‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 218 sur 292 · PE MIN-TCHONG ET FAN-SOU · texte numérisé non relu

PE MIN-TCHONG ET FAN-SOU

rt-MIR-TOORU.

Dans mou trouble , je vous prenais

u île autre. Eh bien , où en e» notre affaire?

tak-sou. (Elle chante.)

. Aujourd'hui la soubrette tous a reudu un service signalé. »

vt-mn-Tcno!»®.

Mademoiselle a-t-elle daigné recevoir ma lettre?

un-sou, faisant claquer ses doig ts.

(EUe chante.)

. J’ai eu recours à uu petit stratagème, et j’ai arrangé votre affaire. -

pîl-mS-TCHOWG.

Si vous avez quelque bonne nouvelle , *■»tefr-la-moi connaître?

far*»ou. (Elle chante.)

„ J’ai un billet de sa main , on elle a exprimé ses sentiments. «•

pI-hin-tcrorg.

Quel bonheur ! Une réponse de mademoiselle! laissei-moi la voir.

tau-sou, tirant Je son sein la lettre ,an, la montrer. - ( Bile chante.)

« Ob ! dans «et endroit personne n’a pu U voir. »

pI-mir-tchoro.

Si je ne puis la voir, 6 ciel I je mourrai «Timpatienec.

pau -son. (Elle chante.)

.. Lettré stupide , qui n'entendez rien aul affaires, eh bien, votre sort est dans cette ma in* là ! »

ri srtu-TCHOWO.

Avez pitié de moi ! ( Fan-lou remet la lettre d Pl-min-tchnng : celni-ei sagenouslle pour la recevoir.) Avant de la prendre, attendez que i’alliinie un réchaud de parfum. Mademoiselle , prosternez-vous devant celle (esTe, et faites une prière pour mol.

FAR-SOU

Je ne comprends pas.

pS-rir-tchoro.

"Vous ne voulez pas? j« prierai moimême.

pas- sou.

Mademoiselle n’en ferait pas autant pour vous — ( Elle chante.) - Qu a doue celte lettre de si extraordinaire pour que vous brilliez des parfums en son bouueur ? Est - il possible que vous portiez la démence au point d’adorer un morceau de papier 1 ( P* min-fehong lit la lettre.) Tous le voyez, je viens de remplir pour vous une mission délicate; je me suis compromise peut-être!... Ab 1 j’essayerais en vain de vous raconter tout ce que j’ai fait. »

fî-MlR-TCRORO.

Mademoiselle me promet un rendez-vous

pour cette nuit, mais j’ignore à quel moment elle viendra.

rsn-sou. ( Elle chante »)

* Elle sera avare de sa tendresse , dans la crainte d’effacer sa beauté ; et cette nuit , avec vous-.. »

ra-MlK-TCBOSO.

Cette nuit , comment se conduira - 1 - elle avec moi ?

far-sou, r interrompant, — (Elle chante .)

• U* mot était venu sur le bout de ina langue; véritablement je l’ai avalé.»

PR-Jti R-TCBURG.

Comment avez-vous pu fumier? Vite, prouoncez ce mot ; mettez le Comble 4 ma joi*. tau-sou, h part. — ( Elle chante.)

. Si je ne le dis p«» , je le ferai mourir de chagrin. -

t4-sii T-Tmoufl.

Qu’cst-ce que mademoiselle vous • recommandé ?

tas-sou. (Elle chante.)

. Elle m’a ordonné de vous dire à voi* basse.... -

ra-MiU-TOHOur..

De me dire quoi ?

far-sou. (Elle chajtte.)

- Qu’elle vous eugagu à ne pas dormir, quand la nuit sera avancée ; elle veut que (le la capitale ou eulende vos soupirs; elle veut que.... » .. .

ri-MlK-TCflORO.

