FABRICATION SU TAM-TAMS
(Extrait de la petite encyclopédie technologique iutilulée : Thien-kong-khai-wc , publiée en 1637 par Somo-tih-biho.
« Ce n’est que lorsque le cuivre rouge a été transformé en cuivre jaune,
(*) Notice sur les miroirs magiques des Chinois el leur fabrication , par M. Stanislas Julien. (Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, t. XXIV, p. a et 3.)
688 > L UNIVERS. ;•
qvi’on ,e tait fondre et qu’on en fabrique divers vases et instruments. Eu le combinant avec une certaine quantité d'arsenic, on obtient ie pë-tong ou cuivre blanc, qui est deux fois plus difficile à travailler (que le jaune), et dont les riehes seuls font usage. Tout cuivre jaune qui provient du mélange du cuivre rouge et de la calamine peut être martele à chaud ; mais si l'on a remplacé la calamine par le plomb du Japon , il doit être martelé à froid.
• * Pour que le. cuivre soit propre à la
fabrication des instruments de musique, on y mêle un alliage d'étain (20 pour lOOj. Ces sortes d'instruments se fontd’une seule pièce et sans soudures.
Quant aux ustensiles de cuivre de forme carrée ou ronde, on réunit leurs parties à l'aide de rivets ou de soudures.. On en distingue deux : ia petite soudure, au moyeu de poudre ou limaille d'étain , et la grande soudure pour laquelle on emploie la poudre ou limaille <lc cuivre sonore (formée de 80 parties de cuivre et de 20 d'etaiu).
Cette limaille de cuivre se lixe sur la pièce ii l'aide d une pâte de riz à laquelle on la mêle d'avancé, et qu'on enlève ensuite par un simple lavage. Par là, la limaille de cuivre reste en place ; autrement elle ne tarderait pas à se disperser. Pour sonder des vases d’argent, on fait usage dé limaille de cuivre rouge.
« Toutes les fois qu’on veut marteler un instrument de cuivre, par exemple un tching, appelé vulgairement lo (un gong, tam-tam a fond plat), il n’est pas nécessaire (le fondre d’avance le métal sous une forme arrondie; ort peut le battre immédiatement, sans entre préparation.
a Mais si l’on veut marteler un tcho, vulgairement appelé MMiotlf tfi cuivre (un tam-tam), ou des tifig-ning (cymbales), ort fond d’abord le métal sous forme de plaque arrondie, puis tm le bat au marteau.
* Lorsqu'on bat bn gong ou un tamtam, on ne se sert point d'une enclume. On étend sur le sol la masse on la feuille de métal. SH l'instrument doit être de grande dimension , phfsienr* ouvriers se nteeent autour et I» frappent à coups redoublés. De petite qu'elle
était, la pièce se.nrgit et s’étend, ec bientôt du corps de l'instrument s’échappent des sons vibrants quipaplent tous des points frappés a froid. Lorsque le centre du tam-tam a été relevé en bosse, un ouvrier habile lui donne graduellement, en le battant à froid, la •alité de sou requise. On peut lui onner à volonté deux sortes de son :
le sou femelle (aigu) ou ie son mâle (grave); mais il faut calculer, à un centième, et même à un millième près , le degré de saillie ou de dépréssion de la bosse centrale. C'est par un grand nombre de coupe de marteau qu'on déterminé le son mâle.
« Lorsque le cuivre jaune vient d’être martelé, il est d’un blanc blafard ; mais il suffit de ie limer pour lui rendre sa couleur naturelle (*). »
XOaCILAtKI vr U Cni.1t,
L’hislolre de la porcelaine de la Chine est très-incertaine et ttès-obscnre. On ne coftnalt pas l’inventeur de cet art; on ignore, dit l'abbé Grosicr, si on le doit ail hasard du à des tentatives réfléchies; ori de peut même déterminer avec précision quelle eit son antiquité. Suivant M. Davis, le premier fourneau dont il soit fait mention fut établi, vers le commencement du septième siècle de notre ère , dans la province de Kiang-si, où se fabrique encore aujourd’hui la plus belle et la plus parfaite porcelaine de l’empire; mais les fameux fourneaux deKing-tetchin , situés à l'est du lac Po-yang, ne furent construits, d’après ce voyageur, que vers l’an 1000 de Jésus-Christ.
King-te-tchin est le nom d'un bourg situé dans le departement de Jaotoheou-fou , province de Kiang-si.
Cette célèbre bourgade a une lieue et demie de longueur, et l'on assure qu'elle renferme un million d'habitants (**).
(*) Voy. la No lice sur la fabrication des tam-lams, par M. Stanislas Julien. (Extrait des Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, tome XltfV, p. ia et |3.)
(") King-te-tchin contient environ cinq cents fourneaux à porcelaine, tous en activité. Dés qu'on approche de cc lieu à quet-
3 ne distance, tes tourbillons de flamme et c fumée qui s’élèvent de différents endroit*
CHtffc lÜÜDRRNK.
Il ëxlste'iltiôù'vragé chinois, en huit volumes . inlîtxflé /Uhÿ-le-trhin-tar>-tou (Histoire (fés poteries et des pôtrefainèsl de la Irtanufaciure ilhiiCThtle dé Kuig-tcrailtiVr). La traduètidh de cet ouvrage iriten-ss'ant, faite par M. Stanislas Julien, est afctüçllèhiedt sdus presse. JidUS devons aussi an P. jpéntreéo'lles une lettre très-driailloé sur la fabrication de la porcelaine chinoise. « Ce missionnaire, dit l’abbé (i rosier, avait line église àKiog-te-tchin même, et il comptait parmi scs néophytes un grand nombre d’oÜvriers employés dans les ateliers. L’est d'eux quril a tiré la connaissance des procédés relatifs à ce trAvail et à l’explication de quantité de détails dont il ne pouvait s’instruire par lui-même; il a déplus fait une étude particulière des principaux ouvrages chinois qui traitent de la pnree- . laine ("'. - A defaut de l'ouvrage tra-' doit par M. Stanislas Julien, nous allons suivre le P. Deutreeolles et l’abbé Grosier.
Ma litre (U la porcelaine. Sa courerie (émail).
, On commit les principaux matériaux qui entrent dans la composition de b porcelaine, le pe-lun-Ueu, lekaoling (kao-Iinj, te hoa-chi. •< A ces éléments principaux il but joindre l'huile, le vernis ou la couverte, qui donne à la porcelaine sa blancheur et son éclat.
