OR
précaution jusqu’à siccité et on redissout le résidu dans l’eau. On verse ensuite de la potasse , et la liqueur exposée à une douce chaleur laisse précipiter une poudre qui , lavée et séchée , est d’un brun-rougeâtre , et que l’on connaît sous le nom de précipité pourpre de Cassius . On obtient le même composé en plongeant une feuille d’étain dans une solution d’or : il se forme un précipité pourpre. Cet oxide est employé sur l’émail , pour dorer la porcelaine, etc. , etc.
Sels d’Or.
Il n’existe réellement qu’un sel d’or par suite du peu d’action des acides sur ce métal.
Hydrochlorate d’or. La dissolution cl’or dans l’eau régale est un hydrochlorate qui , évaporé avec soin , donne de beaux cristaux couleur de topaze. Diverses substa nces peu vent précipiter cette dissolut ion ; la chaux, la magnésie, ainsi que les alcalis fixes, donnent une poudre jaune-rougeâtre qui se redissout dans un excès d’alcali ; l’acide gallique forme un précipité d’or de couleur rouge , très soluble dans l’acide nitrique auquel il communique un bleu de toute beauté ; l’ammoniaque précipite la dissolution d’or beaucoup plus facilement que les alcalis fixes ; ce précipité,’ qui est brun-jaune ou orange, détonne lorsqu’on le chauffe à une douce chaleur ; il est connu sous le nom d’or fulminant : la présence de l’ammoniaque est nécessaire pour donner à ce composé la propriété de faire explosion ; on l’obtient en précipitant l’or de l’eau régale pure au moyen du sel ammoniac ( hydrochlorate d’ammoniaque ) au lieu d’ammoniaque seul. L’or fulminant pèse un quart en sus du poids de l’or dont on a fait usage ; la préparation de cette substance exige beaucoup de soins ; le produit ne doit être séché qu’en plein air, car la moindre chaleur pourrait occasionner une explosion.
Propriétés caractéristiques et réactifs des sels d’or.
i° Dissolutions jaunes.
SELS AMMONIACAUX. 2jS
2 0 Précipité brun par l’acide hydrosulfurique.
3° ïd. brunâtre par le protosulfate de fer.
4° Id. pourpre par le protochlorure d’étain.
5° Id. jaune par l’ammoniaque .
DES SELS AMMONIACAUX.
L’ammoniaque est un composé d’h ydrogène et d’azote, et possède les propriétés alcalines , ce qui lui a fait donner le nom d’alcali volatil : ce corps peut donc s’unir avec les acides et former des sels qui ayant pour base une combinaison gazeuse ne se comportent pas selon les règles générales que nous avons dounées sur les sels. Les sels ammoniacaux sont liés entre eux par quelques propriétés communes qui servent à les faire reconnaître.
Propriétés caractéristiques et réactifs des sels
AMMONIACAUX (i).
i° Tous sont solides , excepté le fluo-borate d’ammoniaque , incolores , solubles , ils ont une saveur âcre piquante.
2° Tous sont décomposés par la potasse, la soude, la barite, la strontiane et la chaux jetées dans leur disr solution; l’ammoniaque se dégage , il se forme un nouveau sel de la base employée.
Les carbonates de soude, de potasse , d’ammoniaque, les hydrosulfates, le prussiate de potasse, ne donnent aucun précipité dans les dissolutions salines ammoniacales. L’hydroehlorate de platine les précipite en jaune.
Si dans un sel ammoniacal on verse quelques gouttes d’une dissolution d’un sel de magnésie , et si on ajoute une solution de phosphate de soude , on obtient un sel double (phosphate ammoniaco-magnésien ) qui se précipite en blanc.
3° La chaleur volatilise les sels d’ammoniaque , sauf
(i) Par cela même que les sels ammoniacaux ne possèdent pas les propriétés générales des sels métalliques , j’ai cru devoir donner leur histoire avec détail.
îe cas où l’acide a pour base le phosphore , le bore ou un métal. Dans ce cas l’ammoniaque seule est dégagée, l’acide reste.
4° Le radical de l’acide et l’azote de la base sont à volumes égaux dans les sels neutres. Ainsi dans l’hydroehlorate d’ammoniaque , le radical de l’acide est le chlore dont le poids est 36. L’azote de la base a pour nombre i/±. Si nous divisons par les densités respectives du chlore et de l’azote pour avoir les volumes , on obtiendra :
2,5oO
C’est-à-dire que dans l’hydrochlorate d’ammoniaque le chlore et l’azote sont à volumes égaux ; cette égalité se trouve dans tous les sels ammoniacaux dont l’acide a un gaz pour radical.
