C.B GOOVZftlfMJR
Vous savez combien l’empereur a de générosité. Figurez-vous que ce matin le fils du ciel , transporté de joie (après avoir entendu mon rapport) , m'a fait présent de dix flacons de vin. Je n'aime pas àboire senl. Bachelier, tenez-moi compagnie. {Xu domestique.) Servez le vin.
HAv-rzi-zieo.
Je vous suis très-reconnaissant.
ut GotTVmszün.
Feï-king , videz cette tasse.
sut-rii-ztzo.
Votre Excellence me comble de laveurs.
Est-ce que mon peu démérité...?
LZ GOUVMirXUA.
Buvez.
nsn-nl-atirn, buvant.
Ce vin-là est fait avec du raisin de Liangteheou.
L’UNIVERS
La gouverneur , riant.
Est -ce que vont préfères le ti-hou (liqueur blanche faite arec de la crème). Buves encore , le viu chasse la tristesse.
Hsa-rii-tiisQ.
Qui tous a dit que j'étais triste?
le gouverneur.
Oh , je le sais ; vous penses à votre pays natal.
HAsrri-siao.
Pas précisément.
le gouverneur.
Qu'avez-vous fait depuis plusieurs jours?
usif-raï-aiao.
Je lis le T-king.
LE GOUVRRNSUR.
Très-bien. Lisous-te ensemble. [Il prend le Y-kinp, et trouve les pièces d'or dans Cétui; Han-fcï-kinp est consterné d'effroi.)
Voilà donc l'intrigue percée à jour.
Aux questions multipliées que le gouverneur lui adresse, le poète amoureux répond par des mots équivoques. « Il y a ici un mystère, » s’ecrie Wang-fou.
— « Dans votre intérêt, réplique froidement Han-feï-kiog, gardez-vous de l'approfondir. » I» gouverneur, saisi d’indignation, appelle sa fille, l’accalile de reproches, débité des lieux communs, et ordonne, pour la seconde fois, au domestique, d'attacher Hanfrï-king à la muraille.
Mais une circonstance que le gouverneur ignorait , c'est uur la situation de Han-feï-king était rtiangée. L’elégance de ses compositions avait attiré sur lui les faveurs impériales. Le poète est encore delivre par l’académicien Ho-tchi-ichang, et l'entretien de celui-ci avec le gouverneur termine le troisième, acte.
Le cinquième commence par un monologue de Li-thaï-pe, qui, instruit secrètement de la mésaventure de son ami , avait présenté une supplique à l'empereur. Hiouen-tsong portait de l’intérêt à Han-feï-king : «Je veux, répond-il à Li-thaï-pë, que l’union du poète avec la fille de Wang-fou s’accomplisse à l’instant même, et je vous charge personnellement de présider au mariage. » Après une pareille catastrophe, l’intrigne de la pièce est singulièrement refroidie; car le dénouaient est prévu. Le heau-pere et le gendre font un assez triste rôle , quand
I.i-thaï-pé arrive pour célébrer le mariage. Wang-fou refuse d’abord; mais ce refus n’est pas un obstacle à l’union des deux amants. Han-feï-king luimême a beau hesiter, si toutefois son hésitation est sincère, tous ces incidents, qui sont, il faut en convenir, d’un assez médiocre effet , ne forment pas une véritable intrigue. La pièce n’en vaudrait que mieux, si l’auteur eût imaginé des obstacles assez grands pour éloigner, avec quelque vraisemblance, le mariage du poète (*),
La Soubrette accomplie.
On trouve dans le Journal des Savants une analyse de cette pièce , dont j’ai donné une traduction en 1836. et qui est véritablement , dit M. Charles Magnin, une fort jolie comédie.
Madame Han, veuve du prince Peïtou , consacre tous ses soins à l’éducation de sa fille unique Siao-nian. Elle a mis auprès d’elle, pour suivante et pour compagne d’etudes , une jeuae personne de dix-sept ans, nommée Lansou, douée d’un enjouement et d’une finesse d’esprit remarquables : « Mon frère Han-toui, dit madame Han, voyant cette petite Kan-sou si spirituelle, si sage, si aimable, me dit un jour : Attendez qu’elle soit devenue grande , vous en ferez la femme de votre neveu Ngo-lchang. » Cependant, à son lit de mort, le prince Peï-tou a recommandé à sa femme de donner leur fille en mariage au jeune Pë-min-tchong, fils d’un général qui, dans une bataille, lui a sauvé la vie aux dépens de la sienne.
Le jeune Pë-min-tchong , retenu au fond de sa province, pendant les trois ans que dure, le deuil de son père, arrive enfin dans la capitale de l’Ouest, pour y prendre ses degrés et réclamer la jeune épouse qu’il sait que le prince Peï-tou a promise autrefois pour lui à son père. Madame Han, qui est un modèle de savoir et de prudence maternelle, éprouve à la fois beaucoup de joie et d’embarras de la visite de Pëmin-tchong. Les rites lui défendent de parler du mariage projeté, et elle veut pourtant recevoir ce jeune homme
(*) Siècle des Yottin , Journal asiatique , cahier de février-mars 18S1, p. 178 à 19*.
comme un gendre futur. Elle présente le bachelier aux deux jeunes tilles, et leur enjoint de le saluer comme un frère ; puis, ne voulant pas laisser loger dans une hôtellerie cet etranger venu de si loin , elle l'installe dans la salle des dix mille volumes, c’est-à-dire dans la bibliothèque, qui occupe un pavillon au milieu du jardin. On pense bien que l'amour ne tarde pas a naître entre Siao-man et le jeune Pë-min-tchong.
