‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 130 sur 292 · FABRICATION DE Ï.A MONNAIE CHINOISE · texte numérisé non relu

FABRICATION DE Ï.A MONNAIE CHINOISE

Un établissement important, et qui

(*) Taï thsing liori tien, K. 48, f° / - 1 0. (**) Voy. la planche 1 5 de ce volume.

dépend du ministère des travaux publics, est celui de la monnaie {fan gin fehoù) (’). Cet établissement, toutefois, met beaucoup moins en circulation de métaux précieux que l'on pourrait s’y attendre, puisque la monnaie chinoise est toute en cuivre, l 'argent ne circulant que par lingots d’un poids déterminé.

La quantité de cuivre et de plomb expédiée annuellement nu ministère des travaux publics par diverses provinces est considérable. Cette quantité est déterminée; en voici le tableau :

K In (*•).

1 Pr. de Yun-nan, cuivre {thoùng) 5, 836, 110 ld. poudre d'alluvion

(pao youân kiü) 1 ,945,406 a° Kouei-tchcou , plomb blanc (pe

youen ) 4,391,914 ld., poudre d'allmiou 1,463,971

/</., plomb noir {lie ynuin) 473,288

ld., poudre d'ailuvion 157,746

3° Hou-nan , plomb noir ( carbonate?) 200,000

ld., poudre d’ailuvion 83,833

Le produit d’autres provenances n’est pas déterminé.

Chaque année, la monnaie impériale fond (“**) 86 mào de tsién; un mao consiste en 6,249 tchoiian ou enfilades de monnaies de cuivre percées d un trou carré dans le milieu ; chaque enfilade comprenant 270 pièces de monnaie ( wén) ; ce qui fait un total de 145,101,780 pièces de monnaie de cuivre {tsien) fondues annuellement à la monnaie de Pé-king. Les monnaies de l’interieur des provinces ajoutent annuellement à la circulation 537,437

(*) Tai thsing hoei tien, K. 48,l*ao-ai.

(**) Le Ain équivaut à 617 grammes: il comprend 16 tiang ou onces chinoises. Il est nu peu plus fort que l'ancienne livre frau- Ç*ise, également divisée en 16 onces.

(***) La monnaie chinoise 11 ‘est \tss frappée comme la monnaie européenne actuelle , elle, est fondue comme l'était la monnaie des

anciens peuples. Depuis l'établissement de la dynastie tartare régnante, la monnaie chinoise porte en relief, d'un côté, le nom de règne de l’empereur régnant , et les mots chinois thoùng pào «monnaie précieuse circulante, - et de l'autre côté, ces derniers mots en mantchou. La valeur inlrinséqne de cette inuunaic est très-minime ; elle équivaut à peu prés ® 7:^7 de franc.

ichovan ou enfilades , chacune de 250 pièces de monnaie. Et dans les années d’un mois intercalaire , ou de 1 3 mois (*), les monnaies fondent sept mào et demi de monnaie de plus (**).

La manufacture de poudre à feu (Ad yù kin ) dépend aussi du ministère des travaux publics. Elle est placée sous la direction de deux ministres d’État. La quantité de poudre de guerre conservée dans les arsenaux est de 300,000 kin environ. Celle qui y est conservée pour l’usage et la vente ordinaire varie , selon l'emploi qu'on en fait, de 30 à 40,000 jusqu'à 100,000 kin.

'Après avoir exposé avec quelque détail la nature et les attributions des six grands ministères chinois, il nous reste à faire connaître différentes institutions d’une moindre importance, lesquelles, cependant, font partie de ce grand rouage administratif qui fonctionne , depuis tant de siècles , avec un ensemble et une régularité dont l'Europe peur, à bon droit , s'étonner.

J° BIJRF.AU DM COI.ORIF5 KTRAWC.FRF4.

La première institution administrative dont les Statuts font connaître les attributions, après celle des six ministères, est le /Sureau des colonies étrangères {li fan youén). Il n’est composé que de Mantchcus et de Mongols.