Cette huile est une substance blanchâtre et liquide, qu’on tire de la même espèce de pierre dont ôu bit les petun-tseu ; mais on fait choix de celle qui est la plus blanche, et dont les taches sont les plus vertes. Ou obtient .
celte huile, qu'on nomme pe-geou, eu
font connaître l'étendue et la profondeur de ce fameux bourg. On |ie permet poiul aux étrangers d’y courber. Celle police est jugée nécessaire pour maintenir l’ordre et établir la sûreté. ( DescnplÜon générale de la Chine, par M. l'abbé Grosier, édition, t. l'r. p. M.)
(*) D’un antre rélé , M. Jacquemart se prttpose de pnhlicr une histoire générale des |toreeloincs est Orient H en Oreâdent. tin pareil ouvrage , auquel l'auteur a consacré plusieurs années d'un travail assidu, doit inspirer beaiiranp d'intérét. ,i
(**) Description générale de la Unie*
t. Vit, p. 18.
donnant à la pierre iès mêmes préparatidns dont otl rait usage pour lespetun-tiiu : On làVe là pierre, on la pulvérise, on épuré son fésidu, qui offre une espèce de crème. Sur eertt livres de cette crème, on jette une livre Av chikao , minéral q'hi (‘ensemble à l’alun et qu'on a |>ilé après l'avoir fâit rougir au feu. Ot aluii est une sorte de présure qui «fonde de la consistance à l’huile,
3ü'oii a Soin cependant de maintenir ami dh état de Acidité.
« Cette huile de plééte, ainsi préparée, ne s'emploie jamais seule : il faut y mêler encore une autre huile, extraite de cendres de chaux et de fougère, Sué cent livres desquelles oh a jeté aussi un* livre de chi-kao.
« Voici la manière dont on prépare cette seconde huile. On Choisit de gros quartiers de chaux vive, sur lesquels ou jelte un lieu d’eau pour les dissoudre et les réduire en poudre. On dispose ensuite une couche de fougère sèche, sur laquelle on étend une couche de cette chaux amortie. On empile ainsi un certain nombre de ces couchés alternatives, et l'on met le feu à la fougère. Lorsque tout le monceau est consumé, on distribue ces cendres sur de nouvelles couches de fougère sèche, qu'on enflamme, et l’on réitère cette opération jusqu'à cinq ou six fois. Quand on s'est ainsi procuré une certaine quantité de cendres de chaux et de fougère, on lesjette dans u ne urne ou cuve pleine d’eau, en y faisant dissoudre, pour chaque quintal, une livre de l'espèce d’alun appelé chikao. On a soin de bien agiter ce mélange ton le laisse ensuite reposer jusqu'à ce que la surface de l'eau se charge d'une crodte de crème, qu’on recueille et qu’ou jette dans une seconde urne et ainsi successivement dans plusieurs autres. Lorsqu'au fond de la dernière il s’est formé uue espece de pète, on décante l'eau, et l'on met eu réserve ce dépôt liquide, qui est la seconde huile qu'on doit mêler à la première.
« Ouand on fait ce mélange, il faut que les deux huiles soient egalement épaisses ; pour s'en assurer, ot> plonge dans l'une des briques de pelun-lstu , et l'on juge, en les retirant, si l'épaississement est égal sur leurs surfaces.
MO
Quant à la proportion des doses, l’usage le plus suivi est de mêler dix mesures d’nuile de pierre avec une mesure de l'huile faite de cendres de chaux et de fougère.
« Ces deux premières huiles entrent dans la composition de plusieurs autres vernis, destinés à servir aussi de couverte à la porcelaine. Le plus beau et le plus éclatant est le vernis rouge, appelé yeou-li-hong. Ce vernis se fait de la grenaille de cuivre rouge et de la poudre d'une certaine pierre ou caillou rougeâtre
« Un autre vernis dont les Chinois font usage est celui qu’ils nomment long-tsiouen , et qui donne à la porcelaine une couleur qui tire sur l’olive.... Le noir éclatant, appelé ou-kin , lui communique un genre particulier de beauté qui la fait rechercher des connaisseurs. Ce noir est plombé et semblable à celui de nos miroirs ardents :
l’or qu’on mêle à cette couleur donne un nouvel éclat à cette sorte d’ouvrages. On exécute cette porcelaine noire en la plongeant dans une mixtion liquide composée d'azur préparé. Il n’est pas nécessaire d’y employer l’azur le plus beau et le plus chéri niais il faut u’il soit d’une consistance un peu paisse. On le mêle avec les vernis peyeou et tse-kin, et l’on y ajoute un peu d’huile de cendres de chaux et de fougère. Par exemple, sur dix onces d’azur pilé dans un mortier, on mêlera sept tasses de pe-yeou , une tasse de tse-kin et deux tasses huile de chaux et de fougère. L’expérience peut faire varier les doses, selon qu’on veut obtenir un noir plus ou moins foncé. Lorsque cette couleur est sèche, on cuit la porcelaine; ensuite on y applique l’or et on la recuit dans un fourneau particulier. Il faut avoir la précaution, quand il s’agit de faire cuire la porcelaine noire, de ne la placer que vers le milieu de la hauteur du fourneau, et non b son extrémité supérieure et sous la voûte, où le feu déploie sa plus grande activité.
« On a essayé de peindre en noir quelques vases de porcelaine avec l’encre de la Chine ; mais cette tentative n’a été suivie d’aucun succès. En sortant du fourneau la porcelaine s’est re-
trouvée très-blanche. Comme les parties de ce noir n’ont pas assez de corps, elles s’étaient sans doute dissipées par l'action du feu, ou plutôt elles n’avaient pas eu la force de pénétrer la couche de vernis , ni de produire une couleur différente de celle de la couverte.
« Quand on veut donner à la porcelaine un vernis qui la rende extrêmement blanche, on mêle, sur treize tasses de pe-yeou, une tasse d’huile de cendres de chaux et de fougère, aussi liquide que le peiyeou. Ce vernis est très-fort, et l’on a soin de ne point l’appliquer à la porcelaine que l’on veut peindre en bleu, parce que cette couleur, après la cuisson, ne paraîtrait pas à travers la couverte. La porcelaine à laquelle on donne ce fort vernis peut être exposée sans danger au plus grand feu du fourneau. On la cuit ainsi toute blanche, ou pour la conserver avec cette seule teinte, ou pour la dorer, ou la peindre de diverses couleurs, et la faire ensuite repasser au fourneau ; mais si l’on se propose de peindre la porcelaine en bleu et si l'on veut que la couleur paraisse après la cuite, il ne faut mêler que sept tasses de pe-yeou avec une tasse de la mixtion de cendres de chaux et de fougère.
