‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 224 sur 292 · I.IBOU-TSONG-YOUÉN · texte numérisé non relu

I.IBOU-TSONG-YOUÉN

SsEM a-KOVANO. #

W ANO-NOAN-CHt.

Noiikou-yano-sieou.

SOU-CltE.

HlU-HKNG.

Ou-t’ciiino.

Notices biographiques et littéraires sur tes anciens Thsat-tseu.

Dynaitie de» Tcheou.

Tso-chi ou Tso-khieou-ming, historien célèbre que l'on regarda longtemps comme le premier desTlisaî tseu cujus yrmlnum opus , dit Premare, tantopere laudatur ob stylum antiquitalis sa pore passim cu/ixpersum (*); lso-chi vivait sous l;i dvmi&tie des Tcheou. et occupait une place dans le tribunal de l’histoire, ün a de ret auteur deux ouvrages, dont le premier est intitule Tso -te lumen , et le seoond A oüe-yu.

( Vuy. Notifia lingue finie*, «uctnr*

P. Premare, Malacee, i83», p. ,»p.

L’UNIVERS

Confucius avait pour cet écrivain une très-grande vénération, et ne faisait aucune difficulté de dire publiquement qu'il n'estimait que ce que Tso-chi approuvait . A l’éjioque ou le hilosophe publia le Tch un-lhsieou ,Tsohieou-tning examina cet ouvrage historique, en parla même avec éloge; mais il trouva qu’il y manquait quelque chose, et résolut de publier dans toute son étendue, et dans le même ordre que Confucius, l’histoire des temps postérieurs à ceux dont parle le Chouking. Il écrivit donc son commentaire du Tchun-thsieou , qu’il intitula Ttotchouen (*). Le style du Tchun-thsieou est serré, pittoresque, énergique, sublime; c'est, d’aprésun missionnaire (**), le chef - d’œuvre de Confucius. On trouve déjà dans le Tso-tchouen l’élégance, la clarté, l’harmonie, je dirai presque les grâces du Wên-tchang; c’est le chef-d’œuvre de Tso-khieouming, car le Koüe yu (Discours politiques) paraît inférieur, sous le rapport du style, au Commentaire historique.

On a imprimé à la Chine, pour les étudiants, un recueil des plus beaux morceaux des auteurs, dans le genre de nos Excerf ta ou de nos Leçons de littérature et de murale. Ce recueil, parfaitement composé, et intitulé Kouwên-ping -tchou, renferme trentequatre morceaux extraits du Tsotchouen, et neuf tirés du Koüeyu.

Tchouang-tseu , fameux philosophe, disciple de Lao-tseu. Son nom d’honneur était Tseu-hieou. Il naquit à Mong, ville du royaume de Song, obtint une petite charge, cultiva la philosophie, et composa le célèbre ouvrage intitulé Nan-hua-king.

Quand Lao-tseu, qui n’avait rien de caché pour son disciple, lui dévoila les plus profonds mystères du Tao, Tchouang-tseu sentit tout à coup qu’il devenait un autre homme. Il abdiqua son emploi, prit congé de Lao-tseu, et se mit a voyager, comme Platon, afin d’augmenter et de perfectionner ses connaissances. Mais, dit une légende,

(*) Voy. Mailla, Hist. générale delà Chine, t. I", Préface , p. xv.

(**) Le P. Cibot.

quelque ardeur qu’il eût pour l’étude, il ne fut point insensible aux charmes de la volupté : il se maria trois fois successivement. Sa première femme lui fut ravie par une mort prématurée; il répudia la seconde pour avoir violé la foi conjugale ; la troisième est l’héroïne d'un conte ingénieux, qui offre une ressemblance très - singulière avec la Matrone d’Ephèse de Petrone, et qui a été traduit par le P. Dentrecolles (*).

Tchouang tseu est l'inventeur de l’apologue à la Chine. Dans son histoire de la philosophie chinoise, M.G. Pauthier a consacré à ce grand écrivain une notice assez courte, mais substantielle, et a traduit quelques passages du Nan-hoa-king (**). Le Kou-wen-pingtchou renferme deux morceaux choisis de Tchouang-tseu ; ils sont accompagnés d’un excellent commentaire.

Dynastie des Hin,

Ssema-thsien, le plus célèbre des historiens chinois, dit M. Abel Rémusat, qu’on a surnommé le Père de t histoire et V Hérodote de la Chine, était né à Long-men, vers l’an 145 avant Jésus-Christ. « Son père (Ssemathan), qui voyait en lui un continuateur de ses propres travaux et un successeur tout désigné pour ses fonctions d’historiographe, lui donna une éducation spéciale, et dirigea l'attention de Thsièn, dès sa première enfance, vers les objets qui devaient un jour faire l’occupation de sa vie (**').» M. G. Pauthier a extrait de la biographie de Ssema-thsièn quelques détails pleins d'intérêt; on les trouve dans le premier volume de cet ouvrage (****).

Ce grand historien est l’auteur du

(*) Voy. l’abbé Grosier, Hist. générale de la Chine, rédigée d'après le# Mémoires de la mission de Péking, t. VII, p. 34» et suiv. (3* édition).

(**) Voy. plus haut , p. 36» et 363.

(***) Voy. Abel Rémusat, Nouveaux Mélangrs asiatiques, ou Recueil de morceaux de critique et de mémoires relatifs aux religions, aux sciences, aux coutumes, à l’histoire et à la géographie des nations orientales, L II , p. t5».

(****) Voy. Chine, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, par M. G. Pauthier, p. »46 et suiv.

Sse-AI, vaste recueil divisé en cent trente livres, et contenant cinq cent vingt-six mille cinq cents caractères. Le Kou-wén-ping-tcfiou renferme quinze morceaux choisis de Ssema-thsièn. On y remarque une très-curieuse notice sur la vie et les ouvrages du poète Khiô-youên.

Dynastie des Thang.

Too-roü. surnommé Tseu-meï, Pnn des plus célébrés poètes de la Chine, naquit, vers le commencement du huitième siècle, à Siangyang, dans la province de Hou-kouang. « Ses ancêtres, dit M. Abel Rémusat, s’étaient depuis longtemps distingués par leurs talents et par les hautes charges qu’ils avaient occupées, et Tou-chin-yan , son aïeul, avait composé des poésies, dont il nous est resté dix livres.

« Tou-fou, dès sa jeunesse, annonça d’heureuses dispositions, et toutefois il n'obtint pas de succès dans ces concours littéraires qui ouvrent à la Chine la route des emplois et de la fortune. Son esprit récalcitrant et tant soit peu inconstant ne put se plier à cette règle inflexible que les institutions imposent à tous les lettrés sans exception. 11 renonça donc aux grades et à tous les avantages qu’il eût pu en es-

Pérer pour son avancement; et son godt entraînant vers la poésie, il devint poète. Ses vers ne tardèrent pas à le faire connaître, et dans l’espace qui s'écoula entre 742 et 756, il donna trois de ces poèmes descriptifs qu’on nomme en chinois fou.

« Le succès de ces ouvrages lui procura la faveur du souverain, qui voulut lui donner des fonctions à sa cour, ou lui confier l’administration d’une province. Tou-fou se refusa à ses bienfaits, et n’accepta qu’un titre, honorable à la vérité, mais tout à fait inutile à sa fortune. A la lin, lassé de l’état de gène qui le poursuivait dans son infructueuse élévation, il adressa à l'empereur une pièce de vers où il peignait sa détresse avec cette liberté que la poésie autorise et qu’elle semble ennonlir. Sa requête fut favorablement accueillie, et lui valut une pension dont il ne jouit pas longtemps, parce que cette année même l'eraoereur fut con-

traint d’abandonner sa capitale à un rebelle.

« Tou-fou, fugitif deson côté, tomba entre les mains d’un des chefs des révoltés ; mais sa qualité de poète, et le dédain qu’elle inspira aux officiers qui l’avaient pris, le servit mieux que leur estime n’aurait pu faire; il trouva moyen de s'échapper, et se réfugia, en 757, à Fongthsiang, dans le Chen-si. C’est de cette ville qu’il s'adressa au nouvel empereur (Sou-tsoog) ; il n’en fut pas moins bien traité qu'il ne l’avait été du prédécesseur de ce prince. Mais, ayant voulu user des prérogatives de la charge qu’on lui avait donnée, et défendre avec hardiesse un magistrat qui avait encouru la disgrâce du prince, il se vit lui-même éloigné de la cour et relégué, en qualité de sous-préfet, à Thsm. Comme il vit peu d'apparence à pouvoir s’acquitter des devoirs de cette place, il s’en démit immédiatement, et se réfugia a Tcbing tou, dans la province du Sse-tchoueu, où il vécut dans un tel dénûment, qu’il fut réduit à ramasser lui-même les broussailles dont il avait besoin pour se chauffer et préparer ses aliments.

« Après plusieurs années d’une vie agitée et misérable, il fit, en 761, la connaissance d’un commandant militaire du Sse-tchourn, nommé Yen-wou, qui représenta à l’empereur l’état précaire où se trouvait Tou-tou. errant de bourgade en bourgade dans la province que lui-même il administrait. Sur la demande de cet officier, l’empereur accorda à Tou-fou ce qui était le plus à sa convenance, un titre qui l’attachait au ministère des ouvrages publics, et fournissait à ses besoins, sans lui imposer de fonctions. Mais le protecteur de Tou-fou étant venu à mourir, et de grands troubles ayant éclate dans la province qu’il habitait, le poète reprit sa vie errante, et passa successivement à Sin, à Tching-tou et à KoueT.

« Vers 768, il eut envie d’aller visiter les restes d'un édifice antique, dont on attribuait la construction au célèbre Yu. S’étant hasarde seul dans une barque sur un fleuve débordé, il fut surpris par les grandes eaux, et forcé de chercner une retraite dans un temple abandonné. II demeura dix :ours en-

1/UNIVKRS.

tiers dans ce refuge, sans qu'il fût possible d'aller le secourir ou lui porter des provisions, A la tin pourtant, le magistral du lieu fit faire un radeau uu il monta loi-même, et réussit à tirer Tou-fou de son asile; niais les soins île ce magistrat devinrent pins funestes au poète que ne l'avait etc l'abandon où on l'avait laissé languir; car sou est unac. affaibli par une si longue abstinence. ne put supporter les aliments qui lui furent offerts. Tou-fou mangea beaucoup, but davantage, et mourut d'indigestion pendant la nuit.

• (I avait composé un grand nombre de poésies qui ont été recueillies avec soin, et données au public peu de temps après sa mort. Elles font encore aujourd’hui les déü' es des gens de lettres, qui se plaisent à les citer et à les imiter On les trouye dans les salons, dans les bibliothèques, dans les cuisines même; on les reproduit en forme d’inscriptions sur les paravents, les éventails et les bétons d'encre. Toufou et Li-thaî-pe, son rival et son contemporain, |>euveut passer pour les véritables réformateurs de la poésie finnoise (*). »

Lithas-pk, poète célèbre. Il rivait sons le règne de l'empereur liiouentsnng, de la dynastie des Tliang, et descendait, à lam>uvièmegenératton,de l'empereur VVou-ti, de la dynastie des Li mg occidentaux. Li-tbai-pe était originaire de Em-tcbeou, dans le petit royaume de Chu. Comme il avait été conçu pendant un rêve de sa mère, dit une légende, et par l'influence de l’étoile de Venus, ce fut en I honneur -le cet astre, nomme Thaî-pe. que le poète reçut sou surnom.

Li-pe s'appelait lui-même le lettré retiré du nénuphar bleu. Apres de grands succès dans ses éludés, il cultiva la poésie, y réussit dans tous les genres, et se rendit dans la capitale.

Son mérite lui concilia l’estime d’un liomine puissant et la faveur de Hionentsong lui-même, dont il devint l'ami rticulier. Mail Li-tbaï-pe n'aimait qu'à ire et à composer des vers; il quitta

(*) Voy. Abel Hémuial , Nouveaux Mé- Luge» asiatiques, I. II, p. 174 à 177. Voy.

aussi Méat. des missionnaires, |. V, p. 386.

bientôt la cour pour voyager d’un bout à l’autre de l’empire. Quand il prit congé de Hiouen-tsone, le généreux monarque donna an poète mille tacts d'or, un vêlement de soie, une ceinture ornée de jade, un fouet à manche doré, un du val des écuries du palais, et vingt domestiques pour former sa suite.

Une charmante nouvelle, traduite par M. Théodore Pavie (*), nous apprend même que l’empereur Hionen-tsong remit à Li-thaf pe une pancarte d’or, sur laquelle il avait écrit de sa main qu’il autorisait le docteur fl parcourir tout l’empire, sans être inquiété de personne, et a boire dons les tavernes des villes aux frais du trésor public. Dans les ohefs-lieuv du premier ordre, Il devait recevoir mille ligaturée (*’). et dans les villles secondaires, cinq cents.

Malheureusement, Li*tlial-|ie, comme tous les poètes de son temp«. aimait le libertinage; il profita de sa liberté, disent les historiens, pour mener nue vie crapuleuse, et mourut en revenant de l'exil auquel il avait été justement condamné. Mais si les historiens se montrent sévères à l’égard de Li-thaï-pe, les romanciers ont fait son apothéose.

Voici le morceau qui termine la nouvelle dont je parlais fout à l’heure :

» Hiouen-tsong fit un si grand éloge de Li-pe devant Sou-tsong, que ce nouveau monarque voulut le nommer son historiographe de la gauche. Mais le docteur objecta que les embarras sérieux et multipliés d’une semblable fonction ne lui permettraient pas de vivre dans la joyeuse indépendaneeà laquelle il était’ habitué. Il ne voulut point accepter, Ht aes adieux au commandant Kono-tseu-y, et s'en alla se promener en bateau sur le làe Tongting; puis il traversa de nouveau le King et le Ling-teheou, et vint jeter l’ancre aux bords du fleuve Tsaï-chi.

« Or, cette nuit-là, la lune brillait, il faisait clair comme en plein jour; Li-pe soupait sur le fleuve, lorsque tout

(*) Voy. Choix de contes et de nouvelles, traduits du ehinois par Théodore Pavie; Paris, 1839, p. iap.

(**) Enfilade de mille deniers de cuivre. Chaque enfilade représente 7 francs (1 centimes de notre monnaie.