Mademoiselle, ne plaisante* PM! /‘'“T moi sans détours à quelle heure de la nuit

elle viendra.

tas-sou. ( Elle chantai)

. Attendez que le lamlioiif ail annonce l'arrivée de la nuit ; attendez que tout le monde de ce palais soit plongé dans un profond sommeil ; attendez qu’un bruit qui se prolonge ail loin parte du liant de la tour; que lâ gamin d’eat» tombe sur U clepsydre de jade sonore; qu’uue luise pnutanmre fasse frémir l'aigrette du phénix qui dort sur les bananier»; qu. la fleur qu. croil dans le palais de la Lune abaisse son ombre sur U cime des arbre* ; que la jeune beauté sorte furtiieoieut de sa chambre, d ou sexliale un dou* parfum; qu’elle quitte ses rideaux bradé»; qu'en agitant sa robe ondoyante , elle franchisse le rhemiu entoure d une balustrade ; qu elle soulévr mollement la jalousie ornée de perles; attendez qu un léger brait se fesse entendre do la fenêtre : e ea» le moment où eHe viendra. » (ZUe tort.) (')•

(•y Voy. Tbéitre chinois ou Choix de pièces de thé* ire , traduites |>ar M. B»*'“ ■ 1 pièce, acte II , »cèfi. »r et vu.

LUMIVERS.

Siao-man rencontre Pë-min-tchong au lieu convenu ; mais, au milieu d'une conversation des plus tendres, survient madame Han, qui entre dans une violente colère en découvrant toute cetteintrigue menee par Fan-sou. Elle châtie la petite impudente, qui, bien qu'à genoux, démontre à sa maîtresse, avec la plus comique assurance , que d'elle seule vient tout le mal, et que, malgré son r âge et sa prudence, elle a commis dans - cette affaire une foule de fautes contre les rites, dont la moins pardonnable est d’avoir admis un jeune étudiant dans sa maison. Cependant, Pë-mintchong est forcé de quitter la demeure de madame Han; il va se présenter au concours littéraire, où il réussit au delà de ses espérances ; il est nommé hanlin (académicien). L’empereur, qui sait que le prince Pei-tou a promis au général Pe de donner à son Bis la main de sa tille Siao-man , envoie un ordre à madame Han par le messager des noces. Et comme les mariages qui se font à la Chine par la volonté de l’empereur sont affranchis des formalités imposérs par les rites, l’union des deux amants peut s'accomplir, sans attendre que Siao-man ait atteint l'âge voulu par la loi. Cette comédie, sauf le dernier acte, qui me parait bien inférieur aux trois premiers, est conduite, dans quelques-unes de ses parties, avec un art très-délicat et présente plusieurs situations pleines à la fois de grâce et de comique (*).

Le Mariage forcé.

Un lettré, nommé Han-fou-tchin , qui allait à la cour pour y subir ses examens, s’arrête sur sa route, à Thsinan-fou , chef-lien d'un département dans le Chan-tong. Apprenant que le gouverneur de la ville est Chi-haowén, son ancien condisciple, il dirige ses pas vers l’hôlei de la préfecture, où il est accueilli, par le gouverneur, de la manière du monde la plus cordiale et la plus obligeante. Apres les compliments d'usage, les deux amis se mettent à table. Le repas achevé, Chi-haowéu appelle un domestique et lui trans-

(•) Voy. Journal des Savants, octobre 184a, article de M. Charles Maguin.

met l’ordre d’amener à la préfecture une jeune courtisane, d’une grande beauté, nommée Thou-joui-niang. La courtisane arrive, et fait sur le coeur du bachelier une impression profonde.

Han-fou-tchin se décidé sur-le-champ à quitter la préfecture et s’installe dans la maison de Thou-joui-niang, chez madame Li.

Cette hospitalité, qui n’était pas infructueuse pour la mère de la courtisane. pour madame Li , à laquelle Hanfou-tcnin ne manquait jamais de faire quelque présent , finit par déplaire , quand le bachelier, déjà dépourvu de sens et de raison, se trouva dépourvu d'argent et de provisions de bouche.

