‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 225 sur 292 · HISTOIRE DE YAHÜ-KO · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE YAHÜ-KO

Yu-kiao-li, chapitre Y.

« I.e bachelier Sse-yeou-pe , ayant résolu de partir pour la capitale, manda un vieux domestique, qui se nommait Sse-cheou. Il lui enjoignit de rester à la maison et de veiller avec soin sur tout ce qu’il y laissait. Il fit ensuite choix de quelques habits et des objets necessaires pour la roule, et les ayant distribués en deux paquets, il les envoya devant lui par un autre domestique qu il chargea de les porter jusqu’à l’em-, bouchure du fleuve. Lui-même ne prit avec lui qu’un petit valet, nommé Siaohi, et apres aioir donné tous ses ordres, il monta à chevalet voulut partir.

" Par un hasard fâcheux, son cheval se trouva rétif et fringant; il sentit dès le premier instant queSse-yeou-pe n’était pas un cavalier expérimenté; il ne bougeait pas de place. Sse-yeou-pe embarrassé tirait irrégulièrement les rênes, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Mais l’animal avait à peine fait un pas en avant, qu’il se cabrait, levait la croupe et reculait de deux pas. Sse-yeou-pe commença à s’inquiéter sérieusement.

Son domestique Sse-cheou vint à son secours : « Monsieur, lui dit-il , si vous ne frappez pas votre cheval, comment voulez-vous qu’il aille? Vous aviez autrefois un fouet à poignée de corail, que ne le prenez-vous avec vous ? Il n’y a que la crainte qui fasse marcher un animal. »

— « Tu as raison, j'allais l’oublier, »

dit Sse-yeou-pe. Il envoya chercher son fouet, et quand il fût arrivé, il réprima l'ardeur de sa monture, en lui donnant plusieurs coups au moment où elle se cabrait. La douleur la rendit docile, et elle se vit contrainte d’avancer. Sse-yeou-pe se mit à rire : « Cet animal, dit-il, ne veut pas marcher qu’on ne le frappe. Il en serait de même des hommes dans ce monde, s'ils cessaient un seul jour d’étre soumis à l’autorité. »

« Au moment du départ de Sse-yeou- Pe ’ J10, vent de printemps répandait dans l'air une douce température. Toute

littérature orientales, par M. Abel Kémusat, p. 363 à 370.

la route était couverte de saules en pleine fleur. Sse-yeou-pe, monté sur son cheval , ne pouvait se lasser de les considérer... Il se parlait à lui-méme, uand, sans s’en apercevoir, il arriva ans un endroit où le chemin faisait la croix. Tout d’un coup, de l’une des branches de ce carrefour, sortit en courant un homme qui , regardant Sseyeou-pe de la tête aux pieds , dit entre ses dents : « C’est véritablement bien lui ! » et saisissant à deux mains la bride de son cheval, il l’arrêta.

« Sse-yeou-pe, qui, daDs ce moment, était tout entier à ses réflexions, ne s'attendait pas à cette surprise. Il ne put se garantir d’un mouvement de frayeur, et jetant à la hâte un regard sur celui qui l’arrêtait ainsi , il vit que cet homme avait sur la tête un chapeau pointu de feutre, tout déchiré et posé de travers, qu’il était vêtu d'une veste de toile bleue en lambeaux , et qu’il avait aux jambes de mauvaises bottines toutes couvertes de poussière.

La sueur ruisselait sur tout son corps, comme s’il eût été exposé à la pluie.

— « Qui êtes-vous ? lui demanda Sse-yeou-pe avec trouble, et pourquoi arrêtez-vous ainsi mon cheval? »

« Cet homme, encore haletant de sa course, fut quelque temps à reprendre haleine; il ne put répondre distinctement , et tout ce qu’on entendit, ce fut :

« Bien ! je l’ai rencontre tout a point. » A ces paroles dépourvues de sens, Sse-yeou-pe leva son fouet pour le frapper. • Monsieur, s’écria cct homme à l'instant , ne me frappez pas. Si je ne retrouve pas ma femme, c'est vous qui en êtes la cause. »

« Ce discours mit Sse-yeou-pe dans une grande colère : « Quel est cet extravagant? dit-il ; si ta femme ne se retrouve pas, en quoi cela me concernet-il? Je ne t’ai jamais vu ni connu.

T’ai-je jamais fait le moindre tort? »

— « Je ne dis pas que ce soit vous ui m’ayez enlevé ma femme. Mais il épend de vous de me la rendre : c’est

une chose bien certaine. »

— « Tu déraisonnes de plus en plus :

je suis un passant qui suis sa route , où veux-tu que je trouve ta femme, et comment dis-tu que c’est une chose certaine que cela dépend de moi ? Je

t/umyEos,

gage que tu n'es qu'un misérable voleur de grand chemin. Comment oses-tu, en plein jour, m’arrêter dans mon voyage? Je suis le (ils du seigneur Sse, l’in-pecteur général, prends bien garde à np pas chercher quelque méchante affaire. » Et en parlant ainsi , il leva son fouet et en donna plusieurs coups à cet homme, sur la tête et en travers du visage. Siao-bi accourut en même temps, et se mit à le battre aussi de son cèle : plus cet homme se sentait frappé, et plus les paroles qu'il prononçait dans son trouble devenaient inintelligibles.