à «oüp, au sein des airs, retentit Un coucert de voix harmonieuses qui peü à peu s'approchèrent du. bateau. Nul homme abord n'entendit ces voix, qui ne. résonnaient qu'aux oreilles du poêle, fuis ii s'éleva aussitôt mi jaraml tmirbitloh au milieu des eaux : e 'étaient d . baleines qiii se dressaient debout èh agitant leurs nageoires; èt deux jeilliëS immortels, portant à la main des étendards pour indiquer la roulé, arrivèrent eu lacé de Li-jie. Ils venaient, dé la part du inaitré dés ciëùlt, le prie!" dé retourner prendre sa place dans leé régions supérieures. A cèttè viré, leà gens de l'équipage tombèrent renversés par la frayeur; et a peine avaient-ils repris leurs seps, qu'ils virent le poêlé assis siir le dos d'une baleine; les vbii hurmertieugbs guidaient le cortège...

Mieniôi tout disparut à la fois dans les nues j*jL »

Le Kvu-whi- pîuy tefibu contient deu* uiprgcaua en prose de Li-lIlaî-pC, une lettre spirituellement écrite,, ft Uilè préface qui n'a nas plus de eù ligués.

JUrv-vp, publiciste, historien, censeur public, lutendant dii collège impérial.

Iiau-yu , jiiopt le Surnom était Touitche , naquit à Teng-tctieou dans le llo-uao, et descendait, à là septième génération, de Ltau-mao, prince de Agau-ting. Il avait reqü de la n turc uua mémoire prodiaicu.se ; il apprit les six.Liug, étudia l'histoire, et obtint tous les grades au concours. Nommé censeur, général par "empereur Têtsong la uix-ngU'ièmc année Tchenyouen, nu l'an Soi de l’êre chrétienne, il essatra de corriger quelques abus, et fut relégué, comme gouverneur, dans une ville du troisième ordre,

11 rentra en grâce, et fut nommé conseiller d'une cour souveraine, puis intendant du collège impérial. « H.myu. dit le P. Amiol, mit tous ses soins » faire fleurir les Irrites.,. Plein de gloire et comble des faveurs de son maître, il avait composé le Ÿouen-tijotng-pien, ouvrage dans lequel il invective contre les sectes, et eu particulier contre le bouddhisme. Il acheva de

(*) Vojr. Choix d« contes et de nouvelles,

mettèc en ordf-e son histèire des Weï et des Thfein, èt ptiblia une édition nouvelle dès cèuVffs de Ssema-thsien et de Yaug-hiorig. Ilaii-vu tnollhit dans la cljjduàf(lësè|tl lème anncé de son 9sè,

I ail dè J. V.. 82-1. Outre ce qu'il publia dê Sbn vivàht, on trouVa. parmi scs écrits, deâ l'éfiètldns sur l'histoire, des défaits silr iès hiccurs des anciens et plusieurs traités de mora e, qui l'ont fait regarder oortlme tin dicne successeur de Confucius et de MenIHlis (*). *

Le Kon-wéri-pina-tchou renferme tbf.ntk QCÀfhlt InorcWll* Choisis d»

Han-yu.

LtEOL'-TS<isr,-YdtjïTi, poète, eoritémporain dé ltail Vu. Il était originaire dé là provitiefe <fu Chan-si, èt naquit à llo tsong. sur les bords Orientaux dti fleuve Jnullè. pis râpé de qtrihze niis, il montra Ifé dispositions les nluS lieureusés pour la poésie, éluilla les King, la philosophie morale de Confuelbs, ei parvint au doctorat. Nnmthr gottvei*neur d'Uiie ville de troisléiliè ordre, Il obtint quelque temps apféS la charge de rènsctlr. charge honorable qu’il remplit a là satlsfàctioil dé tout le monde.

II mourut a l'âge de qtinrafitè-Sept ans.

Le Kou- iLék - fairig - tt/iou contient

treize Inorè.eaut èii pfoSé de Lieolitsong-youéri.

Dynastie des 8ong.

Ssènlx-kotiAiicetWANO-NGAH-cm,

philosoph -s, niioistrèj.

St. G. Pailthier a Consacré line place à Ssélna-kcuang dans le premier volume de cêt otivrage; on y trouve aussi iè beau pafallèle qneM. Abel Rémusat a fait de ce ministre avec le célèbre réforinatétir Waiig-NgaU-ehi (**)

Nc.nKtttl-YÀivG-siEOti, piesident de Tacadénfie des Hart hn, ministre d'Klat sciüS lès régnes de Jin-tsong et de Yngtsontf.

Il fut lé sSrtâht le plUS universel de sort siècle, et ctiltfva la poésie avec succès. I,e Koi<-wen-/)ing tehou contient seize morceaux choisis de Nglieouyang-Sieou.

(*) Yoy. les Mémoires des missionnaires de Pé-king, t. V, p. 434 el suiv.

(**) Voy. Chiite , ou Description historique de ce vasle empire, d’apre» le» documents chinois, première partie, p. 3ao à 34t.

L’UNIVERS

Sov-chb, qu’on désigne quelquefois par le titre de Po-kiu-chè, naquit à Meï-tcheou , ville du second ordre, de la province du Sse-tchouen. Il écrivit l’histoire des premiers empereurs de la dynastie des Song, fut revêtu de divers emplois, déclama contre les abus du gouvernement, et passa une grande partie de sa vie dans l'exil et la pauvreté. On trouve dans le Kou-wénping-tchou quatorze morceaux choisis de Sou-chë

Dynastie des Youên.

Hiu-hbng , ministre de Khoubilaîkhan, administrateur du collège impérial, précepteur, législateur et civilisateur des Mongols.

Son nom d’honneur était Tchongping. Il naquit à Ho-noui. département de H oaT-khing-fou, dans le Ho-nan, et mourut à l'âge de soixante-treize ans.

On trouve un portrait de Hiu-heng dans le premier volume de cet ouvrage (*).

Ou-t’ching, philosophe, critique, érudit, surintendant du collège impérial , président de l’académie des Hanlin, lecteur du palais.

Son nom d'honneur était Yeou-thsirig, son pays natal Soui-jin , petit bourg situé n quelques milles de Lin-tchouen, dans le Kiang-si. Les astrologues de Lin-tchouen avaient annoncé qu’il naîtrait dans le bourg de Soui-jin un homme d’un génie extraordinaire. Un soir, avant la naissance de Ou-t’ching, le chef du district aperçut des vapeurs d’un heureux augure qui s’abaissaient sur sa maison. Dans le voisinage, une vieille femme réva qu'elle voyait un dragon, de ceux qu’on appelle Wanyen; et, le lendemain, quand elle parla du rêve qu'elle avait fuit, Out’chmg était ne. A trois ans, il chantait avec justesse et à pleine voix tous les vers qu’on lui avait récités. A l'âge de cinq ans, après avoir appris par cœur dans la journée plus de mille sentences, il passait la nuit à lire. Sa mère, à laquelle cette ardeur immodérée donnait des inquiétudes, avait mis la main sur toutes les bougies; mais sa gouvernante allumait une lampe,

puis Ou-t’ching lisait. Dès son adolescence, il se livra tout entier à l'étude des King, et s'instruisit dans cette philosophie morale que les Chinois appellent ching-hien-tclit-hio.

A celte époque, l’institution des concours était abolie; il n'y avait plus d’examens réguliers. Les examinateurs publics s'étaient donné la mort, ou avaient été faits prisonniers par les Mongols et réduits en esclavage. La treizième année Tchi-youén , du règne de Chi-tsou (1276), après le rétablissement des colleges, il fut appelé à la cour par Khoubilaï-khan , et chargé de rassembler les manuscrits, les livres, les mémoires historiques, les cartes de géographie, les plans qui avaient échappé a la destruction. Nommé inspecteur des études, il commença par publier une édition revue et corrigée du Hiaoking ou du Livre de la piété filiale , petit ouvrage dans lequel on trouve les principes fondamentaux du gouvernement chinois. Il mit au jour un Choix d’opinions sur le Y-king (Livre des sorts ), le Chu-king ( Livre des annales ), le Chi-king ( Livre des odes), le Tchunthsieou (Chronique du royaume de Lou, écrite par Confucius), puis le texte restitué du Y-li (Manuel des rites et des cérémonies), avec un commentaire.

Sous le rapport de l’érudition, cet ouvrage est le plus beau titre de Out’ching à la gloire. Il recueillit avec soin toutes les citations éparses dans les auteurs, et restitua fort heureusement les morceaux qui manquaient au Manuel des rites et des cérémonies.

Les travaux auxquels il se livrait avec zèle furent interrompus par un ordre du grand historiographe Tcliingkiu-fou. Khoubilaï avait appelé à fa cour les plus habiles gens de l’empire; il avait même prescrit des recherches très-exactes dans les familles des docteurs : mais les docteurs, toujours pleins de vénération pour les Song, résistaient aux ordres de Khoubilaï et à l'appât des récompenses. Ou-t’ching fut employé comme négociateur, et chargé d’une mission dans le Kiang-nan. Il s'en acquitta avec infiniment de prudence et d’adresse , revint à la capitale, où il fut comblé d’éloges. Comme sa mère était fort âgée, il obtint la per-

(*) Page 355,; à la note.

mission de se retirer pour un temps dans son pays natal.

La première année Youén-tcbing, du règne de Tching-tsong (1295). fut, d’après tous les historiens, une epoque de restauration pour les études. Out'ching fut charge d'inspecter les écoles des districts (Kiun-hiô) dans le Kiangnan et dans d’autres provinces. « Il ne se bornait pas, dit la Biographie universelle, à interroger les élèves ; il leur donnait des leçons, et expliquait lui— même les passages les plus difficiles des King et des historiens. > Enfin la première anoée Tcln-ta , du règne de Wou-lsong (1308), Ou-t’ching fut appelé à la surintendance (tching) du collège impérial (koüe-tseu kien), dont l’administration avait été confiée au célèbre Hiu-heng sous le régné de Khoubilaî-khan. Il déploya, comme surintendant, toute l’activité de son esprit, toutes les ressources de sou imagination. C’était un homme infatigable dans le travail. Il adopta la méthode du Prince des lettrés (Tcbu-hi), établit quatre classes, et modifia le programme des études, ou plutôt intervertit l’ordre des matières que comprenait l’instruction.

On voit, par la Biographie universelle, que les objets de l'enseignement, dans le college impérial, étaient: 1° l 'enseignement des King , pour la première classe; 2° Y enseignement de la morale, pour la seconde; 3' V enseignement de la rhétorique, pour la troisième; 4° Y enseignement de C histoire et de la politique, pour la quatrième.

Quand Yng-tsong monta sur le trône (l’an 1321), Ou-t’ching fut nommé président de la grande academie impériale des Han-lin. Ou venait d’achever l’iniression des livres sacrés de la religion e Bouddha, en caractères d'or, impression pour laquelle on avait employé trois mille neuf cents onces de ce métal. C’était, il faut eu convenir, une magnifique publication. Ou-t’chiug fut cliargé d'en faire la préface ; il refusa, et exposa les motifs de son refus dans un rapport qu’il adressa a l’empereur.

Ce rapport, cité tout au long dans la Biographie universelle, fait le plus grand nonneur à l’orthodoxie de Out’ching.

La première année Tai-ting, du rè-

gne de Taï-ting-ti (l’an 1324), le ministre Tchao-kien obtint l'etablissement d’une académie dans le palais impérial, où, plus tard , le prince héritier, les fils des princes du sang et des grands du premier ordre reçurent une instruction convenable à leur rang. Out'ching fut nommé lecteur impérial ( kiang-kouan ), et chargé d’y faire des leçons avec Tchang-koueï, Teng-wényouên et tVang-kie. Les professeurs expliquaient le Taî-hiô-yen-y {sens développé du Tal-hiô) de Tcbu-hi, le Tse-tchi-thoug-kièn ( Miroir universel à C usage de ceux qui gouvernent ) de Ssema-kouang , d'autres ouvrages du même genre. Tous les jours, le prince héritier et les fils des plus grands seigneurs s’assemblaient dans le palais impérial pour assister à la lecture de ces ouvrages, et entendre les explications des professeurs.

Ou-t’chmg mourut à l’âge de quatrevingt-cinq ans. Après sa mort, il fut décorédu titre de prince de Lin-tchouen, et canonisés la manière des Chinois. On lui conféra le titre posthume de wén-tching {supérieur en science); on inscrivit son nom, et on plaça sa tablette dans le temple de Confucius ; mais la neuvième année Kia-tsing (l’an 1350), époque à laquelle on réduisit le uombre des lettres qui avaient une place dans le Wénmiao (temple de Confucius ) , on fit un cruel affrontàlaméinoiredeOut'ching:

on ôta sa tablette, parce que, dit le décret impérial, il sc déclara du parti des Mongols après la restauration des Ming.

Voici le parallèle de Hiu-heng et de Ou-t’chiug , tel qu'il se trouve dans le catalogue abrégé de la bibliothèque impériale de Pe-king.

- Quand l'auguste dynastie des Youèn monta sur le Irône {reçut ton mandat), le ciel fit naître deux lettres accomplis. Dans le nord, ce fut Hiu-heng; dans le midi. Out’ehing ; mais Heng n'aimait qu’à faire des leçons (à enseigner) , tandis que T'cbing aimait à publier des livres. Le style de Heng est clair et naturel, simple el sans ornement; il se borne à pénétrer le vrai sens (d’un passage). Le slyle de T’cbing, au contraire , est fleuri , sa diction d’uue rare élégance. Habile critique, il discute toutes les opinions. Quoique, pour la fidélité, la sincérité, il n’ait pas égalé Heng , il est incontestablement su-

414 L’UNIVERS

périeur à cét écrivain danj le Wên-tehang [l'an de l'éloquence] (*). »

Sous la dynastie des Ming, les plus habiles Thsaî-tseu furent Lieou-khi, Fang-hiao-jou, Wangeheoü-jln, Tiiangchun tehl . Koueï-yeotl-kouang ; sous là dynastie aettiel le, t O-tlise-yun, K mio- Snh’g-ling,T'cbin sse llih ; pas un d'eüx n’est arrivé à une véritable réputation littéraire.

obu vues des tnsdï-tSEü Monmms.

Origines et caractère tie celle litti‘ rature.

La littérature rjtl’on appelle Thsaîtseu chou se compose Uniquement de dix ouvrages; ce sont :

1* Le San-koür-tchl,

2“ Le Hao-khieoii-tchouea ,

1* l.e Yu-klaaU,

4” Le Ping-chnh-llttg-yeit,

6* Le Choul-hnu-tehmicn .

fi” Le Si-slang-kt,

7° Le P'I-p'a-kl ,

H” Le Han-tslèn ,

f>* Le P’ing knnel-tehmien,

10° Le Pc-kouri-tcfil.