• La manière dont on doit appliquer le vernis ou la couverte aux porcelaines exige encore beaucoup d'adresse et des soins particuliers, soit pour que la couche n’ait que l’épaisseur prescrite, soit pour la rendre égale et uniforme sur toute la surface du vase. On fabrique des pièces de porcelaine si minces et si délicates, qu elles ne pourraient supporter une couche épaisse de vernis: leurs frêles parois plieraient sous le faix et se déjetteraient. Pour parer à cet inconvénient, on divise cette couche en deux autres plus légères, données successivement, l’une par aspersion et l’autre par immersion. Par exemple, s’il s’agit d’une tasse, on la prend d’une main par le dehors, et la tenant inclinée sur l'urne où est le vernis, on fait jaillir de l'autre main autant de cette huile qu’il en faut pour mouiller toute sa surface intérieure. On la reprend dès u’elle est sèche : on insère les doigts e la main dans sa cavité, puis la sou-
tenant de l’extrémité d’une baguette, passée sous sa base, on la plonge légèrement dans le vernis, d'où on la retire aussitôt (*)• »
Dernières manipulations données à la matière
de la porcelaine. Fabrication des pièces.
« Toutes les manipulations qui précèdent la cuisson s’exécutent dans les endroits les moins fréquentés de Kingte-tchin. Là, dans une enceinte spacieuse de murailles, on a bâti de vastes appentis, où l’on voit disposées en étages un grand nombre d'urnes de terre. C'est dans cette enceinte que demeurent et travaillent une infinité d’ouvriers, qui ont chacun leur tâche marquée. Une pièce de porcelaine, avant d’en sortir pour être portée au fourneau, passe par les mains de plus de vingt personnes; et tout cela s’exécute sans confusion.
« Le premier travail consiste à purifier de nouveau le pe-tun-tseu et le kao-lin. On procède ensuite au mélange de ces deux matières. On met autant de kao-lin que de pe-tun-tseu pour les porcelaines fines; pour les moyennes, on emploie quatre parts de kao-lin sur six de pe-tun-lseu. Le moins qu’on en mette est une partie de kao-lin sur trois de pe-tun-tseu.
«Ce mélange fini, on jette celte masse dans un large bassin bien pavé et cimenté de toutes parts ; puis on la foule et on la pétrit jusqu'à ce qu’elle commence à se durcir. Ce travail est d’autant plus rude qu’il doit être continu ; s’il était interrompu, tous les autres ouvriers resteraient dans l’inaction. On détache de cette masse, ainsi préparée, différents morceaux qu'on étend sur de larges ardoises; on les pétrit encore et on les roule dans tous les sens, en observant soigneusement qu’il ne s’y trouve aucun vide ou qu'il ne s’y mêle aucun corps étranger. Un cheveu, un grain de sable perdrait tout l'ouvrage. Faute de bien façonner cette pâte, la porcelaine se fêle, éclate, coule et se déjette. La perfection des pièces dépend de ce premier travail.
« Tous les ouvrages unis se façon-
(*) v»y. Grenier, Description de I* Chine, t. VU , p. 19 à 38.
41* Livraison. (Chiwb modehnk.)
nent sur la roue. Quand une tasse en sort, elle n’est qu'une espèce décalotté. L'ouvrier lui donne d'abord le diamètre et la hauteur qu’elle doit avoir, et elle sort de ses mains presque aussitôt qu'il l’a reçue. H est forcé d'user de vitesse, puisqu’on ne lui paye que trois deniers par planche, et chaque planche est garnie de vingt-six pièces. Cette tasse est reçue par un second ouvrier qui l’assied sur sa base. Peu après, elle est livrée à un troisième, qui rapplique sur son moule et lui en imprime la forme; en retirant la tasse de dessus le moule, il faut la tourner doucement sur ce même moule, sans la presser plus d’un côté que de l'autre; sans quoi elle se bosselle ou se déjetle. Un quatrième ouvrier polit cette tasse avec le ciseau, surtout vers les bords, et en diminue l'épaisseur autant qu’il est nécessaire pour lui donner de la transparence.
Enfin, après avoir passé par toutes les mains destinées à lui donner ses divers ornements, elle est reçue, quand elle est sèche, par un dernier ouvrier, qui en creuse le pied avec le ciseau. Il est étonnant de voir avec quelle célérité et quelle adresse ces ouvriers se transmettent ces vases les uns aux autres. On assure qu'une pièce de porcelaine cuite doit passer par les mains de soixante-dix personnes.
« Les grands ouvrages s’exécutent par parties, qu'on travaille séparément.
Lorsque toutes ces pièces de rapport sont achevées et presque sèches, ou les unit et on les cimente avec la matière même de la porcelaine délayée dans l’eau. Quelque temps après, on polit avec le ciseau, en dedans et au dehors du vase, la ligne de réunion, qui, bientôt couverte du vernis, disparaît et n’est plus sensible. C'est ainsi qu'on adapte aux pièces des anses, des anneaux et autres parties semblables. Ceci regarde spécialement la porcelaine qu'on façonne sur des moules ou qu’on modèle entre les mains, tels que les ouvrages cannelés, les grotesques, les figures d’arbres, d'animaux, d’idoles, les bustes que les Européens commandent. Ces divers morceaux se forment de quatre ou cinq pièces qu'on réunit, et qu’on perfectionne ensuite avec des instruments propres à creuser, à polir et à
L’UNIVERS
rechercher les différents traits que le moule a rendus peu sensibles. Quant aux fleurs et aux ornements qui u’ont point de relief, on les marque par l'empreinte d’un cachet. On flxe aussi aux pièces de porcelaine des dessins et des ornements en relief tout prépares, à peu prêt comme on applique une broderie sur un habit. Quelquefois encore on les exécute d’une manière plus expeditive : on se contente de dessiner les Coures avec le burin sur le corps même du vase ; on fait ensuite dans leur contour de légères entailles qu on arrondit et qui leur donnent du relief (*).v
Travail du fourneau. Cuisson de la porcêlainê.
« Lorsque la porcelaine a reçu sa forme, son vernis, ses couleurs, on la transporte du laboratoire au fourneau, qui se trouve quelquefois h une autre extrémité de Kiug-te tchin. Le porteur place sur chacune de ses épaules une planche longue et étroite, sur laquelle sont rangées les pièces de porcelaine.