Il comprend dans ses attributions l’administration des populations de races diverses dépendantes de l’empire chinois et situées nu delà de ses anciennes frontières. Il règle les honneurs et les émoluments attribués aux chefs de ces États; Gxe leurs visites à la cour de l’empereur, ainsi que les peines qu’ils encourent en manquant à leurs devoirs de vassaux de l’empire. Les présidents et vice-présidents délibèrent ensemble

(*) L’année chinoise étant luni- solaire, et composée Je n lunes, il faut y ajouter une treizième tune , ou un i3* mois, lorsque cette année lunaire ne concorde plus avec l’année solaire. C’est ce qui constitue le mois intercalaire.

(**) Tai thsiny hoei tien, K. 48, f ’ st. les Statuts donnent ensuite ( f“ 35-3y) le» détails circonstanciés sur le ministère des travaux publics de Moutdcn, que nous croyons inutile de reproduire ici.

sur toutes les affaires de ce département. Si ces affaires sont importantes, elles sont renvoyées au Conseil privé ; si elles ne le sont pas, ils les expédient pour le plus grand bien du gouvernement. Les membres qui composent ce petit ministère ont, dans leurs attributions, tout ce qui concerne l’administration des territoires situés au delà des anciennes frontières de la Chine et habitées par des populations qui ne sont pas chinoises. Ils règlent les rap-

f 10 rts des chefs indigènes de ces popuations avec l’empire, les tributs qu’ils doivent payer, les honneurs qui leur sont conférés , les troupes qu’ils peuvent avoir sous leur commandement, les postes militaires qu’ils peuvent occuper, etc. Enfin, ils règlent aussi tout ce qui concerne les peuplades nomades ui habitent ces territoires, ou qui ont es relations arec leurs habitants.

L’énumération de toutes les tribus comprises sous la dénomination de al /an, « étrangers extérieurs, » donnée par les Statuts, les détails que l’on y trouve, sont de nature à intéresser vivement les géographes européens; mais nous ne pouvons les faire entrer dans notre travail spécial. Ils eussent été à leur place dans la Description de ces contrées , qui n’est pas de notre ressort. Nous renvoyons donc aux Statuts (*) pour de plus amples informations.

Le Bureau des colonies étrangères est divisé, comme l'administration de l’empire lui-méme, en six départements ou sections.

La 1” section est chargée de la délimitation des territoires extérieurs , qui sont figurés sur des cartes spéciales , de la direction du gouvernement des peuplades fixes et des peuplades nomades qui les habitent; elle règle aussi les honneurs et dignités des chefs de la Mongolie intérieure ; leurs mariages avec des princesses de la famille impériale ; les impôts ou taxes imposées aux populations; les routes et autres voies ae communication , etc.

La 2' section règle les émoluments des chefs de la Mongolie intérieure , leurs visites à la cour, leurs tributs, et

(*) Tai llising lioei lien, K. 49-53.

L’UNIVERS

la réception parmi eux des filles de l’empereur qui daignent les épouser.

Les émoluments des chefs mongols consistent partie en argent et partie en étoffes de diverses espèces. Ils se divisent en sept classes , de la manière suivante :

i" datte. Chefs «y«nt un ti.

tre équivalant à celui de mit , et alliés à la famille UH|,)alk. *£5.

impériale a.uou a5

a' Princes ( kiûti , vdng) i.aoo i5

3' Beys (pci le) 800 j3

4e Fils de beys ( pci tscu ). . . 5oo 10 3e Gr. dignitair. (rang de ducs) 3oo q

6® Id. id. inférieurs aoo 7

7e Noblesse inférieure 100 4

La suite normale de ces princes et chefs mongols , leur garde armée, sont aussi fixées et déterminées par la même division.

La 3' section ou division exerce , sur les populations et les chefs de la Mongolie extérieure , à peu près le même contrôle, la même autorité que la 1" division sur la Mongolie intérieure.

Elle règle les affaires qui concernent les chefs de tribus, le nombre de leurs soldats, les postes et les relais, les foires et les marchés. Les Lamas des deux Mongolie intérieure et extérieure sont aussi sous sa directiou, de même que les tribus nomades qui dépendent de ces territoires. On y compte les Gorkas , les Tourbets ou Dourbcts , les Tourgouths, les Hochoits, les Khoits, les Tchoros et les Oeleuths. La 3” division fixe les limites des territoires de chacune de ces tribus, et surveille leur gouvernement. Elle entretient a A’ohrun et à Kiakta, capitales de la tribu des Kalkas, deux ministres résidents, chargés de surveiller la frontière russe, et servant d’intermédiaires pour tous les rapports que la Chine entretient avec la Russie (*). Ce furent ces mêmes ministres résidents uui, en 1689, sous le règne de Kkantj-hi , réglèrent , avec l’ambassadeur russe , les limites sibériennes des deux empires.

