I.E DOMESTIQUE
Attendez un instaul; ie vais vous annoncer à madame. ( Il rentre dans l' hôtel.) — ( A Nieou-chi.) Madame, je viens de rencoutrer sur le seuil de la porte une religieuse qui demande l’aumône. Voulez-vous la recevoir?
HIEOU-CHI.
Faites-la entrer.
le domestique , sur le seuil de la porte ,
à Tchao-ou-niang.
Ma maîtresse vous permet d’entrer.
tchao-ou-hiahg, apercevant Nieou-chi.
Madame , la pauvre religieuse que vous voyez incline sa tète devant vous.
HIBOU-CBI.
Ma sœur, de quel pays êtes vous , et que venez-vous faire dans la capitale?
TCBAO-OU-HlAHO.
Je suis originaire d’un pays éloigné; je viens dans la capitale pour demauder l'aumône.
HIEOU-CBI.
Pour demander l’aumône!... Mais avezvous quelque talent? Voyons, que savez-vous faire?
TCBAO-OU-HIAHO.
Madame, sans y mettre de l’ostentation,
{’e vous répondrai que je connais l’écriture , e dessin, les échecs, et que je touche du luth; je sais coudre, travailler à l’aiguille; au besoin, je pourrais faire la cuisine.... Enfin, je sais un peu de tout....
HXEOU-CH1.
Oh, oh! ma sœur, puisque vous avez tant de talents , il doit vous être pénible de de-
mander l’aumône dans les rues. Voulez-vous demeurer dans mon hôtel ? j’ai besoin d’une servante. Vous trouverez ici , avec le calme et le bonheur, du thé et du riz en abondance.
TCSAO-OU-HIA.no.
Si vous me preniez à votre service, ma reconnaissance n’aurait pas de bornes.
HIXOU-CHI.
J’ai une autre question à vous faire. Dites-moi à quel âge avez-vous embrassé la profession religieuse? Est-ce dés vos plus jeunes années ?
TCHAO-OU-NIANO.
Madame , je ne veux pas vous tromper ; il y avait déjà longtemps que i’étais mariée, quand j’ai pris le costume des religieuses vouées au culte du dieu Foé.
hieou-chi, à part.
Ah! j’en sais un peu trop maintenant.
(Au domestique.) Youèn-kong, puisque cette religieuse a un mari, elle ne peut pas rester dans notre hôtel. Donnez-lui des aliments, et priez-la d’aller demander l’aumône ailleurs. tcbao-ou-hiaho, à part.
Je me suis un peu trop avancée. (Haut.) Madame, s’il faut vous dire toute la vérité, ce n’est pas pour recueillir des aumônes que je suis venue dans cette capitale, mais pour chercher mon époux.
hieou-chi.
Alors je vous adresserai une autre question: comment s’appelle votre époux?
tcbao-ou-hiaho , avec embarras.
(A part.) Si je lui dis sou véritable nom, die va peut-être se livrer à la colère : tant pis ; lâchons ces trois mots : Tsaï-pe Liai , pour voir l’aspect de sa physionomie. (Haut.) Son nom de famille est Tsaï, son surnom Pe-kiaï. On dit partout qu’il demeure dans l’hôtel du ministre d’État Nieou. Je pense , madame , que vous le connaissez.
hieou-chi, sans se troubler.
Pas du tout (*). (Tchao-ou-niang est stupéfaite.)
nieou-chi, au domestique.
Youén-kong, informez-vous donc, dans les pavillons de l’hôtel, s’il y a ici un homme du nom de Tsat-pe-kiaï.
LE DOMESTIQUE
Je puis vous certiSer, madame, que cet homme là ne demeure pas dans l’hôtel.
hieou-chi.
Ma bonne religieuse, votre mari ne demeure pas ici. Allez le chercher ailleurs ; allez.
(*) Nieou-chi ne connaissait pas le ming, ou nom d enfance, de son époux.
TCHAO-OO-WIAKG.
Cependant tout le monde dit qu’il a son domicile dans l’hôtel du ministre d'Etat Nieou. Il est peut-être mort ! {Elle pUure.) O mon époux, si vous avez quitté la vie, où trouverai-je un protecteur dans le monde ? Qui sera touché des maux de votre servante?
RUOU-CU.
Pauvre femme, je vous plains; mais ne vous affligez pas trop. Restez avec nous; je vais ordonner au domestique de prendre des informations dans le quartier. On va se mettre à la recherche de votre époux.
TCUAO-OU-ltlARQ.
Ah ! madame , comment pourrai-je vous témoigner ma reconnaissance ?
wiKou-aai.
Mais si vous restez avec nous, je dois vous prévenir d’une chose: c’est que vous ne pouvez pas garder votre costume. Il faut absolument changer d’habits.
TGHAO-OU-NIAjrO.
Je n’oserai jamais quitter mon costume, nixoo-cai.
Et la raison ?
TCHAO-OU-WIAWO.
Parce que je dois porter le deuil pendant douze ans.
JtlKOU-CHI.
Pendant douze ansl j pensez-vous? Mais le plus long deuil, le deuil d'un père, ne dure que trois années; pourquoi roulez-vous porter le deuil pendant douze ans?
TCHAO-OD-RISUO.
Mon beau-père est mort ; il faut que je porte le deuil de mon beau-père pendant trois ans. Ma belle-mère est morte; il faut que je porte le deuil de ma belle-mère pendant trois ans. Voilé déjà six années. Puis, comme mon époux (6 fatale destinée I) n'est point revenu dans son pays natal, et vraisemblablement ne sait pas que son père et sa mere ont cessé de vivre, il faut en outre que je porte le deuil pendant six ans pour mon epoux.
nuwu-cai.
Ah ! ma sœur, que voire piété filiale ei exemplaire ! Quoi qu'il en soit , mon père la plus grande aversion pour les femmes qi portent votre costume. Il faut changer d'hs Touén-koug, dites Si-tchun d apporter ici des robes cl uue toi lette de femme.
“ oommtiqus.
J obéis. (// sort.)
si-TC«o», apportant Us roies et la toiUtte. Madame, j’apporte des robes et une toilette.
riiou-chi , ouvrant la toilette.
Très-bien. (A Tchao-ou-niang.) Ma sœur, approchez-vous du miroir. Voila un peigne. Vous trouverez ici du fard pour les lèvres et les joues.
tcrao-ou-hiaro.
Depuis que mon époux est parti pour la capitale, je n'ai point vu ma figure. (Elle se regarde dans U miroir .1 Ciel I quelle pâleur I comme mes traits out changé ! Est-il possible que je sois devenue maigre à ce puiut? — (EXe chante.) Je me suis trop négligée; je ne songeais qu'au phénix solitaire (*), et le chagrin, a terni l'incarnat de mes juins.