Cette littérature, comme la littérature classique, a sa langue, ses origines particulières, son caractère propre.

La langue des Thsaî-tseu n’est point ret idiome artificiel et de convention qui s’écrit et ne se parle pas, idiome que nous appelons en Europe la langue savante: c ost, au contraire, le kouanhoa. la langue commune, universelle, ne tout le monde parle, à cela prés de eux provinces. Toutefois, comme je Pal dit ailleurs, le kouno-hoa des romans diffère jusqu'à tm certain point du kotian hoa parlé. Ce n'est pas que le kouan-hoa parlé, ou la langue chinoise vulgaire, ne s’écrive pas dans les romans, les auteurs peuvent écrire tout ce qu’ils veuleut et comme ils veulent ; c’est qu’en général le kouan boa tend à se resserrer quand on l'écrit, parce qu’il faut pour écrire un mot autant de caractères qu'il y a de monosyllabes dans ce mot. l.e Kouan-hoa écrit diffère encore du kouan-hoa vulgaire par une autre raison. Dans tous

(*) Siècle JesYonM, Journal asiatique, cahier de itiai-jinft ïS5a, p. 4fiS à 474*

les pays du monde, il y a de mauvaises façons de parler; dans tontes les langues du monde, il y a une foule de locutions vulgaires qu'on n’ose pas écrire. L’argot, parce qu'il est ignoble, ne s’écrit pas, si Ce n’est dans les romans populaires, comme le kirt-ping-tnet, le hong-teou-mong ; puis le laboureur ne parle pas cnniihe le saVaht; le langage varie à la Chine comme ailleurs, et il s’en faut de beaucoup que tous les Chinois parlent bien (*).

Quant atnt origines de cette littérature, on ne saurait fixer l’époque a lailelle les Chinois ont commencé à (rire le kouan-hoa ou la langue vulgaire. Si l’on étudie les principaux monuments de cette langue, le dialogue des pièces de théâire et les romans, on n’observe pas que le style devienne pltis concis à proportion qu’on s'éloigne davantage du temps où nous vivons; enfin, comme en remontant tou* jours on ne trouve plus ni kouan-hoa, ni romans, ni pièces de théâtre, il me parait assez vraisemblable, d'une part, que le kouan-hoa écrit a commencé avec les pièces de théâtre et les romans ; d'autre part , que, sous la dynastie mongole des Youén, le langage avait fait des progrès considérables.

Le Youen jin pë-tchoog, ou Collection dé eéOt pièces dé théâtre, fut. j’imagine, nne époqflï pour la langue. Alors, des écrivains (pu formaient une rlasse h part, an nombre desquels on trouve des femmes, et même des femmes de mauvaise Tic, ont perfectionné ie kouanhoa, ou l'art d'écrire en chinois: ils en ont étendu les limites, soutenu l’utilité autant que la beauté. Mais, qu'on y songe bien, les écrivains de la nouvelle éeole avaient à triompher d’une foule d’obstacles, et particulièrement des préjugés des ma ndarrns. A tort on avec raison, on a toujours regardé les mandarins comme des esprits sérieux, méditatifs, et comme des autorités irrécusables en matière de littérature.

Or, tels étaient les préjugés de ce temps, que les hommes de lettres qui exerçaient des charges Ou des emplois, n’osaient pas avouer publiquement

(*) Mémoire sur les principes généraux du chinois vulgaire, jmr M, Basin , p. 117 et 118.

Cil INK MODERNE.

leur* oeuvres i ils gardaient l'anonyme.

On ne connaît pas l’auteur du’Ttikian-li, roman traduit par M. Abel Rémusat-, l’auteur du Hao-khieoutcliourn, rninau traduit par M. Davis.

Le joli roman Intitule P’ing-chan-liiigyen, ou tes Deux Jeunes Filles lettrées^ est a la Chine dans les mains de tout le monde, et cependant, comme le fait remarquer avec raison M. Stanislas Julien , nul n>u saurait dire l’auteur. Après tout, les mandarins avaient bien quelque raison de se radier sous le vode de l'anonyme, quand les courtisanes et les lemmrs publiques se mêlaient de littérature (*).

La peinture exacte des moeurs et des habitudes est le caractère general qui distingue cette littérature, et la recommande à l’attention des Européens.

Elle est vraiment populaire à la Chine; car elle a, pour ainsi dire, ses racines dans les préjugés du peuple, dans ses croyances, dans ses coutumes et même dans ses besoins intellectuels, que les écrits des lettrés, si le peuple pouvait les comprendre, ne sauraient satisfalre.Les livresdesThsaî-seunelignrent pas sur les catalogues de In bibliothèque impériale de Pé-king;on n’admet point dans cette bibliothèque d'élite les monuments delà langue commune ou vulgaire. Et que nous importe l’opinion des lettrés? C'est une littérature, disent-ils, qui aspire uniquement a plaire.

Il est vrai qu’elle ne renferme que des romans. Ainsi le San-koüe-tchf , ou l'Histoire des trois royaumes, est un grand roman historique ; le Hao-khleoutchouen, pour suivre l'ordre chronologique, ou la Femme accomplie, est un roman de caractère; le Yv-klao-li, ou les Deux Cousines, un roman de moeurs; le Ping-chan-ling-yen, ou les Deux Jeunes Filles lettrées, un roman de moeurs; le Choui-kou tchouen, ou l'Histoire des rites du fleuve, un and roman de mœurs; le Sl-siang- . ou F Histoire du pavillon occidental, un roman dialogué; le P'i-p'a-kl, ou C Histoire du luth, un roman dialogué; le Hoa-tsien, ou C.trt ([aimer, un roman en vers; le P’ing-kouel-

J*3 Mémoire lur le* principe* généraux du chinois vulgaire, p. il 4 k tin.

tchouen, ou te Récit de la victoire remportée sur les démons, un romaR mythologique; et, enfin, le Pe-koueltchi, ou F Histoire du sceptre de Jade, lin roman de moeurs Mais tel genre de littérature, réputé frivole, peut nous apprendre sur la Chine et scs habitants une foule de choses que nous ignorons en Europe. Le P’ing ko'ieïtehouen, par exemple, charmante composition, écrite sous l'influence d’opinions regardées & Péking comme hétérodoxes, et dans laquelle on trouve des récits qui surprennent, et des conceptions qu'on est loin d’attribuer dthe écrivains de la Chine, doit, à beaucoup dé titres, solliciter la curiosité des Européens.

Au fond, les dix ouvrages dont je viens d'indiquer les titres se recommandent par des mérites divers. Le San-koüe-tchi a un grand intérêt historique, les romans de mœurs un intérêt plus général; tous sont admirablement bien écrits. La poésie est forte, savante, pathétique dans le Si-siaugki; simple, un peu trop naïve, mais gracieuse, dans le Ho.vfsien; je pourrais extraire du Pmg-kmieï-trhouen telles pages où l'auteur a presque égalé le Dante. Il est visible que chaque Thsai-tseu a son tour d’esprit, son ton. sa manière. Je n’hésite pas non plus a dire que, pour l'ordre et le mouvement des pensées, les Thsaï tseu me paraissent très-supérieurs aux écrivains qui ont imitéle Kou-wên. Mais, avec des beautés de premier ordre, cette littérature a ses imperfections, ses défr.uts.

Les TRaî-tseu deviennent quelquefois des rhéteurs, dans le sens que nous attachons aujourd'hui à ce mot. Ils insistent sur les moindres choses, descendent à des détails négligés chrx nous , souvent même à des puérilités.

Leur grand tort, à mon avis, est de prendre pour sujets de composition ries êtres fantastiques. Le P'ing-koud»

tchouen et le P&-koueï-tchi sont remplis d'actions incroyables et d’aventures par trop merveilleuses. Quant au style, je l’ai dcjii dit, c’est le prinnpaï mérite rie cps livres.

Nous examinerons l'un apres l'autre les ouvrages des Thsaï tseu.

L’UNIVERS

san-koüe-tchi ,

Ouvrage du premier Thraf-taeu.

Ce magnifique roman, dont le sujet est pris dans l'histoire d'une guerre civile qui dura près d'un siecle, depuis l’an 1 68 jusqu’à l’an 26S de notre ère, est peut-être le chef-d’œuvre de la littérature chinoise; toutefois, il ne faut pas confondre le roman intitulé Sankoüe-tchi avec l'Histoire des trois royaumes, qui porte le même nom. Le premier auteur du San-koüe-tchi, « Histoire des trois royaumes, • fut un écrivain appelé T'chin-cheou, qui vivait sous la dynastie des Thsin, dans le quatrième siècle de notre ère. Son ouvrage subsiste encore tel qu’il a été originairement publié. On en trouve une notice dans le catalogue abrégé de la bibliothèque impériale de Péking.

Vers la fin de la dynastie des Song, c’est-à-dire huit cents ans après T’chincheou, un autre écrivain, du nom de Peï-song, publia le texte de cet ouvrage ancien, avec un long commentaire mêlé de merveilleux, de légendes et d'aventures fabuleuses. Sous la dynastie des Youén, un auteur anonyme composa l’ouvrage intitulé San-koûetchi-piin-ou, « Erreurs contenues dans le San-koüe-tchi , ou l'Histoire des trois royaumes, de P’eï-soug, «ouvrage qui fournit à Lo-kouan-tchong le sujet du roman San-koüe-tchi. Ainsi l'Histoire des trois royaumes de T'chincheou et le commentaire de P’eï-song furent les sources principales où Lokouan-tchong puisa le fond de son roman. Si on pouvait lire T’chin-cheou et P’eï-song, on jugerait avec connaissance de cause, et l’on verrait ce que Lo-kouan-tchong a tiré de l’histoire du premier, des légendes fabuleuses du second ; mais ce qu'il y a de certain, c’est qu’il a su attacher et émouvoir |*j.

Un habile orientaliste, qui s’est imposé la tâche de traduire le San-koüetchi d’un bout à l’autre, M. Théodore Pavie, a déjà mis en français les trois premiers livres de cette grande épopée.

Sa traduction , commencée eu 1841 sous les auspices d'un homme illustre

(*) Siècle desYauén, Journal asiatique , cahier de novembre-décembre i85o, p. 43o.

(M. Villemain), se fait lire avec intérêt, et ne mérite que des éloges. Mais M. Pavie ne s’est pas borné à traduire le San-koüe-tchi, il a cherche à saisir la physionomie des principaux personnages ; puis, pénétré de son sujet, et jetant de côte tous les détails de cet immense ouvrage, il en a présenté l’analyse dans la seconde partie de sa préface. On trouve aussi dans cette préface, dont je vais extraire quelques passages, une appréciation très-juste du San-koüe-tchi :

« C'est une longue chronique, dit M. Théodore Pavie, romanesque quant à la forme, historique quant au fond ; elle renferme tous les faits, toute la réalité d’uue époque; plus, 1rs scènes et les épisodes qui tiennent au drame et à l'épopée. L’histoire de la Chine a, presque, tout entière, été mise en roman. Mais il y a loin de ces légendes, souvent fabuleuses , arrangées sans goût, à l’ouvrage qui nous occupe (le San-koüe-tchi). Toutefois, la prédilection des lettrés et du peuple pour l’histoire, même dénaturée, est un trait distinctif du caractère chinois. Dans cet empire immense, qui se regarde comme le centre, comme la partie lumineuse de la terre, la nation, fort indifferente au sort des royaumes étrangers, s’est arrêtée sur les phases principales de sa propre existence. Le peuple aime à étudier sa généalogie, à se voir vivre dans le passe, à balayer la poussière qui s’accumulerait sur les tablettes des ancêtres; aussi accueille-t-il avec empressement et écoute-t-il toujours avec respect les fragments de ses annales, où la légende s’encadre dans la tradition; les discours pompeux où les noms des anciens empereurs sont invoqués à l’appui d’un principe. Dans ce pays, tout repose sur la tradition : la politique, la morale, les arts, les sciences subsistent en vertu des lois primitives.

« Dans le San-koüe-tchi, la doctrine des Tao-sse joue cependant un grand rôle. Les docteurs de la secte soulèvent les populations dès les premiers chapitres; on les rencontre sans cesse employant leur pouvoir surnaturel à faire tomber la pluie, à faire souffler le vent. Les éléments leursont soumis en toute occasion... Soit qu’il se laisse entra!-

ner par l'amour du merveilleux, soit qu’il accepte sans y croire, et seulement comme moyen poétique, cette intervention des puissances surnaturelles, l’écrivain chinois tient peu à se montrer orthodoxe...

« I. 'auteur avait à fondre l’histoire dans le roman, à puiser dans les annales la réalité, dans son imagination la fiction poétique. Le thème ainsi posé a produit un ouvrage qui n'est ni le roman de chevalerie du moyen âge en Europe, ni le roman historique de nos jours, ni la chronique sérieuse, telle que l'entendaient les Romains, mais qui résume assez bien les éléments principaux de ces genres divers. Sans jamais tomber, comme Ctésias, dans la fable ignorante, l’auteur ne s’abstient pas de donner dans le merveilleux, dans les présages à la maniéré d’Hérodote... Les guerres, il faut l'avuuer, tiennent trop de place dans le Sau-koüe-tchi; toutefois, on peut excuser cette surabondance de batailles, en songeant que la guerre est l'expression de l’anarchie, que les combats sont les pièces du procès, quand plusieurs prétendants se disputent la couronne.

« Moins concis que les ouvrages anciens, moins diffus que les textes modernes, le San-koüe-tchi représente le style moyen, sévère, soutenu, qui convient à l’histoire. S’il était permis de hasarder une comparaison , on pourrait dire que l’auteur du San-koüe-tchi ressemble par sa diction aux écrivains français de la première moitié du xvii* siècle, en ce sens surtout qu’il incline vers les formes anciennes. Il est nourri de la lecture des vieux maîtres ; les lettrés de nos jours l’ont accepté comme un classique. Son oeuvre a été lue et relue si souvent, que, les éditions vinssent-elles à périr, il vivrait encore dans la mémoire des étudiants et du peuple (*). ■

Je transcrirai maintenant le début du San-koüe-tchi, pour donner au lec-

(*) voy. le San-koue-tchy , Histoire des trou royaumes, roman historique, traduit sur les textes chinois et mandchou de la Bibliothèque royale, par M. Théodore Pavie, t. Ier, p. XL et suiv.

teur une idée du ton général de l’ouvrage :

CUAPlTaX PREMIER.

