‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 219 sur 292 · TCHAO-HIAO · texte numérisé non relu

TCHAO-HIAO

Je suis un disciple de Confucius; ma parole vaut de l'argent.

Cette réponse amène une discussion philosophique sur les cinq vertus cardinales, et particulièrement sur le sens du caractère Sin ( sincérité ). Le chef des anthropophages est naturellement battu. Pour éprouver Tchao-hiao, il le laisse aller sur sa parole.

Rien de plus touchant que la scène où le jeune homme prend congé de sa mère ; les larmes de celle-ci ne peuvent le retenir et, quand le délai fatal est expiré, Tchao-hiao, fidèle à sa promesse, retourne au camp des anthropophages. Il est bientôt suivi deTchaoli et de madame Tehao. Une lutte

Sênéreuse s’engage entre la mère et scs eux fils. Chacun veut donner sa vie pour les deux autres. Tchao-li , qui avait plus d'embonpoint que son frère Tchao-hiao, découvre sa poitrine, montre sa belle charnure, et tâche de séduire l’anthropophage par l’appât de la gourmandise. A la fin , Ma-wou, touché de tant de vertus, fait grâce à Tchao-hiao. et met en liberté la mère et les enfants.

Tel est le sujet de ce drame; il me semble qu'il ne donne tort ni à Marco- Polo, ni aux deux voyageurs arabes dont la relation a été publiée par M. Reinaud (*).

(*) On trouve des anthropophages dans le Choui-hou-tchouen (Histoire des rires du

OSAMES MYTHOLOGIQUES.

T'ohang , l’Anachorète.

La déesse des cannelliers aperçoit un jeune homme qui se promeut,' à la clarté de la lune, dans un jardin de plaisance. Ce jeune homme est le bachelier Tchin-chi-yng, neveu de Tchin, gouverneur de Lo-yang. Sa démarche légère, sa taille, l’agrément de sa physionomie, la délicatesse de ses traits, d’autres avantages encore, font sur le cœur de la déesse une impression profonde. Elle en devient éprise, et quitte le séjour des dieux, pour courir follement au-devant de Chi-yng. Elle est bientôt suivie de la déesse' des pruniers, de la déesse des chrysanthèmes, de la déesse des nénufars, de la déesse des pêchers, et d’une foule de divinités subalternes. Une entrevue a lieu dans le jardin. La déesse des cannelliers, éclipsant toutes les autres, revêtue des formes les plus charmantes et parée des attraits les plus séduisants, inspire à Chi-yng un amour extrême , désordonné. Après le départ de la déesse , le

fleuve). «L'hotesse, au comble de la joie, servit la table ; les deux archers, pressés par la faim, se mirent à manger; mais Wousong, qui avait ouvert un pilé et l’examinait avec soin, interrogea l'hotesse. » Source là , cria-t-il, des pâtés d’homme ou des pâtés de chien ? — Des pilés d’homme I répondit cetle-ci , riant aux éclats. Où trouverions-nous donc de la chair humaine , pour faire des pâtés ? Le pays est calme ; on ne fait pas la guerre à présent. • ( Choui-hou -tchouen, chap. xxxi.) Le tome deuxième du Sankoue-tchi (Histoire des trois royaumes), que M. Théodore Pavie vient de publier, ext plein de faits analogues. • Les trois cent mille hommes de Tsao consommaient une grande quantité de vivres; la disette devint si affreuse dans le pays, que les habitants se mangeaient les uns Us autres. » (Liv. IV, chap. îv, p. 4g.) - Un vieillard s’étant avancé avec respect , Hiuen-té sut qu’il vivait du produit de sa chasse et sc nommait

Lieou-ngan Ce jour-là le vieillard avait

parcouru et battu la plaine sans rien rapporter ; il tua sa propre femme, pour soulager la faim de Hiuen-tél - Quelle est celte chair, demanda Hiuen-té? — C’est du loup... lui répondit le vieux chasseur, et ils soupirent. • (Liv. IV, chap. v, p. 74.)

