PREMIÈRE PARTIE
Objets et méthodes de calcul.
L'étude générale de la formation de la matière végétale, c'est-à-dire de la fixation graduelle des éléments, carbone, hydrogène, oxygène, azote et composés minéraux, a été de notre part l'objet d'une première série de recherches méthodiques, présentée dans le chapitre précédent (i885). Nous y avons exposé les problèmes, signalé les méthodes d'analyse, et dit comment on pouvait définir chimiquement la plante, aux diverses périodes de son évolution annuelle. On a (examiné ainsi les différentes parties de la plante, racine, tige, feuilles, fleurs, fruits, en en déterminant les poids relatifs, tant à l'état naturel qu'à l'état sec. Puis on a séparé chacune de ces parties en principes hydrocarbonés solubles et insolubles, principes azotés et matières minérales, solubles et insolubles, et l'on a cherché à établir Yéqvation générale de la plante e! celle de ses accroissements successifs, tant comme composition élémentaire que comme définition pondérale des groupes fondamentaux de ses principes constitutifs.
(i) En collaboration avec M. André (1898-1896).
C'est, croyons-nous, la première fois qu'on ait cherché à envisager la végétation, au point de vue chimique, dans son ensemble, à l'aide de mesures exactes, portant sur la totalité des poids relatifs des parties et des principes multiples de la plante. Une entreprise aussi vaste ne saurait être exécutée, ni du premier coup, ni par les elïbrts isolés de deux expérimentateurs ; aussi avons -nous dû nous limiter à un petit nombre de plantes, les unes choisies dans la famille des Amarantacées, les autres dans celle des Borraginées, en y joignant une Légumineuse, la luzerne.
Nous avons écarté de propos délibéré les plantes dont la végétation dure un certain nombre d'années, telles que les arbres, dont l'étude est plus compliquée.
Nous avons également écarté les plantes qui fabriquent en abondance des principes immédiats spéciaux, tels que les corps gras, les alcaloïdes, les résines, Tamidon, etc. I^eur étude est assurément d'une très grande importance; mais elle soulève des problèmes particuliers, susceptibles d'obscurcir les questions générales que nous nous proposions d'examiner. En outre, nous avons dû rester dans un ordre de données très étendues, et par conséquent un peu vagues; données qu'il importerait maintenant de préciser, en s attaquant à chacun des groupes de principes immédiats contenus dans les plantes. Ici d'ailleurs on rencontre une foule de travaux individuels, exécutés dans des vues scientifiques ou industrielles, et qui renferment de précieuses données. Mais ces dernières n'ont pas été recueillies à un point de vue plus général et en vertu d'une méthode commune, qui permette d'en coordonner systématiquement les résultats et de les étendre à l'ensemble de la végétation. La plupart de ces travaux seraient à reprendre à ce point de vue plus comppéhensif, qui est, nous le répétons, celui de l'équation
générale de la plante, envisagée à chacun des instants et dans les périodes successives de son développement.
I/examen des principes insolubles, ligneux et autres, qui forment la masse principale des plantes et qui jouent un rôle essentiel dans leur physiologie, nous a paru surtout réclamer de nouvelles recherches. Ce sont ces recherches et cette étude d'ensemble que nous venons présenter aujourd'hui : elles permettent de pénétrer un peu plus avant dans l'étude des difficiles questions relatives à la végétation de la plante et à la formation de ses principes immédiats fondamentaux.
Nous avons opéré cette année sur des plantes de familles variées, ù savoir des plantes annuelles, telles que :
1° Le lupin, Lupinus albus, plante annuelle dicotylédone, ; depuis la graine jusqu'à la fructification;
'2** Le blé, Triticum sativum^ variété de mars, monocotylédone ;
3° La luzerne, Medicago sativa^ plante vivace, dicotylédone, envisagée dans deux ordres d'échantillons, c'est-à-dire dans une plante ensemencée l'année même et dans une plante reproduite sur des racines plus anciennes.
Nous avons étudié l'ensemble et les diverses parties de ces plantes annuelles, aux difTérentes époques de l'année.
4° Enfin nous avons étendu nos recherches jusqu'à un arbre proprement dit, le Itobinia pseudo-acacia \ mais sans chercher cette fois à en établir une équation totale, qui aurait exigé l'analyse des produits annuels antérieurs, pendant un grand nombre d'années. Nous avons du nous borner aux parties de cet arbre renouvelables annuellement, telles que feuilles, fleurs et fruits.
Dans cette recherche, nous ne nous sommes pas borné, comme il y a dix ans, à la séparation des groupes généraux.
MAKCHK OÉNÉKALE DE LA VÉGÉTATION. — CALCULS. 47Î
de principes immédiats; mais nous y avons joint lanalyse éJémentaipe, qui conduit à des notions nouvelles, particulièrement en ce qui touche les matières insolubles. Ces matières, en ellet, ne renferment pas seulement des hydrates de carbone, mais aussi des principes appartenant à d'autres g^roupes, où le rapport entre Thydrogène et Toxyg-ène n'est plus le même et qui se rattachent aux substances subéreuses, à la cutose et à d'autres principes, jusqu'ici d'ailleurs incomplètement définis. Les hydrates de carbone eux-mêmes, on le sait aujourd'hui, ne comprennent pas seulement des princi[»es dérivés des g:lucoses renfermant 6 atomes de carbone, mais aussi des dérivés des pentoses, renfermant 5 atomes de carbone, et d'autres encore. Nous n'avons pas essayé de débrouiller de prime abord une constitution aussi complexe, qui fera l'objet de recherches ultérieures. Mais les analyses actuelles ouvrent à cet ég-ard de nouveaux aperçus; elles permettent une discussion plus approfondie de la végétation, en suivant une marche méthodique dont les règles vont être exposées.
A ces fins, on analyse la plante prise aux époques fondamentales de son développement, savoir :