Révolte des Bonnets jaunes.

(Année 168 de J. C.) Hïao-hiouen-ti, empereur de la dynastie des Han postérieurs , étant mort, son fils, Hiaoling-ti, âgé seulement de douze ans, monta sur le trône. A cette époque, le général en chef des armées, Teou-wou, le tuteur du jeune monarque, Tchin-fan, et le général de l’infanterie , Houkouang, remplissaient à la cour les fonctions de ministres. Au neuvième mois, è l'automne, deux eunuques, Tsao-tsie et Wang-fou , s’étant emparés du pouvoir, dirigèrent l’empire au gre de leurs caprices. Teou-vrou et Tchin-fan formèrent le dessein de faire mourir les favoris ; mais le secret de leur conspiration fut découvert, et ils périrent euxmémes sous les coups de leurs adversaires ; alors toute l’autorité passa aux mains des eunuques.

(Année 169 de J. C.) Le quinzième jour du quatrième mois de la 2* année Kièn-ning (de la tranquillité établie), l’empereur ayant assemblé les grands dans la salle d 'audience dite Ouen-ti (de la vertu sincère), allait s'asseoir sur le trône, lorsqu’à l'angle de l’appartement il s'éleva uu grand tourbillon, et on vit un serpent bleu , long de vingt mesures de dix pieds, suivre en rampant le haut de la poutre principale, puis descendre comme s'il eût volé, et se glisser sur le siège impérial. Dans sa frayeur, le jeune prince tomba évanoui ; les ofGciers placés à ses côtés se précipitèrent pour lui porter secours ; les mandarins civils et les mandarins militaires furent si troublés, qu’ils s’entre-cboquèrent et roulèrent péle-méle sur le parquet ; mais le serpent disparut à l’instant môme.

Peu de temps après, le tonnerre gronda avec violence; il tomba une grosse pluie mélée de grêle qui ne cessa que vers le milieu de la nuit; dans l'enceinte de la capitale orientale (à Lo-yang) , elle détruisit environ mille maisons.

(Année 171 de J. C.) Le deuxième mois de la quatrième année Klén-ning, on ressentit un tremblement de terre

L’UMVRRS.

daus la province de Lo-yang ; tous les murs de la capitale s’écroulèrent. Les eaux de la mer s et tnt élevées, envahirent quatre villes du littoral, Teng, Lai, Y et Tsi ; cette inondation halaya les habitants et les entraîna dans l’Océai). L’empereur discontinua de donner aux années de son règne le nom de JCién-ning, et y substitua celui de Ul-uing (de la paix qui pénètre de tous côles). Puis, comme il y eut des révoltes parmi les peuples des frontières, çiuq ans après, la dénomination de //fping fut remplacée parcelle de Kouang • lut (de la concorde manifestée). Cette même année-là, les poules chantèrent comme des coqs.

(Année 1 78 de J. G.) l a première année Kouanq-ho , le premier jour du sixième mois , un esprit de couleur lloire, long de cent pieds, se glissa en vplant daus la même salle dite Ouen-të. ÀU septième mois, un arc-en-ciel parut dans |a chambre de l’empereur; le sommet du mont Ou-youen s’écroula, et des présages sinistres de toute espèce se manifestèrent. L’empereur, épouvanté, se bâta de convoquer, à la porte du palais itite Kin-chang , tous les grands dignitaires, Yang-sse et les autres. Il les interrogea sur les causes de ces calamités, de ccs prodiges menaçants, et sur les moyens de les faire cesser.

« Yang-sse répondit le premier

A son tour, Tsaï-yong, membre du conseil impérial, prit la parole et dit;

« Après avoir médité avec la plus

r refonde attention, votre suji-t expose umblement que tous ces présagés annoncent la fin de la dynastie... L’aroen-eiel s’abaissant sur la chambre impériale, les poule* qui chantent comme des coqs, sont autant d’avertissements qui se rapportent à l’intrusion des femmes dans les affaires de l’État. Votre nourrice, Tclipo-yao, a le rang de princesse dans l’empire; l'intendant de votre palais, Ho-Yu, est un homme fourbe et artilicieux. Réfléchissez bien à ce» choses, car assurément elles sont uu Sujet de chagrin pour le royaume.

Tchang-liao,Wri-tchang,Tchao-hioue«i, Xou-elieng, voilà maintenant vos favoris ; réfléchissez que ces liommes sans mérite peuvent causer la perte de la

dynastie. J’expose humblement encore que Kouo-si, Kiao-hiuen, Lieou-tchong, que tous ces mandarins pleins de droiture, ces vieillards sincèrement vertueux. doivent diriger le conseil. Les grands mandarins, conseillers suprêmes, sont les bras et les jambes du souverain ; il ne convirnt pas de recevoir les ordres d’hommes méprisables, de maltraiter et d’opprimer les hauts dignitaires.

« Votre sujet espère que Voire Majesté supportera ces remontrances et mettra un terme à ces abus. Tous les mandarins qui approchent l’empereur doivent changer de conduite; car si les hommes sortent d’eux-mêmes de la mauvaise vote, les présages et les calamités cesseront d’eux-mêmes aussi

Votre sujet espère que vous peserez attentivement les observations de 8* requête, et que vous ferez en sorte que les mandarins pleins île fidélité ne soient pas en butte aux machinations des pervers.

« Kn entendant cette requête , l'empereur poussa un profond soupir; et comme il sc levait pour ôter ses habita de cour, l’eunuque Tsao-tsie. qui s'était tenu dans un appartement retiré, épiant l’assemblée, alla secrètement avertir ses collègues de ce qui s'elait dit. L'affaire se divulgua bien vite, et tous les grands perdirent la vie (cent des plus eminents personnages de l'empire et sept cibits mandarins furent mis à mort). Cependant un eunuque, nommé Liu-kiang, qui aimait Tsaï-yong à cause de ses talents, obtint sa grâce de l'empereur et lui sauva la vie.

r La cour était alors livrée aux intrigues de dix eunuques ; tous les emplois, toutes les faveurs se distribuaient aux créatures de ces dix courtisans ; l'empereur, subjugué, voyait on eux les maîtres dont il devait suivre le» eonseils. Aussi, jouissant d’un libre arcès près du monarque, ils ne redoutaient personne, et luisaient de leurs hôtels particuliers autant de petites cours. *

(Année 184 de J. C.) Ling-ti venait de changer une fois encore le nom des années de son règne; on entrait daim un cyele nouveau : ce fut alors que parurent daus 1s petite ville de Ktulou trois frères, Tchang-kio, Tcliang-

LHJJSK MODE» N K. 479

Wang et Tchang-pao. L'nino n>vait fait aucune etuile, mais, un jour (dit la Irpende} qu’il uueiilait des piaules médicinale» sur la inonlague, il rencontra un vieillard aux yeux brillants, à la chevelure Ilot tante comme celle d'un jeune homme, appuyé sur un bâton fait d'une tige de la plante IJ, qui, l'ayant invité à entrer dans une caverne, lui présenta les trois volumes d'un ouvrage de la secte des Tao-sse, dont le titre était ; Hecettes magiques et talismans pour arriver a la grande quiétude. Puis il dit à Tchang-kio : • Appliquez-vous a l’élude de U doctrine de Lao-Ueu, et recevez du ciel la mission de convertir les hommes ; sauvez par toute la terre la génération présente; les désirs multiplies et désordonnés du oceur sunt la source positive de toutes les afflictions.» Apres s’étre fait connaître sous le nom de l'immortel du Man-hoa (Tchouangtseu). il disparut, emporte par le tourbillon léger d'une brise adoucie. Muui du livre mystérieux , Tchang-kio i’eludia si bien jour et nuit, que bieutôt il put commander aux vents et a la pluie; il prit alurs le nom du î'ao-sse de la grande quiétude.

(Année |84 de J. G) Dans les premiers (ours de cette même année, une épidémie terrible étendit ses ratages par tout l’empire. A l’aide d’uue eau sur laquelle il répétait des paroles magiques, Tcltang l'illumine guérissait les malades ; ses prodiges le lireut surnommer le très- saint docteur, tous les affliges, il les appelait près de lui, et après qu'ils lui avaient avoué leurs fautes, il les ramenait au repentir et les convertissait a la vertu. Bientôt il compta cinq cents disciples , et leur nombre augmenta d'uue maniéré extraordinaire, car il parcourait l'empire a la manière des asoetes, en guérissant sur son chemin. Alors Tcbang établit ses adeptes dans trente-six endroits differents; leurs plus grandes reunions étaient de dix mille, les plus pentes de six a sept mille; et dans chacune de ces écoles il v avait des tuait res qui semaient, à l'instigation de Tchang. cette prophétie mensongère : « Le ciel gris est mort; le ciel jaune va paraître; la dynastie des Han s'eteint. une autre va la remplacer; le nouveau cvcle sera

pour le monde une ère de bonheur, a

« Tcltang ordonna même au peuple de tracer sur les portes des maisons avec de la craie les deux nuits A ta-Leu (qui expriment la première division du cycle), et bientôt ils furent écrits dam les marchés des villes grandes et petites, sur les portes des tribunaux des districts, et sur celles des temples et des ■nona-tères de la secte des Tao-sse. La population entière de huit districts le saluait du titre de trés-suint docteur qu'il s'arrogeait lui-méme.

• Désireux de se faire des partisans jusqu’à la cour, Tchang-kio chercha à gagner l'amitié de l’e.unuque Fong-siu au moyeu de maguitlques présents en argent et étoffes précieuses qu’il lui envoya par Ma-youen-y, l’un de ses principaux adeptes. Cela fuit, il délibéra avec ses deux frères : « Le plus difficile, c’est d'avoir pour soi l'affection du peuple, disait-il; désormais. Je peuple est pour moi: si je ne profite pas d'upe si belle occasion pour m'emparer du trône j'aurai éternellement lieu de m'en repeutir ! — Nous avons aussi la même pensée, répondit Liangl » Et aussitôt ils firent une bannière aux couleurs impériales, et fixèrent aux cinq premiers jours du troisième mois le soulèvement général de tous les illumines. Mais un disciple du nom de Tang-cheou , chargé de remettre une lettre a l'eunuque complice, était allé tout dénoncer au tribunal de l'empereur; le premier émissaire eut la tête tranchée, et Eong-siti fut jeté eu prison.

« Déjà le general en chef Ho-isut avait reçu l'ordre de rassembler les troupes; de son côte, Tchang-kto se voyant découvert leva l'etendard de la révolté.

Les trois frères eurent chacun utt corps d’année; Tchaug-kio prit le titre ne général du ciel. Liane, celui île général de la terre, et Pao, celui de général des hommes.

« Le temps accordé par le ciel à Lt dynastie de, Han touche à sa fin, disait Tdiaug-kio au peuple soulevé ; le grautl saint a paru, obéissez tous à la voloni^ divine, et suivez la vraie doctrine poqr jouir des bienfaits de ia grande quiétude ! . De toutes parts, la foule coiffée de bonnets jauues se pressait sur sc's vas et se révoltait a sa voix. Au uotq-

L’UNIVEftS.

bre de quatre à cinq cent mille, les illuminés traversaient districts et provinces en mettant tout à feu et à sang ; devant ce fléau lea magistrats quittaient leurs postes et fuyaient de bien loin ; mais le général en chef, Ho-tsin, insistait auprès de l’empereur pour que Sa Majesté envoyât rapidement l'ordre de se tenir sur tous les points prêt à la défense, afin de pouvoir remporter la victoire sur les rebelles. Déjà il avait dépêché Lou-tchi, Hoang-fou-song et Tehu-tsiouen, commandants militaires, qui marchaient avec trois divisions de Donnes troupes.

« Cependant le premier corps d’armée des rebelles , celui que commandait Tchang-kio en personne, avait pénétré dans le district de Yen ; un des commandants subalternes du canton, nommé Tseou-tsing , alla trouver Yeouyen, général de la province. Cet officier, originaire de King-ling dans le Kianghia, surnommé Kun-lang, descendait d’un ancien roi de Han (Loukongwang\ aïeul de la famille régnante.

I,es deux chefs délibérèrent; l’ennemi approche, comment faire pour le repousser? — « Écoutez, dit Tseou, un ordre de Sa Majesté enjoint de détruire partout les rebelles ; pourquoi l’illustre général n’appellerait-il pas sous les drapeaux ceux qui peuvent servir la cause impériale?» Cei avis plut à Lieou ; une proclamation fut immédiatement affichée dans tout le canton ; elle invitait les soldats fidèles à prêter aux commandants le secours de leurs bras.

« Distribuée aussi dans le petit village de Leou-sang (district de Tchohien), cette proclamation en Ut sortir un homme néroïque, Lieou-peï (surnommé Hiuen-të) Fort peu épris de l’étude des livres, mais passionné pour la chasse et les exercices du cheval , plein de goût pour la musique, aimant les beaux vêtements, parlant peu, poli envers tout le monde, ne manifestant jamais ni folle joie ni noir chagrin , recherchant l’affection des gens de bien , doué d’une haute portée d’esprit, Lieou-peï joignait à ces qualités morales une stature gigantesque, des proportions athlétiques, un extérieur singulièrement remarquable. Il était arrière-petit-fils, à la neuvième généra-

tion , de l’empereur King-ti , de la dynastie régnante. Ayant perdu fort jeune son père, qui occupait une petite magistrature, sa mère lui restait, à laquelle il témoignait le respect filial prescrit par la loi ancienne. Désormais pauvre, Hiuen-ti gagnait sa vie à vendre des souliers, à confectionner des nattes. »

Nous omettrons divers pronostics qui, dès son enfance, firent pressentir en lui un homme appelé à de hautes destinées. A l’époque où nous le voyons paraître, il avait vingt-huit ans. Cette proclamation, il la lut, soupira, et prit la route de sa maison ; mais derrière lui il entendit une voix qui disait : « O jeune homme ! si vous ne voulez pas employer vos forces au salut de l’empire, pourquoi soupirer ainsi ? » Hiuentë se détourne, regarde, et voit un homme athlétique aussi , terrible dans tous ses traits , si extraordinaire , qu’il le suivit. Cet inconnu avait la tête du léopard , les yeux ronds, le front de l’hirondelle, la barbe du tigre, la force du cheval lancé au galop; il rentre avec lui dans le village, et il sait bientôt que son nom est Tchang-feï , son surnom Y-te; ancien habitant du pays, cultivateur, marchand de vin et boucher, il aimait à se lier avec les gens robustes comme lui.