Tout ce qu’on pouvait comprendre au milieu de ses cris , c'était : « Retenez votre inain , monsieur! ayez pitié de moi, soyez touche de mon affliction ! En vérité, je ne suis pas un misérable ! » Mais quoique la douleur tirât des cris de sa bourbe, ses mains ne cessaient pas de tenir la bride, et on l'eût tué plutôt que de la lui faire lâcher.

« Sur res entrefaites, des voyageurs et des paysans du village voisin, voyant u’il se passait quelque chose d'extraorinaire entre ces deux hommes, accoururent pour en savoir la cause et s'amassèrent autour d'eux pour les regarder. Sse-yeou pe ciiait de toutes scs forces: Y a-t il rien d'aussi étrange

dans le monde ? Si tu as perdu ta femme, comment t’adresses-tu n un homme qui passe, pour la retrouver? »

— « Je serais bien fâché du vous arrêter, monsieur; mais tout ce que je vous demande, c'est de vouloir bien me donner votre fouet, et mu femme se retrouvera à l’instant même. »

Les assistants se mu ent à rire à ces paroles. « Cet homme est un fou, s'écrèrent-ils. Que veut-il dire d'uiie femme perdue qui se retrouvera par la vertu d’un fouet? »

— « Mon fouet a une poignée de corail , et vaut plusieurs onces d'ar-

ent, pourquoi irais-je te |e donner?»

it Sse-yeou-pe; et sa colère augmentant encore, il leva sou fouet pour le frapp>T de nouveau.

1. homme se mit à crier : « monsieur, dit-il, attendez! Àoantde me battre, permettez moi de vous expliquer une chose. »

— « Suspendez un' moment votre courroux, monsieur, dirent les assis-

tants, et permettez-lui de s'expliquer.

Nous ne vous retiendrons pas ensuite, si vous voulez le châtier. » Et ils demandèrent à cet homme de quel pays il était, et quelle était son affaire, en lui enjoignant de leur expliquer tout cela en détail.

— » Je suis, répondit-il , du village de Yang-kin, prés de la petite ville de Tan yang. Mon nom est Yang-ko. Ces jours derniers j'ai envoyé nia femme a la ville pour retirer des pfl'ets que nous avions mis eu gage. Des inconnus l’ont enlevée sur la route. J'ai passé tpute la journée à la chercher, sans en avoir aucune nouvelle. Ce matin de très-bonne heure, étant au buurg de • Keou-yong, j’ai rencontré un docteur qui sait l'art des prières magiques; je

I ai supplié d'en dire une à mon intention, et il m'a promis qu'aujuurd’hui, à trois heures trois quarts apres midi, je retrouverais ma femme. Je lui ai demandé de quel côté je devais me diriger pour la chercher. Il m'a répondu n'en allant vers le pord-est l'espace c quarante milles (quatre lieues), je trouverais un carrefour ; que i y rencontrerais un jeune seigneur, veto d'un habit couleur jaune de saule, et montésur un cheval tacheté; que je devais l’arrêter, lui demander le fouet qu i!

portait à |a main, et qu'alors ma femme se retrouverait; qu’il fallait seulement courir en toute hâte, parce que si j.- le manquais d'un seul pas, et quil fût déjà passe, il me serait impossitile de la rejoindre jamais, Muni de celte instruction, je suis venu tout d'une haleine, et à jeun. J'ai tait quarante mi. les poux arriver à ce carreiour, et, grâce à ma diligence , j’ai rencontre monsieur , monté sur son cheval et dont I habillement et la figure répondent parfaitement à la description qu'on m eu avait faite. Comment douter que ce ne soit lui qu’on m’a indiqué? J'ai prié monsieur de fajre un acte d humanité , et de vouloir bien me donner son fouet, pour que nous puissions, ma femme et moi, nous voir réunis de nouveau, puisque c'est de lui que dépend cette merveilleuse operation. »

— - Vous perdez tout à fait le sens, mon cher ami ! dit eu riant Sge-ycou-pa ; il n’y a jamais eu dans le monde de

docteur doué de facultés si extraordinaires. Après avoir vu bien distinctement pion cheval, mon habillement et ma figure , vous avez forgé ce conte à plaisir pour m'escroquer mon fouet.

Comment voulez -vous qu'on ajoute confiance à Ce que vous dites?»