Chargé de ces frêles ouvrages, il traverse »vec une agilité surprenante les rues les plus tumultueuses et les plus embarrassées du bourg, sans qu’il lui arrive de perdre son équilibré , malgré les mouvements qu'il se donne pour esquiver et prévenir les chocs.
«Le travail du fourneau exige de nouveaux soins, non moins compliqués que les premiers. Dans une espece de vestibule qui le précède, on aperçoit d’abord des tas de caisses et d’étuis faits de terre, destinés à renfermer la porcelaine. Chaque pièce, pour peu qu’elle soit considérable, 9 sou étui ; et l'ouvrier chinois imite, par ce procédé, celui de la nature, qui, pour conduire les fruits à une |ustc maturité, les revêt d’une enveloppe qqi les détende ou de lq trop vive ardeur du soleil pendant (e jour, ou dg lit (raîçlieur dd’air pendant la nuit.
« Ces caisses, ijqut la consommation est prodigieuse, SC fabriquent dans uq gri s village distant d'uue lieue de King-te-tcùin. Qo y emploie trois sortes lie terre: la première est tuje terre
(*) Vqjex Grutier, tome Vil , p. xS à 3a.
jaune, fort commune; la seconde une terre forte; la troisième une terre gra-se et huileuse. Ces deux derniere* sont assez rares et chères, parce qu’on est obligé de les extraire d’une mine très-profonde. Aussi, dans le mélange qu'on fait de ces terres, a-t-on soin, par vue d’épargne, de faire dominer la première: d’où il résulte que ces caisses durent peu. Presque toutes éclatent lorsqu’elles ont supporté le feu de deux ou trois fournées. Si elles ne sont que fêlées ou légèrement fendues , on les environne d’un cercle d’osier : le cercle se brûle, mais la caisse n’en fait pas moins encore le service de cette fournée et la pièce de porcelaine n'en souffre pas. Ces caisses ne sont pas cuites avant qu’on les emploie; mais il faut avoir soin de ne pas remplir tout un fourneau de caisses neuves; elles ne doivent former que la moitié du nombre de celles qu'on y admet. Celles qui ont déjà servi occupent le haut et le bas des piles ; le milieu est réservé pour les caisses neuves.
« Au fond de ces caisses est une couche de gravier lin, qu’on recouvre de poussière de kao-lin, afin que le sable ne s’attache pas tiop au pied du vase : on le place sur ce Ht de sable, qu'on presse un peu, pour lui faire prendre la forme du fond de la porcelaine, laquelle ne touche point aux parois de son étui. Le haut de cet étui n’a point de couvercle : un second étui, pareillement garni de sa porcelaine, s’enchâsse dans Iç premier, de telle sorte qu’il le . ferme entièrement , sans toucher à la porcelaine qui est au dessous ; et c’est ainsi qu'on remplit le fourneau de hautes piles de caisses qui défendent les ouvrages qu’elles contiennent de l'action directe du feu. Les porcelaines qui ont un couvercle le conservent dans leurs étuis ; il s’attache un peu à la pièce pendant la cuisson, mais un léger coup qu'on lui donne l’en sépare Facilement,
« Quant aux petites pièces de porcelaine, telles que sont les tasses à thé, on les renferme dans des caisses commîmes de forme ronde, et qui n’ont que quatre pouces de hauteur. Chaque pièce est posée sur une soucoupe de terre de l'épaisseur de trois ou quatre
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lignes et de la largeur de sou pied. Ces petites bases sont aussi recou >ertes de poussière de kao-lin. Quand ces caisses sont un peu larges, on ne met point de porcelaine au milieu, parce qu'elle se trouverait trop éloignée des côtés et par là même de l'action du feu.
« Les porcelaines, avant leur cuisson, sont des ouvrages si fragiles et si délicats, que l’ouvrier, en les touchant de la main , craindrait de les briser ou d'altérer leurs formes. Ce n’est qu'à l'aide d’un léger cordon qu’il les déplace et les transporte. Le milieu de ce cordon est fixé à deux branches un peu courbes d’une fourchette de bois, que l’ouvriertient d'une main, tandis qu’avec les doigts de l’autre il saisit les deux bouts croisés du cordon, qu’il ouvre et qu’il rétrécit selon l'ampleur de la porcelaine. Cest après l’avoir ainsi enlacee qu’il l’enlève de dessus la planche et la pose doucement au fond de la caisse. Ces attentions minutieuses n'empêchent pas que tout ce service ne se fasse avec une increvable célérité.
« Toutes ces piles de caisses se placent dans le fourneau sur un demi-pied de gros gravier : celles de ces piles qui occupent le milieu ont au moins sept pieds de hauteur. Les deux caisses qui sont au bas de chacune restent vides, parce que le feu n'agit que faiblement sur elles, et que le gravier les couvre en partie. Par la même raison, on ne remplit point la dernière caisse, qui se trouve la plus élevée. Les piles qui renferment la plus fine porcelaine occupent le milieu du fourneau; on place dans le fond celle qui l’est moins, et à l’entrée toutes les pièces qui ont plus de corps et qui sont fortes en couleur.
« Ces différentes piles sont disposées dans le fourneau fort près les unes des autres; elles se soutiennent mutuellement par des morceaux de terre qui les lient en haut, en bas, vers le milieu, de sorte cependant que la flamme ait un libre passage pour s’insinuer partout et envelopper également toutes les plies.
• Les fourneaux où l’on cuit la porcelaine sont précédés d’un assez long vestibule qui conduit l'air et fait, en
quelque sorte, l'office de soufflet : il sert aux mêmes usages que l’arche des verreries. « Ces fourneaux, dit le P. « Dentrecolles, sont présentement plus « grands qu'ils n'étaient autrefois: ils « n'avaient alors que six pieds de hau- « teur et de largeur; maintenant ils « sont hauts de deux brasses, et ont « près de quatre brasses de profondeur.
« La voûte est assez épaisse pour qu’on
• puisse marcher dessus sans qu'on « soit incommodé du feu. Cette voûte « n'est en dedans ni plate , ni formée « en pointe; elle va en s’allongeant, et « el e se rétrécit a mesure qu’elle ap- « proche du grand soupirail qui est à
• I extrémité, et par où sortent les tour- « billons de flamme et de fumée. Outre
• cette gorge, le fourneau a sur sa tête
■ cinq petites ouvertures qui en sont « comme les yeux : on les couvre de « quelques pots cassés, de telle sorte « pourtant qu’ils soulagent l’air et le « feu du fourneau.
