XIX* DYNASTIE. LES SODNG
OC 960 A (179, 3t9 AVe; 18 kMPBCCOCC.
Les empereurs de cette dynastie tinrent leur cour les uns à Tchang-ngan , ou Si-ngan-fou , les autres à Pian-liang (aujourd’hui Kaï-foung-fou), dans le Ho-nan. Neuf de ces empereurs, durant cent soixante-sept ans , choisirent la cour occidentale , et les neuf autres fixèrent leur séjour, pendant cent cinquante-deux ans, dans la province orientale du Ho-nan. Ce ne fut que sous cette dynastie que l’empire chinois commença à respirer, après tant de troubles, de guerres civiles et de calamités dont il avait été agité depuis les derniers empereurs de la dynastie des Thang; période de désolation pour la Chine, pendant laquelle le règne des lois fut su^endu , pour faire place à celui de la force et ue l’oppression , au milieu de l’anarchie la plus désastreuse qui eût désolé ce grand empire.
RÈGNE DE TAl.TSOn (ÿSo g-jS.)
Le premier empereur de la dynastie des Soung (Taï-tsou (') , le -fermer ancêtre, ou V ancêtre fondateur de la dynastie) possédait toutes les qualités ue les écrivains chinois demandent ’un bon souverain. Il était plein de fermeté et de clémence , sage , frugal , et très - appliqué aux affaires du gouvernement. La possession prolongée du pouvoir et l’atmosphère empoisonnée des cours n’avaient pas encore corrompu ses qualités et son bon naturel. Pour se rendre accessible à tous ses sujets, il ordonna , dit-on, que les quatre portes de son palais , qui faisaient race aux quatre points cardinaux, fussent toujours ouvertes, « voulant, disait -il, que sa maison fût semblable à son cœur, qui était ouvert à tous ses sujets. » Aussi étaiWl acces-
(*) Voy. son portrait , pl. 6î , ii« 1.
CHINE
sible à toute heure , et toujours prêt à recevoir les suppliques de ceux qui voulaient lui en présenter. Il bannit le luxe de sa cour. Sa douceur termina de longues guerres entre plusieurs souverains qui se soumirent à lui. Sorti des rangs du peuple, où les fatigues et les privationsde toutes sortes se font mieux sentir quedarisles palais, il conserva toujours une grande commisération pour ses souffcances. Pendant un hiver très-rigoureux , il avait une armée qui se battait contre lesTartaresdu Liao-toung ; il apprit que les soldats souffraient beaucoup du froid , et il en fut désolé. Dans un mouvement de sensibilité , il se dépouilla de ses vêtements fourrés , et les envoya au général qui commandait cette armée, en lui faisant dire qu’il regrettait de ne pas en avoir cent mille pareils, pour en envoyer un à chaque soldat.
Dans une autre occasion, il montra encore plus de sensibilité et de compassion pour le peuple. Un de ses premiers généraux assiégeait la ville de Nan-kiug , qui était réduite à la dernière extrémité. Voyant que les habitants , qui résistaient toujours , allaient être passés au fil de l’épée, il rassembla les généraux et les principaux officiers qui assistaient au siège de cette place , et il leur fit promettre, par serment, qu’ils ne laisseraient mettre à mort aucun habitant de la ville. Cependant, au milieu du tumulte, il y eut quelques personnes de tuées. L’empereur l’apprenant, s’écria en versant des larmes : «Quelle triste nécessité que celle de la guerre, qui ne peut se faire sans qu'il en coûte la vie à des innocents ! » Et, pour réparer autant qu’il était en son pouvoir les maux causés par un long siège , il fit distribuer cent mille mesures de riz aux assiégés.
SXAMENS BT CONCOURS ÉTABLIS POUR
L'AVANCBMENT DANS LA CARRIÈRE Ml-
LtrAlRB.
Cest ce même empereur qui établit, pour les militaires, des examens semblables à ceux qui existaient déjà pour les lettrés dans la carrière civile.