— « Je ne serais pas assez hardi pour vouloir vous en imposer, répondit Yangko; je pepse bien que vous ne vous eu rapporterez pas à moi. Mais vous ne saunez manquer de croire à toutes les choses que ce docteur a dues. Il a encore qiouje que votre voyage avait pour objet la recherche d'un mariage. Cela est-il vrai ou faut? Vous savez bien, monsieur, a quoi vous en tenir. »

« A ce- mois de recherche d’un mariage, Sse-yeou-pe resta interdit:

« Voilà, se dit-il, une affaire que j'ai tenue si bien renfermée dans mon sein, que les dieut eux-mémes n'auraient pu la découvrir. Comment cet homme a-t-il fait pour la pénétrer? Il y a donc quelque chose de vrai dans tout ceci. » Puif s'adressant à Yang-ko : « Eli bien! lui dit-il, je consens à vous d.iiner mop fouet: ce n'est pas une chose d’une grande conséquence. Mais il faut qu'aujourd'hui même je fasse diligence pour arriver à l'embouchure du fleuve, et Si je n’ai pas de fouet, mou cheval ne voudra pas avancer; comment pourrais-je me tirer d'embarras? »

• Les assistants, qui avaient trouvé quelque chose d'extraordinaire dans Celte affaire, étaient tous fort curieux de voir comment le fouet de l’un ferait retrouver la femme de l'autre, et s’apercevant à la physionomie de Sseyeou-pe qu’il était” disposé à accorder ce qu’on lui demandait, ils commencèrent à prendre son parti. « Puisque ce monsieur veut bien consentir à vous donner son fouet, dirent-ils, vous devriez bien vite plier lui couper une branche de saule pour lui en tenir place. •

• Yang-ko ne demandait pas mieux que de rendre ce service à Sse-yeou-pe ; mais la ciainte que celui-ci ne profitât du moment pour s’éloigner l’obligeait a rester pour le retenir, Sse-yeou-pe devina son motif, et lui remettant d'avance le fouet : « Puisque je vous l'ai promis, dit-il , je ne vous manquerai certainement pas de parole. Allez yl(:e

me couper une branche, car je suis trèspressé de continuer ma route »

«Yang-ko prit le fouet en faisant mille protestations de gratitude. r Que de remerefments je vous dois, monsieur, lui dit-il. Si je parviens à retrouver ma femme, bien certainement je 11e manquerai pas de vous le reporter. » Et s'étant relevé, il regarda de côté et d’autre, pour voir où il pourrait aller cueillir une hrauclie de saule.

» On était alors à la seconde décade de la deuxième lune. Les bords de la roule étaient plantés de jeunes saules dont les rameaux encore mous et flexibles n'auraient pas fait avancer nn cheval. Mais du côté ilu sud-est, à l’entrée d'un sentier ombragé, et tout auprès d'une vieille chapelle en ruines, s'élevaient trois ou quatre grands saules dont on apercevait les têtes par-dessus la muraille. Yang-ko s’y dirigea en toute hâte; mais à peine était— il grimpé dans un de ces arbres, et sur le point d’en arracher une branche, qu’il entendit Ips cris de quelqu'un qui se lamentait dans Ig chapelle. Il écarta le feuillage; et ses regards plongeant dans l’intérieur, il vit trois hommes qui entouraient sa femme et qui la retenaient de force au milieu d'eux. Elle résistait à ce,tte violence, qui était la cause de ses cris çt de ses sanglots.

« A ce spectacle, Yang-ko ne put se contenir; .. Brigands, misérables! s'écria-t-il, c’est donc ici que vous venez vous cacher apres avoir ravi la femme d’autrui! » E11 même temps il descendit de l’arbre précipitamment, et se mit à frapper à coups redoublés a la porte de la chapelle.

« Les assistants, qui avalent entendu les mots. C’est dune Ici, se hâtèrent d’approcher tous ensemble pour voir de quoi il s'agissait. Yang ko, qui s’était présenté d’abord a la principale porte de la chapelle, l’avait trouvée barricadée, et ne voulant pas s'arrêter à l’enfoneer, comme il edt fallu fnlrf, avec sa tête ou ses pieds, il chercha une ouverture pour entrer. Mais avant qu il edt achevé le tour et qu’il fdt parvenu derrière la chapelle, il y avait longtemps que les trois ravisseurs avaient ris la fuite en passant par uuc des réelles de ia muraille. La femme seule

L'UNIVERS

y était restée. Les deux époux furent transportés de joie en se voyant réunis, et ils se mirent à pleurer d’attendrissement. Les assistants étaient demeurés saisis d'étonneinent à cette vue, et ils reconnurent que tout ce que Yangko avait dit était conforme à la vérité.

« Cependant Sse-yeou-pe, qui avait entendu dire que Yang-ko venait de retrouver sa femme , fut frappé d’une surprise inexprimable. Il descendit luiméme, et laissant Siao-hi pour veiller sur son cheval , il s’approcha de la chapelle pour s’assurer de la chose par ses yeux. En le voyant entrer, Yangko dit à sa femme : « Si je n’étais pas venu couper une branche de saule pour obtenir de monsieur qu’il me donnât son fouet, nous ne nous serions jamais revus dans cette vie. » — Puis remettant le fouet à Sse-yeou-pe : « Mille remerolments , monsieur, lui dit-il, je n’ai plus besoin de ceci. »

— « Vit-on jamais dans l'univers quelque chose d’aussi étrange que cette aventure I s’écria Sse-yeou-pe. Je vous ai fait injure, mon ami. Mais ditesmoi, je vous prie, Quel est le nom de ce docteur qui dit les prières magiques. »