« Pourquoi soupiriez-vous devant cette pancarte? demanda-t-il à Hiuentë. — Hélas ! répondit celui-ci , je descends de la famille impériale (et il déclina ses noms), j’apprends la révolte des Bonnets jaunes, leurs brigandages ; les balayer de la surface de la terre serait mon plus grand désir; je raffermirais ainsi la dynastie chancelante. Mais, seul, que puis-je faire? rien, et je soupire. — Unissons-nous, dit le paysan; j’ai mes garçons de ferme, et avec eux nous pouvons faire quelque chose.

Qu’en dites vous?

« Enchanté de l’idée, Hiuen-të était entré dans une taverne avec son nouvel ami , lorsqu'il aperçut à la porte un homme de haute taille qui descendait d'un petit chariot : • Garçon, dit l'étraner en s'asseyant sur un banc de bois e mûrier, vite à boire ; je vais aller me joindre aux troupes du district, et je n’ai que le temps.

« Hiuen-te regardait cet homme fort grand , remarquable par sa barbe longue de près de deux pieds , par son visage rouge comme le bois du jujubier,

f>ar ses lèvres eolorres comme le vermilon. par ses yeux semblables à ceux du phénix, par ses sourcils pareils à ceux du ver a soie endormi. Sa physionomie était extraordinaire, son aspect terrible. Il s'assied à ses côtés, et apprend de lui que son nom est Kouanvu, son surnom Tchang-seng ; mais il l'avait changé en celui de Yun-tchang.

Kouan-yu était né fort loin de là , à Kiaï-liahg, à l'est du fleuve Jaune; mais comme il avait tué dans son pays un homme violent qui tyrannisait ses voisins, il se trouvait réduit à mener depuis cinq ou six ans une vie errante. Ce jour- là, ayant eu connaissance de l’avis qui appelait aux armes les hommes de bonne volonté, pour détruire les Bonnets jaunes, il voulait y repondre.

« Hiuen-te se hâta de lui découvrir ses propres desseins; et tous les trois, pleins ae joie, ils allèrent de compagnie a la ferme de Tchang-fel. Là , ils causèrent des affaires de l’empire. Les deux nouveaux venus saluèrent Hiuente du titre de frère aîné (ils étaient plus jeunes que lui), puis Feï fit cette proposition : « Derrière ma ferme il y a un petit jardin de pêchers, les fleurs sont épanouies; ailous-v demain immoler au ciel un cheval blanc, à la terre un bœuf noir, et jurons de rester comme trois frères, unis à ta vie et la mort ! Qu’en dites-vous? »

« Ce projet plut beaucoup aux trois nouveaux amis ; le sacrifice fut offert ainsi qu'ils en étaient convenus; ils partagèrent des monnaies d’or et d’argent, immolèrent un bœuf noir et un cheval blanc, déposèrent les morceaux des victimes sur la terre; puis, après avoir brillé des parfums et s’étre prosternés deux fois, ils firent le serment d'être frères, de se soutenir mutuellement, de se secourir dans le péril , de défendre l’empire et de protéger le peuple ; quoiqu’ils ne fussent nés ni la même année, ni le même jour, ni à la même heure, ils devaient mourir au même instant.

Le ciel , roi des immortels, la terre, reine des esprits, avaient lu dans leurs cœurs ; celui qui trabirait son serment 31* Lmraùon. (Chine modkbnk.1

et la bonne cause s’engageait à périr sous les coups de la vengeance divine et humaine.

« Apres ce serment, Hiuen-te fut salué l’aîné; Kouan-yu et Tchang-féï, selon leur âge, devenaient l’un Te cadet, l'autre le plus jeune des trois freres. Ces cérémonies et ces politesses achevées, ils allèrent ensemble (fidèles au respect que l'on doit à la vieillesse) faire une visite à la mère de Hiuen-te.

« Cependant trois cents jeunes gens de la contrée s’étaient joints à eux ; ils reçurent dans ce même jardin des pêchers une distribution de. vin. Le lendemain on trouva de quoi s’armer ; mais les chevaux manquaient. Au milieu de cette perplexité, on vint annoncer que deux etrangers escortés de dix serviteurs arrivaient à la ferme, conduisant avec eux une belle troupe de chevaux.

« Le ciel vient à notre aide, s’écria Hiuen-te, accomplissons donc de grandes choses ! » C’étaient des marchands de Tchong-chan que la révolte des Bonnets jaunes forçait à reprendre le chemin de leur pays, sans avoir pu aller dans le nora vendre leurs chevaux.

Hiuen-te les pria d'entrer dans la ferme, les traita fort bien, et leur fit part de la résolution, prise eu commun, de repousser la réiiellion pour secourir la dynastie menacée et d'arracher le peuple à tant de misères.

« Enchantés de cette résolution , les deux marchands donnèrent à Hiuen-te cinquante chevaux de choix, une grosse somme d’argent et une grande quantité d’acier. Celui-ci , avec le secours d'ouvriers habiles, fit confectionner pour lui un sabre à deux tranchants, un cimeterre recourbé en forme de faux pour Kouan, et pour Feî une lourde lance.

Chacun d'eux compléta son armure par un casque et une cuirasse. Ces préparatifs achevés, ils allèrent à la tête de cinq cents jeunes volontaires trouver l’officier Tseou-tsing, qui les conduisit près de Lieou-yen, le commandant du district. Celui-ci les accueillit avec transport, quand il sut et leurs noms et ce qui les amenait vers lui. « Voilà un descendant des Han, s’ècria-l-il en eutendant le nom de Lieou (c’était celui de la famille régnante que portait Hiuen); s'il a le moindre, mérite, il devra être

L’UNIVERS

appelé à des emplois honorables ! »

Après avoir reconnu que Hiuen-te et lui descendaient ue deux branches d’une même famille, il disposa ses cavaliers en bon ordre.

« A ce moment, des éclaireurs vinrent annoncer qu'un corps de cinquante m^lle Bonnets jaunes, avant a leur tête Tehiitg-ymien tclti (disçiple et lieutenant de Tchang-kio), s'approchait de la ville de Tclio-tclieou. J .e eounnandant de la garnison rassembla vite ses chevaux et son infanterie; Tseou-Uing eut ordre de se porter en avant pour engager le combat, et les trois chefs de volontaires, ivres de joie, s’élancèrent à cheval »

HAO-KHIKOU-TCHOOSH,

Ouvrage du deuxième Th»aï-t»eu.

Cet ouvrage, originairement traduit du chinois en portugais par un inconnu et du portugais en anglais par le docteur Hugues Perçv , évêque de Dromore, l’n été de cette derniers langue en français par F.vdous , qui a fait imprimer sa traduction à Lyon, en 17B6. Les éditeurs de la Bibliothèque des roman» en ont donné un long extrait dans leur collection (**). En 1829, un habile sinologue, aux travaux duquei nous avons rendu plusieurs fois hommage, M. John-Francis Davis, agent supérieur de la compagnie anglaise des Indes orientales a Canton , retraduisit sur le texte original, le Huokhuumtdiouen , qu'il intitula : The fortvna'e union Enfin M. (juillnrd d’Arcy, membre de la Société asiatique . publia à Paris, en 1842, une traduction française de ce roman, qu’il intitula plus exactement la Femme accomplie, car les mots chinois haokhieou oontientiemu nt une allusion à un vers du Chi-king.

Le Hao-khienn-trhnuen est un récit dramatique, où l'intérêt croît de scène en scène jusqu’au deuoûment. L’auteur inconnu de cet ouvrage l'emporte sur

(■) Voy. San-kono-irhy, roman hi-toriqnr, traduit par i'heodure Pavie, t. I*r, p. * à ta.

(**) Voy. l'avauf-propo» du Sao-vudeott,* la -Hile de la comédie lutiluiee : Lnoteng- •ul, par A- Bruguière de fiorsum , p, r4a.

tous les 1 bsaï-tseu par la simplicité, du plan . l’observation exacte des caractères, par la clarté, la naïveté du style, par le naturel et la vente. Il y a d’ans le H.io-kbieou-tchouen d'admirables morceaux eu prose, des phrases habilement construites, un dialogue semé d heureux traits. Mais, ce qui fait le vil intérêt de ce roman de tuteurs, c'est qu’on y apprend sur la plus grave des affaires sérieuses u la Chine, sur le mariage, une toute de choses qui ne se trouvent que la ou dans des romans du même genre i toutefois, comme je n'offrirai au lecteur qu’une auabse du Hao-khieou-tchouen, il ne me paraît pas inutile de consacrer un article spécial au mariage des Chinois et aux cérémonies qui l'accompagnent.

Cérémonies du mariner.

" Les femmes de la Chine, disent te m«iioiuiairrnt (car, quand on parle de» mœurs e! des coût unies de la Chine, ou renronlrc toujours devant sui les lutekmuaiics), vu lit à peu pré» condamnées à ne cuir jamais le jour hûr, de chez elles. Ci» Chinois -e marie sau» avoir même aperçu celle qu’il épuiise. Il ne se forme une un, me de ses irait), de sa taille, de snn caractère, que sur le rapport d’une entremetteuse (• ), d'une parente ou de quelque antre femme qui, en pareil cas, fait l'office d’tme entremetteuse, il est vite quête on lui en impo-r. ou sur l'Age, ou sur la figure, il est en droit.de faire déclarer le mariage nul. Ici ta lui vient , à son tour, corriger les abus de t'usa-e.

« Le» entres* lieu, es qui négocient un mariage conviennent airto de la somme que duuneta le fûts»' aux paient» de frpunse; car, a la Chine, ce lu .1 pis» U pcie qqi dote ta fille, c’est le inart qui Unie, sa feiirmc, do'. cm non uxor ma'ilo , sed marilus i mûri offert , ou, pour mieux dire, il l'adlêle ; elle devient »a propriété à double titre. Cependant , il arrive que le bean-pére propose à son gendre de venu habiter dans sa maison, et le constitue en njèméWtps héritier d'une patlie de ses liiens; niais d ne peut se dispenser de léguer l'attire partie à quelqu'un de sa famille et «le sou note.

■ Las peres et les meres , et à leur défaut , les aïeux ou aïeules, ou eiifiu las plus proches puent» du côte paternel , et ensuite «eux du oèté materne) , jouissent d'une au-

(*) A la Chine , le» fondions des entremetteuses sont fort honorée».

lonté absolue pour régler jt*, mariages des enfants.. (*u*-cj ne peuvent se sousjiaire à l’autorité paternelle que dans deux cas ; i° s'ils se marient avec une étrangère, par exemple, avec une juive ou une maliométane. Comme la manière de vivre des étrangers est très-differente de relie des Chinois, il est juste, dit la loi, que relui qui contrarie une semblable alliance jouisse d'une entière liberté. a° Si uu jeune homme, dans le cours d’un soyagr.se marie dans une province éloignée, salis connaître les engagements que ses parents peuvent avoir pn< en sou absence, sou tua nage *M valide, et il ii'ol pas obligé de se coulormer aux premières sues da son père. Si cependant il q’y avait encore que des promoses réciproques, le jeqpe bu/uine est tenu de rompie scs engagements et de recevoir la femme que scs parents lui destincnL

•• Rien nVst plus ordinaire, parmi 1rs Chinois riches et a uu rang distingué, que dWrêter les articles d’un mariage, Inngremps avant que les parties soient en âge de le contracter; souvent même on en convient avant que les futurs époux soient nés. Deux amis se promettent très- sérieusement et avec solennité d unir par le mariage les entants qui naîtront dYux , s’ils sont d'un »exe différent; et la ceremonie qui sanctiouue celle

{irnmesse consiste à déchirer, |'uo et l’aulre, eur tunique et à s'en donner réciproque? meut une partie.

* Le mariage est précédé d’une uégocialioQ appelé* Ping, lacjuelle est conduite par de» entremetteuse* ou |iar des ami». C’csi alors qu’on invoque le secours de l'astrologie et que |‘on lire les horoscopes des deux futur» epoux (pitxèu), c’esl-à dire des huit caractères. Il y a deux caractères pour l'année, deux pour le mois, deus pour le johr et deux pour l'heure de U naissance. On rltercliedes présages divers dam la roinhinaison de ces eararlères, et le premier soin des parents qui xeulent marier leurs entants est d'échanger leurs huit caractères (pà-lseu) et de les comparer jiour soir si . d'apres les règles de l’astrologie , elles aouoocent uue parfaite compatibilité d humeurs et de destinées (*). On considéré le printemps cumiue I époque |a plqs cunveimhle et la plus heureuse pour le mariage, et l'on préféré xurlout la première luue de l'année chinoise. C’est daq, ce mois que le pécher fleur;) * k Chine; de Ut, les fréquentes allusions

(*) Yoy. le Yii-lviao-li on les Deux Cnnsines, roman chinois, traduit par M. Abel Rémusat, t. 1", p. ,35, i note

faites à pet arbre, e» pat lait) (lit mariage,

« Lorsque les deux familles ont passé le contrat, et que le» arrhes ont etc données, ce qui forme proprement les fiançailles , ce sont le» parents de la fille qui fixent Ie jour de Ig célébration du mariage. Ils ont soin de consulter le calendrier pour cliqisjr un jour heureux ; car ils en admel lep( de peux espèces, de bons et de sints.lres Durant ect intervalle , les deux ramilles se font des messages cl des ppê-ej/ty rèriproqqi s. Le fiilnr envoie à celle qq il doit épgii.ei qui Iques bijoux, l'iiiiiine dex bagrij-s, drs pejidupls durcqles , des aiguille» dp lé|p, et». Oit s'éçrj) tjcs deux part», mais on ne se voit Bojflj pneorr: le» cadeaux e) les Irjllel» cj»us son) Iran, mis par. dex nraitis tierces.

« J’endatll fi» Ifpis ppjt, qui précèdent le jour destiné aux itopes, PH tll'unine tout l'intérieur de la inaismi de l'épouse, imutis et) signe (je JP jé que de Irislesse ; pu yen) faire entendre ajlr'il u’psl l'as permis aux parents de dormir dan» Ig trntp,, où ils ». ut sur le npjui de perdre jcpf fil e. Oit s'gbslqmt de même, flans lu mgjgpp de .l'épnpi , «j’y faire «olem)ie gui pu jps|rufl)i ut de musique, et tme égalp irixfcxae seyifile y régner, pafpe que U; mariage dp fil» est pensé devqir être regardé comme une image de la mort du pore , et que le lit» alors Spndrle ep Quelque sorte lui succéder.