I.es symptômes de cette passion naissante sont peints avec beaucoup de naturel et de grâce. Le jardin, depuis que le bachelier h ihite dans le pavillon, est, comme l’exigent les bienséances chinoises, interdit aux jeunes tilles. De là, une charmante scène, où Siao-man, en descendant sur le soir dans le parc, veut avoir l’air de céder aux instances ,1e son évaporée soubrette (*) :
FAN-SOU
Mademoiselle, écoutez donc.
S1AO-MAH.
Q'ie veux-tu que j’écoute P
fav-«ou. (Elle chant*.)
• Entendez-vous les modulations pures et harmonieuses de loLseau Tou-kioiien ? Sentez-vous le parfum des pêchers qui vient réjouir l’odorat ?... Mademoiselle , proiueuoiunous à la dérobée. »
su o- ma w.
Fan-sou, garde-toi de faire du bruit. Retenons nos ceintures, qui sont garnies de pierres sonores, et marchons tout doucement.
faw-sou. (Elle chante .)
« I^es pierres de nos ceintures s’agitent avec un bruit harmonieux ; que nos petits pieds, semblables k des nénufars d’or, efOcurent mollement la terre (6b). La lune brille sur nos tètes, pendant que nous foulons la mousse verdoyante (6b). La fraîcheur humide de la nuit pénétré nos légers vêtements. » — (Elle parle.) Voyez donc comme ces fleurs sont vermeilles ; elles ressemblent à une étoffe de soie brodée; voyez la verdure des saules; de loin on dirait des masses de vapeurs qui se balancent dans l’air. Nous jouissons de toutes les beautés du printemps.
SI AO-MA If.
Que ces perspectives sont ravissantes!... fan-sou. (Elle chante.)
m Les fleurs et les saules semblent sourire
Xuy. Journal des Savants, cahier d’octobre 184a, article de M. Charles Magnin.
à notre approche ; le vent et la lune redoublent de leudresse. Dans ces moments délicieux , un poète se sentirait pressé d’épancher en vers les sentiments de son âme. •» — (Elle parle.) Mademoiselle, les sites que vous voyez m'enchantent à tel point que je voudrais profiter de celte heure délicieuse de la nuit pour composer quelques vers. Je vous prie , ue vous eu moquez pas.
SIAO-IMK.
Je désire les entendre.
va e- sou. ( Elle chante. )
« Un han-lin (académicien), avec font son talent , ne pourrait décrire les charmes de ces ravissantes perspectives; un peintre habile nê pourrait les représenter avec ses brillantes couleurs. Voyez la fleur Haf-tang , dont la brise agite le calice entr’mivrri ; la fraîcheur de U nuit pénètre nos robes de soie ornées de perles; les plantes odoriférantes sont voilées d’une vapeur légère; notre lampe jette une flamme tranquille au milieu de la gaze bleue qui l'entoure; les saules laissent flotter leurs soies verdoyantes . doit s’échappent des perles de rosée qui tombent , comme une pluie d’étoiles, dans cet étang limpide; on dirait des balles de jade qu’on jetterait dans un bassin de cristal. Voyez la lune qui brille à la pointe des sanies; elle ressemble nu dragon azuré qui apporta jadis le miroir de Hoang-ti. •
(Pimin-tchong joue de la guitare.)
SIAO-MAN
De quel endroit viennent ces accords harmonieux?
VAX -|0<7.
C’est sans doute le jeune étudiant qui joue de la guitare.
siao-man.
Quel air joue-t-il ?
FA If -SOU.
Écoutons au bas de celle fenêtre.
p"-min-tchonc. (// chaut a en s'accompagnant de la guitare .)
• La lune brille dans tout son éclat ; la nuit est pure, le vent cl In rosée répaudeot leur fraîcheur; mais, hélas! la belle personne que j’aime n’apparail point k mes yeux ; elle repose , loin de moi , dans m chambre solitaire ! Depuis quelle a touché mou cour, aucun oiseau messager ne m'apporte do ses nouvelles. Il lui est difficile de trouver quelqu’un à qui elle puisse confier une lettre. Mon Ame se brise de douleur, ma trisleese s'accroît de plus en plus, et cependaut ma chanson n’est pas encore finie. Les larmes inondent mon visage. Mille lis me séparent de mon pays natal ; j’erre à l’aventure comme
L’UNIVERS
la feuille emportée par le vent. Quand serai-je assez heureux pour posséder la belle Yu-feî (*) ? -
siao-man.
Les paroles de ce jeune homme tous attristent le cœur....
far-sou. ( Elle chante.)
« A peine l’ai-je entendu , qtie j*ai senti s’accroître mes ennuis. La douceur de ses accents faisait naître par degré le trouble au fond de mon âme ; sa voix touchante ins-
f>ire l’amour. Avec quelle vérité il a dépeint es tourments de cette pastioQ I Ne croiraiton pas qu’en prenant sa guitare , il a voulu décrire votre abandon , voire tristesse ?... *» pe-min-tchono. (// chante de nouveau en s’ accompagnant de la guitare.)
• Le phénix solitaire cherche la compagne qu'il aime ; il chante d une voix plaintive : où est-elle pour écouter ses tendres accents ?»
PAC! -soc.
Que ne joue-t-il un autre air? il semble faire allusion à nos peiues. Mademoiselle, allons-nous -en.
siao-man.
Pourquoi es-tu donc si pressée ?