— « Personne ne sait son nom de famille ou ses surnoms, répondit Yangko; mais comme il porte a la main une pancarte sur laquelle sont écrits les mots : Saï-chin-sien , on s’est accoutumé à l'appeler Saï-chin-sien ou l’ermi/e de la reconnaissance. »

« En finissant de parler, il renouvela encore par deux et trois fois ses actions de grâces à Sse-yeou-pe ainsi qu'aux autres assistants, et, emmenant sa femme avec lui , il reprit le chemin par où il était venu. Apres son départ , Sseeou-pe sortit de la chapelle, remonta

cheval , et tout en cheminant il se livra à mille pensées différentes, qui lui étaient inspirées par ce qu’il venait de voir. •

(*) Yu-kiao-li, ou les Deux Cousines, t. Il, P- »9 * 4a-

P’iNG-CHAN-LIRG-YEN ,

Ouvrage du quatrième Thsat-tseu.

Le P'ing-chan-ling-yen ou les Deux jeunes filles lettrées est un roman de moeurs, dont le titre désigne par autant de monosyllabes, les noms abrégés des quatre principaux personnages:

Chan-ZoI et Ling Kiang-siuue (lesYleux jeunes filles), P'ing Jouheng et Yen Pe-han (les deux lettrés). Cet ouvrage du quatrième Thsaï-tseu serait aussi inconnu chez nous que le P’ing kouéitchouen et le Pe-kouei-tchi, si M. Stanislas Julien ne s’était donné la peine de le traduire, en 1845 (*). Pour caractériser le P’ing-chan-ling-ven , nous dirons qu’il est un chef-d’œuvre du Wén-tcnang (style littéraire). Dans tout le cours du roman, l’auteur semble n’avoir d'autres soucis que la recherche des plus belles figures et le jeu des syllabes à double entente. Il n'y a ni intrigue, ni épisodes, ni combinaisons dramatiques. L’intérêt, je le répète, est dans le style.

■ C>-s morceaux de belle prose , observe, au sujet du Wén-tchang, M. Abel Rémusat, où l'on décrit uniquement pour décrire, et où l'auteur se propose surtout de faire preuve de talent et de bel esprit, sont, il faut l’avouer, des ornements déplacés , particulièrement dans le style le plus habituel des romans chinois, dont les sujets ne comportent pas, en général, une grande élévation. Effectivement, les personnages qu’on y voit le plus souvent figurer sont rarement pris dans l'ordre le plus illustre, celui des rois et des princes. Ce ne sont pas non plus des individus appartenant à la derniere classe; mais bien des personnes de moyen état et des rangs intermédiaires de la société, des magistrats, des gouverneurs de villes ou de provinces, des préfets ou des sous-préfets, des conseillers d’Ètat ou de simples lettrés. Le langage employé par ces divers personnages est d’ordinaire assorti à leurs conditions.

Les subalternes et les personnages vul-

(’) La traduction de M. Julien a été publiée dans la Bibliothèque rhoisie du Constitutionnel.

gaires se servent de la langue commune; mais la manière de parler des lettrés est toujours plus ornée, et quand ils entrent en conversation les uns avec les autres, leur style devient si fleuri , tellement riche en métaphores et en expressions poétiques, qu’il en est queluefois inintelligible : ce sont comme es énigmes qu’ils se donnent à deviner les uns aux autres, et auxquelles il est d’usage de répondre dans les plus beaux termes imaginables. C’est une profusion de traits d’esprit , un déluge d’images ingénieuses, d'emblèmes recherchés et d’allusions savantes sur lesquelles le dernier venu doit toujours s’efforcer d’enchérir. L'histoire ancienne et moderne , les anecdotes particulières, les usages de l’antiquité, les traditions locales, les préjuges relatifs aux actions de la nature , aux propriétés des plantes ou aux habitudes des animaux, les fables, enfin, tout est mis à contribution dans ces entretiens doctes et fleuris, tout concourt à embellir le langage des gens bien élevés... Il s’est formé de cette maniéré un vocabulaire de locutions bizarres et ampoulées, de termes alambiqués et emphatiques, d’où les mots propres et les pnrascs simples sont soigneusement bannis... C’est un trait du caractère national qu’on doit se garder d’effacer, au risque de choquer les gens de goût; car il ne faut pas que les lettrés de la Chine passent pour être plus simples dans leurs manières, ni plus naturels dans leur façon de s'exprimer qu’ils ne le sont en réalité. Ils perdraient trop eux-mémesaux améliorations qu’on voudrait apporter à leur langage ; ce ne serait pas la peine de faire de si longues études, et de pâlir toute sa vie sur les écrits des anciens, pour parler ensuite comme tout le monde, et n’employer que des termes d’un usage universel (*). »

Nul roman peut-être n’offre une plus belle matière a la critique et à l'érudition que le P’ing-chan-ling-ven. On ne s’étonnera donc point que M. Stanislas Julien ait regardé la traduction française d’un tel ouvrage comme insuffi-

(*) Voyex le Yu-luto-li, roman chinois, traduit par M. Abel Rémusal, préface, p. xx à xxiv.