« On juge que la cuite est parfaite,
• I* lorsque In flamme qui sort n'est
• plus si rouge, mais qu’elle est un peu « blanchâtre ; 2* lorsque, regardant par « l’une des ouvertures , on aperçoit « que les caisses sont toutes rouges ;
■ 8“ lorsque, après avoir ouvert une « caisse d'çn haut, avec une pincette de « fer, et en avoir tiré une porcelaine,
« on voit, quand elle est refroidie, que
• le vernis et les couleurs sont dans
• l'état où on les souhaite; 4° enfin
• lorsque, regardant par le haut du «fourneau, on voit que le gravier du
• fond est luisant. C'est par tous ces « indices que l’ouvrier juge que la por- « ce laine est arrivée à la perfection de « la cuite. Alors on discontinue le feu,
« et l’on achevé de murer pour quelque « temps la porte du fourneau. Ce fuur- « neau a dans toute sa largeur un foyer « profond et large d’uu ou deux pieds;
• on le passe sur une planche, pour eu- « trer dans la capacité du fourneau et « y ranger la porcelaine. Quand on a
• allumé le feu du foyer, on nuire 311s- « sitôt la porte, n’y laissant que l’ou- « verture necessaire pour y jeler des « quartiers de gros bois, longs d'un « pied, mais assez étroits. On chauffe
• d’abord le .fourneau pendant un jour
• et une nuit ; ensuite deux hommes,
L’UNIVERS
« qui se relèvent, ne cessent d’y jeter tretient. Le P. Dentrecolles rapporte » du bois. On en brûle communément, qu’on vint un jour lui montrer une « pour une fournée, jusqu'à cent quatre- de ces pièces de porcelaine que les
« vingts charges. A en juger par ce que Chinois appellent yao-pien ou trans-
« dit un auteur chinois, cette quantité mutation. Cette transmutation, ou « ne devrait pas être suffisante : il as- nouvelle combinaison de substances , «sure qu’ancien nement on brûlait s'opère daus le fourneau, soit par le «deux cent quarante charges de bois, défaut, soit par l'excès de la chaleur,
« et vingt de plus, si le temps était plu- mêlés sans doute à beaucoup d’autres « vieux, bien qu’nlors les fourneaux causes qu’il est difficile de deviner.
• fussent moins grands de la moitié Quelquefois il résulte de ces jeux du
« que ceux-ci. On y entretenait d’abord hasard des morceaux précieux par leur «un petit feu pendant sept jours et singularité; tel était celui qu’on Gt « sept nuits : le huitième jour on fai- voir au missionnaire. L’ouvrier avait «sait un feu très-ardent; ei il est à rempli son fourneau de porcelaines « remarquer que les caisses de la petite peintes en rouge soufflé : cent pièces fu- « porcelaine étaient déjà cuites à part, rent totalement perdues. Mais dans cet « avant que d'entrer daus le fourneau; amas informe de porcelaines à demi «aussi faut-il avouer que l'ancienne fondues et vitriGées, on trouva un vpse « porcelaine avait bien plus de corps dont la matière avait l’œil, la transpa- « que la moderne. On observait encore rence et toutes les qualités de l'agate. « une chose qui se néglige aujourd’hui : Si la dépense n’empéchait de multiplier
« quand il n’y avait plus de feu dans le des essais de ce genre, on parviendrait « fourneau on ne démurait la porte peut-être au secret de ces transforma- « qii'après dix jours pour les grandes lions et à exécuter régulièrement ce que « porcelaines et après cinq jours pour le hasard a produit une fois. C'est « les petites. Maintenant on diffère à ainsi que les Chinois ont réussi à se « la vérité de quelques jours à ouvrir procurer un de leurs vernis les plus « le fourneau, et à en retirer les gran- éclatants, leur beau noir ou-kin , dont «des pièces, car sans cette précaution un caprice du fourneau leur avait of- « elles éclateraient; mais pour ce qui fert le premier modèle.
« est des petites, si le feu a été éteint à ■ Plaçons ici une observation impor- « l'entrée de la nuit, on les retire dès tante. Il faut avoir soin que les porce- « le lendemain. Le dessin apparemment laines dont le vernis contient beaucoup « est d’épargner le bois pour une se- de cendres de fougère soient cuites « conde fournée. Comme la porcelaine dans le lieu le plus tempéré du four- « est brûlante, l’ouvrier qui la retire neau, c’est-à-dire ou après les trois «s’aide, pour la prendre, de longues premiers rangs de caisses qui forment
• écharpes pendues à son cou. « la pile, ou vers la hase de celle-ci, à la
« La cubson des porcelaines est su- hauteur d’un pied ou d'un pied et demi, jette a une foule d'accidents que toute Si ces porcelaines étaient placées à l’exl’habileté des ouvriers ne peut ni pré- trémité supérieure de la pile, au haut voir, ni prévenir. Il est rare qu’une du fourneau , où les flammes, en se refournée réussisse en entier; il arrive courbant, produisent la chaleur la plus même quelquefois qu’elle est entière- vive, la cendre de fougère se fondrait ment perdue, et qu’en ouvrant le four- précipitamment, et la couverte s’écouneau on trouve les porcelaines et les ferait le long de la porcelaine. Le caisses réduites en une masse informe, même accident aurait lieu pour les aussi dure qti’un rocher. Un trop grand porcelaines peintes du vernis rouge, du feu ou des caisses mal conditionnées rouge soufflé, du vernis long-Uioue », suffisent pour ruiner tout l’ouvrage. 11 à raison de la grenaille de cuivre qui est d’autant plus difficile de parvenir à entre dans la composition de ces verrégler le feu, que la nature inconstante nis, et qui ne résisterait point à l'acdu temps peut changer en un instaat tion d'un feu trop violent. On cuit, au son action, la qualité du sujet sur le- contraire, au haut du fourneau, les quel il agit, et celle du bois qui l’en pièces de porcelaine qui ont reçu le
vernis tsoui-yeou, dont nous parierons dans le paragraphe suivant.
« Lorsque la porcelaine, après avoir reçu son vernis, a passé dans les grands fourneaux, souvent on la peint ou on la dore, et, pour Axer ces nouveaux ornements, on la cuit une seconde fois.