On le met à la porte. Han-fou-tchin profite du moment où Thou-joui-niang se promène, avec ses compagnons sur les bords du lac Kin-sièn, p". nr lui reprocher son ingratitude ; cherche à l’attendrir et lui propose -ie l'épouser, mais la courtisane est inflexible. Dans son dépit, Han-fou-tchin traduit Thoujoui-niang devant le tribunal de Tnsinan-fou. Le gouverneur, instru'i de l’affaire par son ami, ordonne d'abord qu'on administre la bastonnade à la jeune fille, qui se récrie. <■ Mais, dit alors Han-fou-tchin, comme le frère de Dorimène dans la pièce de Molière, vous n’avez pas lieu de vous plaindre, et vous voyez que je fais les choses dans l'ordre. Vous m’avez manqué de parole; vous refusez de m’épouser ; on vous donne des coups de bâton ; tout cela est dans les formes. • (Un huissier lève le bâton.)

Taou-joui-Hixjro.

Hé bien ! j épouserai, j'épouserai.

La pièce se termine par le mariage de Han-fou-tchin et de Thou-jouiniang. Elle n’est pas aussi gaie que le Mariage forci, de Molière; elle n’est pas même assez gaie (*).

La Fleur de poirier.

Cette petite comédie, dont le dialo— 11e manque de vivacité et n'est semé 'aucun trait, est conduite avec un art

(*) Voy. le Siècle des Youén , Journal asiatique, caliier de septembre-octobre i85i, p. 18a à 184.

va

2ui ne se retrouve pas au même degré ans les autres. Un bachelier nommé.

Tchao-ju-tcheou, tourmenté du désir de voir, puis d’épouser Sié-kin-lièn, jeune courtisane d'une grande célébrité , entreprend , dans ce but , le voyage de la capitale. Introduit chez le gouverneur de Lo-yang, son ancien condisciple , Lieou-kong-pë (c’est le nom du gouverneur) met enjeu divers stratagèmes pour donner le change à la passion de son ami. D’abord il lui fait accroire que la courtisane est mariée ; il installe Tchao-ju-tcheou dans son cabinet d’étude , au fond du jardin , l’exhorte à lire le Chou-king ; dTun autre côté, il charge un domestique d'amener secrètement dans sa maison la courtisane Sie-kin-lièn. Kin-lièn arrive.

Le gouverneur lui expose son plan, ses dessein1, et, comme le bachelier n’a jamai.. > , la courtisane, il la prie de cacher son nom, de se faire passer pour la fille de Wang-tong-tchi et de chercher à inspirer de l’amour au bachelier.

Au deuxième acte, Kin-lièn, dans une promenade nocturne au milieu du jardin, est aperçue de Tchao-ju-tcheou, qui se met à courir apres la jeune fille, lui adresse quelques paroles et en devient éperdument amoureux. Sié-kinlièn joue parfaitement son rôle; elle accueille les propos agréables du bachelier, et se laisse lier par un serment à n'étre jamais l'épouse d’un autre. Invitée à prendre une collation, elle consent à cette démarche périlleuse ; elle est au moment de pénétrer dans le pavillon , lorsqu'une vieille gouvernante, qui agissait de concert avec elle et avec le gouverneur, survient tout à coup, prend un ton irrité et accable de reproches les deux amants. Le pauvre bachelier, mécontent du sort, verse des larmes et s'abandonne au chagrin. L’adroite gouvernante se radoucit alors et finit par faire des propositions de paix qui sont acceptées. Elle s'engage à négocier le mariage de la jeune fille avec Tchao-ju-tcheou, à condition que celuici obtiendra le titre de docteur.

L’espérance raffermit le courage du bachelier; il travaille avec ardeur.se présente aux examens publics avec confiance, obtient la première place et re-

vient triomphant dans l’hôtel du gouverneur. Il y retrouve la jeune fille, dont le vrai nom est bientôt reconnu.