32e Livraison. (Chine modeene.)

santé, et qu’il en prépare le commentaire. Un commentaire sur un auteur chinois, écrit par M. Julien, ne saurait manquer d’être instructif, complet, approfondi.

Nous citerons ici un fragment du premier chapitre, où se trouve la description d’un magnifique festin donné par l’empereur.

Description d* un banquet impérial.

« Sous une dynastie illustre et florissante des temps passés... on comptait, dans la ville de Tchang-ngan (la capitale), neuf portes et cent carrefours, six grandes rues, trois marchés, trentesix maisons de plaisir, et soixante-douze pavillons. On voyait circuler en foule des magistrats en costume de cérémonie; l’air retentissait au loin du bruit des coursiers et des chars ; partout on se réjouissait au son des instruments de musique...

« Un jour, le fils du ciel s’étant rendu de bonne heure au palais, les officiers civils et militaires vinrent enfouie lui présenter leurs hommages et leurs félicitations. La cloche du matin résonnait dans la salle d’or, et la garde divine était rangée sur les degres de jade; c’était un spectacle aussi magnifique qu’imposant. Après que tous les magistrats eurent fini de se prosterner devant l’empereur, et de lui souhaiter de vivre dix mille années, chacun d’eux rentra dans son rang, et y resta droit et immobile.

« Tout à coup, un officier du palais s’écria à voix haute : « S’il y a quelque affaire importante, qu’on se hâte de l’annoncer à Sa Majesté! »

» Il n’avait pas achevé de parler, qu’on vit un magistrat sortir des rangs; il portait un bonnet de crêpe noir, et tenait dans sa main une tablette d’ivoire. Il se jette à genoux sur les dalles rou-

Ses, et s’écrie : « Tchang-kin, président u tribunal impérial d’astronomie, a un événement d'une grande importance à annoncer! »

* L’empereur lui ayant fait demander quel était cet événement : « Cette nuit , répondit-il , comme j’observais l'aspect du ciel , j’ai vu des nuages et des vapeurs d'heureux augure envelopper le cercle circompolaire; j’ai vu

L’UWVERS,

des étoiles dont l'éclat annonce la joie et le bonheur briller près de la route jaune (l'écliptique)... J'ose supplier Votre Majesté d’ordonner au tribunal des rites de publier dans tout l'empire un décret de félicitations , et d'exalter la paix, l'harmonie et les changements salutaires que la génération présente doit il notre auguste souverain. J’ai observé en outre que les six étoiles de IV êntchang brillaient d’un double éclat.

Tout cela nous présage que des lettrés éminents du jardin de la littérature répandront un grand lustre sur votre administration sage et éclairée. Mais, ce qui est digne surtout d’exciter I admiration, crest que la constellation Koueï-pi répandait des llpts de clarté

3ui inondaient l’univers: c’est signe que ans l’empire il doit naître des hommes d’un génie extraordinaire, et tels qu’on n’en aura point vu de semblables dans aucun siècle. Comme le ki lin et le phénix , ils se tiendront cachés dans des asiles profonds et reculés... Je. supplie Votre Majesté de convoquer le tribunal des rites, afin qu’après en avoir nul rement délibéré, Il epvoie dans les différentes parties de l’empire des commissaires pour rechercher et découvrir les homrpès capables de vous seconder dans vos augustes desseins. »

« Après que le fils du ciel eut entendu ce rapport, une vive allégresse éclata çursa face majestueuse. « Je n’approuve pas , dit-il , qu’on nie décrète des félicitations; mais les hommes de talent sont le trésor du royaume ; je ne puis permettre qu’ils restent cachés dans l'obscurité. J’ordonne au tribunal des rites de délibérer sur ce point , et d’envoyer des commissaires pour les rechercher et les découvrir. »

„ A peine cet ordre impérial était-il fendu , que le président du trihunal des rites sortit des rangs. « Sire, dit-il, puisque la sainteté et les lumières de Votre Majesté ont été annoncées par (les signes célestes, il était convenable de 'décréter des félicitations. En s’y refusant, par e*cès d’humilité, le souverain qui mérite de vivre dix mille ans n'a fait uue montrer davantage la grandeur de sa vertu. Cependant le progrès des niociifs publiques a une liaison intime avec fes révolutions de chaque

époque; comment pourrait-on le tenir caché , au lieu de le révéler au grand jour?... Sans doute, il est permis d’envoyer des commissaires à la recherche des hommes dotaient; mais, d après les lois établies par les ancêtres de Vo tre Majesté, c’est au ptoyen des examens publics et des concours que les hommes de talpnt doivent se recruter; si on les appelle maintenant en vertu d'une ordonnance , on leur conférera donc arbitrairement des grades et des emplois! Que deviendraient alors les examens publics ? Par là on s’écarterait, je le crains, des vues qui ont guidé vos ancêtres, lorsqu'ils ont fondé la belle institution des concours. Voici mon humble opinion : le parti le plus utile est île recommander aux directeurs des colleges de chaque province de donner des ordres sévères aux magistrats des villes de premier et de troisième ordre, pour qu’a l’époque des examens annuels ou du concours général ils s’appliquent ardemment a rechercher, en dehors du nombre régulier des concurrents inscrits, les hommes d’un vrai talent , et à les porter d’office sur la liste du concours. Qu’on décide, en outre, que les magistrats des villes de premier et de troisième ordre obtiendront de l’avancement ou se verront abaissés , suivant qu’ils auront découvert ou négligé de signaler des hommes de talent... Je supplie notre auguste squverain d’examiner cette importante question, et de la décider. »