Nous examinerons successivement l’union de l’ammoniaque avec les acides borique , carbonique, sulfurique , hydrosulfurique, hydrochlorique et nitrique.
Borate d’ammoniaque. Ce sel cristallise eu petits rhomboïdes que la chaleur décompose facilement, ou en écailles d’une saveur urineuse , piquante, qui perdent la forme cristalline et brunissent lorsqu’elles sont exposées à l’air.
Carbonate d’ammoniaque. L’acide carbonique ne peut former de se! neutre avec l’ammoniaque que dans certaines circonstances ; 011 peut reconnaître trois espèces de carbonate d’ammoniaque : 1° sous-carbonate (éch. syn. 22 acide carbonique, 17 gaz ammoniac); 20 carbonate neutre (éch. syn. 44 aci^e carbonique, 17 gaz ammoniac ) ; 3° carbonate d’ammoniaque du commerce , qui est un mélange des deux premiers. Le sous-carbonate d’ammoniaque se prépare en mettant dans une cloche deux volumes d’ammoniaque et un volume d’acide carbonique desséché ; la réaction développe de la chaleur et donne lieu à une matière blanche. Le carbonate se prépare en faisant passer de l’acide car-
AMMONIACAUX. *5;
bonique dans une solution d’ammoniaque jusqu’à ce qu’il 11’y ait plus absorption ; ce sel desséche abandonne une partie de son acide et passe à l’état de sous-carbonate. Le carbonate du commerce est un corps blanc semblable au marbre, d’une odeur vive et piquante d’ammoniaque ; il est tellement volatil qu il est à peine soluble dans l’eau bouillante : ce sel se lorme en grande quantité dans toute décomposition de matières animales; mais il est alors mêlé à plusieurs corps étrangers : on peut l’obtenir pur en distillant à sec un mélange de sel ammoniac ( hvdrocblorate d’ammoniaque) et de carbonate de chaux ; l’acide carbonique s’unit à l’alcali, et forme un sel que l’on recueille dans un récipient de terre cuite. On le connaît en médecine sous le nom d 'alcali concret: il est employé dans les laboratoires comme réactif, et en médecine comme excitant.
Sulfate d’ammoniaque. (Eeh. syn. 4° acide sulfurique, 17 gaz ammoniac ). Ce sel est incolore , amer, très piquant , la chaleur le décompose. On l’obtient en grande quantité : 1° pour la fabrication de l’alun à base d’ammoniaque , sulfate d’alumine et d’ammoniaque ; 2° dans la préparation du sel ammoniac (hjdrochlorate d’ammoniaque), comme nous le verrons ci-après.
Sulfate d’alumine et d’ammoniaque , appelé aussi alun. On connait donc sous le nom d’alun un sel double qui peut être à base d’ammoniaque ou à base de potasse ; nous avons parlé de ce dernier. L’alun à base d’ammoniaque remplace très bien celui qui est à base de potasse : aussi dans le commerce les emploie-t ou indiffé remment. Celui qui nous occupe se prépare en distillant des matières animales : la liqueur que l’on obtient est formée en grande partie de carbonate d’ammoniaque ; on la traite par le sulfate de chaux : il y a double décomposition ; le carbonate de chaux se précipite , entraînant presque toute la matière colorante, et la dissolution est du sulfate d’ammoniaque, dans laquelle on verse du sulfate d’alumine : la liqueur éva-
porée cristallise et donne l'alun . Nous avons parlé des usages de ce sel.