Tchao-ju-tcheou, qui se sent redevable de son avancement au gouverneur Lieou , remercie ce dernier de l’heureux stratagème qu’il a employé, et la pièce se dénoue par le mariage du docteur et de la courtisane.

De toutes les comédies d'intrigue qui se trouvent au répertoire, la Fleur de poirier est la moins intéressante et la plus régulière (*).

DBAMBS DOMESTIQUES.

Le Vieillard qui obtient un fil*.

« On ne peut nier, dit M. Abel Rémusat, que le genre d’utilité le plus incontestable des drames et des romans des nations lointaines ne soit de faire juger les moeurs et les usages de ces nations, en les mettant en action, et en les présentant sous un jour plus naïf et plus vrai qu’on ne le peut faire dans une relation. Mais, d'un autre côté, la condition indispensable pour juger du degré d’intérét de ces productions, même, jusqu’à un certain point, pour les entendre, ce serait la connaissance de ces mœurs et de ces usages dont on y cherche l’esprit. Par exemple, dans la comédie dont le titre précède , tout l’intérêt se porte sur un vieillard qui se voit près de mourir sans enfants mâles ; et, quoique ce soit en tout pays un malheur que de ne pas laisser de postérité, on ne peut, à moins d’être bien imbu des idées chinoises à cet égard , apprécier convenablement l’importance que ce vieillard met à avoir un fils , le désespoir qui l'accable quand il se croit privé de cette consolation , l’excès de sa joie quand il apprend que le ciel la lui a enfin accordée. Pour ne rien trouver d'exagéré dans tous ces sentiments, il faut connaître et avoir bien présentes à l’esprit les relations que les lois, la morale, j’oserais dire la religion, ont établies entre les parents et tes enfants, et qu’elles perpétuent après la mort des premiers,

(*) Voy. le Siècle des Youén , Journal aiialiqne, cahier de septembre - octobre i85i, p. »ja à »74.

ale

L’üMVERS.

par les devoirs qu’elles imposent aux autres. Il faut savoir qu'un Chinois , près de mourir sans enfants mâles, envisage son sort du même œil qu'un Européen qui se verrait, ici. privé des honneurs funèbres: il est déshonoré, sa famille est éteinte, personne n'héritera de son nom; ses filles le perdront en passant dans la famille de leur mari; on ne fera point en son honneur ces cérémonies journalières qui , suivant l’idée de Confucius, rendent les morts toujours présents au milieu des vivants; on ne viendra point, matin et soir, se prosterner devant la tablette où son nom sera inscrit ; on rie brûlera point des parfums, on ne lui offrira pas des mets, on n'arrangera pas ses habits, on ne tiendra pas sa place vacante au milieu de sa famille, comme cela est recommandé dans le Tchong-yong ; on ne remuera pas la terre sur sa sépulture, on ne cultivera pas les arbres qui y seraient plantés; au jour anniversaire de sa mort, on ne viendra pas pleurer et se lamenter sur son tombeau.

Voilà les calamités que redoute celui qui ne laisse pas de fils après lui ; vo là les préjuges que la philosophie chinoise a renlorccs de tout son pouvoir, loin de chercher à les détruire. Il nous faut un commentaire pour nous mettre en état de les concevoir; mais toutes ces idées se réveillent en Chine, au seul titre de ia pièce que nous avons sous les yeux : Lao seng-eul , le Vieillard à qui il riait un fils. Ce ne. serait chez nous qu'un bonheur ordinaire; c’est, à la Chine, un coup du ciel. Le principal personnage est sauvé d’un malheur accablant ; les traverses qui vont lui faire craindre d'y retomber, exciteront au plus haut degré l’intérét et la compassion des spectateurs.

