‹ Chine du sud et de l'estChapitre 12 sur 131 · VI LES YOYAGKUUS CHINOIS · texte numérisé non relu

VI LES YOYAGKUUS CHINOIS

En premier liea, Tohang Kien {\) avait appris que, derrière le rideau de peuples nomades qui s'étendait au Nord et à l'Ouest de Tempire se trouvaient dans l'Asie centrale des peuples sédentaires, pacifiques et riclies avec lesquels il pouvait être profitable de commercer; ces populations formaient l'avant-garde de l'Iran vers l'Orient, et, sous les successeurs d'Alexandre, avaient reçu quelques éléments de culture grecque; ce n'était rien moins que la civilisation gréco-iranienne qu'avait découverte Tchang Kien,

Pour entrer en contact plus intime avec elle, il proposait d'ouvrir deux routes: Tune était celle qu'il avait suivie lui-mè&e; elle coupait le Kansou au point de jonction entre la race turque au Nord et la race tibétaine au Sud ; pour séparer l'un de l'autre ces deux voisins turbulents, et pour maintenir librd le passage entre eux, l'empereur Wou conquit, de 115 a 111 av. J.-C. les territoires qui sont aujourd'hui nommés Leang tcheoUjKantcIieou, Soutcheou. Touen-houang . La secoude route était plus hypothétique: lorsqu'il était dans le bassin de l'Oxus, Tchang Kieti avait vu avec surprise, sur les marchés, des bambous et des tissus qui provenaient des provinces actuelles de Sseu-tcKouan et de Yan-7ian en traversant le ï^ays de Chenlou ('Sindhou, Inde). 11 était donc vraisemblable qu'on pouvait atteindre les contrées d'Occident par cette voie ; les Chinois, qui ne se doutaient pas des obstacles formidables qu'ils allaient rencontrer de ce côté, firent des efforts répétés pour se frayer le chemin; ils échouèrent dans leurs entreprises, mais leur tentative ne fut pas sans résultat, puisqu'ils réussirent ainsi, dès l'année 111 av. J.-C., à faire reconnaître leur suprématie dans les territoires situés au sud du Yang-tseu.

On doit encore à Tchang Kien une conception géographique erronée qui eut en Chine une longue fortune. Selon ce voyageur, la rivière de Khotan.qui s'unit à la rivière de Kachgar pour former le Tarim, devait ôlre considérée comme la source du Fleuve Jaune; après s'être jetée dans le lac Lob noor. elle coulait, disait-il, sous terre pour reparaître au défilé de Tsi-che^ dans le Kan-sou^ti former le Hoiiang ho. Ce fut seulement à la suite de l'ambassade de Lieou- Yuan-ting au Tibet, en 822 ap. J -C, que l'on se fit des Idées plus justes sur le haut cours du Hoaang ho.

Après Tchang Kien, de nombreux envoyés chinois se rendirent en Occident ; ils entretinrent avec le pays de Ta Yvuan^ c'est-à-dire

(1) Cf. Wylie, Notes on the Western Régions (Journal of he Anthropological Institutc, vol. X, p. 20-73, vol. XI, p. 83-115); KiNGSMiLL, The intercourse of China with central and Western Asia in the 2 nd centurp B. C. (Travail médiocre) (Journal of the N. China Branch of the H. A. S., N. S., vol. XIV, 1879, p. 1-30). — Les indications bibliographiques (|ue nous donnons ici sont nécessairement très succintes.

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PAN TCH'aO Vil

le Ferghànali, des relations fréquentes, jusqu'au jour où leurs exigences causèrent une rupture qui aboutit, en 102 av. J.-C, au siège et à la prise de la capitale du Ta Yuan (Oura-tepe) par une armée impériale. Le Ferghânah leur livrait ses excellents chevaux et, pour les nourrir, les Chinois importèrent aussi chez eux la luzerne {rtiousiu) dont Ils semèrent de grandes plantations ; Ils firent encore venir du Ferghânah le raisin dont le nom chinois, p'ou-VaOy est peut-être la transcription du mot grec botrus; enfin, les nombreux miroirs métalliques de l'époque des ^a7i,qui sont ornés de grappes de raisin au revers, trahissent, selon toute vraisemblance, des influences gréco-bactrlennes.