Hydrochlorate d'ammoniaque. ( Ech. syn. 3y acide hvdrochlorique , i 'j gaz ammoniac). Ce sel est blanc, cristallisé en aiguilles, d’un aspect analogue à celui du camphre , d’une saveur piquante , susceptible d’être sublimé sous forme de vapeurs blanches. On le connaît «énéralement sous le nom de sel ammoniac. On le trouve tout formé dans la nature, surtout dans le voisinage des couches de charbon en combustion , tant en Angleterre et en Ecosse qu’à Solfaterra , au mont Vésuve , au mont Etna et autres lieux volcaniques j il est alors uni à une petite quantité de soude» Il existe encore un sel ammoniac natif qui se trouve dans les couches d’argile , mêlé avec du so utre et une petite quantité d’acide sulfurique. La quantité de sel que 1 on pourrait se procurer de cette manière ne pourrait suffire aux besoins du commerce ; on le tirait anciennement de l’Egypte , où il se prépare en sublimant la suie obtenue dans la combustion des excremens de chameaux : actuellement on préparé ce sei en France avec des débris de peaux , des poils et autres substances animales, qu’on soumet dans des cylindres de foute a l’action d’une forte chaleur ; il en resuite une grande quantité de carbonate d’ammoniaque impur , qu on transforme, comme nous 1 avons vu , en sulfate d^ammoniaque : ce dernier sel est mêle a une solution d hydrochlorate de soude : de là résulte de l’ hydrochlorate d’ammoniaque et du sulfate de soude. Pai 1 evapoialion on fait cristalliser la majeure partie du second ; on continue ensuite l’évaporation jusqu à siccite ; puis on procède à la sublimation dans de grands matras de verre , et on obtient le sel ammoniac en masses hémisphériques, tel que nous le présente le commerce. On a essayé de préparer le même sel en dégageant d’une part un courant de carbonate d’ammoniaque, et un courant de gaz hydrochlorique de l’autre : ces gaz se rencontraient dans une chambre où s’opérait la connu-
AMMONIACAUX. 2fj9
liaison. On extrait enfin le sel ammoniac de la suie , de la houille, etc., etc., soit par la sublimation , soit par la lixivation.
Le sel ammoniac est employé en chimie pour obtenir l’ammoniaque liquide et la plupart des sels ammoniacaux ; dans les arts on s’en sert pour décaper les métaux , et particulièrement le cuivre lorsque l’on veut élamer ce métal : on l’emploie quelquefois dans la teinture ; enfin la médecine en fait usage comme excitant.
Nitrate d’ammoniaqüe. (Eeh. syn. 54 acide nitrique, i 7 gaz ammoniac. ) Sel blanc, cristallisé en prismes hexaèdres terminés par des pyramides très aiguës, d’une saveur piquante. Il a la propriété de faire explosion et de se décomposer totalement à la température de 3170 , ce qui lui fit donner le nom de nitre inflammable. Le moyen le plus facile de le préparer est d’ajouter jusqu’à saturation du carbonate d’ammoniaque à de l’acide nitrique étendu d’eau ; évaporé à une température de 2.5 à 35° , sans être trop concentré , il cristallise comme nous l’avons dit : si la chaleur est portée à 1000, la dissolution forme de longs cristaux ou des fibres soyeuses ; enfin , si l’évaporation est prolongée assez long-temps pour que le sel se concrète , en refroidissant, sur une baguette de verre, il se forme en une masse compacte.
Le principal usage du nitrate d’ammoniaque est celui qu’on en fait pour obtenir le protoxide d’azote, eu le décomposant au moyen de la chaleur.
Hydiigsulfate sulfuré d’ammoxiaque. Liqueur jaune qui dégage des vapeurs fétides, et que l’on appelait liqueur fumante de Boylc. On la prépare en mêlant ensemble trois parties de chaux délitée à l’air, une de sel ammoniac, une de fleurs de soufre, et distillant à une douce chaleur. Les charlatans font usage de ce liquide pour faire reparaître les caractères incolores tracés sur le papier avec une solution métallique : il est évident que dans ce cas il se forme un sulfure métallique noir.
î6o OXIDES MÉTALLIQUES.
Les oxides métalliques agissent les uns sur les autres, soit par l’intermédiaire de l’eau, soit à l’aide delà chaleur. Leur action par la voie humide consiste surtout à se précipiter de leur dissolution , soit dans l’eau , soit dans les alcalis , soit dans les acides, et à se combiner entre eux. Les combinaisons des oxides par la voie sèche sont très nombreuses et méritent de fixer toute notre attention sous le rapport de leur utilité dans les arts : un des principaux résultats de ces unions de deux ou plusieurs oxides métalliques est de rendre fusibles certains oxides infusibîes isolément ; la silice , particulièrement, combinée avec d’autres oxides, donne au composé la propriété de pouvoir se fondre à une température plus ou moins élevée , et de pouvoir être coulé en masse vitreuse , ce qui a fait nommer cette terre terre vilrifiable.