lilizc

L’UNIVERS

malheureux jeune homme ne se possède plus; ses esprits se troublent, sa raison s'égare. Revenu dans son cabinet d'étude, il s’étend sur son lit; mais le feu de sa passion lui dévore les entrailles. On appelle des médecins ; le mal fait des progrès. Après avoir inutilement épuisé toutes les ressources de l’art, le gouverneur de Lo-yang, dans son désespoir, invoque pour son neveu le secours d’un grand anachorète , appelé Tchang. Celui-ci arrive ; plus hanile et surtout plus puissant que les médecins, il guérit le jeune malade à l’instant même. Telle est la matière des trois premiers actes; le dialogue en est anime ; la marche de l’action est suspendue par des incidents qui excitent l’intérêt et piquent la curiosité.

Un tel drame, s?il finissait là , pourrait influer sur la morale d'une maniéré fâcheuse, et le théâtre chinois est une école de morale; après la faute vient donc le châtiment. Le grand anachorète, supérieur comme Sien (immortel) aux divinités subalternes, inflige d'abord des peines très-sévères aux dieux ou vent, des fleurs, de la neige et de la lune, qui figurent à leur tour dans ce dernier acte et n'y figurent que pour dresser des embûches sous les pas des jeunes filles, pour les pervertir et les pousser au mal; puis, il adresse un rapport au souverain seigneur du ciel, qui bannit de son palais la déesse des cannelliers et ses quatre complices.

La mythologie a fourni le sujet de plusieurs pièces de théâtre ; celle-ci n'est peut-être pas la meilleure , mais elle est assurément la plus instructive. On y trouve une foule de particularités curieuses sur le polythéisme des Tao-sse (').

Dans cette pièce, où tout est prodige, les morceaux lyriques tiennent naturellement beaucoup de place; le chant, comme on l’a dit, est le merveilleux de la parole. Au premier acte, un vieux saule mâle épouse un jeune pêcher femelle. Ces étranges personnages se transforment, pour ainsi dire, de (**)

(**) Siècle des Youén, Journal asiatique, cahier de février-mars i*5i, p. aoS i aïo.

scène en scène, et finissent au quatrième acte par devenir immortels et semblables aux dieux. Tel est le sujet de ce drame mythologique; il u'a rien d'intéressant pour nous, à l'exception d une nomenclature assez régulière des dieux et des deesses qui servent la reine d’Occidi-ut. Quant aux métamorphoses, elles sont opérées par Liu-thong-pin.

La Déesse qui pense au monde.

Une jeune déesse, nommée Kinthong-yu-niù, éprouve dans le ciel le besoiii'd'aimer, pense au monde et se laisse abattre a la mélancolie. Pour la punir, la reine de l'Oecident, Si-wanginou, la con lamne à descendre sur la terre et à renaître dans un corps humain. Parvenue à l'âge nubile, la déesse épouse Rinngan-oheou , personnage qui donne son nom a la pièce. Au bout d’un certain temps, Si-wang-mou ordonne au religieux Thië-kouaï-li de convertir les deux époux à la foi des Tao-sse et de les amener dans le ciel ; mais, comme Kin-ngan-cbeou et sa femme résistent aux exhortations du religieux, celui-ci, qui a plutôt l'air d'un intrigant de profession que d'un immortel , use de tous les moyens, de toutes les espiègleries pour arriver à son but; il joue cent mauvais tours à Kin-ngan-cbeou et opère tant de miracles, que la femme, elfrayèe, se convertit la première ; Ngan cheou ne larde pas à l'imiter ; puis tout a coup, par uu décret de la reine de l'Occident , les néophytes sont élevés au séjour dos dieux.

Le lieu de la scène est d'abord dans le ciel, sur les bords du lac Yao-tcbi, près du célébré pécher Fan-thao, dont les fruits procurrntl'iiimiurtalilé a ceux

ui en mangent; puis, jusqu’à la fiu

u troisième acte, l’action continue sur la terre, dans la maison de Kin-ngancheou; enfin, au quatrième, les acteurs .retournent au ciel. La versification est très-remarquable ; c'est l'unique pièce du répertoire dans laquelle ou trouve un chœur et des dan-es ; quant au arante, il ne mérite aucune estime (*).

