LETTRE-PRÉFACE XV
l'Europe, songent au partage. La France ne saurait l'admettre. Son intérêt s'y oppose, sa situation s'y oppose, son génie s'y oppose. — Son intérêt, car voisine, par le Tonkin, de la Chine méridionale, elle n'a pas besoin d'y régner par la force pour y développer son action économique. — Sa situation, car victime d'une iniquité, vous savez où, elle ne saurait elle-même violenter autrui sans perdre tout droit de revendication et de recours en justice. — Son génie enfin, car le jour où la France cesserait d'être l'interprète de l'idéal humain, elle n'aurait plus de raison d'exister, il n'y aurait plus de France.
Je ne suis pas allé en Chine, je n'ai bien connu qu'un seul Chinois. Il avait achevé ses études à l'École normale de la rue d'Ulm; c'était donc un de nos camarades. Il était licencié es sciences mathématiques et physiques. Son rêve était de fonder là-bas, dans cet Empire des Fleurs que Boxers et autres ont ensanglanté, plusieurs collèges franco-chinois. Dans la dernière guerre, le pauvre garçon a été pris pour un espion et il esl tombé (cruelle ironie du sort!) sous des balles européennes. Tâchons de donner corps à son rêve et de fonder aux bords du Yangtzé le plus possible de collèges franco-chinois.
Pierre Foncin.