Les composés d’oxides naturels regardés par quelques auteurs comme des silicates , sont les pierres précieuses , telles que l’émeraude , combinaison de silice, d’alumine , de gîucine et d’oxide de chrome ; le grenat, qui est composé de silice, d’alumine et d’oxide de fer, etc.
Les composés d’oxides obtenus par l’art sont les poteries , verreries, porcelaines , les pierres fausses , les couleurs minérales : il ne peut entrer dans notre plan de développer les procédés que l’on suit dans les fabrications de ces produits, je me contenterai d’en présenter un aperçu.
L’art céramique , ou l’art de fabriquer toutes les poteries , est basé sur la réaction qui a lieu lorsqu on expose à une violente chaleur un mélange compose principalement de silice et d’alumine : le silicate d’alumine qui se forme acquiert une grande dureté, est insoluble dans l’eau et inattaquable par la plupart des acides : ces mélanges se trouvent tout formés dans la
, nature et sont connus sous le nom générique <T argiles : 1 on divise l’art céramique en deux parties : i° Fabrig cation des poteries ; 2° fabrication de la porcelaine.
Des poteries. Le potier distingue trois sortes d’ari giles : i° argile plastique; 2° argile figuline; 3° marne i argileuse. La première forme avec l’eau la pâte la plus K longue ou en d’autres termes est la plus grasse des ari giles naturelles ; l’argile figuline est moins grasse que i la précédente, ce qui sans doute est dû à la chaux et à î’oxide de fer qu’elle renferme : elle peut même se ij vitrifier au feu. La marne argileuse diffère peu de baril gile figuline ; elle est seulement plus maigre et conséjj quemment plus riche en silice, en chaux et en oxide de :t fer : des expériences assez exactes démontrent que les i trois espèces citées renferment généralement les pro- > portions suivantes d’alumine et de silice :
NOMS des Argiles.
Alumine.
Silice.
Eau.
Argile plastique.
— figuline.
Marne argileuse.
Toute poterie, quelles quesoientsanature etsa forme, se compose d’une matière plastique et d’une matière aride ou dégraissante ; la première est donnée par les argiles dont je viens de parler ; la deuxième se compose de silex, de quartz, de ciment ou d’argile très cuite et réduite en poussière , de craie, d’argile ou de schistes magnésiens. Les proportions à suivre varient avec la texture, le degré de finesse et la blancheur que doivent avoir les poteries. Ces dernières sont de cinq espèces : 18 terre cuite ; 2° poterie commune; 3° faïence commune; 4° fajences fines ; 5° grès.
Les terres cuites qui constituent ms briques , les tuiles, les carreaux etc., etc., se composent à peu près d’une partie d’argile figuline ou de marne argileuse, et de quatre parties de sable impur. Ce dernier est quelquefois remplacé par du ciment , des débris de four , de poteries, etc., etc.
Les poteries communes ont une pâte homogène , opaque, colorée, une texture grossière ; elles se composent d’environ une partie d’argile figuline et de marrie argileuse, mêlée à trois parties d’un sable plus pur que celui qui entre dans les terres cuites.
Les faïences communes ont une pâte opaque , d’une dureté moyenne, presque toujours d’une couleur rouge, et se composent aussi d’argile figuline, de marne argileuse et de silex : elles se fabriquent généralement avec une mesure de silex en suspension et quatre mesures d’argile. Ces proportions converties en poids forment environ 3oo d’argile sur ioo de silex : on doit , pour les établir, examiner avec soin la nature de l’argile, qui est souvent très variable dans la même fosse ; lors-qu’il y a trop de silex la poterie est sujette à se fendiller à l’air ; s’il y en a trop peu elle se vernisse mal : il convient donc d’essayer d’abord l’argile. On peut la t brûler au four; mais ordinairement on délaye dans l’eau un poids de l’argile d’essai ; les parties les plustenues restent en suspension- tandis que le sable et les autres impuretés se précipitent : on passe le liquide; épais qui en résulte à travers. des tamis de crin ou de linon de différons degrés de finesse , et on connaît ainsi le poids de l’alumine et celui de la silice qui existent dans l’argile naturelle qui a servi à l’épreuve : c’est ainsi que l’on a obtenu la table indiquée précédemment. Lorsque l’on s’est assuré de la nature de l’argile à employer , le mélange des deux terres s’opère au moyen 1 de l’eau ; on le fait épaissir au four , puis on le pétrit jusqu’à ce qu’il ait pris du corps : il est alors propre3 à être façonné. La poterie se cuit au four pendant environ trente heures ; par ce moyen elle acquiert forte—