(*) Siècle des Youén , Journal asiatique , «hier de Mpicmhre-nctobre >15 1, p, »

et »7®.

La Gratta de» Péchera.

On trouve, dans l'encyclopédie intitulée San tlisaï - thou-hoeî, la petite legende qui a fourni le sujet de ce drame mythologique.

C'est l'histoire de Lieou-chiii et de Youén-tehao. Originaires du district de Tkièn-thaï, fortement appliqués à la sagesse, ils viveDt ensemble dans une inaltérable amitié; et, comme cette amitié u est fondée que sur la vertu , le dieu qui préside à la constellation Thai-pë-siug, voulant converser avec eux, descend dans le monde et revêt une forme humaine. Au premier acte, le théâtre représente le mont Thienthaî. Lieou-chin et Youén-tciiao , qui cueillaient sur cette montagne des plantes médicinales, s'égareut du chemin et sont surpris par l'obscurité de la nuit. Après avoir parcouru plusieurs milles, ils rencontrent un vieillard d’un vénérable aspect. Ce vieillard était le dieu Thaï-pé-siug. sous la ligure d'un bûcheron. Une teile rencontre est pour Lieou-chin et Yuuèn-tchao un événement des plus lie ireux; car, guides par le vieillard, ils eutrent, sans le savoir, dans la grotte des péeliers, où habite Si-wang-ntou, la reine d’üccident, c'està-dire dans le séjour des deesses. Là, raris du spectacle qui s'offre à leurs yeux, abreuvés de nectar, rassasiés d'ambroisie, enthousiasmes de la musique des immortelles et des belles voix qu’ils entendent, ils perdent de vue la sagesse et s’abandonnent à la volupté.

Lieou-chin, le premier, s'unit à une jeune déesse dont les attraits le subjuguent; Youén-tehao eu fait autant. Au bout d’une année, l'euchameinent des plaisirs s'évanouit. Nos deux philosophes demandent à retourner dans leur pays natal; on leur en indique le chemin. Mais ce qu’il y a de curieux, c’est qu’ils ne savaient pas combien de jours s’étaient écoulés dans le district de Thièn-tliaî, depuis qu’ils en étaient partis. Arrivé à quelques pas de son village natal, Lieou-chin est frappé de stupeur.

MEOn-cant, à Youén-tehao.

Mon frère, voyez dooc comme tout est changé depuis un au. C'est à n’y rien comprendre.

YOUKS-TC4UO.

Je ne reviens pas de ma surprise, (ils continuent à marcher.) Oh , pour le coup, voilà notre vieux temple.

Lifou-caur.

Oui. { Ils examutent le temple .) OÙ est donc le petit pont?

tou£k-tchao, avec étonnement.

Mon esprit est confondu.

T.tKOO'CmW.

Je suis stupéfait. N importe, pénétrons plus avant. — O chose extraordinaire, voici les deux pins que j’ai plantés moi-mème, l’année dernière, avant de partir pour le mont Thièn-lheï. Comme ils sont forts et avancés I

tocêr-tchao, souriant.

J’avoue qu’ils n’onl pas langui. C’est que, apparemment, le terre est plus féconde maintenant.

mou-cent. ( Il frappe à ta porte de sa maison.)

Ouvrez- moi la porte.

niBoc-Ta, dans l’intérieur.

Encore un indiscret et un importun. N’ouvrez pas.

riron-raiK, frappant toujours.

Lieou-hong! Lieuu-nong! ouvrez.

xixou-tk, se levant et prenant son bdton.

Décidément , il a envie d’étre battu.

( A Lieou-chin.) Quoi I après uue année si malheureuse, quand les anciens du village offrent dans nia mai, 1)11 un sacrifice propitiatoire au dieu de l’agriculture, venir ici !... Ah ! vous méritez d èlre châtié pour votre impudence. (Il le frappe.)

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