« Au jour fixé pour I, célébration du mariage, l'epoux, lirlieuienl vêtu, se reud à |q tu.usun (Je sa fiancée. c( s') prnslernr devant son beau-père et sa belle- nu te, le, oie I, 1 1 le* pi oelie, parent» de sa future cpotgip. Le* dciuicrs adieux dp cgllp^j à juus fis |r,irpnU août >U»,I des piqvlpriqiliaus. ,p inutueul uu elle se dispose » qjfitler ntajsqp mtteruclle, Quelftpw mission narres pfaeeitl ici la pic mine uutiesiic de Ippou» et de l'épouse, d'autre» a rerarlenl jusqu’à l’apgtyc* da celle, ri à la maison de tou Iiurj : | uil-rtrr pelle circonstance varie- t-clle selon létal des personnes et le ditirreul cérémonial des mariages.

e Ces formalités préliminaires remplies , ou place la fianrée dans une cfiaise ou dans un palanquin fermé. Joui ce qui lui appartient, et les divers effets qui composent son trousseau, l'arComnagpeiit , portés par (Jiffé rentes personnes des deux sexes; rl'au ires l'entourent avec dex torches et des lantrcnes, même en pk-iti midi , usage qu'on a , uiner- »e, parce qièautivfois loiu les urarixgos s. Célébraient peudaiit la nuit. Une troupe de musiciens la précédé, et ta famille fa soit. La def qui fa renferme dans sa chaise est entre les mains d'un domestique de confiance: U

L’UNIVERS

ne doit I» remettre qu’au mari. Celui-ei , après l'avoir accompagnée quelque temps à cheval ou dans un palanquin , prend le» devants. et court attendre à sa porte l'arrivée du cortège. T)n lui temet cette clef; il ouvre avec empressement la chaise, et du premier coup d'œil il apprécie sa chance et voit si ou I a bien ou mal servi. Il arrive quelquefois que l’époux mécontent referme subitement ht chaise et renvoie la fiancée rhei elle. Il suffit qu’il consente à perdre, pour s'eu débarrasser, la somme qu’il a donnée pour l’obtenir.

« Si l’épouse est agréée, elle descend de sa chaise et entre avec l’époux , suivis, I un et Tautre, de leurs parents, dans une salle où le couple nouvellement uni salue quatre fois le Ihten (ciel), et ensuite les parents de l'époux. Aussitôt après, les nouveaux mariés se rendent au lieu où l’on a préparé, pour eux seuls, le repas nuptial. Avant de s asseoir, l'épouse fait quatre génuflexions devant sou mari, et celui-ci à son tour en fait deux devant elle ; ensuite ils se mettent à table, mais avant de manger, ils répandent un peu de vin en forme de libation, et mettent à part quelques viandes pour être offertes aux esprits. Lorsqu'ils ont un. peu mangé, en gardant un profond silence, l’époux se lève, invite son épouse à boire et se remet incontinent à table : l’épouse pratique aussitôt la même cérémonie à l’égard de son mari.

Alors on apporte deux coupes pleines de vin : ils eu boiveut une partie , et mêlent dans une seule coupa ce qui reste, qu’ils se partagent ensuite et achèvent de boire.

- Pendant ce temps, le père de l’époux, dans un appartement voisin, donne un grand repas à scs parents et aux personnes invitées : la mère en donne un autre a ses parentes et aux femmes des amis de son mari. Cet usage s’observe dans tous les festins chinois : les femmes s'amusent entre elles et les hommes se réunissent de leur côté (’). »

Analyse du Hao-khieou-lcKouen.

Thië-tchong-yu est un jeune bachelier, dont la famille habite une ville située à deux cent cinquante milles de la capitale. Ses traits ont cette délicatesse qu'on admire chez les personnes de l’autre sexe, et de la lui est venu le surnom de Tbië meî-jin (Thië, la belle tille), par lequel on le désigne en plaisantant. il aime avec ardeur la vertu, (*)

(*) Description générale de la Chine, rédigée d’après Us Mémoires de la mission de Péking, par l'abbé Grosier, t. V, p, »7« à *77.

mais il est d’un caractère bouillant, emporté, et se laisse entraîner, en quelque sorte malgré lui. à des actes d'une violence extrême. Il a pourtant une excellente qualité: si un homme vraiment malheureux s'adresse à lui , sans s’informer s’il est riche ou pauvre, noble ou du peuple, il vient à son secours. Thië, son père, est un inspecteur général, devenu célèbre par la hardiesse des remontrances qu’en plus d'une occasion il n’a pas craint d’adresser à l’empereur : connaissant le caractère impétueux de son fils, il ne permet pas qu’il réside à Pe-king.

Lorsque Thië-tchong-yu eut atteint l’âge de seize ans, son père et sa mère voulurent le marier. « Le mariage n’est guere du goût de votre (ils, leur dit-il; il n’en est pas d’une épouse comme d’un ami. Entre amis, tant qu’on se convient, on reste unis ; cesse t-on de se convenir, on se sépare ; mais le mariage dure autant que la vie. » Il allégua encore d’autres raisons , et les parents n’insistèrent pas davantage. Le jeune homme continua donc de se livrer à l’etude jusqu'à l'âge de vingt ans. Un jour qu’il lisait, retiré dans son appartement, il tomba sur les représentations que Pi-kan adressa à son souverain, représentation que ce ministre célèbre pava de la vie. En réfléchissant sur cet événement, l’idée lui vint à l’esprit qu’une fin aussi tragique attendait peut-être son père, et dans son inquiétude, il résolut de partir pour la capitale.

Dans un village où il s’était arrêté pour y passer la nuit, il entend raconter l’histoire d'un jeune étudiant, auquel un grand seigneur, nommé Takouaï. avait enlevé la fiancée. Il prend aussitôt parti pour le jeune étudiant, qu’il rencontre à quelques pas du village, et se charge de remettre un mémoire à l’empereur.

En arrivant à Pc-king, tous les pressentiments de Thië-tchong-yu s’accomplissent. Le zele, avec lequel l’inspecteur général Thië-yng avait défendu la cause du jeune étudiant avait déplu à l'empereur. D'accusé qu’il était, Takouaî était devenu accusateur et avait rejeté sur l’inspecteur général l’accusation d’avoir abusé de sa charge pour

tromper le prince. Les membres du tribunal des peines, gagnés par les présents de Ta-liouaï, s'etaient prononcés en sa faveur et avaient demandé la condamnation de Thië-yng.

Cependant Thië-trhông-yu s'achemine vers une prison ; il y est reçu avec les plus grands égards par le gouverneur, et introduit dans une petite chambre obscure, où son père était assis, dans une attitude noble et calme. Le jeune homme s'avance tristement et s'incline quatre fois jusqu’à terre. Thiëyng tressaille à sa vue; il se lève, et dit d'un ton sévère : « Je suis ici pour avoir rempli fidèlement mon devoir et pris la défense des lois de l'empire. » Thië-tchong-yu, tirant alors de sa manche le piacet de l'étudiant, le présente à l’inspecteur; le vieillard, après l’avoir lu, est transporté de joie, car ce mémo're exposait clairement les faits et ne laissait rien à désirer.

L’empereur, auquel onfait parvenirce document, rend sa faveur à l’inspecteur général Thië-yng, et lui transmet, selon sa demande, l’ordre secret d’arrêter Takouaî. Thië-tchong-yu s’arme d’une masse de cuivre, pénètre dans la somptueuse demeure du coupable, le saisit vigoureusement après une lutte assez longue, et met en liberté la fiancée de l'étudiant. Thië-yng reprend alors ses fonc tions; l’empereur punit Ta-kouaï, et vante le courage du jeune homme, qui a su mener à bien toute cette affaire ; mais Thië-yng, redoutant pour son fils l’enivrement des éloges, en conçoit de l’inquiétude : i> Le ciel n’aime pas les orgueilleux, lui dit-il; sous prétexte de voyager pour votre instruction, fuyez dans un pays lointain.» Thië-tchong-yu obéit aux ordres de son père.

Dans un district de la province du Chan-long est la résidence d’un membre du tribunal militaire de Pe-king.

Son nom de famille estChoui, son surnom Kiu-y. A l’âge d'environ soixante ans, il avait eu la douleur de perdre sa femme, qui ne lui avait laisse qu’une fille d’une incomparable beauté, nommée Piug-sin. C'est à elle qu'il confie la conduite de sa maison et la direction de ses affaires, quand les devoirs de sa charge l’appellent à la cour.

Cboui-kiu-v avait malheureusement

un frère plus jeune que lui ; ce frère se nommait Cboui-yun. Passant sa vie dans la société de gens sans maeurs et sans foi, l'oisiveté avait bientôt amené la misère. Il avait trois fils et une fille d’une laideur extrême; elle était née la même année que sa cousine Pingsin, et se nommait Hiami-kou. Voyant que son frère n’avait pas d'héritier, Choui-yun convoitait l’administration de sa fortune, qui était considérable ; mais comment parvenir à ce but ? Pour le moment Ping-sin n’était pas disposée à se donner un maître ; elle n’écoutait aucune proposition.

A quelque temps de là , un général , qui commandait l’armée, éprouva une sanglante défaite. L’empereur, irrité contre le pere de Choui-pina-sin , qui avait fait choix de ce général, le dépouilla de ses fonctions et l’exila à la frontière de l’empire. Bientôt après, l’empereur appela le ministre Kouolong-tong dans son conseil. Chouiyun ne savait plus quel moyen employer, quand il se ligua contre sa nièce avec un jeune voluptueux appelé Kouo khi— tsou, fils du nouveau ministre Kouolong tong. Kouo-khi-tsou , épris des charmes de Ping-sin, avait fait une demande, à laquelle celle-ci avait répondu par un refus positif; niais le préfet, que le fils du ministre avait mis dans ses intérêts, était intervenu dans l'affaire. C’est alors que Ping-sin , à bout de voie, persuade à Choui-yun de mettre sa propre fille a sa place :

« Ma cousine Hiaug-kou a plus de dix-sept ans; il est temps quelle se marie. Pourquoi ne pas profiler de l’occasion qui se présente de lui donner un époux ? Le mariage une fois conclu , quel mal pourrait-il en résulter?»

* Choui-yun laissa retomber >a tête sur sa poitrine en poussant de profonds soupirs. Tout à coup, avec un mélangé de crainte et de joie , il s’écria : « Sans doute, c’est un moyen de sortir d'embarras; mais votre cousine est si laide et vous ressemble si peu ! Après le mariagp, que dira Kouo-klii tsou, quand il la verra? Je tremble à l’idée des reproches qu’il sera en droit de me faire.

« Le billet d’âge que vous lui avez porté est véritablement celui de ma

L'UNIVERS

cousine ; les présents qu’il a faits, c’est chez vous qu’il les a envoyés : dans voire lettre de rpinerrtmelit , il n’est question que dé votre Mlle ; aujourd'hui c'est clies volts qu'il nient chercher son épouse; évidemment, c'est ma cousine ui doit l'épouser : quel reproche seraiten droit de vous taire ? Lors même qu’il croirait a\ôit lieu de se plaindre, voua n’avez rien fait contre les lois : que pourriez-vous craindre de lui ? Ce mariage conclu , vos hduneiirs seront grands comme lé Taï chan : quoi que vous avez fait auparavant, tout sera facilement oublie. Avais-je tort de vous dire que votre tristesse se changerait en joie ? •

• Jusque-là, Choui-yun l’avait écoutée en silence : tout a coup sa ligure s’épanouit de joie ;

« Mon enfant, s’écria-t-il . jeune et sans expérience comme vous êtes, où votre esprit va-t-il chercher de si admirables inreutions ? Se peut-il qu’après avoir, par votre supercherie, mis mes jours dans le plus grand danger, vous nie rappeliez si facilement a la vie?

« Votre nièce n'aurait jamais eu l’audace de vous tromper, mon oncle; mais il fallait me défendre et me tirer de l’etniiarras nù vous m’aviez mise.

» N’en parlons plus, dit Choui-Vtin.

Mais votre cousine va se marier sans avoir été préparée à cette id<e; sa ligure est peu agréable, et e le n’a pas le talent d’en dissimuler la laideur. Ne viendrez-vous pas l'aider à faire sa toilette de nm es ? »

■ Ping-sin y consentit avec plaisir i elle prit avec elle deux de ses femmes, et *e rendit chez sa cousine. Elle lui Ut arranger les cheveux , laver la figure, nettoyer les dents et peindre les sourcils. Les préparatifs durèrent depuis midi jusqu'à la nuit. Ou couvrit sa tête d'ornements divers, enrichis de pierres précieuses, et son corps de vêtements de soie brodée. Enfin ou l'inonda des parfums les plus suaves et les plus précieux.

• Ping-sin lui recommanda enstiitè d’affecter beaucoup de réserve et de modestie ru entrant dans l’a ppa rtc ment intérieur; d'insister pour que les lumières fussent éteintes, afin d éviter de mon-

trer trop tôt sa figure, et de se retirer de bonne heure dans la chambre nuptiale pour se livrer au repos. Elle ordonna aux femmes de chambre de ne pas épargner le vin au nouvel époux, quand viendrait le moment de vider la coupe d’alliance et de faire de leiir mieux pour l'enivrer. Si, après avoir vu sa figure, Kouo-khi-tsou éclatait en plaintes et menaçait de maltraiter Hiangkou , Ping-s’m conseilla à sa cousine d'affecter un grand désespoir et de l'effrayer par la menace de se donner la mort. Hiang-kou, quoique d'une intelligence bornée, comprit parfaitement l'importance de ces conseils, et promit de les suivre. Sa toilette se termina enfin, et ellese montra radieuse comme les trois étoiles dans le ciel.

* Le soif, Kouo-khi-tsou, monté sur lin cheval magnifique et suivi d’une troupe nombreuse de ddmestiflnes , arriva pour recevoir sa fiancée. Cliouiyun , tremblant de tous ses membres, plaça sa fille dans sa chaise. Aus-itôt, une' musique joyeuse se fit entendre et la troupe se mit en marche

« Koiio-kld-tsou, persuadé que c'était Ping-Sirt qu’il avait épousée et qu’il einme ait chez lui. avait peine à contenir les transport- de sa joie. Il l'escorta jusqu’à la porte de son hôtel ; quand Hiang-kou sortit de la chaise, une troupe de femmes , qui l'attendaient, s'empara d'elle et l’aida à marcher jusque dans le salon. Sous le grand voile de soie brodée qui lui couvrait la têté ét les riches habits dont elle était ornée, on retirait prise pour une Immortelle: et tous les assistants, persuadés que c’était (Ihoui-plug sin, donnèrent les marques les plus bruyantes de leur admiralioh.