ment le pouvoir d’absorber l’humidité , devient une espèce de biscuit poreux et peut recevoir le vernis ou la couverte : celle-ci se fait en mêlant dans l’eau, jusqu’àce que le mélange ait acquis la consistance de crème, environ 1 12 livres de blanc de plomb, (carbonate de plomb), 24 livres de silex pulvérise et 6 livres de verre réduit en poudre fine : quelques manufacturiers suppriment le verre et mêlent 80 livres de blanc de plomb à 20 de silex pulvérisé ; aujourd’hui on ajoute du feldspath (voyez plus loin porcelaines ), du borax (borate de soude), de l’oxide de cobalt ; le dernier composé donne au vernis un reflet bleuâtre agréable à l’œil : enfin d’autres fabricans emploient sans doute des recettes différentes qu’il est difficile de connaître. On plonge la pièce à vernir dans le mélange ; la liqueur pénètre dans tous les pores et quand la poterie est sèche on l’expose de nouveau au feu, la couverte se fond et forme une couche vitreuse sur toute la surface. La couleur de ce vernis est plus ou moins jaune , suivant que l’on a employé une proportion plus ou moins grande de plomb. Ce métal est le principal agent dans la confection des couvertes, car il est, de toutes les substances connues , celle qui jouit au plus degré de la propriété d’opérer la vitrification des corps avec lesquels il est mêlé. Le silex donne de la consistance au métal pendant que la vitrification s’opère; et empêche ce dernier de devenir trop fluide , de couler le long des côtés de la poterie , et par conséquent de laisser ces places non révêtues. La couleur jaunâtre que donne le plomb lorsqu’il se vitrifie avec le silex, peut être modifiée et même complètement changée par l’addition d’une certaine quantité de quelqu’autre substance minérale. Les faïences du Piémont, de Faënza en Italie, de Nevers, appartiennent à cette section.
Les faïences fines ou terres de pipe ont une pâte blanche quelquefois jaunâtre, opaque, fine, homogène : elles se fabriquent avec beaucoup plus de soin que les précédentes. L’argile et le silex que l’on em-
a64 OXIDES MÉTALLIQUES,
ploie doivent être plus purs, incolores et surtout exempts d’oxide de fer et d’autres métaux. On agite pendant long-temps cette argiie.dans l’eau ; les parties les plus fines restent en suspension, tandis que le sable et les autres impuretés se précipitent : on passe le liquide épais à travers les tamis de crin et de linon dont nous avons parlé ; puis on le mêle en proportions diverses, pour les différentes espèces de fayence, avec une autre liqueur à laquelle on donne autant que possible la même densité, et qui se compose d’eau et de silex tenu en suspension. On opère ensuite comme nous l’avons vu précédemment , et lorsque la liqueur a acquis du corps on la façonne en assiettes, plats, bols , etc. Lorsque la fayence ainsi préparée est bonne à être portée au four, on en place les différentes pièces dans des étuis d’argile qu’on nomme gazettes , et qu’on empile les unes sur les autres ; on allume le feu , et quand la fayence a acquis la dureté convenable, ce qui a lieu en général après f\o heures , on lui applique une couverte au moyen du sel marin ; on jette le sel dans le fourneau à travers plusieurs trous pratiques a sa partie supérieure : la chaleur le convertit aussitôt en une vapeur épaisse, qui se répand, circule dans tout l’intérieur du fourneau, pénétré dans les gazettes, et forme, en s’attachant à la surface de la pièce, cette couche vitreuse qui constitue sa couverte. Souvent le vernis est une matière vitreuse verdâtre obtenue en fondant un mélange d’oxide de plomb, de potasse et de silex : ce mélange est broyé, suspendu dans 1 eau ; on v plonge la pièce à vernir et on remet au four.
Des porcelaines. La porcelaine est une espèce de fayence demi-vitrifiée que l’on prépare avec une argile particulière appelée kaolin ou terre à porcelaine. Cette areile diffère des précédentes par la propriété qu’elle possède de donner une pâte qui devient translucide par l’action du feu. On distingue dans le commerce trois espèces de porcelaines : celle de Chine , de Saxe , de France , et particulièrement celle de Sèvres.