Les fourneaux destinés à cette seconde cuisson sont beaucoup moins grands que les premiers. Les plus petits peuvent être exécutés en fer; mais, plus communément, ils sont de terre comme les autres. Leur hauteur est de cinq à six pieds, sur trois ou quatre de largeur et de profondeur. On les construit de matériaux formés de la même pâte que les caisses h porcelaine : ce sont des plaques en terre cuite, épaisses d'un demi-pouce, hautes d’un pied et larges d’un pied et demi, posées de champ les unes au-dessus des autres et cimentées avec soin. La base du fourneau, élevée de terre d’un demiied, porte sur deux ou trois rangs de riques épaisses. Tout autour régné une petite enceinte de maçonnerie, au bas de laquelle on ménage trois ou quatre ouvertures qui tiennent lieu de soufflets pour animer le foyer.
Cette enceinte laisse entre elle et le fourneau un espace vide d’un demipied, excepté en trois ou quatre endroits, qui restent pleins et massifs, pour servir comme d'arcs-boutants au fourneau.
• On ne fait pas usage de caisses pour renfermer les porcelaines qu’on veut faire recuire. On les range par piles dans le fourneau en plaçant successivement, et par ordre de grandeur, les petites pièces dans les plus grandes. Mais il faut avoir l'attention d’empêcher que les porcelaines, ainsi emboîtées , ne se touchent par leurs côtés peints : ce seraient autant de pièces perdues. Quand l’inégalité des grandeurs ou la diversité des formes empêche cet emboîtement, on dispose les porcelaines par Rts, qu'on élève les uns au-dessus des autres en les séparant par de larges plaques en terre cuite.
Dès que le fourneau est ainsi rempli , on le couvre des mêmes matériaux dont on a formé ses parois. Les pièces de cette toiture sont disposées comme les tuiles , et fortement unies avec du
mortier : on aisse seulement au haut une ouverture, qu'on ferme d’un tesson quelconque.
« Aussitôt que tous les préparatifs sont faits, on allume un feu vif sous le fourneau; l’espace vide que forme autour du foyer la petite enceinte de briques, est rempli de charbons ardents, et on les répand avec profusion jusque sur le toit. Quand le feu est dans toute son activité, on regarde de temps en temps par l'ouverture supérieure :
lorsqu'on voit, jusqu'au fond du fourneau, toutes les pièces rouges et embrasérs ; lorsque les couleurs, bien incorporées avec la porcelaine, ne laissent plus apercevoir de saillie ni d'inégalité sur sa surface, on juge que les pièces ont atteint leur juste degré de cuisson, et l’on cesse le feu (*). »
Porcelaine craquelée.
« A la Chine comme en Europe, dit M. Stanislas Julien, les amateurs de porcelaine recherchent avec avidité, et achètent à des prix exorbitants, les vases à fond blanc ou grisâtre dont l’émail est fendillé de mille manières, tantôt en dehors, tantôt en dehors et en dedans : c’est ce qu’on appelle des rates craquelés. Il arrive quelquefois, chez nous, que, dans une fournée de trois à quatre cents vases de porcelaine, il s'en trouve un ou deux dont la couverte (l’émail) est en partie craque. ée ; mais jusqu’ici, quoiqu'on connaisse bien la cause de la craquelure (elle tient à ce que l’émail n’a pas le même retrait que la pâte du vase), on n'avait pas encore pu la produire en grand et d’une maniéré inlaillible sur toute une fournée.
* Les Chinois la font par un procédé des plus simples ; le voici tel qu’il se trouve décrit dans l’ouvrage intitulé : King-te-tchin-tao-lou ( liv. VI , fol. 7) :
Tchoui-khi ou vases craquelés.
« Les vases de genre qui ont été fa- « briqués sous la dynastie des Song du «sud (entre 1 1 27 et 1278) sont d'une « pâte grossière et dure : ils sont épais « et lourds. Il y en a d’un blanc de riz
(*) Voyez Grosier, t. VII, p. <6 à Sp.
L’UNIVERS
« et d’un bleu clair. Poiir obtenir la « craquelure, on combine du lina-chi
• (de la stéatite) avec la mal ire de l’é- « mai!. Après que le vase a été soumis « à l'actioi> du feu, l’émail se divise en « un nombre infini de raies légères qui « courent en tous sens (en formant une « sorte de reseau continu), Comme si le « vase était fendu en mille pièces. On « prend ensuite de l’encre grossière ou « de la sanguine, et l’on en remplit les
• fentes du craquelé; puis on e»suie et «l’on nettoie le vase. Il y a des vases « ainsi fendillés sur le fond uni des- « quels on dessine des fleurs bleues. •
« L’auteur de l'ouvrage précité nous apprend que l'on imite parfaitement ces anciens vases craquelés, à la manufacture impériale de Ring-tetchin (*). »
Porcelaines extraordinaires ou 1 1 une exécution difficile.
« Les ouvriers chinois avafent autrefois le secret de faire une porcelaine très-singulière: ils peignaient, sur les parois d’un vase, des poissons, des insectes ou d'autres animaux qu’on ne pouvait apercevoir que lorsque la porcelaine était remplie de quelque liqueur. Ce secret s’est perdu en partie; voici cependant quelques-uns des procèdes dont le souvenir s’est cou-ervé.
La porcelaine qu’on veut peindre de cette manière doit être très-mince:
lorsqu’elle est sèche, on applique la Couleur un peu épaisse., non en dehors, selon la pratique ordinaire, mais en dedans et sur les côtés. On y peint communément des poissons, comme plus analogues avec l'eau dont on remplit le vase. Lorsque la couleur, qui est communément un bleu d'azur, a bien séché, on la recouvre d'une légère couche d’une espèce de colle faite de la terre même (le la porcelaine. Cette couche serre l'azur, qui se trouve ainsi renfermé entre deux lames de pâle de porcelaine. Quand la couche est sèche, on jetle de l’huile ou du vernis dans l’intérieur du vaso, et quelque temps apres on le met sur le moule et au tour.
(’} Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, t. XXIV (séance du ai juin 1847),
Comme cette pièce de porcelaine a reçu de la consistance et du corps par le dedans, on la rend par dehors aussimince qu’il est possible, sans cependant pénétrer jusqu’à la couleur ; ensuite on plonge dans l’huile le dehors de la porcelaine et, lorsqu’elle est sèche, on la cuit dans le fourneau ordinaire. L’art de fabriquer ces vases exige des soins délicats et une dextérité que les Chinois n'ont peut-être plus aujourd’hui. Ils font néanmoins , de temps en temps, quelques tentatives pour retrouver le secret de cette peinture magique; mais ils n'obtiennent que des succès très-imparfaits. Cette orcelaine est connue sous le nom de ia-tsin, aitsr mit en preste.
« On cite eucore une autre espèce de porcelaine, que la difficulté de soq exécution rend assez rare a la Chine même.