« Un vieillard de Tong-ping-foa, nommé Lieou-thsong-cheu, a ramassé une grande fortune dans le commrrce ; sa conscience lui reproche les moycus dont il s’est servi pour t'acquérir ; le ciel l’en punit cruellement; il a soixante ans; sa femme, Li, eu a cinquantehuit; il n'a qu'une fille qui est mariée, et un neveu , fils de son frere , qui porte le même nom de famille que lui ; niais tout le monde dans sa maison est conjuré contre ce neveu : sa femme, sa

fille, et surtout son gendre. On craint que le vieillard ne veuille lafsser son bien à cet héritier du nom de sa famille. La femme oblige son mari à le chasser de chez lui ; le gendre, chargé décompter à son cousin une somme d’argent, lui en vole une partie; le pauvre neveu est renvoyé sans pitié.

Le vieillard , à la sollicitation de sa femme, remet toutes ses clefs à son gendre, et lui abandonne la direction de son bien. Tout le monde est content, excepté le neveu . qui se trouve réduit à la misère. Le vieillard , prêt à partir pour la campagne, annonce à sa femme la grossesse de Siao-meï , sa seconde femme, lui recommande d'avoir beaucoup de ménagements pour elle, et demande avec instance d’étre informé tout de suite du sexe de l’enfant qu’elle lui donnera. Telle est la matière du Sie-tseu ou prologue : la marche en est rapide, le dialogue naïf et animé. La passion de la dame Li contre son neveu, le caractère intéressé et sordide du gendre, la joie deLieou-thsong-cben, en parlant dn fils qui doit lui naître, l’impatience de. sa femme, qui ne partage point cette joie, tout cela est peint avec chaleur, et assaisonné de traits vifs et comiques.

« Au premier acte, le gendre déplore son malneur de se voir privé de l'néritagesur lequel il avait compté. « Jamais, dit-il à sa femme, je ne vous aurais épousée, si j'a'ais pu m’nitendr* à ce qui m’arrive. Si Siao-inci donne le jour à une fille, il faudra céder la moitié du bien de votre père, et si c’est un fils, il faudra le céder tout entier. » La jeune femme le console; e'Ie lui promet de feindre que Siao-meï a pris la fuite avec un autre homme; cette feinte est adoptée; on en fait part à la dame Li, et tous trois vont à la compagne trouver Lieou-thsoiig-elien. Celui-ci refuse d'abord d’ajouter foi à son malheur, il croit qu’on lui prépare une surprise ; mais quand il est enfin persuadé, il se livre à son désespoir, et prend la resolution de distribuer des aumônes pour apaiser le ciel , dont la colère le poursuit. Ainsi finit le premier acte, que le traducteur a lieaucoup abrégé. On voit ue la scène, d’abord dans la maison e ville deLieou-thsong-chen, esttrans-

portée ensuite à la campagne. L'unité de lieu n'est pas une règle qu'il faille s’attendre à trouver observée a la Chine.

Le second arte commence par la distribution des aumdnes, que le gendre du vieillard est chargé de faire dans le temple de Khaï-youen. Une scène de mendiants, placée en cet endroit , est égayée par quelques tours de fourberie dont ces sortes de gens ont coutume d’user. I.e neveu de Lieou-thsong-ehen vient ensuite pour avoir sa part de la distribution ; il est repoussé durement par le gendre, accueilli avec tendresse par son oncle, mais chassé de nouveau sur les instances de sa «ante. Le vieillard le congédie, en lui recommandant d'être exact à remplir ses devoirs sur les tombeaux de ses ancêtres. Cette recommendation, prise dans le sentiment même qui anime Lieou-thsong-ehen , fonde assez adroitement la grande scène du troisième acte.

* Dans celui-ci la scène est au milieu des tombeaux. La Qlle de Lieou-thsongehen voudrait aller pratiquer 1rs cérémonies accoutumées sur ceux de sa famille ; mais son mari l’en éloigne pour la conduire à la sépulture de la sienne. Cette manière de mettre en action les devoirs qui séparent une fille de ses parents me seniDlr assez ingénieuse. Le neveu vient ensuite, et, dans un monologue tout à fait touchant, il exprime ses sentiments aux ombres de ses ancêtres, et témoigne le regret de ne pouvoir, a cause de la pauvreté où il est réduit, orner leurs tombes suivant son désir. Quand il est éloigne, Lieou-thsong-ehen et sa femme arrivent a leur tour. Ils savent que leur fille et leur gendre sont partis avant eux, avec les gâteaux, les victimes et le vin chaud destinés aux offrandes ; mais tout cela a été porté aux tombeaux de la famille de leur gendre.