« Le fils uu ciel fut enchanté de ce rapport : « Les avis de Votre Excellence, dit-il, sont d’une parfaite justesse; j’ordonne qu’on se conforme à votre proposition , et qu’on l’exécute sur-le champ ! »

• Les membres du tribunal des rites, avant reçu ce décret, s’avancèrent à la tête de tous les autres magistrats , et saluèrent l’empereur, en lui souhaitant de vivre dix mille années. Après avoir reçu leurs hommages, le fils du ciel rentra dans son palais, et tous les magistrats se retirèrent.

« Ce jour-là , des que le tribunal des rites eut publié l’ordre impérial , tous les mandarins qui se trouvaient dans la capitale écrivirent chacun une lettre de félicitations , et vinrent, l’un après

CUINp MODERNE. -tpa

l’autre, la présenter à l'ampereur. Ces lettrés, qui payaient d'autre but que de louer les mérites du souverain et d'exalter ses vertus, notaient pas d’une grande conséquence; mais cliacuu d’eux, jaloux de montrer son talent, avait déployé toutes les ressources de l’art , étalé toutes les rrichrsse* du gtyg. Le fils du cjel se rendit eu personne dans la salin latérale, et les examina luimême avec le plus grand soin. Il remarqua dans toutes ces pièces des expressions d’une beauté merveilleuse et des passades faits pour exciter l’admiration; son âme sainte en fut transportée de joie : • Je reconnais maintenant, dit-il, que le président du tribunal de l'astronomie ne m'a point trompe eu annonçant la splendeur éclatant» de la constellation V\ én-lcbang. Je suis touché des félicitations que m’ont présentées tou» les magistrats; il convient que j’y répunde , ep les invitant à un banquet solennel. »

« Aussitôt il ordonna à tous les magistrats île se réunir le douzième jour de la troisième lune , auprès de la porte appelée Touan-men. pour prendre part au banquet impérial.

« Dès que ce decret fut rendu , tous les magistrats firent éclater, en battant des mains et en dansant, leurs transports de joie et de reconnaissance.

« l.e jour du festin étant arrivé, on put juger que le gouvernement était honnête, rt que ie ciel lui était favorable. En effet, ce jour-la le ciel était pur et l’atniosphere transparente ; le soleil répandait une douce chaleur, le vent était calme, et une multitude de fleurs étaient épanouies. I* fils du ciel se rendit en personne à la porte appelée Totian-men. Au bas des depes qui y conduisaient, on voyait étalés avec ordre les mets du festin impérial. Lorsque tous les magistrats eurent Uni de présenter leurs hommages à l’empereur, il ne resta que quelques membres du conseil privé (quelques ministres;, qui prirent place a la table impériale.

Tous les autres fonctionnaires, suivant l'importance du bureau dont ils faisnieht partie, étaient rangés et assis au bas des degres. Sur chaque table, le bis du ciel ordonna de placer un pot de fleurs renommées du jardin impérial.

En entendant cet ordre, fous les magistrats frappèrent la ferre de leur front pour remercier le souverain de ce pouveau bienfait; puis chacun alla s’asseoir a sa place. Aq bout (Je qurlqm s instants, on entepdit résonner la musique du dragon et dp phénix , et fou vit servir dans des va6es de jade les mets les plus reshçrchés. Oq peut dire que rien ne saurait Sg comparer a la magnificence de l'empereur. JSopstâciterons d’en donner upc idée,

• I J fortuné de l'empire brillait du » plus grand éclat; on contemplait ce- « iuj qui sp dit un simple mortel (i’eni- « pereurj comme le suieil et \p lune oui s régnent au milieu du firmament. Ses « augustes bienfaits s'étendaient com-

• me une meçsans bornes; mille mai gistrats étaient réunis dans la salle

• de In fleur Kou-yong [hibUcus rasa ■ fin eurif) ; les beautés du printemps r inondaient le palais de Kieo-tchang; « l’oreille était charmée des modula- « lions du loriot, dont l'aile effleurait

• la terre; tout le palais, resplendis- « saut de bannières rouges, vous ejbv vrnit de couleurs éblouissantes, l-i s a mets provenaient des pares de l’em- « pereur. On V remarquait des foies

• de dragon, de la moelle de phénix, « des petits de léopards , des lèvres dp « sing-sing, des bosses de chameau , « des paumes d’ours, des grillades dp « hiaoet des queues de carpe. Les pro-

• duits les plus rares des qioni.ignes et « des mers étaient étales avec profu- « sion. Ou ne finirait pas de décrire les

• saveurs exquises des huit trésors dp « sa table. lai musique qqi résonnait

• était relie du palais : on ne se lassait

• pas d'entendre les paroles et les tons « harmonieux de res airs neuf fois fé- « pétes. Du milieu des rangs, les ri- « ehes costumes étincelaient aux rayons

• du soleil. On voyait des vêtements « ornes de cigognes, de faisans dores.

