I.Î-CHI
Je recevrai les femmes; le tchang-tsièn recevra les hommes.
Yfi-CHKOU.
A merveille. Vous savez que j’ai des amis, des amis intimes. Quand ils entendront dire que YÔ, l’assesseur, est mort , ils viendront ici pour brûler du papier-monnaie I Dans la jouruée , mon frère est à l’audience ; mon fils est à l’école. (// sanglote.) Ah, ma femme, vous recevrez mes auiis. (// citante.) Quand ils frapperont à la porte, vous ouvrirez; voua leur offrirez vous-même le papier parfumé, xi -roi.
Vraiment, vous prenez les choses trop à cœur.
yô-cheou, poussant des soupirs.
Ah! c’est mon convoi que j’appréhende!... Il aura lieu pourtant; oui, dans sept jours! Ma femme, est-ce que sous n’arrouipagnerez pas mon corps jusqu’aux sépultures ? (// chants.) Il faudra bien que vous suiviez le char funèbre. (// parle.) Tous les jeunes gêna de la ville diront alors: * Yô, l’assesseur du tribunal , avait une femme d’une beauté accomplie; elle s’est toujours dérobée aux regards du public; allons donc au convoi de l'assesseur; nous la verrons. » Ah, ma femme, dès qu’ils vous apercevront, ne seront-ils pas frappés de l’élégauce de votre taille et de l’irresislible attrait de vos charmes? 11 me
4M L’UNIVERS
semble it.'ja que je In entends ; - Oh , qiCelle est Imlle! qu’elle nt liellel Bon gré, mal gré, je veux qu elle devienne ma femme. » (Il i 'évanouit.)
aoa-io.
Mou frère, raliuex.vous?
yu chmju, ravinant à lui.
Où est mon fils? (A mu fils.) Eô-loog, j'ai une recommandation à vous faire. Quand vous séria grand, ne silivec jias la carrière des lettres; livrez-vous i l'agriculture. (A ion frira.) Mue frère, je vous eu supplie, prouva soin de mon fils.
sue-rii.
N’ayez aucune inquiétude ; je me chargerai île Fo-long.
vd-cutou.
Je sens que mon dernier moment approche. Ma femme, quand je serai mort, u'oubliez pas de rester duus l’ouvroir. (Il meurt.)
Au second acte, le théâtre représente l’enfer des Tao-sse. On doit s'attendre à y rencontrer Yfl-chcou; il vest.
Le polythéisme tao-sse a des enfers plus nombreux que le bouddhisme; les Taosse rn comptent dix-huit. Yo-cheou se présente chargé du poids de ses fautes. Il comparait devant le juge, qui est en tnéme temps le roi du monde souterrain ( Yen- wang ), et habite dans la capitale des morts une assez jolie maison pour une maison infernale. Le poêle place à côté du roi deux assistants ou deux démons, dout Tua a une tête de bœuf , et l’autre une tête de cheval. En général , on ne trouve dans l'enfer îles Tao-sse aucune forme pure et régulière, mats les combinaisons les plus «ranges et les assemblages les plus fantastiques. Tout cela est visiblement emprunté des mythologues de la Chine, et cela n’en est pas plus poétique. On procède à l'interrogatoire de Yo-cheou. Celui-ci est frappé d’une terrible épouvante, quand il entend l’arrêt du juge.
Au fond , cet arrêt a de quoi épouvanter. Voici comment on punit les avares : les démons prennent une chaudière immense qu ils placent sur neuf trépieds; ils remplissent la chaudière d’huile, mettent le feu sous les trépieds. et, quand l’huile commence à bouillir, le roi jette dans la chaudière une de ces petites pièces de monnaie que les Chinois appellent wén (eopèques), et ordonne au coupable d’aller la ramasser.
Heureusement le grand anachorète, Liu-thong-pin, qui est un immortel, arrive très-à-propos pour délivrer Y$cheou du supplice qui l’attend. Le lecteur verra plus tard que les immortels tao-sse ont la faculté de planer dans les airs. Doués d’une agilité extraordinaire, et d’une subtilité plus extraordinaire encore, iis peuvent se tranipmier en un moment d’une partie du monde à l’autre, de la terre au ciel,
Ïiuis du ciel redescendre duus les eners. Avec quelques paroles , quelques exhortations, comme il sait en faire, l’anachorète convertit Yd-chcoti à la foi des Tao-sse, et le néophvte prononce en enfer sps vœux de religion. C’est alors que Liu-thong-pin sollicite et obtient la grâce de YÔ-cheou.
A cela près de quelques actes, d’une sévérité peut-être excessive, les habitants des enfers tao-sse sont d'une grande politesse. Le roi lui-même a beaucoup d'affabilité.
us SOI ras carats, à Liu-thomg-pin.