La faible offrande de leur neveu n’est point aperçue. Lieou-thsong-ehen déplore l'abandon où sont les sépultures, et cette image redouble sa douleur, en lui présageant le sort qui attend sa tombe et celle de sa femme. Celle-ci s’attendrit peu à peu ; elle sent l'isolement où se trouve une famille qui n’a point de rejetons mâles pour lui rendre les honneurs funèbres, et le résul-

tat de cette scène, qui est très-bien filée, fort intéressante, et écrite d’un style très-propre au sujet, est que la dame Li aecueille avec joie son neveu qui revient pour achever h-s rites qu’il avait commencés. Celte réconciliation est amenée avec beaucoup d’adresse, et accompagnée de circonstances qui font honneur à l’habileté du poète. Le gendre et la fille, qui viennent ensuite pour la cérémonie, sont très-mal reçus par la dame Li , qui les congédie* à leur tour, et les force de rendre les clefs ui leur avaient été confiées. Ainsi nlt le troisième acte.

« Au quatrième, on célèbre le jour de la naissance de Lieou-thsong-ehen. Le neveu, devenu intendant de la maison, reçoit son cousin comme il en a été reçu, et lui rend dans les mêmes termes l’accueil qui lui a été fait. Le vieillard lui-même refuse longtemps de recevoir les félicitations de son gendre et de sa fille. Il ne veut admettre, dit-il, aucun parent qui ne le touche de plus près que son neveu. Dans son idée, cette réponse exclut son gendre et même sa fille, qui a passe dans une autre famille. Mais celle-ci a un moyen sûr de se réconcilier avec son père. Elle fait entrer Siao-meï, que depuis trois ans elle avait tenue cachée, ainsi que le fils au-’ quel cette dernière avait donné le jour; elle rend elle-même un compte assez peu satisfaisant des motifs qui l'ont dirigée dans sa conduite. Mais le vieillard, transporté a la vue de son fils, passe aisément sur tout ce qu’il y a d’irrégulier et d’invraisemblable dans cette maniéré d’agir. Il exprime le bonheur qu’il éprouve de se voir au milieu de sa fille, ae son neveu et de son fils, et partage en leur faveur son bien en trois parties égales : « Le ciel in’a su ré des aumônes que J’ai distribuées, it-il en finissant, et, pour me récompenser, il m’a donné un fils dans ma vieillesse. » (*).

(*) Mélanges asiatiques ou Choix de morceaux de critique el de mémoires relatifs aux religions, ans sciences, aux coutumes, à l'histoire et à la géographie des uaiions orientales, par M. Abel Kemusat, t. II, p. 3»3 i

L’UNIVERS

Le Sacrifice de Fan et de T’ohang.

Les Chinois ont fait de l'amitié une vertu; toutefois, comme la morale, telle qu’ils la conçoivent, n’engage à rien dans la pratique, il arrive souvent à la Chine que deux ou trois personnes se lient ensemble par un contrat, par un serment et par une cérémonie.

Le contrat impose des obligations véritables, et généralement les liens de l’amitié sont plus ou moins indissolubles, suivant que les clauses du contrat sont ou plus ou moins sévères. Quant à la cérémonie, elle consiste presque toujours dans un sacrifice offert par les parties contractantes.

