LES VOYAGEURS CHINOIS
par Edouakd C.ma vannes
La littérature chinoise est très riche en récits de voyages; nous ne nous occuperons ici que de ceux qui ont été traduits ou analysés dans une langue européenne.
Les voyageurs chinois sont en général d'excellents observateurs ; ils nous renseignent sur les principales routes qu'ont suivies les caravanes à travers l'Asie ; ils nous informent surlatopographie,rarchéologie et les mœurs d'un très grand nombre de contrées. D'autre part, ces voyageurs étaient, soit des diplomates, soit des marchands, soit encore des pèlerins; ils sont donc intervenus d'une manière plus ou moins active dans la politique étrangère, les relations commerciales et l'évolution religieuse de l'Extrême-Orient. A ce double point de vue ils méritent de retenir notre attention.
Le plus ancien voyageur sur lequel nous ayons des indications précises est Tchang K'ien. En l'an 465 av. J.-C., le peuple des Ta Yue-tche, qui habitait alors le N-O. de la province de Ran-soUy avait été battu par une nation de race turque, les Hio7ig-nou, qui sont les ancêtres des Huns d'Attila; les vaincus s'étaient enfuis dans la vallée de rili: chassés derechef par les Wou-soueriy ils avaient pénétré dans la région comprise entre l'Iaxartes et l'Oxus. En l'an 138 av. J.-C, l'empereur WoUj de la dynastie Han, ayant eu vent de ces événements, et cherchant un allié contre les Hiongnoxi, invita un certain Tchany JCien à se rendre chez les Ta Yue-tche pour s'assurer leur concours. Après avoir été retenu dix ans prisonnier par les Hiong-nou, Tchang ICieii réussit à s'échapper; il passa par les pays de Ta Yiuin (Ferghânah) et de Kang-kiu (Sogdiane) et atteignit enfin les Ta Yue-tche au Nord de l'Oxus; il revinf en Chine en l'année 120 av. J.-C. Il n'avait pas pas réussi dans sa mission, car il n*avait pu décider les Ta Yue-tche à prendre les armes contre les Hiong-nou; mais il rapportait de son exploration une foule de notions géographiques et économiques qui devaient exercer une influence considérable sur lesdestinées de la Chine.