Illustrer maitre , j’aurai* dé aller à votre rencontre. Que je suis confus de mon incivilité I elle est impardonnable , tnmardonuable.
un-iuoNO-riN.
J’ai à vous entretenir d'une affaire sérieuse. Quel crime a donc commis Y&cbeou, pour que vous lui infligiez un tel châtiment? ne aoi.
Vous ne savez donc nas que eet abominable homme ( montrant Yô-cheou) , penJant qu’il était assesseur du tribunal de Tchlng- Iclieou, vendait la justice, peévariquait à chaque moment. C'est un avare, un monstre d’avarice.... Oh , il ira dans la chaudière. i.ic-Taosu-rui.
Oraud roi , imitez la vertu du Chang-li (souverain seigneur du cielj , qui aime à donner l'existence aux êtres, (et homme, tout cupide qu’il est, n’en a pas moins de la vocation pour la vie religieuse. El d’ ailleurs, il est converti maintenant; i) a prononcé ses vœux; j'en fais mon disciple. Par considération pour moi , rejoignez sou âme à son corps, reudez-le au monde.
le nor.
Attendez, que je regarde un |>cu. (Il regarde. ) Quel malheur ! la feuniuo de Yôcheou vient, à l'instant même, de brûler le corps de son mari.
i.iu-THoitu-rirt.
Comment donc faire ?
vft-cmoo, i part.
Quelle infamie, quelle rruauté! Ah! ma femme , vous étiez dune bien pressée d'en finir avec mes restes! Ne pouviez-vous pas seulement attendre un jour de plus?
UV-TUOSU-P15.
Vous avez le moyen de substituer à son propre corps le corps d'un autre. Grand roi, examinez donc.
ir aoi.
Trcs-votonlicrs. (Il regarda.) 11 y a dans le faubourg de Tching-teneou un jeune boucher, qui est mort depuis trois jours. Son nom de famille est Li. Chose extraordinaire! la chaleur du corps n’est pas encore éteinte. Vénérable immortel , je puis faire transmigrer l'ime de Yû-cheou dans le corps de ce boucher. Qu’en pensez-vous? Je vous avertis qu’il est horriblement laidt il a des yeux bleus.
i.ie-T«oao-rin.
J’accepte, j'accepte. (A Yi-chrnu. ) Yôcheou, ou va opérer votre transmigration. Vous le voyez, ou ne peut pas réunir votre àme à votre corps, puisque votre rorp» n exisla plus. Votre femme l’a brûle. Il ne faut pas toutefois que cet événement laisse dans votre àme des regrets inutiles. Vous transmigrerez dans le corps d'un jeune boucher, qui n'était pas beau. Vous aurez des yeux bleus. Mais qu’importe? n'avez-vous pas renoncé tout à l’heure à la convoitoise, à la volupté? Yôcheou, soyez toujours fidèle à vos ceux; souvenez - vous bien de mes exhortations. Maintenant votre nouveau nom est l.i-chcou; votre nom de religion Tié-khooai. Allez, quittez la ville des morts.
Yô-chcou remercie Liu-thong-pin, «t sort avec précipitation des enfers.
Le troisième acte nous introduit dans une petite maison du faultourg extérieur de Tchingtcheou C’est la maison du boucher Li, dont le fils est mort depuis trois jours. Le théâtre représente une chambre ù coucher. Le mort est étendu sur un lit; toute la famille est consternée. A la Chine, on peut toujours compter sur l’assistance de son voisinage. Les parents s’abandonnent au désespoir, quand deux proches voisins arrivent pour enlever le corps.
La veuve pousse des gémissements; mais bientôt sa douleur tait place à une joie excessive, car la transmigration de Yû-cheou s’opère. Tout à coup le mort se ranime et sc dresse sur son lit.
yô-cheou, étonne.
Ma femme I Tchang-tslèn ! Fô-tong! où êtes- vous?
le vers du bouchür , au comble de la joie.
Remercions le Ciel cl la Terre! mon fils est ressuscité.
yô-cheuu. d’un ton courroucé.
Chut ! à l'audience, à l’audience; je ne m’occupe d'affaires qu’à l’audience. A-t-on jamais vu un scandale pareil? Quelle audace 1 ils vieoueut jusque daus ma chambre à coucher.
UH PÈRE DU B.iUCUER.
Je suis ton père; voilà ta femme. Mon fils, est-ce que tu ne me reconnais pas ?
yo-cheou.
Vojons, approche*.... En vérité, je ne vous reconnais pas.
T.E PÈRE nu BüUCUEn.
Quel étrange langage l