Cette porcelaine a très-peu de corps:
les parois du vase sont minces, Irgère3, transparentes, et la surface, tant en de dans qu’au dehors, est parfaitement unie. Cependant ses côtes extérieurs font voir des moulures, des cannelures et d’autres ornemeuts qui produisent l’illusion du relief. Voici, dit-on, la manière dout on travaille cette porcelaine. Au sortir de dessus la roue, lorsque sa pâte est encore molle et flexible, on l'applique intérieurement sur un moule, qui porte l’empreinte en relief des ornements qu’on veut lui donner. Ces dessins s'impriment en dedans de la pièce, qu’on s'efforce ensuite d'amincir en dehors le plug qu’il est possible, en la travaillant avec le ciseau sur le tour. Si l’ouvrier a été assez adroit pour réussir, il donne le vernis à toute la porcelaine et la fait cuire dans le fourneau ordinaire.
« Les magots, les grotesques, les figures d’animaux sont les sujets que les ouvriers chinois entreprennent avec le plus de succès. Us exécutent des canards et des tortues si légères, qu’elles flottent sur l’eau. Le P. Dentrecolles parle d’un chat de porcelaine, parfaitement imité: on plaçait dans sa tète une lampe dont la flamme formait ses deux yeux et les rendait étincelants; l’effet de cette figure était tel, que les rats, pendant la nuit, ne l'avaient pas plutôt aperçue qu’ils fuyab nt épouvantés.
CHlfiR MÔbERNE. 047
• Plusieurs causes concourent à rendre la belle porcelaine de la Chine trèschère en Europe. Outre le gain considérable des marchands qui vont la chercher et celui que font sur eus leurs commissionnaires chinois, il est rnré, comme nous l’avons observé, qu’une fournée réussisse complètement. Ces pertes, souvent reitérées, doivent être compensées par un surcroît de prix mis à tout ce qui sort des fournées qui suivent et qui sont plus heureuses.
D’ailleurs , la porcelaine qu’on transporte en Europe est toujours faite d’après des modèles nouveaux, qu’il est plus difficile d'exécuter. Il suffit aussi qu'elle offre quelque défaut, pour que le marchand européen la rejette, et elle reste alors entre les mains de l’ouvrier chinois, qui ne peut s’en défaire, parce qu’elle n’est pas selon Je goût de sa nation : d’où il résulté qu’il faut que les pièces que l'Européen emporte payent pour celles qu'il n a point agréées.
« Les Chinois partagent leur porcelaine en plusieurs classes, selon ses divers degrés de finesse et de beauté.
Toute celle de la première classe est réservée pour l’empereur. Si quelquesuns de ces ouvrages passent dans le public, c'est qu'ils sont déparés par des taches et des imperf criions qui les ont fait juger indignes d’être offerts au souverain. Parmi les porcelaines destinées pour l'empereur, il en est cependant d’une qualité inférieure; mais celles-ci ne sont point pour son usage: on les réserve pour élie distribuées en présents que prescrit l'étiuette. Il doit dès lors paraître assez outeux qu’on ait jamais vu en Europe la grande et belle porcelaine de la Chine: les missionnaires assurent du moins qu’on n'en vend pas de ce genre à Canton. Quant à la porcelaine de l'espèce moyenne et commune, elle est répandue avec profusion dans toutes les classes de la société. Elle orne les appartements, les bureaux, les toilettes, les tables, les buffets, les cuisines même. Toutes les personnes aisées boivent et mangent dans la porcelaine.
Elle fournit la matière dont on façonne une foule de petits meubles; on en fait des urngs, des corbeilles, des vases pour les fleurs, de petites cuves pour
les poissons doré*. Le* architectes en recouvrent les élégantes toitures de certains bâtiments, et s'en servent quelquefois au lieu de marbre pour en incruster les édifices. On connaît, à la Chine, des tours très-élevées (*) toutes revêtues de porcelaine (**). »
PTBOTKCHN1E CHINOISE.
*Lâ pyrotechnie, dit encore l’abbé Grosier, est un art que les Chinois ont poussé fbrt loin et dans lequel ils sont testés longtemps sans rivaux. A l’aide de leurs nombreuses espèces de poudre et des diverses substances qu'ils y mêlent, les artificiers chinois ohtiebuent les feux les plus vifs et les plus variés, des feux rouges, blancs, noirs, ou qui réunissent cinq couleurs à la fois; des feux qui S’arrondissent en globes étincelants, d'autres qui ébranlent l’air par leurs détonations précipitées, d’autres encore qui mêlent l’éclat dont ils brillent à de longues et majestueuses ondulations de fumée, dans lesquelles ils se perdent.
« Les représentations de fleurs et de fruits en feu, ornés de leurs couleurs naturelles, furent longtemps les pièces d'artifice qui étonnèrent le plus leS spectateurs européens, lorsqu'ils étaient admis aux fêtes données par l’empereur. Le secret de la Composition rie ces fleurs était ignoré ; mais il nous e été révélé par le P. d’inearvllle, qui en a fait l’objet d’un mémoire particulier : « T,a matière de ces fleurs, dit cet ha- « bile missionnaire, n’est autre chose
* que de la fonte de fer réduite en sa* « ble; selon que ce Sable de fer a passe « par des tamis plus ou moins Ans, les « fleurs qu’il donrte sont plus ou moins « grandes. On fait ce sable avec de vieil-
* les marmites cassées ou hors d’état « de servir; ouïes brise par morceaux « de la largeur de la main, après quoi « on les fait rougir il un feu de fonte; « au sortir du feu, on les jette dans un « baquet rempli d’eau fraîche, où on «les laisse refroidir; ainsi calcinés, on « les réduit bien plus facilement en sa-
(*) Voyez plus haut, p. 6a.
(**) Voyez Grosier, Description de la Chine, t. Vil, p. 5y il 8J.
L’UNIVERS
« ble. On les casse premièrement en
• parcelles de la largeur d'un doigt. Il « faut que l’enclume et le marteau
• dont on se sert pour réduire ces par-
• celles en sable soient aussi de fonte, « parce qne l’acier aplatit les grains.
• I.es angles des grains de sable doivent « être vifs ; ce sont ces angles qui for- « ment les fleurs. Quand, parla force - du feu, le sable fond en l’air, il re- « tombe en grains arrondis , percés et « vides. »
« Pour obtenir un feu brillant dans les fleurs, ondoitchoisirdelafontedont le grain soit ün. Le fer des environs de Pe-king est d’une texture grossière et donne des fleurs peu brillantes, qui tirent sur le rouge ; tandis que celui des provinces méridionales, qui est trèsfin, produit des fleurs blanches, brillantes et à six rayons. Le fer de Peking ne donne des fleurs qu'à quatre rayons. Outre cet avantage, le sable fait de fonte Gne se conserve longtemps sans se rouiller; celui de fonte grossière se rouille d’abord et ne peut plus servir à la production des fleurs.
