‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 260 sur 292 · I.B SEIGNEUR TCHAKO, rUWt · texte numérisé non relu

I.B SEIGNEUR TCHAKO, rUWt

Madame Tsaï , vous, finirez votre histoire de mendiant une autre fois; pour l’entendre jusqu’au bout, il faudrait une demi- journée.

t»a» , ta touer-wai.

Allons, mon fils, suis mes conseils; fais vite tes préparatifs de voyage.

tsaï-yoro.

Mon père, ma mère, l’homme vit cent ans; mais d'aussi longs jours vous sont-ils réservés? Heureusement parvenus l'un et l’autre à la moyenne vieillesse, il faut que votre fils (suivant le précepte des anciens) se réjouisse de votre âge et qu’il s’en afflige tout à la fois. (// récite une prière.) O mes parents , votre fils éprouve un sentiment de joie mêlé (// tourne le dos à ses parents) d’un sentiment de tristesse. (// les regarde en face.) il fait des vœux pour la prolongation de vos jours. Il voudrait que son père et sa mère ressemblassent au pécher appelé fan-thao, qui se couvrit de fleurs au bout de trois mille ans, ou bien aux pins et aux cyprès qui ombragent les tombes et jouissent de l’immortalité.

TSAÏ , LE YOüân-WAÏ.

Mon fils , des sentiments comme tes tiens viennent d’un cœur où règne la piété filiale. Mais tout homme, en uaivsant, contracte l’obligation d’aimer ses parents et de servir son prince avec fidélité ; c’est ainsi qu’il acquiert de l'illustration dans le monde.

tsaî-yonû , avec embarras.

Puisque vous l’exigez, je vais partir pour la capitale.

LE lUGHSUS TCUAHU.

Monsieur le bachelier, n'ayez aucune in* quiétude sur le sort de vos parents. Il y a longtemps qu’on dit ; « A ver. huit cents tuaces, on achète uue chaumière; avec mille, on achète une maison. » Puisque mon habitation peut contenir cinq familles, ayez I esprit en repos. Partez, partez vite; et si votre père et votre mère tombent dans l'indigence, je saurai venir à leur secours.

TSAÏ-voiru. (// citante.)

Je vous remercie , seigneur, de vos généreux procédés. C’est à votre garde que je confie mes parents. Mais quand viendra le

jour de ma prospérité , ne seront-ils pas tous es deux accablés par l’ége ? Hélas ! je ne le crains que trop, lorsque je reviendrai dans non pays natal avec des habits brodés , mon père et ma mère ne me reconnaîtront plus. rsAÏ, », a Yorén-WAÏ.

Mon fils, lu parlais tout à l'heure de notre isolement; mais à partir du jour où tu seras mandarin (Il chante ), les trois espèces de viande et ces mets recherchés qu’on offre dans les grands sacrifices, on me les servira

du matin au aoir, sur des trépieds à forme élégante ou dans des vases de porcelaine fine. Cela vaut mieux que de manger des fèves et de boire de l'eau. Si tu revieus avec des habits brodés dans tou pays natal {Il parle), je mourrai. — (// chante.) Mais mon àoie sera fière , paisible et joyeuse.

madame tsaI. {Elle chante.)

En un clin d’œil on me dérobe la perle ne j’avais sur la main. {A son fils.) Va, mon Is, si, durant ton absence, ton père et ta mère meurent de faim ou de froid, quand même tu reviendrais avec des habits brodés dans tou pays natal , ta gloire n’en sera pas moins souillée.

Dans la capitale, nous avons sous les veux l'intérieur d une famille toute differente. Voici r ho tel et les jardins du riche seigneur Nieou , précepteur de la famille impériale, qui consacre tous ses loisirs à l'éducation de sa fille, l'aimable Nieou-chi, auprès de laquelle il a placé une sage gouvernante et une jeune suivante presque aussi éveillee que la petite Fan-sou de la Soubrette accomplie.

Toute l’ambition du seigneur Nieou est de trouver pour sa fille un époux digne d’elle.

Cependant, au village de Tchin-lieou, les tristes pressentiments de madame Tsaï s'accomplissent: les années s'écoulent, et leur fils ne revient pas; une inondation ruine le pays; la famine arrive* les deux pauvres vieillards sont réduits à la plus extrême raisere. Leur bru, la vertueuse Tchao-ou-niang, vend un a un tous ses bijoux, toutes ses parures , pour faire subsister ses vieux parents. Leur charitable voisin , M. Tchang, vient aussi souvent à leur aide; mais enfin ils meurent de misère l’un après l'autre. Vous demandez quel obstacle s’est opposé au retour de Tsnïyong? lia obtenu la palme académique; il est devenu magistrat de première classe, et a été promu au grade de ministre d'État. Dieu plus, par ordre exprès de l’empereur, et malgré ses refus réitérés, il a etc contraint d'épouser la fille du précepteur de la famille impériale, la charmante Nieou-chi. Pourquoi n’o-t-il pas franchement informé le seigneur Nieou et l’empereur du premier mariage qu’il a contracté? Pourquoi, ne pouvant quitter la capitale, n'a i il pas écrit ou envoyé un exprès n sa fa-