(*) Tai thsing hoci lien, K. 5a, N a3 et auiv. Le» Statuts donnent ici de» détail, qui ne manquent pas d'intérêt »ur le» teintions politiques et commerciales de la Chine avec la Russie,

Quant aux rapports avec les lamas dans toute la Mongolie, ils concernent l'instruction religieuse bouddhique dont ils sont spécialement chargés. Ces prêtres bouddhiques dépendent de chefs supérieurs dont l’un réside à Pé-king :

c’est le lama de la capitale (tchoù king La-ma) ; un autre dans le Thibet :

c’est le T/isâng La-ma; on le nomme aussi Data» Lama. Deux autres résident encore en d'autres lieux.

D’après les Statuts (*), deux ministres plénipotentiaires chinois résident constamment dans le Thibet antérieur et le Thibet postérieur, pour diriger les affaires du grand Lama. L'influence chinoise est toute-puissante près de ce souverain déifié, qui est l’humble serviteur du fils du Ciel. Ce sont ces résidents chinois qui règlent les diftérends entre les tribus ; qui instruisent et disciplinent t’armée thibétaine, au uombre de trois mille soldats-, qui fortifient les défilés et les frontières ; qui président à la levée des impôts directs et indirects; qui distribuent la justice et établissent les lois et règlements d’administration intérieure, afin, disent les Enfuis, « de « maintenir la paix et la tranquillité « dans le Tangent ou le Thibet. »

Les tributs que cet État vassal doit payer à la Chine sont réglés par le 3” département du Bureau des colon tes. Chaque année, des ambassadeurs les portent à l’empereur, h Pé-king. Ces tributs consistent principalement, en statuettes de cuivre de Fo ou Rouddha, en perles et en pierres précieuses.

I.e 4* département du Bureau des colonies règle tout ce qui concerne les émoluments des Lamas de la Mongolie extérieure, ainsi que les tributs de cette contrée.

Le S' département dirige le gouvernement des tribus mahométanes et des beys mongols, et règle les tributs annuels que les marchands etrangers doivent envoyer à la cour. Ces tribus mahométanes , tributaires de la Chine, sont les Pourouts , les Kassaks ou Kaïssncks , les peuplades turcomahes de Kiiokand , Badnkehnn, Belour, Tachkcnd , dans la Tartarie indépendante.

(*) Tai tsing hoci tien, K. 5a, f” 87.

Le 6* département a dans ses attributions tout ce qui concerne les affaires judiciaires de chaque tribu mongole extérieure.

1. Le Bureau lier colonies, qui est, comme on a pu lo .voir, une espèce de ministère des qffaires étrangères, a une chambre de traducteurs mongols ( Moung kou fàn O pour les langues turcomane , tangoutaine et russe.

2. Tribunal des censeurs. Nous arrivons à une institution chinoise qui a quelques rapports avec celle des censeurs de l’ancienne Rome : c’est le Tribunal des censeurs (tou te ha yùuen)('). Ce tribunal ou cette cour a pour fonctions de contrôler, de surveiller, de corriger les mœurs ( tchdmj ssè J'oûng ki; cura morum , connue ïes censeurs romains); d’examiner la conduite de tous les fonctionnaires publics, de quelque rang qu'ils soient , dans la capitale et hors de la capitale, c'est-à-dire dans les provinces; de distinguer dans cette conduite administrative ( tchi ) ce qui est bon de ce qui est mauvais , ce qui peut tenir à la droiture ou à la perversité de l’homme, et, après avoir réuni les censeurs du titre de Ahô ( examinateurs), et ceux du titre de Tdo (rapporteurs), ils doivent chacun émettre leur opinion, et prononcer leur ceusure, afin de rendre les fonctionnaires publics plus attentifs et plus diligents sur leur conduite journalière, et, par cela même, le gouvernement plus stable et plus respecté.

