flexible , et qui ressemble à la corne. On le prépare en versant de l’acide hydroehlorique ou un hydrochlorate soluble dans le nitrate d’argent ; il se précipite à l’instant de l’hydroehlorate d’argent ; ce précipité a lieu, même lorsque la dissolution ne contient qu’une très petite quantité d’argent ; aussi emploiet-on lenitrate d’argent comme réactif pour s’assurer de la présence de l’acide hydroehlorique ou des hydrochlorates dans les eaux. Cette dissolution est aussi employée par les essayeurs pour débarrasser l’acide nitrique de l’acide hydroehlorique qu’il contient: leur acide nitrique ainsi purifiés’appelle eau-forte précipitée.

Nitrate d’argent (éch. syn. 54 acide nitrique, 1 18 oxide d’argent). L’acide nitrique dissout plus de la moitié de son poids d’argent , et donne un liquide très caustique qui corrode et détruit rapidement les substances animales. La dissolution saturée dépose par le refroidissement des cristaux minces , transparens, auxquels 011 a donné le nom de nitre lunaire , c’est le nitrate d’argent. Une douce chaleur suffit pour fondre ces cristaux et leur enlever leur eau de cristallisation ; dans cet état , le nitrate , ou mieux le sous-nitrate (car la chaleur lui enlève un peu d’acide) prend une couleur noirâtre et peut être coulé en petits bâtons cylindriques : il prend alors le nom de pierre infernale ou caustique lunaire. On l’emploie en chirurgie. A une plus forte chaleur le nitrate d’argent se décompose ,

1 acide se dégage et le métal est rnis à nu. Pour avoir le caustique lunaire il 11’est pas nécessaire de faire cristalliser le sel , il suffit d’évaporer la dissolution à siccite; bientôt le sel fond, et quand il cesse de bouillir on le decante et on le coule. L’acide nitrique qui se dé-

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