mille? C’étaient là des démarches faciles. indispensables, et dont l'oubli est fort mal motivé dans la pièce. Au reste, ees grossières invraisemblances , qui sont le défaut capital de ce drame, n’ont pas échappé aux critiques chinois, notamment à l’enthousiaste éditeur de 1704; mais il faut reconnaître en revanche qu’il résulte de ces invraisemblances une situation d’un intérêt puissant, et dont l’auteur a tiré les effets les plus dramatiques. Rien n’est mieux senti que les remords et la tristesse de Tsaï-yong, qui, plein du souvenir de sa famille et de sa jeune femme, maudit la science, les succès littéraires, les grandeurs, la beauté même et les grâces de sa nouvelle épouse. Rien n'est plus touchant que la manière troide et triste, et neanmoins douce et affectueuse, dont il ajourne les questions et élude les caresses de Nieou-chi. Une scène surtout est vraiment charmante:

c’est, je crois, celle qui a fait nommer ce drame Histoire du luth. Un soir, seul et pensif dans sa bibliothèque, Tsaï-yong essaye de tirer quelques accords de son luth. Il est surpris par sa jeune épouse , uui lui demande la faveur de l'entendre; car elle aussi a du chagrin , et elle croit qu’une romance lui serait un soulagement. Tsaï-yong ne peut se refuser a cette prière. Il propose à "Nieou-chi de lui chanter «/e Faisan qui, le malin, prend son vol »

Mais la jeune femme n'approuve pas ce choix; il n’y a pas d'amour là-dedans:

c’est une chinsou de chasseur. — Eli bien , dit le jeune homme, je vais vous chanter ■ l'Oiseau Couen séparé de la compagne qu'il aime. » — L’epoux et l'épouse ne sont-ils pas réunis ? répond Nieou-chi; pourquoi voulez-vous déplorer sur votre luth les regrets du veuvage ?

TSSÎ-YOSG.

Alors chanlotu une autre chanson. Que dites-vous Je la romance intitulée lc Ressentiment de la belle T chao-kiun?

xixoc-cm.

Qu’aves-vnus Itesoin de chanter la Vengeance dans le palais des Han ? La paix et la concorde habitent ici. Seigneur, «fans le calme de cette belle soirée, devant ces perspectives ratissantes, chantez-moi 1a romance Quand la tempête agile les /lias.

Tsaï-yong acquiesce à ce désir; mais il se trompe , et chante l’air Quand je pense que je retournerai dans mon pays natal. Nieou-chi l’interrompt, et il recommence; mais il se trompe encore, et chante l'air de la Cigogne délaissée. Cette scène . qui se prolonge et amène une demi-explication entre les deux époux , serait pleine de grâce et d’intérêt sur tous les théâtres du inonde.

Enfin, Tsaï-yong se résout à faire ce par où il aurait dû rommeneer, l’aveu de sa position à sa femme et à son beau père. L’un et l’autre approuvent qu’il envoie un messager à Tchin-lieou pour en ramener sa famille. Comme il est permis et, de plus très-commun à la Chine, d'avoir deux femmes, et que la seconde est tenue seulement à quelque subordination à l’ég.ird de la première, Nieou-chi consent de bonne grâce à un partage qui rendra le bonheur à son mari.

Que lait cependant Tchao-on-nlaug?

Elle a vu mourir de misère son beaupère et sa belle-tnere ; mais comment leur rendra-t-elle les derniers devoirs?

Elle coupe sa chevelure, et la vend pour subvenir aux frais de leurs funérailles. Elle ramasse avec ses mains de la terre dans le pan de sa tunique pour leur élever un tombeau. Avertie par un songe prophétique, elle revêt un habit blanc de religieuse, prend un luth, et, amaigrie par la souffrance, s'achemine vers la capitale en chantant et en demandant l'aumône sur la route. Ayant découvert l'hôtel qu’habite Tsaï-yong, et sachant que Nieou-chi cherche à louer deux nouvelles servantes pour soigner la famille de son mari, dont elle attend l’arrivée, Tchao-ou-niang se présente à elle. C'est une scène on ne peut plus heureusement conçue, et non moins heureusement executée, que celle où, de question en question, de confidence enconfidence.eps deux femmes commencent à se comprendre, à s’aimer, et finissent par se reconnaître. La voici tout entière :

xteoo-CHi , au domestique.

J’aurais besoin de quelques servantes pour les parents de mon époux, qui vont arriver. Allez donc faire tiu tour dans les rues; prenez des informations à droite, à gauche , et

L’UNIVERS

&i vous rencontre* une femme du peuple cherchant une place, amenez-la ici. Je veux une jeune femme d’un extérieur agréable ; vous entende* ?

LE DOMESTIQUE

Oui, madame , cl je vai» sur-le-champ m'acquitter de votre commissiou. (ll sort.) tchao-ou- v i ahg , portant le costume d’une religieuse. — ( Elle chante.)

Ma nourriture , c’est cette vapeur épaisse qui obscurcit l’air. O indigence sans asile ! hélas 1 quand viendra donc le jour où je pourrai vivre dans le calme et le repos ? J’ai beau interroger le ciel , le ciel est sourd à ma voix. — ( Elle parle.) Voici l’hôtel du ministre d’État; voici le seuil de la porte. (Au youén-kong , qui sort de t hôtel.) Domestique, je vous salue.

LE DOMESTIQUE

Religieuse du dieu Foé, d’où venez-vous donc comme cela ?

TCBÀO-OU-HIAHO.

J’arrive d’un pays éloigné, et je viens dans la capitale pour y demander l’aumône.

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