L'ART CHINOIS
Par R. DE Marguerye
Dogmatiser sur l'Art chinois, poser à ce propos des principes, édifier des théories serait œuvre téméraire : la Chine est, en déflnitive,à peine ouverte aux études et aux investigations des érudits et le grand malheur pour Testhétique chinoise, aux yeux des Européens, c'est de lui être parvenue par les productions inférieures de l'Art, par le « bibelot » ; il en résulte une impression qui ne sera modifiée que peu à peu, par une connaissance plus approfondie de la marche progressive de la civilisation chinoise et par les futures découvertes des témoignages de son développement.
En l'état actuel des choses, il est permis de constater que l'on ne signale pas en Chine l'existence de monuments forçant, par leur intensité de beau absolu, l'admiration, comme ceux qui couvrent l'Inde ou ceux que l'Art khmer a élevés en Indochine. On connaît la Grande Muraille, mais, s'il y a là un elTort du génie de la construction, on n'y saurait trouver les caractères d'une œuvre d'art ; il y avait la tour de porcelaine de Nankin, détruite par lesT'ai-p'ing, mais c'était un échantillon unique et un peu spécial. Les tombeaux des Ming suffisent-ils à caractériser un style? Les Annales chinoises^ parlent de palais, de temples édifiés par les aL\i<^\^Tis> ^tcl^^x^wx^^ mais on n'a pu, jusqu'ici, faire des resUluXioxis \oçL<\\3iÇi^ ^X V'tfe^^^^^N Cuiys, G.
des édifices étaient construits en bois et en briques légères, peu durables par conséquent, et leur destruction n*a pas laissé de traces; à riieure actuelle, il en est presque de même, remploi de la pierre est assez rare. Enfin les Annales chinoises nous apprennent que les nouvelles dynasties ont souvent cru accroître leur prestige en faisant détruire les monuments élevés par les dynasties précédentes.
A la vérité, il existe des livres chinois qui donnent les dessins d'anciens monuments, notamment des tours on t'ai élevées dans les palais impériaux, mais on aurait aimé à contrôler, par des vestiges de ces constructions, la sincérité de ces représentations; la Bibliothèque nationale de Paris possède, à ce point de vue, des documents intéressants, mais c*est une donnée insuffisante pour appuyer une théorie architecturale.
On remarque cependant que, quelle que soit Fordonnance de la partie inférieure des t'ai, superposition déterrasses carrées, d'étages cylindriques au diamètre décroissant, cônes munis d'un escalier extérieur en spirale, le sommet est toujours dans la donnée à peu prés invariable, encore aujourd'hui prédominante, du toit à angles relevés en courbe, supporté par des colonnes en bois. C'est ce qu'en Chine on appelle le Ving et ce l'ing est aussi bien employé dans la construction des grands édifices, palais, temples, arcs de triomphe, portes monumentales que dans celle des maisons particulières.
Dans son intéressant ouvrage, l'Art chinois^ M. Paléologue reprend rhypothèse généralement admise, que cette disposition spéciale, a pour origine 1& tente primitive des hordes asiatiques:
« Let'ing écrit-il, avec ses extrémités recourbés comme le sont les angles d'une tente relevée par des piques, avec cette incurvation du milieu de la pente qui rappelle le creux formé par la souplesse pesante de la toile, présente, en efl'et, une ressemblance frappante avec une tente ; l'absence du plafond, des fenêtres latérales et gênérarement aussi d'étage supérieur est un trait commun de plus. Le respect que les Chinois ont toujours professé pour les traditions, et la permanence des types primitifs à travers toutes les époques de leur histoire permettent de croire que le t'ing, arrêté dans ses formes à une époque très reculée, provient de la tente et n'est qu'un souvenir effacé de la vie nomade ».
Ce respect de la tradition, joint à celui des règlements, car la construction est étroitement réglementée en Chine, donne aux villes chinoises un aspect de monotonie que varient à peine les dimensions plus grandes données aux temples ou aux palais ; parfois cependant le t*ing est double ; c'est le dispositif habituel des édifices auxquels on a voulu donner plus d'importance.
L'absence d'étages supérieurs a porl^ \^% ^Q\i!&VraL<^\«Qx^^^^^^:lopper le plan hortiontal des moii\mi«ii\Tk VinL^tXA.\sX% \ \»& ^:XN&s»v^
ARCHITECTURE LXXYII
soient pas nuisibles aux habitants. Le Chinois a réuni ces influences sous le nom de Fong-chouei, mot qui littéralement veut dire « vent et eau » et déflnit l'ensemble des croyances ou superstitions de la géomancie chinoise. Le fong-cfioicel intervient par des règles minutieuses dans l'architecture nationale.
Réglementée à la fois par les décrets offlciels et par le fongchouei^ l'architecture chinoise ne se prête à aucune inspiration artistique, en ce qui concerne surtout l'architecture civile; la fantaisie, exclue de la silhouette générale de l'édifice, se donne carrière dans les menus détails de la construction ; sur les toitures, outre les tuiles vernissées de couleurs variées, les constructeurs prodiguent des animaux fantastiques en terre cuite et la même profusion de détails décoratifs, en relief ou peints, se répand sur l'ensemble de la construction.
De même, dans les temples qui ne difl'èrent pas sensiblement, à l'extérieur, des autres édifices, c'est à l'intérieur qu'il faut chercher les caractères distinctifs, résidant dans une décoration assez sobre pour ceux du Confucéisme, mais très riches et très variés dans les temples bouddhiques, peuplés de statues dont la plupart sont dorées.
L'influence du bouddhisme a produit quelques édifices qui procèdent— avec adaptation des traditions chinoises— des monuments de l'Inde ; c'est ainsi qu'on peut voir à Wou-t'a sseu, près de Pékin, un monastère bouddhique dont la façade, divisée en zones horizontales, est surmontée de pyramides qui rappellent les gopuram des temples hindous (1) et auxquelles on a donné, pour la Chine, le nom depagodes^iûu cantonais Pa-ko-ta),que les Chinois appellent Ta. La fameuse tour de porcelaine de Nankin, entièrement reconstruite au XV* siècle sur l'emplacement d'un Ta primitif, et détruite en 1853 par les T'ai-p'ing, n'était pas autre chose, avec des proportions inusitées, près de iOO mètres de hauteur. On doit encore à l'influence bouddhique des monuments du caractère de la stûpa hindoue.
Le mahométisme a conservé aux mosquées le caractère général de la construction chinoise, la modifiant seulement dans le détails de l'ornementation qui consistent principalement en versets du Coran, en caractères aiabes.
Nous arrêterons ici ces considérations générales qui seront complétées, aux différentes étapes, par les indications du Guide.
La Peinture. — C'est surtout dans l'étude et l'appréciation de la peinture en Chine que l'Occidental doit oublier sa propre mentalité, s'abstraire de son éducation artistique, des trad\t\û\vî* ^^\a. wc-
(i) Madrolle. Guide de l'indocMYie, ^. ^y'ç^^X^TS^^.