On ne doit donc pas s’étonner qu’il y ait dans la littérature chinoise un très-grand nombre de légendes sur l’amitié ; celle de Fan et de T’chang en est une. Fan-kiu-king, originaire du Chau-yang, contracte avec T'changyouêu-pè une amitié immortelle. Cette amitié ne se forme pas avec le temps, peu à peu, mais tout d'un coup, comme chez les musiciens. Après le pacte, ils offrent en sacrifice un coq et du millet ; puis, Fan-kiu-king , lié par un contrat, par un sacrifice et par un serinent, se met en route et se présente au concours ouvert daus la capitale.

Mais l'amitié de Tchang-youên-pë n’était pas à l’épreuve de l'absence; il tombe dans uue grande tristesse, et, quoique sa jeune épouse et sa mère lui prodiguent les soins les plus tendres, il meurt de chagrin.

Autrefois, dans les cérémonies des funérailles, le char funèbre était toujours traîne par les parents et les amis du défunt. On place donc le corps de Tchang-youén-pe sur le char funèbre.

Chose extraordinaire, malgré les efforts des parents et des amis, et suivant la prédiction que T’chang-youén-pë en avait faite lui-même, le char reste immobile.

Au quatrième acte, Fan-kiu-king, averti par un songe de la mort de son ami et des circonstances miraculeuses qui s'opposent à l’inhumation du corps, quitte sur-le-champ la capitale, revient dans le Chan-yang, offre un sacrifice et préside aux funérailles de Tchangyouên-pë. On se remet à l’oeuvre; le

char fuit, et la cérémonie funèbre s’accomplit sans le moindre obstacle (*).

Le Dévouement de Tchao-li.

Il n’est que trop vrai qti’ii y a eu des anthropophages, comme dit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique.

A la Chine, pays très-policé et trèscivilisé, nous en avons trouvé sous la dynastie des Song; voici maintenant une pièce de théâtre qui nous en montre sous la dynastie des Han.

Pendant la première année kièn-wou (l’an 25 de notre ère), sous le règne de l’empereur Kouang-wou-hoang-ti, avec lequel commence la dynastie des Han orientaux, il y avait dans la province du Ho-nan uiie foule de Chinois qui ne se mangeaient pas eutre eux , mais qui mangeaient les hommes et les femmes des districts où ils s'établissaient. A leur approche, les habitants , saisis d’épouvante, prenaient ia fuite. Dans le premier acte du Tchao-li-jang-feï (le Dévouemeut de Tchao-ii) , le théâtre représente les champs de Pienking. Une veuve d’un rang distingué, madame Tcbao , arrive, soutenue par ses deux fils, au pied de la montagne Y-thsieou ; le (ils aîné s’appelle Tchaohiao, le cadet Tchao-li. Comme les émigrés du Choui-hou-tchouen , ils s’étaient dérobés par la fuite aux incursions des brigands Mais quand

on est dans les champs, il faut pourvoir à sa subsistance. Pendant que Tchao-li coupe du bois, Tchao-hiao s'éloigne un peu pour chercher des herbes et des racines. A peine a-t-il fait cent pas, qu’il survient un homnied’une effrayante physionomie. Le nom de cet homme était Ma, son surnom Wou, son titre honorifique Tseu-tchang. Originaire de la province deTchin-tclieou, il avait à se plaindre des juges et des examinateurs publics, car, s’etant présenté au concours pour le mérite militaire, il avait été rejeté des examens, malgré son talent, a cause de sa laideur. Pour se venger de l’injustice des hommes, il s’etait mis à la tête d’un parti de mécontents, et mangeait cha-

(*) Voy. le Siècle des Youii i , Journal asiatique, cahier de septembre-octobre i85i, p. a53 et *54.

que jour à set repat un petit morceau

de cœur ou de foie humain Ma-

won étend ses mains sur les épaules de Tchao-liiao, et l’entraîne dans son camp, où il veut le poignarder. Après avoir essayé vainement d'attendrir le chef des anthropophages, Tchao-hiao, qui était rempli de piété filiale, implore comme une grâce la permission A' honorer sa mère, une fois encore, avant de mourir, et promet de rentrer au bout d’une heure. Ma-wou hésite.

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