PORCELAINES. s65
L’art de fabriquer la porcelaine est l’un de ceux dans lesquels les Orientaux nous ont devancés. La première porcelaine que nous ayons vue venait du Japon et de la Chine : la blancheur, la transparence , la finesse.de cette poterie , qui devint bientôt l’ornement des tables somptueuses, excitèrent l’admiration et l’industrie européennes. Un missionnaire à la Chine donna le procédé que suivent les habitans de ce pays : ils la lont , selon lui , avec deux substances, dont l’une est une roche ou pierre dure qu’ils appellent pétunzé et qu’ils réduisent en poudre ; l’autre qu’ils nomment kaolin est une substance blanche , argileuse qu’ils mêlent intimement avec le pétunzé. L’on ne tarda pas à reconnaître que l’on possédait en Europe les matières nécessaires , et après plusieurs essais l’on réussit a naturaliser parmi nous cette fabrication.
L’argile kaolin se compose généralement de
40 à 44 d’alumine.
5 o à 56 de silice.
On constate les quantités de silice et d’alumine que renferme un kaolin naturel par le procédé que j’ai indiqué plus haut. Lorsqu’un kaolin peut être classé dans les limites que je viens de donner , il est propre à la fabrication de la porcelaine ; cependant s’il ne renferme pas toute la matière dégraissante nécessaire, on l’unit, en France au feldspath, en Saxe à une roche appelée bleyspath, qui ne contient pas de chaux. Ces matières soumises aux opérations indiquées pour la layence donnent une pâte vitreuse demi - transparente , fine et très compacte : la chaleur du four est plus forte que pour les poteries ordinaires. La couverte se compose de feldspath , bien exempt d’oxides métalliques, broyé et tenu en suspension dans l’eau. On y plonge le biscuit poreux et on le reporte au four où il supporte unv longue et forte chaleur.
a 66 VERRE.
Les pâtes de Paris, de Limoges , etc., etc., se composent de
Kaolin non lavé 8©
• Feldspath 20
la pâte de la1 manufacture royale de Sèvres renferme
Kaolin argileux lavé 64 Fondant 36
ce fondant contient
Craie 6
Sable quartzeux 10
Sable du lavage du kaolin 20
Les porcelaines de la Chine sont plus transparentes que les nôtres ; mais celles d’Europe et particulièrement celles de Sèvres , supportent mieux les changemens de température et sont bien supérieures parla beauté et la pureté de leurs dessins. Ceux qui voudront plus de détails sur les arts céramiques , pourront consulter M. Bastenaire d’Audenard, Arts de fabriquer la porcelaine et les diverses faïences.
Verre. Nous avons vu ( histoire de la silice) que si l’on soumet à une forte chaleur un mélange formé de potasse et de silice , cette dernière ^oue le rôle d’acide, et que le composé est un silicate de potasse soluble dans l’eau et décomposable par les acides si la proportion de potasse est considérable : cette solubilité diminue à mesure que la quantité de potasse est plus faible ; le même effet a lieu si l’on remplace la potasse par la soude ; enfin le résultat est insoluble et peut se couler en un verre transparent, inaltérable à l’air, si l’alcali n’est environ que le tiers du silex employé : tel est le fait qui sert de base dans l’art de fabriquer le verre ; cet art, qui fut connu dès la plus haute anti-
VERRE. î67
quite, a ete l’objet des recherches d’un grand nombre de savans modernes : Schëele , Bergmann, Darcet, s en sont occupes. M. Bastenaire en a fait le sujet d’un traite particulier ; nous renvoyons à cet auteur pour les details des procédés à suivre dans l’art de la verre- 1IC. JNous rappellerons seulement que l’on fabrique cinq espèces de verre : i° verre de plomb ; 2° verre de glace ou de soude pure ; 3» verre à vitre , première qualité ; 4° verre à vitre grossier ; 5° verre de bouteiJies ou verre vert grossier.
Le verre de plomb se compose de :
Sable purifié parties ioo
Minium ou plomb ronge — 80
Perlasse purifiée 3o
Pour corriger la couleur verte qui vient de la matière combustible , on ajoute un peu d’oxide noir de manganèse et quelquefois du nitre et de l’oxide blanc d arsenic. La fusion s’opère complètement dans l’espace de trente heures. Ce verre est employé à faire les lustres, les flambeaux et autres objets de cristal.
Le ’serre de glace. On emploie comme flux, dans la fabrication de ce verre, du carbonate de soude, qu’on obtient en décomposant le sel commun par la perlasse.