« Pour donner à ces fleurs les couleurs qui leur sont propres, on mêle au sable de fonte les matières convenables. L’orpiment, par exemple, donne les feux jaunes; le camphre et la ceruseles feux blancs ; l’indigo les feux bleus, le cinabre minéral les feux rouges. Cependant le missionnaire ne garantit pas ces deux dernières substances colorantes, dont il n'a pas vu et vérilie l’effet.
« Chaque espèce de sable de fonte, selon qu’il est plus ou moins gros, produit des fleurs d une forme différente, etd’après la ressemblance qu’elles ont avec certaines fleurs naturelles , les Chinois leur eu donnent les noms, comme de matricaire, de rose, d’oeillet, de grenade, etc.
« Lorsque la fonte de fer est pulvérisée, on la tamise pour la séparer selon ses différentes grosseurs. On la fait passer successivement par trois tamis de soie et trois tamis de crin, tous progressivement moins lins, moins serrés et plus clairs, en sorte que le dernier soit propre à laisser passer de gros son. On obtient ainsi six sortes de sable, qui doivent donner des fleurs plus ou moins larges. Cependant les ar-
tificiers de l’empereur ne distinguent que trois sortes de sable, le sable fin, le moyen et le gros sable. Le sable fin ou premier sable est de la grosseur de la petite cendrée dont nous nous servons pour tirer aux moineaux ; le moyen sable est comme du plomb à cailles, et le gros sable, comme du plomb à perdrix. Le missionnaire remarque que du gros sable, comme du plomb à lièvre, donnerait des fleurs plus larges et plus belles, mais qu’on n’en fait pas usage à la cour de l'empereur, parce qu’on y préfère que. les fleurs s’élèvent davan tape et ne soient pas si grandes.
« Les Chinois ornent les scèDes d’artifices d’animaux de toute espèce ; ils y représentent des lions, des tigres, des dragons, des serpents : souvent ils y joignent, comme décoration , des treilles chargées de pampres et de raisins.
Ils excellent surtout dans l'imitation de ces raisins, lesquels, malgré le feu qui les pénètre, conservent la couleur qui leur est propre. La matière qu’ils emploient pour figurer ces fruits est une pâte composée de soufre réduit en poudre impalpable et de colle de farine. Il faut que cette pâte soit d’une consistance épaisse, ferme et solide.
Les artificiers chinois , pour donner aux raisins une couleur plus foncée de violet pourpré, substituent a la colle de farine la cnair des jujubes, qu'ils font cuire et dont ils retranchent la peau et le noyau.
« Cette même pâte leur sert également à former différents dessins , des devises, des inscriptions. On garnit les contours des dessins ou des lettres qu’on a tracées d'un double fil de fer, afin que la matière qu’on applique sur ces traits s’y; maintienne facilement.
Veulent-ils faire paraître des animaux en feu au milieu de leurs pièces d’artifice , ils préparent des tiges de gros mil, dont ils construisent la charpente intérieure de ces figures, comme nous façonnons des chevaux d’osier pour nos représentations théâtrales. Ils enduisent cette bâtisse d’argile ou terre grasse pour empêcher qu’elle ne brûle, et après en avoir ragréé toutes les parties, selon la forme qu'ils veulent lui donner, ils la recouvrent en entier d’une couche de la pâte de soufre et de colle de
farine, à laquelle ils attachent un grand nombre de petites mèches ou étoupilles destinées à opérer la rapide communication du feu. Lorsque le simulacre est à ce point, ils collent sur toute sa surface un fort papier, qu'ils peignent ensuite des couleurs propres à l'animal représenté. Ces animaux en feu durent autant de temps qu’on le veut et proportionnellement à l'épaisseur de la couche de pâte de soufre dont on les a revêtus. Comme celle-ci n’est point sujette à couler, leurs formes ne s’altèrent point.
* La pyrotechnie chinoise a aussi ses
flièces d artifice destinées à courir sur es eaux, dont elle se plaît à embellir la surface, en la peuplant de cygnes et de canards en feu. Elle ne connaît point l’usage de nos soleils, de nos pots a feu, ni des étoiles dont nous ornons nos fusées (*). »
On trouve dans le f-'oyage en Chine de Barrow la description d'une fête magnifique donnée à Tching-le-fou (Je-ho), dans la Tartarie orientale, par l'empereur Khang-hi, fête qui fut terminée par un très-beau feu d’artifice.
« Parmi les différentes choses que j’admirai dans ce feu, dit lord Macartney, il y avait une caisse verte de cinq pieds carrés , qu'on éleva à cinquante ou soixante pieds de terre, au moven d’une poulie. Le fond de cette caisse était construit de manière que, lorsqu’elle fut à cette hauteur, elle s’ouvrit tout à coup et il en sortit vingt à trente cordons, garnis de lanternes qui se déployèrent graduellement : il y en avait au moins cinq cents ; et toutes éclairaient et étaient superbement colorées par la flamme qui était dedans.
Les lanternes étaient, je crois, de gaze ou de papier. Leur descente et leur déploiement se répétèrent plusieurs fois, et chaque fois elles offraient de nouvelles formes et de nouvelles couleurs. De chaque côté et à quelque distance de la grande caisse, il y en avait de petites qui s’ouvraient dê la même manière et d’où il sortait un immense réseau de feu, avec des divisions de toute forme et de toute grandeur. Il y
(*) Description générale de la Chine, par
M. l’abbé Ci rosier, i. VII, p. aor à ai6.
avait des sphères, des carrés, des hexagones, des octogones et des losanges; les réseaux brillaient comme le cuivre bruni le plus éclatant, et dès que le moindre vent les agitait , il en sortait des flammes qui ressemblaient à des éclairs et réunissaient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Les feux d'artifice se terminèrent par un volcan , c’est-à-dire par une explosion générale de fusées, de serpenteaux, de pétards, de bombes et de grenades (*). »
FÊTES RELIGIEUSES BT CIVILES DBS CHINOIS.
Voici, d’après l'almanach de 1850, publié à Canton par M. S. Wells-Williams, le tableau des fêtes religieuses et civiles, observées pendant l’annee :