lorsque des affaires importantes du gouvernement sont soumises à l’exa-

(*) Tai tluiiig lioei tien, K. 54. Lei expressions tou tchit yohen signifient : Cour gui examine , gui surveille tout. Celle cour Ml composée de deux premiers censeurs impériaux de gauche (Isa loti yu ssè), l’un manlchou et l’aulre chinois; de quatre censeurs adjoints de gauche (tsà fait loti rtc ssè), deux mnnlchnus et deux ehinois. Les gouverneurs de provinces sont , de droit , ex officia ,

- censeurs de droite; « et les lieutenantsgouverneurs, les gouverneurs ou intendants des fleuves et rivières, de la navigation intérieure, sont aussi , ex officia , » censeurs adjoints de la droite. » Les employés subalternes de ce tribunal sont des secrétaires , de» commis et des expéditionnaires manlchous et chinois.

men des neuf ordres de grands dignitaires de l'empire ( KieOu king ) (") ou corps de l'État , celui des censeurs est du nombre, et quand uns grande cause criminelle est appelée devant les trois cours de justice réunios, le tribunal des censeurs , avec le ministère de Us justice , et la haute cour criminelle constituent le tribunal des trois cours réunies. Alix grandes assises d'automne (thsiedu chut) , à celles de la cour (tc/uio chin), aux cérémonies des grands sacrifices, les censeurs impériaux sont toujours appelés aux premiers rangs, de môme

3 u aux grandes réunions et aux festins e la cour, où ils siègent à côté de l'empereur.

L'organisation du tribunal des censeurs est combinée de manière à embrasser tous les services publics. Elle se divise en autant de sections qu'il y a de ministères ; c’est ce qui constitue les six (bureaux) d’examen (lou khtl), chaque section ayant tout le personnel d’un ministère à surveiller (**). Dans Pé-king, il y a cinq sections, autant que de quartiers.

(*) - Les six ministères , le tribunal des » censeurs , la cour des référendaires prés » du conseil privé, la haute cour de justice , «sont les neuf corps de l'État.» Commentaire.

(**) » La section// khi a dans ses attributions l'examen et la surveillance de tout le personnel du ministère des emplois publics (ti poit) et Pé-king ; la section hoû khi a la surveillance du personnel du ministère des finances ( lioû pim ) ; la section ti khi surveille le personnel du ministère des rites (ti //où), de l'intendance de la maison impériale ( thsoùng fin fois ) , du bureau des colonies (// fàn youèn) ; de l’intendance des sacrifices (tài tchâng ssé), de celle des provisions de bouche (kwàng ton ssé), du collège national ( kotié tsèu kièn ) , et de l’observatoire impérial (kin tien kièn). La section ping-khi surveille le personnel du ministère de la guerro (ping-poii), de l’intendance des écuries impériales ( tài pi ssé ), de celle des équipages de la cour ( louait t *wi). La section king kho surveille le personnel du ministère de la justice (liing pois ), de la cour des réfereudaires près du couseil prisé ( thoiing tching ssè ), de la haute ('OUI de justice ( ti ti est). La section koiing klui surveille le personnel du ministère des travaux publics ( koûng pois). Deux fois chaque mois les censeurs font l'examen attentif de tous les

L’UNIVERS

Les censeurs sont en relations permanentes avec le conseil privé (néi ko). Ils en reçoivent des documents qu'ils transmettent ensuite, avec leur censure, aux départements qu’ils concernent. A la lin de chaque année, ils établissent l’état de tous les documents qu’ils ont reçus du grand Conseil privé, avec l’indication des résultats.

Les remontrances des censeurs sont inattaquables; leur droit de censure est souverain, même à l’égard de l’empereur ; seulement ils ne peuvent appliquer par eux-mémes aucune pénalité.

Le tribunal des censeurs exerce son action dans les quinze circonscriptions ou cercles ( tào ) , correspondant à peu près aux quinze anciennes provinces (*). Quand le besoin l’exige, les chefs du tribunal se reodent dans les provinces pour exercer leur redoutable ministère. Dans un empire étendu comme la Chine, et où ceux qui sont revêtus d’une portion de l’autorité pourraient si facilement en abuser, l'opinion publique n’ayant point d’organes pour se manifester, l’institution des censeurs est d’une grande utilité. L’histoire chinoise est pleine des actes courageux dont ceux qui ont été chargés de ces difficiles fonctions se sont honorés.