Les proportions sont généralement :
Sable pur IOO
Sous-cavbonate de soude sec 45
Chaux vive pure 12
Fragmens de verre de glace 100
On peut obtenir de cette composition environ soixante-dix parties de bon verre de glace.
Verre de vitre, première qualité. On fabrique ce verre avec du sable vitrifié par la barille ou soude impure obtenue de l’incinération des plantes marines ; les proportions de ces deux substances varient , mais en
îGS VERRE,
général s’écartent peu des suivantes :
Sable purifié ioo
Soude assez pure. . i5o
Pour la fabrication du cristal ou du verre à goheletterie i blanche , on remplace la soude par la potasse : la pre- , mière donnant toujours une teinte verte au verref
Verre a vitre grossier. Ce verre se fait avec un i mélange de lessive des savonniers, de soude et de sable. Le premier ingrédient se compose de la chaux qu’on emploie pour rendre l’alcali caustique , d’une Certaine quantité de sel et d’eau , le tout réduit en pâte. Les proportions varient nécessairement , celle de deux ! de lessive des savonniers, d’une de soude et d’une de sable, forme un assez bon verre à vitre.
Verre a bouteille. Il se fabrique avec la lessiv des savonniers et du sable de rivière mêlés dans des t proportions que la pratique détermine. Du sable or— * dinaire , de la chaux , un peu d’argile commune et du t sel marin forment un mélange peu coûteux. La cou- ■ leur verte est due aux oxides métalliques.
Depuis quelque temps on a reconnu que le sulfate de soude pouvait dans la fabrication du verre remplacer j les sous-carl onatès de soude et même de potasse employés jusqu’alors.
Quelle que soit la composition des verres que l’on veut obtenir, les mélanges sont soumis à une chaleur i très élevée ; il s’opère une combinaison de la silice avec s la soude, la potasse ou la chaux employées ; les acides \ earbonique ou nitrique se dégagent : le mélange porté t à l’état de fusion pâteuse est soufflé au moyen de longs tubes de fer , et prend toutes les formes sous lesquelles le verre est employé. Soufflé par le verrier en longs t cylindres d’un diamètre parfaitement égal, le verre 3 est coupé dans sa longueur avec une pointe de diamant, puis remis au four dans une position horizontale ; la chaleur le dilate, lui fait abandonner sa courbure, et l’on obtient un corps plan , employé au vitrage.
verres colorés. 269
Lorsqu’on laisse tomber dans l’eau froide une goutte de verre en fusion , elle a la propriété singulière d’éclater en petits morceaux : cette goutte , qu’on distingue alors par le nom de goutte du prince Robert , ressemble à la fiole philosophique qui est un petit globule de verre refroidi spontanément à l’air. On sait que les larmes de verre, connues sous le nom de larmes bataves , ne sont autre chose que des gouttes de verre fondu qu’on a laissé tomber dans l’eau, et qui n ont pas éprouvé l’effet dont nous avons parlé plus haut ; il suffit de casser la pointe d’unede ces larmes pour la faire éclater et la réduire en poussière. Il est probable que les dimensions de la surface extérieure subitement refroidie restent plus grandes qu’il ne convient à l’enveloppe exacte de la partie intérieure.
Verres colorés. La plus ancienne méthode de peindre sur verre était très simple : elle consistait dams un arrangement symétrique de morceaux de verre de diverses couleurs qui formaient des espèces de mosaïques. Plus tard les dessins devinrent plus réguliers : on représenta des figures avec des clairs et des ombres. On traçait le contour des figures avec du noir, et on remplissait le milieu avec des couleurs préparées à l’eau. Pour les carnations, on se servait de morceaux de verre rouge sur lesquels on traçait les principaux traits de la face avec du noir. Par la suite , le goût pour ces sortes de peintures s’étant répandu, on perfectionna cet art et on s’en servit à l’ornement des églises et des palais : on trouva le moyen d’incorporer les couleurs dans le verre en lui faisant éprouver lorsqu’il en était revêtu une légère fusion. Un peintre français de Marseille a donne les premières notions de ces procédés, dans un voyage qu’il fit à Rome sous le pontificat de Jules II. Albert Durer et Lucas de Leyde furent les premiers qui portèrent cet art à la perfection. L’emploi de ces procédés a éprouvé de grandes interruptions ; et meme , selon quelques auteurs, ils ont été entièrement perdus ; ils paraissent retrouvés aujourd’hui.