‹ Chine du sud et de l'estChapitre 29 sur 131 · XXVIIl L*ART · texte numérisé non relu

XXVIIl L*ART

ti(4ue, da bagage estliétique accumulé depuis la Renaissance Jusqa*à nos jours. Il lui faut surtout se garder de toute comparaison entre ce qui nous est parvenu des œuvres des peintres chinois et les toiles célèbres qui peuplent les musées dont les nations se montrent si Hères, ou les collections particulières réunies avec une si attentive sollicitude.

Le point de vue du Chinois, en matière de dessin ou de peinture, diiïère essentiellement de celui de l'Occidental, et Tabime qui les sépare est bien caractérisé par cette aventure, arrivée au xyiii* siècle à deux jésuites, les P. P. Attiret et Castiglione qui, attachés à la Cour impériale comme peintres, tentèrent de faire admettre par les Chinois l'art européen, avec sa science de Tanatomie, son modelé, ses effets de lumière et d'ombre. Etonné, d'abord, l'Empereur les laissa faire, mais lo naturel, suivant une expression connue, revint au galop; l'autorité sans frein du souverain leur imposa l'esthétique chinoise et, le 1" novembre 1743, le P. Attiret écrivait mélancoliquement : c II m'a fallu oublier, pour ainsi dire, tout ce que j'avais appris et me faire une nouvelle manière pour me conformer au

goût de la nation Tout ce que nous peignons est ordonné par

l'Empereur. Nous faisons d'abord les dessins; il les voit, les fait changer, réforme comme bon lui semble. Que la correction soit bien ou mal, il faut en passer par là sans oser rien dire t>. {Lettres édifiantes.)

Et la tentative d'éducation artistique faite par les jésuites avait laissé si peu de traces que, lorsque 50 ans plus tard, lord Macartney arriva à Pékin avec les tableaux que le roi Georges III envoyait à l'Empereur, les hauts personnages auxquels il les montra furent stupéfaits par les ombres portées, et demandèrent gravement si les originaux des portraits avaient un côté du visage plus foncé que l'autre; l'ombre du nez surtout leur paraissait un défaut grave, quelque chose comme ce que dans la technologie des ateliers on appelle ironiquement un a coup de maître y>.

A tout considérer, nous n'avons pas trop à rire de ces appréciations car nous avons eu, avec Manet, YEcole des taches et, de nos jours» nous assistons à des manifestations prétendues artistiques mais qui relèvent plutôt de la chronique des caprices de la Mode que de l'histoire des évolutions de l'Art : sous prétexte de grands mots en ismet on exhibe des œuvres tout aussi singulières et incohérentes que ce qui nous paraît bizarre dans la peinture chinoise, avec en moins, la sincérité dans la conception et la conscience dans Texécution.

Car il ne saurait résulter, de ce que nous avons dit plus haut,

que l'art de peindre ou de dessiner n'existe pas en Chine, n'y a pas

eu ses débuts, aea développements, ses époques successives^ ses

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