On lit, dans l’histoire de la dynastie des Thang, que les censeurs , à cette époque, avaient pour mission principale:

1" De s'enquérir du bien et du mal, ou des vertus et des vices des fonctionnaires publics;

documents qui ont été adressés aux différents ministères ou établissements publics de leur ressort ; ils peuvent demander des éclaircissements,émettre leur opinion, prononcer une censure sur tout ce qui leur parait l’exiger. »

(*) Ces qnime inspections sont : i° le territoire de Pc-king ( king lien tào) ; le cercle du Ho-nan ( hd min tào ); 3° le cercle de Kiàng-nàn ( Kiàng nàn tao) ; 4° le cercle de Clmn - loung ; 5° le cercle de Chan-si; li" le cercle de Clien-si; 70 le cercle de Tc/tà kiàng ; 8° le cercle de Kiang-si ; 90 le cercle de Hou-konàng ; 1 o° le cercle de Fokirn ,- n° le cercle de Kouang-toung; ia° le cercle de Konang-si; i3u le cercle de Ssetchonan ; ,4° le cercle de Yun-nan; x5° le cercle de Kouei - Ichêou. Il y a quatre censeurs pour chaque cercle , excepté )K)ur les cinq derniers qui n’en ont que deux.

2° De s’informer s’ils n’apportaient pas la plus stricte équité dans la levée des impôts et dans les corvées;

3“ De s’assurer si la population ne mettait pas de négligence dans la culture des terres, et dans celle des mûriers, et s’il n’y avait point de déficit dans les greniers publics;

4° De s’informer s’il n’existait point de malfaiteurs exerçant des arts magiques;

5° De rechercher les hommes de talent et de génie extraordinaires pour les faire connaître à l’empereur;

6* De surveiller les actes du gouvernement qui tendraient à la violence et à la tyrannie , ainsi que les fonctionnaires qui s’allieraient^ des familles puissantes pour exercer aussi des violences.

Le vieux philosophe. Lao-lseu disait:

« Lorsque le gouvernement pousse l’es- « prit de surveillance défiante à l’excès, « le peuple vit dans l’inquiétude et la « miscre !» — Il semble que l’institution des censeurs , qui s’interposent entre les gouvernants et les gouvernés, pour rappeler leurs devoirs aux uns et aux autres, et faire respecter la justice, doive prévenir de grands abus; il est certain, du moins, que l’indépendance et l’inviolabilité dont ce corps jouit en Chine le rend également gênant pour tous ceux qui se mettent dans le cas d’encourir ses censures.

Cette grande institution qui embrasse dans un immense reseau toute la population chinoise, gouvernants et gouvernés, est comme un grand ministère de la police, qui a l’œil ouvert partout sur l’accomplissement des devoirs de chacun et le maintien de l’ordre public.

Police de Pê-king. C’est surtout dans la grande ville de Pé-king , la capitale de l’empire, que l’institution des censeurs, par son personnel divisé en cinq classes, exerce l’action la plus complète et la plus vigilante. Les agents des deux dernières classes sont chargés de faire arrêter les voleurs, les malfaiteurs, les joueurs, les vagabonds et autres gens de cette sorte; de visiter les rues et les quartiers, d’y faire des rondes ou le guet la nuit, et de placer des sentinelles pour prévenir l’autorité en cas d’incendie.