• de paons, d'oies, de faisans blancs,

• de cormorans, de huppes, de cailles, « de pies, de loriots. Ceux qui portaient

• ces vêtements étaient placés, les nus « en avant, les autres en arrière, et

• formaient une multitude aussi uom-

• breuse qu'imposante. Au ba> des « degres, les bonnets et les diadèmes > brillaient comme des étoilas. Ou dis-

L’UNIVERS

« tinguait le bonnet de ceux qui pré- « sentent les sages (le bonnet des let- « très ) , le bonnet de lynx (cefni du

• bourreau), le bonnet dé faisan doré « (celui des surintendants de chaque « ministère), le bonnet à ailes de oiga- « les (celui du guerrier), le bonnet à « queue de pie (celui d’un chef de can- « ton), le bonnet à colonne de fer (ce- « lui du juge criminel), le bonnet à surit face dorée (celui des astronomes), <■ le bonnet de ceux qui repoussent les « méchants (celui des gardiens du pa- « lais), le bonnet de l’amitié et de la « déférence (celui du magistrat qui en- « seigne les rites). Tous ces officiers « étaient remplis d’une crainte respecta tueuse. Les uns se retiraient, les au- « très accouraient poiirrecevoirde près « les ordres bienveillants du souve- « rain : ils contemplaient tous la joie « qui animait le visage céleste (de l’ero- « pereur); tous sentaient avec émotion « la douce rosée (de ses bienfaits) qui « se répandait d'une manière égale; « tous savaient que sa bonté ne con- « naissait pas la partialité... Se cour- « liant avec humilité pour accomplir « leurs devoirs, ils célébraient la pro- « tection du ciel (de l’empereur) qui les « enivrait et les rassasiait de ses grâ- « ces.

« Lorsque le prince disait oui, sou- « vent les ministres disaient non; iis « auraient rougi de se prêter à des flat-

• teries complaisantes. Iis ne désiraient « guère se retirer sans être ivres; mais « comme il y avait à gauche un ins- « pecteur, et à droite un historien, quel

• est celui qui aurait osé manquer aux « convenances? Le prince, voulant mel-

• tre le comble à la joie de ses officiers, « leur faisait distribuer, par respect « pour les anciens usages de sa dynas- « tie, la chanson où l’on célèbre les mi- « nistres enivrés par ordre impérial.

« Les sujets, émus des bienfaits de « l’empereur, choisissaient quelques- « unes des meilleures exhortations des « siècles passés, et lui présentaient, « avec une noble fraternité, la pétition « pour l’éloignement de Y-ti (qui in- « venta l’art de faire du vin). Au bruit « des tambours et des cloches, des flû- « tes et des guitares , on vidait des cou- « pes joyeuses. Le ciel et la terre étaient

« unis dans une douce allégresse ; on « souhaitait à l'empereur une longévité « de dix mille ans , une existence sans • bornes, comme celle du soleil et de « la lune, des montagnes et des col- « lines. »

« Après que le prince et les sujets eurent bu assez longtemps, les membres du conseil privé (les ministres), voyant que la musique avait été exécutée à trois reprises, et que le vin avait circulé neuf fois , craignirent que la multitude des officiers ne s’écartât des convenances.

Ils quittèrent leurs sièges, et, se mettant a la tête des convives, ils allèrent se prosterner devant l’empereur : « Sire, dit l’un d'eux, grâce à votre bonté sainte, nous avons pris part à un splendide festin; nous venons, à la tête des magistrats, vous offrir nos remerclments. »

CHOUÎ-HOD-TCHOt'EK,

Ouvrage du cinquième Thsal-taeu.

Le Chouï-hou-tchouen , ou f Histoire des rives du jleuve, est un roman célèbre , où figurent plus de cent personnages principaux, sans compter les agents subalternes ; un roman d'une énorme et volumineuse prolixité , car il n’a pas moins de soixante-dix livres. Tous les chapitres se divisent régulièrement en deux parties , et l’ouvrage présente la singulière complication de cent quarante intrigues différentes. Cet ouvrage, que Fourmont avait pris pour une histoire de la Chine, au troisième siècle; .VI. Klaproth , pour un roman historique, et M. Abel Rémusat, pour un roman semi-historique de la même nature que le San-koüe-tchi , est presque tout entier d'invention : c’est le premier roman comique des Chinois.