Pour mieux commander les routes d'Occident, les Chinois résolurent, au premier siècle de notre ère, d'occuper militairement le Turkestan oriental; en l'an 73 ap. J.-C, le général Pan Tch'ao fut chargé de mettre ce plan à exécution : en seize ans de luttes, il soumit, soit par la diplomatie, polt par la force, les diverses principautés de la Kachgarie; devenu le maître Incontesté de cette région, il fixa le siège de son protectorat à Koutcha (91 ap. J.-C)- H ne tarda pas à entendre parler avec force éloges d*un royaume d'Occident dont le nom apparaît alors pour la première fois dans rhistolre : le pays de Ta Tn^Uiy qui n'est antre que la province romaine d'Asie ; en l'an 97, il envoya un de ses lieutenants, nommé Kan YiN6, à la recherche du mystérieux Eldorado ; Kan Ying arriva jusque sur les bords d'une grande mer où il devait, lui assura-t-on, ^'embarquer pour aller dans le pays de Ta TsHn ; mais on lui peignit cette navigation avec des couleurs si effroyables qu'il renonça à l'alTronter. La mer dont il est ici question n'est point la mer Caspienne, comme on l'a trop longtemps répété ; elle ne peut être que le golfe Persique; on y trouvait des bateaux pour contourner toute l'Arabie et aboutir dans le nord de la mer Ronge, au point de départ des routes de caravanes qui menaient en Syrie (l).

Tandis que les Chinois continuaient vers l'Occident la marche en avant que leur avait indiquée Tchang K'ien, ils persévéraient dans la politique d'extension vers le Sud, (lue les suggestions de ce même ambassadeur leur avaient fait inaugurer. Maîtres, depuis l'an 111 av. J.-C, du royaume de Fi*c, qui comprenait le Kouang' long, le Kouang-si et le ïonkin, ils purent ainsi entrer en rapports avec les divers peuples de l'Indo-chine; la division de la Chine eu trois royaumes dans les premières années du troisième siècle de notre ère ne mit pas immédiatement fin à cette glorieuse période ; le premier empereur du plus méridional de ces trois royaumes envoya, vers l'îin 245 ap. J.-(]., K'an(î T'ai et Tcnou Ying en mission di|)l(»-

{i) Cf. UlHTH : China and the Romayi Orient, 1885.

yill LES VOYAGEURS CHINOIS

matique dans le pays de Fou-nariy sur les rives du bas Mékong (i). Ces ambassadeurs écrivirent chacun leurs mémoires ; si ces deux livres sont aujourd'hui perdus, ils ont du moins été incorporés en grande partie dans les histoires offlcielles où nous pouvons en prendre connaissance. Parmi les informations qu'ils nous donnent* une des plus curieuses est celle qui a trait à une ambassade (jue le roi de Fou-nan avait dépêchée en Inde peu auparavant; elle avait remonté le Gange jusque dans le pays des Meou-lousn (Mourounelas) dont le roi, d'après les textes hindous, régnait à Kanyiitl^oubdja (Kanauj). On voit ainsi que, par Tintermédiaire de rindo-Chine, des relations auraient pu s'établir entre la Chine et l'Inde ; ce ne fut pas cependant par cette voie que ces relations commencèrent, et, pour les prendre à leur début, nous devons revenir dans l'Asie Central e.

Les Ta Yue-tche que Tchang K'ien avait trouvés, en i28 avant J.-C, établis au Nord de l'Oxus, n'avaient pas tardé à franchir ce fleuve; au commencement de l'ère chrétienne, ils se trouvaient avoir atteint et même dépassé l'Indus et ils formaient, dans la région de Kaboul et de Peshavar, le puissant empire Kouchan qu'on désigne souvent sous le nom d'Indoscythe ; ils sont, semblet-il, les ïochari des auteurs grecs et les Touroushkas des Hindous. Les monarques Indoscythes furent des bouddhistes fervents; au plus illustre d'entre eux, Kanishka, on attribue la construction à Peshavar d'un stoùpa célèbre entre tous les monuments religieux de l'Inde du Nord; par un envoyé Indoscythe (2), l'enseignement oral des doctrines bouddhiques pénétra pour la première fois en Chine en Tan 2 avant notre ère ; chez les Indoscythes se rendirent les émissaires de l'empereur Miny qui, à la suite d'un songe de ce souverain, allèrent en Inde et en ramenèrent, l'an 67 de notre ère, deux çramanas étrangers ; entln plusieurs des moines hindous qui, dans le courant du deuxième et du troisième siècle de notre ère vinrent en Chine pour y prêcher le bouddhisme ou y traduire des livres saints, étaient sujets des Ta Yue-tche, c'est-à-dire des Indoscythes.

Pour arriver chez les Indoscythes, les Chinois devaient traverser le Turkestan oriental où chaque oasis formait un petit royaume; ces principautés étaient l'objet des convoitises de leurs voisins, et les Hiong-noUy les Indoscythes, les Tibétains et les Chinois s'y disputaient la prééminence. Ce qu'était leur civilisation au troi"

(1) Sylvain Lévi, De itx peuples méconnus (Mélanges de Harlez. 1896, p. 176-187). — P. Pelliot, Le Fou-nan (BEFEO, 1903, vol. 111, p. 248-303).

(2) Ou, comme l'entend Sylvain Lévi, « par un envoyé chinois qui était allé à la cour des Indoscythes. »

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