Les capitaines des rues sont soumis

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à ces deux classes. Ces capitaines des rues sont des chefs d’une sorte de magistrature municipale qui sert puissamment au maintien de l'ordre public (*)• Chacun de ces chefs est obligé d’avertir les agents du tribunal des censeurs de ce qui se commet dans sa circonscription contre les lois et les mœurs, ou de ce qui y survient de nouveau. Il est aussi obligé d’exhorter les familles à la pratique du bien, en répétant à haute voix tous les jours au commencement de la nuit, dans la rue conliéeà sa garde, ces préceptes substantiels : « Obéissez à vos pere et mere « (Aida cAûn foti màu ) ; respectez les « vieillards et vos supérieurs ( thsoûng « kt'ng tchàng chüng ) ; vivez tous en «paix dans vos familles (Ad kiû li) ; « instruisez vos enfants (kido tseù s Un); « ne commettez point d'injustice ( nid « tsô ivét) (**). « Cette coutume, dont l'esprit européen se raillerait sans aucun doute, si nos gouvernants voulaient l’importer chez nous, n’en est pas moins fort respectable, et ces exhortations dans une bouche pure et digne doivent toujours produire un salutaire effet.

3. Cour des référendaires près du conseil pricé (thoùng tching ssè).

Nous avons fait connaître les attributions de cette cour précédemment (page 132, note); nous ajouterons seulement qu’elle reçoit aussi les appels ue le peuple fait, près de l’empereur, es jugements prononcés par les tribunaux de provinces. Des membres de cette cour sont spécialement chargés de se tenir à la porte du palais impérial pour recevoir les placets de ceux qui, selon une très-ancienne coutume (***), vont frapper sur le tambour ui s’y trouve placé, pour obtenir auience ou justice.

Cette cour est une espèce de grand Pureau d'enquêtes et de révision par lequel doivent passer tous les placets , mémoires, pétitions , etc., de tous les mandarins civils et militaires de l'empire, pour parvenir au souverain, ex-

(*) Voy. ci-devant, page «71.

(**) Magalhans , Nouvelle relation de la Clone, p. 2a5.

( ) Voy. t, I , p. 36, et la pl. 3 du meme

volume.

cepté toutefois les mandarins de Péking, qui peuvents’adresserdirectement à l’empereur.

4. Cour d'appel (td li ssè ) (*). Les attributions de cette cour sont de répartir de la manière la plus équitable la justice dans tout l’empire. Elle revise les cas graves, et concourt, comme nous l’avons déjà dit précédemment, à constituer, avec les autres cours et tribunaux, les neuf cours appelées à délibérer sur les affaires les plus importantes du gouvernement, ou les trois cours suprêmes de judicature qui prononcent les peines capitales aux grandes assises d’automne. Pour que la peine capitale soit prononcée dans ces grandes assises , il faut que les trois cours soient unanimes dans leur décision. S'il n'y a pas unanimité, l’opinion de chacune des cours est soumise à l’empereur, qui juge en dernier ressort.

5. Académie impériale (*’) ( hdn lin gouèn). C’est ici le corps des lettrés chinois, le corps savant par excellence, la forêt de pinceaux , comme il se nomme (les Chinois écrivent avec un pinceau), qui jouit de la plus haute considération dans l'Etat. C'est à parvenir à faire partie de ce corps illustre qu’aspirent tous les lettrés de l’empire.

L’académie des Ilân lin est , pour la Chine , ce que l'Institut est pour la France. Elle fut fondée sous la dynastie lettrée des Thang, vers le milieu du neuvième siècle de notre ère (***). Elle

(’) Ta 1 thsing hoei tien, K. 54, P 16-17.

(**) Ib., K. 55.

Voy. t. I , p. 3o8 , et p. a3 , n* 108 du présent volume.

Dans l' Almanach impérial de 1844, l’académie des Han tin esl placée immédiatement apres le Conseil privé. Les deux présidents du grade de isin ssé , ou docteurs, étaient alors Mou.tr/uiag- a , tuautcliou, et Pwan-clii-ngan, chinois ; tous les deux membres du Conseil privé des ministres. L’Académie était composée ensuite : 1° de 4 docteurs assistants lecteurs impériaux (chi toit hiôssc)\ a» de 5 docteurs assistants explicateurs des livres classiques de l’empereur (c/n kiàng hid ssé) ; 3° de 5 assistants lecteurs (chi tod) ; 40 de 5 assistants explicateurs (chi kiàng) , tous du grade de Isin ssé;

L’UNIVERS

a deux présidents, l'un mantchou et l'autre chinois. Cette grande institution littéraire a pour attributions de rédiger les documents officiels qui concernent la littérature et l’histoire. Ses principaux membres sont les chefs ues diverses classes de littérature , lesquels font tous leurs efforts pour acquérir le plus de science littéraire et de renommée , afin de parvenir à occuper des emplois publics, ou à remplir des fonctions près du souverain.