» Après les révérences prescrites par les rites, on entra dans la chambre où h» repas nuptial avait été préparé. Le vin fut versé dans la coupe d’alliance êt résenté aux nouveaux époux. Hiaugoü fut invitée à boire à son mari; mais eèlle-éi, qui n’avait pas outillé les instructions qu'on lui avait données, courut se cacher derrière les ride.itit, et toutes les instances du monde ne purent l'en faire sortir. Kouo-khitsou attribua cette conduite à un excès de pudeur; il ne voulut pas la con-

tfafndre, et, qüitt.int la chambre, il se rendit dans IA grande salle, ou ses parents et ses amis Célébraient, b table, son mariage. Entraidé par l’esemple, et pour répondre A leurs félicitations, buvant avec tout le monde, il fut bientôt dans une ivresse complète. Dans cet état, il rentra dans la chambre, qui n'était éclairée que par un petit nombre de lumières. I.a jeune femme était blottie dans le lit ; il s’en approcha en chancelant. — « I.a nuit est fort avancée, lui dit-il; pourquoi ne dormezvous pas encore? •

* Hiang-knu. effrayée, détourna son visage, et, d'une Voix faible, ordonna à ses femmes d’éteindre 1rs lumières.

Les femmes ne bougeaient pas, et regardaient Kouo-klii-tsou : il comprit leur intention.

— « Puisque madame vous l'ordonne, leur dit-il, éteignez les lümièrrs et retirez-vous. » — Elles obéirent aussitôt, et Kouo khi-tsôu, impatient, se dépouilla à tôtons de sès habits, ét se mit au lit...

« Le léhdemain, quand le jour parut, il se tourna joyeu* du coté de sa femme. Au lieu rte la beauté délicate qu’il avait vue à la dérdbre, H n’apercut qu'un large front, un visage carré, Tes traits les plus rortimuns et les plus repoussants. Il bondit sur Son lit, et, se jetant sur ses habits : — « Vous n'ê«tes pas mademoiselle Clioui, s'écrlat-il avec angoisse, vous n'étes pas celle que j'ai epousée! Qui donc êtes-vous?»

— « Qui dit que je ne suis pas mademoiselle Clioui? répliqua Hiang-koU; regardez-moi avec attention. »

« Kouo-klii-tsou la regarda de nouveau, et secouant la tête: — » Hélas!

bêlas! ce n’est pas elle! s'écria-t-il douloureusement. Choui-ping-sin était belle comme le nénuphar douant sur l’eau, belle comme le saule a travers la vapeur. Je ne voisiei rien qui lui ressemble. Ah! ce vieux chien de Cliouiyun m'a cruellement trompé ! »

— « Vous m’avez épousee, je suis votre femme, s’écria Hiang-kou furieuse.

Osez-vous bien, en ma presence, insulter aussi grossièrement mon père? «

« Ces paroles redoublèrent la colère de Kouo-khi-tsou. — «Assez! assez!

dit-il; c’est sa tille Ping-sin qu’il m’a

fait voir en secret. Vous l'appelez votre père : vous êtes sans doute sa fille, mais non pas celle qoè je voulais épouser. «

— « Peut-on être stupide a ce point I dit Hiang-kou en s’asseyant sur le lit, et commençant à s’habiller. Ping-sin est la lllle de mou oncle, IVx-ninnbre du tribunal militaire; si c'est elle que vous vouliez épouser, il fallait aller la lui demander à la frontière. Pourquoi voua adresser à mon pere? Le ‘billet d'âge qu'il vous n remis, c'est le mien; dans le billet de rehierelment qu'il voua a adressé à l'occasion des présents, il n'était question que de sa fille; ne l’avcZ-Voüs pas vu? Que parlez vous de sa nièce? C’est chez mon pere que vous avez envoyé les présents d’usage; c’est dans sa maison que vous ôtes venu me prendre: pouvez- vous dire que ce u'était pas sa lllle que vou9 vouliez épouser? Ma famille est illustre; vous m'avez épousée publiquement et selon les rites; vous m'avez emmenée dans votre maison, où vous avez reuni vos parents et vos amis dans un splendide festin; aucune des cérémonies prescrites u’a été omise, et vous ne craignez pas de me tenir aujourd’hui un langage aussi in-ultant!

Comment pourrai je a l'avenir remplir convenablement niés devoirs de femme, et vous donner des descendants capables d'offrir les sacritices funèbres aux ancêtres? Plutôt mourir mille fois. »

A ces mots, die s’élance de son lit en Versant un torrent de larmes. Elle invoque à grands cris le Ciel et la terré, et se jette sur un mouchoir rouge, avec !'intemion apparente de s’étrangler.

Kouo-klii-tsou avait été kssez douloureusement surpris en reconnaissant que ce o'etait pas Ping-sin ; mais quand il vit Hiang-kou prête à se donner la mort, il fut saisi d'une frayeur inexprimable (*).

Après plusieurs tentatives infructueuses, Clioui-yun, pour calmer Kouokhi-t-ou, lui fait une proposition qui découvre à nu toute sa bassesse; il lui

(*) Voy. Ilao-khieou-lrhouen on la Femme acrtnnplie , roman chinois , traduil par M. Gaillard d'Arey, p. S5 à 9s

indique un moyen d’obtenir Chouiping-sin pour épouse, et de ravaler Hiang-kou à la condition d'une femme du second rang. « Le vingtième jour de la neuvième lune, lui dit-il, ma niece se. rend religieusement à la ferme du Midi, pour déposer sur la tombe de sa mère les offrandes funèbres. Elle reçoit en même temps les redevances de ses fermiers, et passe une partie du jour à visiter les chrysanthèmes en fleurs ; chaque année il en est de même. Ce jour venu, montez à chenal , cachez un certain nombre de vos gens autour de la ferme, et attendez que, après avoir offert le sacrifice, ma niece s'en retourne chez elle. Tombez alors sur les porteurs, mettez-les en fuite, et faites-la conduire dans votre maison. »

Ce projet, comme on voit, est d'une exécution simple, facile, et l’on ne peutqu'admirer l’artavec lequel Chouiping-sin découvre toutes les entreprises, toutes les machinations de ses deux persécuteurs.

Au jour anniversaire, Choui-pingsin ue manque pas d’accomplir les cérémonies funèbres ; mais ayant compris qu’il se tramait quelque chose contre elle, la jeune fille s'enferme dans une chambre, ordonne à une de ses femmes de débarrasser une grande malle de tous les habits qu’elle contenait, la fait remplir de pierres, puis, secrètement déposer au fond du siégé de la grande chaise, que l’on ferme à clef. Ping-sin alors quitte ses habits, se couvre de ceux d’une de ses femmes, et se glisse dans une des quatre petites chaises. Elle laisse à la ferme la femme dont elle prend la place, après avoir prié le fermier de la lui ramener le lendemain... On n'était guère qu’à une portée d'arc de la ferme, quand tout à coup une vingtaine d’hommes se montrent à droite et à gauche de la route; pendant que les uns se jetaient sur la grande rhaise, les autres tombaient sur les porteurs.

On transporte la chaise dans la maison de Kouo-khi-tsou, où le préfet et les magistrats étaient réunis ; mais quand on reconnut qu’elle n’était remplie que de pierres, un rire immodéré éclata de toutes parts. Kouo-khi-tsou s’abandonne aux transports de la plus

violente colère; toutefois il ne se décourage point, attend quelques jours, et se concerte avec un de ses anus, nommé Tcbing-ki. Ce dernier, en faisant parvenir a Cboui-ping-sin, sur un papier rouge, un faux décret qui rappelle son père de l’exil, parvient à s’introduire dans sa maison, suivi d'un nombre d’hommes considérable. I j jeune fille alors, debout au milieu de la salle, sans changer de couleur et sans que la moindre altération se fasse remarquer dans le son de sa voix, demande à être conduite devant les magistrats ; or, comme ces derniers étaient les amis de Kouo-khi-tsou , Tching-ki condescend volontiers aux désirs de la jeune fille.

En ce moment, Thîë-tchong-yu, qui voyageait pour son instruction, arrivait justement dans la ville. A un détour que faisait la rue, il se trouve au milieu de cette cohue, qui ne lui laisse as le temps de se ranger et le heurte rusquement. Transporté de colère, il saute à bas de sa mule, court après les porteurs, et saisit le premier à la gorge; mais, après avoir reçu les excuses de Tching-ki, il allait s'éloigner, quand, du fond de la chaise, sortit une voix plaintive: * Pitié! pitié! disait-elle, je suis victime de la plus affreuse violence. Noble jeune homme , sauvezmoi ! » Sans plus tarder, Thiè-tchongyu ordonne que l'on porte la chaise chez le mandarin, qui siégeait déjà, prêt à donner gain de cause à son ami.

Frappant à coups redoublés sur le tambour placé à la porte, il pénètre dans le tribunal, et parle d’égal à égal au juge étonné. Celui-ci toutefois adjuge Ping-sin à son ravisseur. Tchong-yu, rempli d'indignation, se fait alors reconnaître, et le magistrat , saisi d’effroi, ordonne d’une voix tremblante la mise en liberté de la jeune fille.Tehongyu devient vivement épris des charmes de Ping-sin, et Ping-sin, de son côté, témoigne à son libérateur une reconnaissance très-vive. Pendant ce temps Kouo-khi-tsou forme le projet de se venger; il séduit quelques mauvais bonzes du monastère bouddhique, où Tchong-yu était momentanément logé.

Corrompus par des présents, les religieux mêlent du poison aux ali-

nients qu'ils servent au jeune bachelier.

Chour-ping-sin , qui connaissait le caractère de Kouo -khi - tsou , avait chargé des émissaires de lui rendre compte de ce qui se passerait. Dès

u'elle fut informée que son libérateur

tait malade, elle prit soudain la résolution de le recevoir chez elle; c'était Tunique moyen de lui sauver la vie.

Thië-tchong-vu n’accepte qu’à regret cette invitation; il aimerait mieux mourir que de donner prise à la calomnie. Bientôt il recouvre la santé; il est sur le point de quitter la maison sans avoir vu la jeune fille (car, dans cette conjoncture délicate, toutes les règles de la bienséance avaient été observées) , lorsque Choui-yun, en qualité d oncle, vient adresser des remontrances à sa nièce. Choui-ping-sin s’excuse. en disant que les rites ont été institués pour diriger le commun des hommes, et non pour régler la conduite des sages; qu'il faut agir selon les circonstances, rendre le bien pour le bien, et le mal pour le mal; elle évoque les anciens, s'autorise des modernes, et l’oncle, étourdi, confondu, se retire, après avoir ordonné à une femme de chambre de se glisser dans la maison de sa nièce, et de s’y cacher de manière à tout voir et tout entendre sans être aperçue. La femme de chambre rend à Ch'oui-yun un compte extrêmement favorable de la conduite de Choui-ping-sin :

— « M. Tliié est un peu mieux; mais il ne peut se lever encore ; il est assis sur son lit, où on lui apporte à boire et à manger.

— « Et mademoiselle, où se tientelle?

— « Dans le salon, d’où elle surveille la préparation des diverses boissons qu’on administre au malade.

— « Ne va-t-elle pas le voir dans sa chambre?

— « Non, jamais.

— « Ils causent pourtant quelquefois ensemble?

— « Non; ils ne communiquent entre eux que par l'intermédiaire d’un petit domestique. »

Thië-tchong-yu, parfaitement guéri, quitte celle qu’il peut nommer à son tour sa libératrice, et s’en retourne

dans sa province, afin de s’y préparer aux examens publics pour la licence.

L’infatigable persécuteur de Chouiping-sin profite de son absence pour gagner l'inspecteur de la province. Ce fonctionnaire lui délivre, en qualité de représentant du ciel (de l’empereur), l'autorisation par écrit d’épouser la jeune fille dans sa propre maison, en vertu d’une coutume autorisée à la Chine. Choui-ping-sin, qui, sur ces entrefaites, avait envoyé, par un messager, un mémoire à (empereur, adjure l'inspecteur général de lui prêter mainforte pour la délivrer du libertin qui l’obsède, et, sur son refus, lui montre la copie de la plainte qu'elle a formée contre lui. L'inspecteur général, tremblant de tous ses membres, s'oppose alors à la célébration des noces.

Cependant Thië-tchong-yu ne tarde point à apprendre tout ce que souffre son amante; il se hâte de revenir dans le Chan-tong, déterminé à défendre Choui- ping-sin de tout son pouvoir.

Kouo kiii-tsou se présente au domicile de Thië-tchong-yu. et comme on lui refuse l’entrée de l’hôtel, ainsi qu’il s'y attendait, il laisse une carte de cérémonie. Thië-tchong-yu se trouve contraint de lui rendre sa visite, et, tout en conservant un air froid et réservé, de s’asseoir dans le salon, où arrivent successivement tous les amis de Kouokbi-tsou. qui s’étaient concertés avec ce libertin. Ceux-ci se prennent de querelle, aün de pouvoir, dans la mêlée, tomber sur l’amant de Choui-ping-sin.

Thië-tchong-yu échappe par son courage à ce guet-apens.

Plus tard, et après beaucoup d’aventures, il obtient la grâce de Heou-hiao, auquel on rend le commandement de l’armée. Choui-kiu-y, nommé à la présidence du tribunal militaire, est rappelé à la cour par l’empereur. Celui-ci, plein de reconnaissance et d’admiration, conclut avec Thië vng le mariage de Thië-tchong-yu et de Choui-ping-sin; mais les fiancés craignent, en se mariant, de porter un coup funeste à la morale; ils se sont rencontrés dans un moment de danger et de trouble, et se sont vus contrairement aux rites. Ces scrupules finissent néanmoins par être levés. Au moment où le mariage allait

D’UNIVERS

s’slct-ortiplir, Choui-yurt et Kouo-khltsou viennent y apporter de nouveau* obstacles; on adresse un rapport à l'empereur, qui punit les coupables, élève le sage Thie-tclumg-yti a la dignité de rbinistrè, et là vendeuse Choui-plhfe s n au rang dé darne du palais.

r YU-BIAO-L1,

Ouvrage du troisième Xhsai-tsçu,

I.e roman de moeurs intitulé : Yvklao-ll, ou lek Dèur Coitslnes, a été traduit et publié, en 1826 par M. Abel Rémusat. Si Ton trouve le cérémonial des mariages dans le Hao-khieotMchouen , on peut étudier tout le cérémonial des visites flans le Ttl-kiao-li. Une visiteest a la Cb ne une affaire grave; les formules que la civilité prescrit dans perlants cas v sont une affaire plus grave encore. Je parlerai donc du cérémonial des visites; mais, après avoir consacré quelques lignes i la civilité chinoise, /extrairai seulement du chapitre V urt petit tableau de moeurs, un épisode qui m'a paru avoir quelque chose d'original et de piquant. On jugera mieux du ton de l'ouvrage par un fragment que par une analyse Je n'essayerai pas non plus line appréciation du Ÿu-klao-li ; je m'en tiens a celle de M. Abel Rémusai:

elle est exacte et complété.