Quoiqu’on le réimprime tous les jours à mi-page avec le San-koüe-tchi , ou aurait tort de le regarder comme le pendant de V Histoire des trois royaumes. Toutes les parties du livre sont traitées trop plaisamment pour être historiques. Il ne me semble point que Chi-naï-ngan ait voulu imiter Lo-kouantchong, et lutter avec l’Histoire des trois royaumes dans le roman Choulhou-tcàouen, qui contient pourtant une foule de tableaux analogues, et dont le sujet est pris dans l’nistoire d’une

guerre sociale. A l'exception du prologue, le Choui-hou n’est point imité du San-koüe ; Chi-naï-ngan a travaillé d’après lui-méme. Sa manière est plus naturelle que celle de Lo-kouan-tchong, plus agréable. Lo-kouan-tchong se borne a raconter les faits; Chi-naïngan cherche à peindre les mœurs; il a plus de scènes a effet, mais il s’arrête sur des détails trop minutieux, quelquefois même sur des puérilités. Il ne faut pas comparer, quant au style, le Choulhou-tchouen au San-koùê-tchi. Le ton du San-koüe-tchi, roman héroïque, est plus noble que celui du Choui-houtchouen , qui n’est qu’un roman comique. Avec le style concis et serré du San-koüe, l'auteur du Choui-hou n’aurait jamais pu descendre, comme il l’a fait, au ton naïf du badinage et de la conversation familière.

Il y a donc une grande différence entre lé San-koüe-tchi et le Choui-houtchouen. La variété des épisodes, des tableaux et des portraits , la multiplicité des aventures, et un dialogue animé, recommandent particulièrement le Chouï-hou-tchouen. Un tel ouvrage convenait surtout aux imaginations actives et mobiles. Il est aimé des jeunes gens. « Les jeunes gens ne lisent pas le San-koüe, ait un proverbe chinois, les vieillards ne lisent pas le Choui-hou. » Mais l'amusement que ce livre procure à la jeunesse chinoise n’est pas son seul mérite; il peut servira donner une idée très-exacte du caractère et des mœurs des Chinois au douzième siècle denotre ère, dans un temps où la grande dynastie des Song penchait vers son déclin, où le pays, avant de subir la domination des Mongols, était ravagé par la peste, la famine et le brigandage.

Le Choui-hou-tch ouen est un monument précieux du Kouan-hoa ou de la langue commune. Ce célébré ouvrage , qui parut pour la première fois sous le règne des empereurs mongols, fut réimprimé vers l’an 1650, avec un commentaire perpétuel , par Kin-ching-than , auteur d’une version du San-koüetchi, écrivain d'un grand mérite, et dont j'ai déjà parlé. Il a intitulé ce roman Chi-nal-ngan-kou-pen-choul-houtchouen, « Histoire des rivages, conforme à l’ancienne édition de Chi-naï-

ngan. » Depuis Kin-ching-than, on a publié une édition du Chouï-hou-tchouen, intitulée Choul-hou-thsiouen-chu, « Edition complète de l’Histoire des rives du fleuve, » et qui contient cent vingt chapitres au lieu de soixante-dix. J'ai lu avec beaucoup d'attention le nouveau Chouï-hou-tchouen (c’est-à-dire les cinquante chapitres ajoutés à l’ancien), et j'ose affirmer qu'on n’y trouve pas le meme fond d'intérêt, ni dans les caractères, ni dans tes situations. C’était d’ailleurs l’opinion du P. Prémare, qui recommandait aux missionnaires la lecture du Chouï-hou-tchouen ; il préférait l’edilion de Kin-ching-than. « Sed ut secretus hujus tibri sapor melius sentiatur, entendus erit qtta/is abingenioso Kin-ching-than fuit editus n/m no fis , qui b us mirum authoris actif cium primus detexit. » Cependant le Chouï-hou-tchouen , quelque excellent u'il fût jugé d’ailleurs, sous le rapport e la composition et du style, fut mis à l’index quelque temps après la publication de Kin-ching-than (1695), par l’empereur Khang-hi, comme capable de pervertir les inclinations les plus douces et les plus bienfaisantes. C’est précisément à ce titre que le roman paraîtra plus remarquable. Pour que des personnages comme Song-kiang, Tseou-ming, et tant d’autres , qui ne sont que des chefs de brigands, inspirent un intérêt si vif. il faut que Chi-naï-ngan ait du mérite, et même beaucoup de mérite.

Le Chouï - hou - tchouen est une composition qui échappp à toute analyse. Le lecteur jugera de la variété des tableaux et de la multiplicité des épisodes par la table des matières que je vais présenter et par les extraits qui la suivront. Il y a peut-être dans ce roman une trop grande multitude d’aventures; mais comme l’intérêt se concentre sur quelques personnages , l’attention n’est point fatiguée.

TahU des matières contenues dans les deux

premiers volumes du Clioui-liou- tchouen

(i édition de la Bibliothèque nationale).

FROT.OOUR.

Peste de Khaï-fong-fou. Décret de l'empereur. Mission du gouverneur du palais, ün pèlerinage à la montagne des Dragons et des Tigres. Conférence au gouverneur avec lea

50f> L'ÏJMVERS.

Tao-$se. Comment il laissé écfiapjier dans sa méprise des dénions fct des êtres surnaturels. Le grand fnàltre de la doctrine conjure, par des priéles et des sacrifices, une maladie pestilentielle

Page 1