Le mérite littéraire, en Chine, étant le mérite par excellence, ceux qui, dans les études classiques, parviennent au premier rang sont sûrs, par cela même, d’arriver aussi au premier rang dans l’État. Les empereurs chinois, qui ont aussi cherché souvent à briller dans les lettres, aiment à s’entourer des lettrés les plus célèbres de leur empire. Les deux présidents de l’académie des Hein lin sont, ex officio , les habitués du palais impérial, et dirigent toutes les études des priuces de la famille impériale. Deux fois par au , au printemps et à l’automne, ils désignent les quatre mandarins (deux mantchous et deux chinois) chargés d’expliquer les livres classiques dons les circonstances solennelles, et de traduire du chinois en mantchou, ou du mantchou en chinois les essais littéraires de l'empereur, etc. Les lecteurs impériaux accompagueut Sa Majesté quand elle se rend au temple du premier maître, le philosophe

5® de 4 auditeurs de la propagation de la doctrine ( tien fût ting)\ 6Ü 4 auditeurs assistants de l’cnseigmmeut (ldi tchso ting)-, 7® 39 écrivains rédacteurs (pie lie chi)y tous mantchous; 8" 16 autres écrivains rédacteurs de la direction du mouvement du personnel, laquelle direction est composée de 3 membres; 90 3 docteurs U in ssè y chefs de la sectiou de la révision et impression des livres (sUeu sioiian); io° 84 docteurs U in Sic , rédacteurs et compositeurs de collections de livres ou compilations choisies (pién sie'ou): ees deux dernières categories composées presque exclusivement de Chinois; 1 1“ 7 poètes ou compositeurs de vers ( kicn chi), tous Chinois et du grade de tsin tse ; ix° enfin 60 docteurs tstn ssè, ayant eu le plus de sucrés dans les grands concours littéraires (chou kii su). Ces derniers ont un traitement annuel de i,44o Uàng (t i,5xo fr.).

Khotiny-tscu , pour lui rendre les honneurs qui lui sont dus. Us doivent aussi composer des vers sur les sujets que l'empereur veut bien leur désigner.

II y a dans l'académie des H An lin vingt docteurs, dont huit mantchous et douze chinois, chargés spécialement, avec l’aide des jeunes gens qui ont le plus brillé dans les examens, et qui ont obtenu les premiers grades, de préparer des éditions correctes des livres classiques, ou des compilations également correctes des meilleurs morceaux littéraires ou historiques destinés à l'enseignement publie, ou à orner les bibliothèques impériales. Ces éditions choisies sont publiées aux frais de l’empereur et par les presses impériales. Les Statuts (*) donnent le catalogue de tous les ouvrages choisis qui ont été ainsi prépares et publiés depuis le règne de Chun-tchi , premier empereur de la dynastie tartare régnante. Celui qui écrit ces ligues possède plusieurs de ees éditions, qui sont d'une grande beauté et d'une parfaite correction (**).

(*) Ta, thsing hoel lien , K. 55, P 4 et suiv.

(**) Le nombre des ouvrages chinois publics par l'académie des Uàn tin, depuis la lrt année Chun-chi (tf»;5 de notre ère) jusqu'à la 16e année Kia-l ing (1 81 1), est de rs8, presque tous d’une étendue très-considérable. En voici les principaux 0 ;

1. * Tctii sioiian ming ssè ; Histoire de la dynastie des Ming, préparée et rédigée par ordre impérial (1645).

x. Tchi tswiin l/wûng kicn tsioûan chou; Édition complète du Miroir universel de l’histoire , recueillie et continuée par ordre impérial (i65f>).

3. Hiao king r en i ; Sens expliqué surabondamment du Livre sur la piété filiale (i65G).

4 . T king ihoùng Ichou ; Commentaire perpétuel sur le Y-King ( 1 H5fi).

5. Tchi pien jï kiàng ssè cltmi kidi i; Sens expliqué des i/ualre Livre» classiques dans des lectures journalières, ouvrage composé par ordre impérial (1677).

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