« t.e n’est pas pour les Chinois, dit h! spirituel écrivain, une gloire médiocre que d'avoir su, dans l'extrémité du monde où ils sont relégués, s’Hever depuis plusieurs siècles un roman de tuteurs et au roinan historique, tels qu’au les conçoit aujourd’hui parmi nous. Les nations dans l’enfance ont des apologues, des récits merveilleux, des épopées : les vrais romaus ne naissent mie dans la vieillesse des sociétés, quand l’affaiblissement des croyances tourne leur attention vers les choses de ce monde; et s’il en faut, comme on l’a dit, aux peuples corrompus, c’est qu’eux seuls ont cette dîspo-ition qui porte à réfléchir sur le scènes de la vie intérieure, sur le jeu des passions, sur l’analyse des sentiments, sur le< débats produits par le choc des intérêts et le mélange des professions. Les fictions suivent naturellement le cours des

hatrtlndes réelles . et le théâtre qu'elles occupent doit changer avec la maniéré de vivre des hommes qoi s’en nourrissent La muse qui les in-pire, originaire des forêts et des lieux sauvages, s'est plu longtemps au milieu dis montagnes et sur les rivages de i Océan. Elle u'a pénétré qu'as-ez lard dans l'enceinte des cités, et les Chinois sont, avéc quelques nations de l'Europe modferne, les seuls qui l'aient admise dans lés salons, pour y prendre part aux entretiens familiers, aux réunions amiailes, aux discussions domestiques et a la diplomatie du ménage, u tous ces petits événements enfin dont se compose la vie îles hommes civilises...

« L’opinion de deux missionnaires instruits, Préniareet l’evêque de Rosalie, recommandait particulièrement le roman intitulé Yu-kiao-li, sous le rapport de la pureté du style, de la grâce et de la politesse qui le "caractérisent comme composition littéraire. En le parcourant, j’y ai trouvé une fable simple et bien conçue, des développements agréables, des caractères habilement présentes dès l’abord, et constamment soutenus jusqu'à la fin. On pourrait désirer dans cette histoire qu il v fût un peu moins question de vers, d’improvisations et de poésie descriptive.

Mais ce défaut est inhérent aux aventures qu'oi. attribue à des lettres, et, puisque les lettrés sont l’élite de la nation chinoise, c’est surtout leur esprit et leur caractère, leur manière de parler et d'agir, qu’on doit désirer de voir décrits dans un tableau d'après nature.

D’autres romans abondent en détails militaires, ou roulent principalement sur la vie des couvents, les tracasseries ou les désordres du gynécée. Les épisodes do nôtre sont d'une nature plus élégante et plus pacifique. C’est l'ideal de la société du pays, ce sont les amusements de la bonne compagnie qu’on y trouve représentés ; on y reconnaît déjà l'empreinte de ces institutions qui ont fait de la littérature la principale occupation d’une netion savante et policée; et c'est uniquement a la civ lisation chinoise qu'il faut s’en prendre, si les scènes qu’elle fait naître n’ont pas cette teinte sombre et vigoureuse qui frappe dans les tableaux em-

prurttés à l'histoire* dés guerres civiles ou des querelles de religion (*J. »

Cérémonial des Mi si tes à la Chine *

» On se fait celer à la Chiite comme eti Europe, c’e'l-à-dire qu’on se dérobe à là futile des visiteurs eh leur envoyant dire qu’on n’est pas chez soi, saris se soucier delà leur faire croire. On ne craint pas même de se dire indisposé, accablé de travail , hors d’état de recevoir; les domestiques sont chargés, dans ce cas, de prendre les billets dé visite tju’On apporte et qé demander les adresses

Soin que leur maître puisse, dans l’eMiacé e qtirlquei jours, rendre les visites qu’il n'a pas reçues. Dans un roman que nous avons snus les yêüx (le Yu-kiâo-li) trois lettré* sont ensemble a se divrrtir en buvant du vin chaud et en composant des vers : on annonce un vieux mandarin intrigant , et d’un commerce ennuyeux et désagréable.

« Imbécile, dit le maître à son domestique) « pourquoi ne lui avez-vous pas dit «pie je « h’y étuis pas ? — Monsieur, répond le do- •• mestique, je Je hii ai assuré; mais il a vu « les chaises de ces deux messieurs devant U • porte, et il a connu par là que sous étiez « ici. - le maître se leve, prend 'on bonnet de cérémonie, court avec un empressement forcé au-devant de cet hôte importun, et le comble de politesses affectueuses , sur lesquelles les deux autres lettrés, qui le détestent, encbéiissent encore. On croirait à peine que la scène, qui est peinte assez naïvement, se passe à 1 3 , degrés du méiidien de Paris.

- Celui qui veut rendre une visite doit , quelques heures auparavant, envoyer par son domestique un billet à la personne qu’il a des>eiu de voir, tant pour s’iuformcr si elle est chez elle, que pour l’inviter à ne pas sortir, si elle o le loisir d'accepter la visite. C’est une marque de déférence et de respect pour ceux que l'on veut aller voir chez eux. Le billet est une feuille de papier rouge, glus ou moins granJe, suivant Je rang et la dignité des personnes, et le degré de respect qu ou désire leur témoigner. Ce papier est aussi plié en plus ou moin* de doubles, et Pou n écrit que quelques mots sur la seconde page, par exemple; « Votre disciple, ou votre «frère cadet, un tel, est veuu pour baisser « la tète jusqu'à terre , et vous offrir ses « respects. « Cette phrase est écrite en gros caractères, quand ou veut mêler à l'exprès*

(*) Yu-kiao-li, ou les Deux Cousines, roman chinois traduit par M. Abel Hémusat, préface, p. vi,vji, nu, xlv et xlvi.

slôti de sa politesse uu certain air dé grandem* ; mais lès caractères diminuent et deviennent petits à proportion de l'intérêt tt«’ou peut avoir à se montrer véritablement humble et respectueux.

« Ce billet étant remis au portier, si le tnaitfê accepte la visite, il répondu verbalement ; » Il fiie fait plaisir, je le prie de ve- « uir. •» S’il est oceupé, ou s’il a quelque ràlton f»qtif ne pa» recevoir la visite, la répônsë est; «J Jë lui suis fort obligé, je le re- « rtlerrie (Je là peine qu’il veut prendre. » Mais si, par hasard, le visiteur est un supénëiif, alors oii ne manque pas de dire ;

- Monseigneur hnë fait lin honneur que je « ri ‘eusse pas oié espérer. - À la Chine, on n’a pas coutume de refuser ces sortes de visites.

•< Si on n'a pas reçu de billet qui annonce la visite, ce qui ne peut avoir lieu qu’A l'égard des inférieur', ou des gens du commun, ou dans le cas d’affaires pressées, on peut prier le visiteur d’attendre , en lui rendant compte de l'occupation qui vous relient un moment. J'ar exemple, le domestique qui reçoit l'étranger, lui dira: « Monsiwr vous

- prie de vous asseoir un moment ; il achève « de se peigner et de faire sa toilette. » Mais si frin a été prévenu par billet , ou doit prendre de beaux habits et sè tenir prêt à recevoir *oo hôte à la porte de la maison , ou à la desceute de sa chaise, et lui dire d'abord j • Je vous prie d’entret. « On a soin d’ouvrir les deux battants de la porte du milieu, car il y. aurait de l’impolitesse à laisser entrer ou sortir par les poiles latérales. Les grands se font porter dans leurs chaises , ou entrent à cheval jusqu'au pied de l’escalier qui conduit à la salle des liâtes. Le rpailre de la maison les reçoit eu se mettant à leur droite, puis il passe à leur gauche eu leur' disant : « Je vous prie d’aller devant , » et il les accompagne en &c tenant un peu eu arriéré.

« Dans la salle des botes , des sièges doivent être préparés et rangés sur deux lignes parallèles, l’un devant l'àulre. En y eut uni, on commence, des lé bas de la salle, à faire la révérence , c’est-à-dire qu’on s'incline à côté de son bote, et un pas en arrière , jusqu’à ce que les mains, qu’on tient l’une dans I autre, touchent à terre. Dans les provinces du midi de la f.hiue, le coté du iud est le plus honorable : c’est le contraire dans colles du nohl. On pense bien qu’il faut, suivant la province, coder le côte le plus honorable à sou hôte ; celui-ci , par uue ingénieuse courtoisie, peut, eu deux ftioU, changea la face des choses, et dire, si on l*â placé du

I /UNIVERS

côté du midi : « Pe-B, c’est ici la cérémonie du pays du nord ; « ce qui signifie : J'espère qu’en me mettant au midi vous m’assignez la place la moins distinguée; mais le maitre de la maison s’empressera de rétablir la situation convenable en disant : Nau'li , « point « du tout, Seigneur, c’est la cérémonie du • midi , et vous êtes à la place où vous de- « vez être. ■»

« Souvent le visiteur affecte de prendre le côté le moins honorable; alors le maître de la maison s'excuse eu disant : * Je n'ose- - rais ; » et passant devant son hôte en le regardant toujours, et ayant bien soin de ne pas lui tourner le dos, il va se mettre à la place convenable et un peu en arrière ; c’est alors que tous deux font, en même temps, la revérenre. Si plusieurs personnes font line visite ensemble , ou si le maître a quelque parent qui demeure avec lui , on répète la révérence autant de fois qu’il y a de personnes à saluer. Ce manège dure alors assez longtemps ; et tant qu’il dure , ou ne se dit autre chose que Poû-kan , poü-kan (je n’oserais).

« Une politesse que l'on doit aux grands, et qui ne déplaît pas aux personnes d’une condition moyenne, quand on en use avec elles, c’est découvrir les chaises de petits tapis faits exprès. Alors on se fait réciproquement de nouvelles façons. On refuse de prendre le premier fauteuil , pendant que le maître insiste pour qu’on l’accepte. Celui-ci feint de l’essuyer avec le pan de sa robe, et l’étranger fait le même honneur au fauteuil qui doit être occupé par le maître. Enfin , on fait la révérence à la chaise avant de s’asseoir, et l’on ne prend sa place qu’a près avoir épuisé toutes les ressources de la civilité et de la bonne éducation.

«À peine est-on assis, que les domestiques apportent le thé; les tasse* de porcelaine sont rangées sur un plateau de bois verni. Chez les gens riches, on ne se sert pas de théière , mais la quantité de thé nécessaire est mise au fond de la lasse . et l’eau bouillante versée par-dessus. L’infusion est très-parfumée ; on la prend sans sucre. Le maître de la maison s’approche des plus considérables de ses hôtes , et leur dit en touchant le plateau : • Tksing t'cha, je vous invite à prendre du thé. » Alors tout le monde s’avance pour prendre chacun sa tasse. Le maitre en prend une avec les deux mains, et la présente au premier de la compagnie, qui la reçoit de même avec les deux mains. Les autres affectent de ne prendre le* tasses et de ne boire qu’ensemble, quoiqu'on s’invite par signes , les uns les autres , à com-

mencer. Quand tout le monde est servi de cette manière, celui ou ceux qui sont venus en visite, tenant leur tasse avec les deux mains, et demeurant assis, se courbent en la portant jusqu’à terre. U faut bien prendre garde alors de ne pas répandre la moindre goutte de thé , cela serait fort incivil; et , pour empêcher que cela n'arrive , on a soin de ne remplir les tasses qu’à moitié. La manière la plus honnête de servir le thé est de joindre à la tasse un petit morceau de confiture sèche et une petite cuiller, qui n'est qu’à cet usage. Les invités boivent le thé à plusieurs reprises et fort lentement, quoique tous ensemble , pour être prêts à reposer la tasse sur le plateau tous à la fois. Quelque chaude qu’elle soit, on doit plutôt souffrir de se brûler les doigts que de faire ou dire rien qui puisse troubler la bienséance et l’ordre des civilités. Dans les grandes chaleurs , le maitre prend son éventail après que le thé est bu ; et , le tenaut avec les deux mains, il fait une inclination à la compagnie, en disant : « Thsing-chen (je vous invite à vous « servir de vos éventails.) * Chacun alors prend son éventail et sVn sert avec beaucoup ae modestie et de gravité. Il serait impoli de ne pas en avoir avec soi , parce qu’on serait cause qu’aucun ne voudrait eu faire usage.

« La conversation doit toujours commencer par des choses indifférentes ou même insignifiantes ; et ce n’est pas là , sans doute, la condition du cérémonial la plus difficile à remplir. Communément, les Chinois sont deux heures à dire des riens; et , vers la fin de la visite, ils exposent, en trois mots, l’affaire qui les amène. On ne doit parler ni trop vite, ni trop haut, et surtout on ne doit faire aucun geste. Le visiteur se lève le premier, et dit quelquefois : »II y a longtemps que je « vous ennuie. » De tous les compliments que se font les Chinois, c’est celui-là qui approche le plus souveyt de la vérité.

« Avant de sortir de la salle, on fait une révérence de la même ma u 1ère qu’en arrivant. Le maître reconduit son bôfe en se tenant à sa gauche, et un peu en arrière, et le suit jusqu’à sa chaise ou à son cheval. Avant de mouter, l’étranger supplie le maître de le laisser, et de ne pas assister aune action qui n’est pas assez respectueuse ; mais l’autre se contente de se retourner à demi , comme pour ne pas le voir. Quand l’étranger est remonté à cheval ou que les porteurs ont soulevé les béton* de sa chaise , il dit adieu ( thsing-liao), et on lui rend cette courtoisie qui est la derniere de toutes (*). »

(*) Mélanges posthumes d’histoire et de

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