LE TOMBXAU SS HONG-WOU
deux chevaux couchés, deux debout. Puis des lions, à peine reconnaissables — deux accroupis et deux dressés; puis des tigres, plus méconnaissables encore.
« Un ravin coupe l'allée : le pont a été emporté, il n*en reste plus qu*uae culée ; il faut descendre tant bien que mal dans le lit à sec et remonter la berge rai le. Voici maintenant les chameaux— deux agenouillé?, deux debout, — plus réalistes que les autres; et enfin les éléphants, les plus massifs de tous, la tête pesamment appuyée sur leur trompe rigide. Leur dos est couvert de petites pierres que les dévots y ont lancées, dans le pieux désir d'obtenir une postérité mftle!
« L'allée ici tourne à angle droit pour reprendre la direc* tion primitive ; et aux animaux succèdent les gardes. Hiératiques et droits comme des momies de pierre, les bras comme serrés dans une gaine avec le corps, les détails du vêtement et de l'armure mal détachés, ils ressemblent aux statues des rois d'Assyrie. Les quatre premiers, tout semblables, portent une masse d'armes ; les quatre suivants serrent sur leur poitrine la croix de leur épée.
« Nous sommes au Tombeau. Une légère pente de gazon nous amène au pied d'une première muraille rouge. Derrière, c'est une longue suite de cours, d'escaliers alternativement montants et descendants, envahis par les herbes folles, les arbres, les cultures des bonzes. Ces montées, ces descentes, tout était commandé par les rites : le cortège, où tout était porté à dos d'homme, y passait sans difficulté. Sur les terrasses s'élevaient de grands reposoirs où l'on plaçait le corps et où l'on brûlait des parfums en récitant des prières : il ne reste plu4 que les socles des colonnes.
« La dernière cour aboutit à une sorte de tunnel incliné qui semble sans issue vers le haut, débouchant sur un mur : c'est une mise pour tromper les Kouéy les esprits malins qui viendraient troubler le sommeil des augustes morts. Par un escalier dérobé on sort du tunnel sur une plateforme élevée où court une muraille rouge. Immédiatement derrière ne s'élève plus que la colline. Colline boisée, que l'art humain n'a pas touchée. L'empereur y dort tranquille dans la majesté simple de la nature, au pied des montagnes ; — et les ani^
mauK mômes de la création semblent l'y veiller ! » (G. Wed- LERSSB, l. c.)
Ce tombeau est celui de l'empereur Hong-wou (1368- 1398), le fondateur de la dynastie Ming.
« Moins d'une semaine (6 jours) après son trépas, le jour même où Tchou Ynn-wen^ son petit-ftls, monta sur le trône, Hong-ioou^ Mimj T'ai-tsou Kao Houany-ti fut inhumé au S. et au pied de la majestueuse montagne de Tseu-kin-chan (mont S. Michel), en vue de Nankin, transformé par son aventureux génie. Ce <' Tombeau des Ming », ou, comme disent simplement les Nankinois, ce Houang- Unffy cette « sépulture impériale », si délabrée, attire encore étran-
§ers et indigènes pour qui tout le reste, presque inconnu, recèle peu 'intérêt.
« Houang-ling signifle « Mausolée de la pitié flliale «. Ce nom officiel du Houang-hng était celui de la sépulture de l'empereur Wou Ta-ti (Trois royaumes), mort en 257. Hiao-ts'eu Hovuivgheou, femme de Hong-wou, reposait au Tombeau des Ming depuis 1382. Le Grand Temple, terminé en 1383, avait été inauguré Bar un sacrifice que présida Piao, le Prince héritier (fils aine de ong-wou et Hiao-ts'eu), mort lui-même en 1392, et enterré un peu à l'est du cimetière impérial. Nombre de concubines ou d'imperaratrices avaient leurs tomb(»s aux environs.
« Une tradition, sans fondement réel, indique labutte de Tc/i'o-o- Vien-kong (l'agode actuelle de Confucius) comme la vraie place du cercueil de Hong-wou, ou plutôt de son cadavre. absent du Houangling. On invoque à ce propos la praticjue coutumière aux fondateurs de dynasties, qui, redoutant la violation de leurs tombes, en représailles de tant d'inévitables sévices dont ils furent les auteurs pour conquérir leurs trônes, prescrivaient de mettre en terre, après leur mort plusieurs cercueils impériaux 'en divers endroits, alln de dérouter toute recherche criminelle, intéressée ou vengeresse. (Louis Gaillard, l. c.)