I.es uns et les autres subsistent encore. Ceux qui aspirent aux grades militaires doivent passer par ces examens , et ne sont élevés à des grades supérieurs qu’après avoir donné des preuves de leur capacité, par des compositions qu’ils font sur l’art militaire , et par leur habileté à manier un cheval et à tirer de l’arc. Les jois de l’avancement militaire dans les États européens sont loin d'être aussi rationnelles et aussi équitables.
HONNEURS RENDUS AU PniLOSOPHEKHOUNG- TSEU ET AUX LETTRES.
Taî-tsou, quoique militaire, n’avait pas négligé de s’instruire dans les sciences et les lettres; ces études graves lui avaient fait apprécier la haute valeur politique et morale des écrits de l’ancien philosophe Khoung-tseu. Il avait dû s’apercevoir que les dynasties qui avaient abandonné ses principes, n'avaient pas tardé à marcher vers leur ruine et à occasionner de grands désordres dans l’empire. Aussi , dès u’il fut au pouvoir, s’empressa-t-il e remettre en honneur le ^and philosophe national de la Chine. Il alla visiter le lieu de sa naissance et composa son panégyrique ; il revêtit aussi un de ses descendants d’un titre d'honneur, qui lui donnait un rang trèsélevé dans l’empire.
Taï-tsou faisait un si grand c.is des lettres, qu’il portait le respect pour elles jusqu’à la vénération. Jamais il ne refusa d’accorder sa protection à ceux qui les cultivaient , et de les admettre eu sa présence, quand ils avaient quelques grâces à lui demander. It s’entretenait familièrement avec eux ; il leur faisait des questions sur les King, ou livres canoniques, sur les Livres classiques , sur l’histoire , sur l’antiquité et sur les sages qui s’étaient le plus distingués dans les commencements de l’empire, et sous le r^ne des trois premières dynasties. Un jour qu’il avait fait venir près de lui un des plus célèbres lettrés de son temps, pour lui expliquer les Livres classiques sur le gouvernement , il lui demanda
i;UMVERS.
d'abord d'où dépeiiUail le bon goucernemeïit. Le lettré répondit que , pour bien gouverner , il fallait aimer le peup'e et réprimer ses passions (*). L empereur Taï-tsou trouva ces deux maximes si belles, qu’il les fit écrire sur une tablette qu'il avait toujours devant les yeux.
Él.éVATION UES LETTRÉS AUX CHARGES PD- BLIQOKS. RÉTABI.ISSEMKMT DES ANCIENS COLLÈGES BT CRÉATION DK NODVEADX.
Ce même empereur ne se borna pas à donner aux lettrés des marques stériles de bonté ou des distinctions purement honorifiques, il créa en leur faveur des charges et des dignités auxquelles il attacha des revenus. Il rétablit tous les anciens collèges, et en fonda de nouveaux. Il voulut que, dans chacun de ces collèges , il y eût une salle particulière pour y placer les portraits des savants et des littérateurs d’un certain ordre. Il les partagea par classes, à la tête desquelles il mit Khoung-tseu, comme le premier de tous ; et aux deux côtés de ce grand philosophe , dans le fond de la salle , il fît placer tous les anciens dont il voulut que l’on composât les éloges prticuliers; il ordonna même qu’on les mit sous son propre nom , afin , dit-il, d’apprendre à la postérité la haute vénâ-ation qu’il avait pour tous ces grands hommes.
Après que ces collèges eurent été ouverts, il s’y transporta en personne , pour voir si tout avait été exécuté comme il l’avait ordonné ; et il assista plusieurs fois aux leçons qui s’y donnèrent. En sortant de ces leçons, il recommandait toujours aux rsonnes de sa suite de faire faire de ■mes études à leurs enfants , « car , disait- il, les lettres sont le fondement
(*) Le texte cliinois des deux maximes porte : Tc/ii chi mo jou n^aï min ; yang chia mo jou kouo yo ; litteralemeut : Pour bien gouverner un empire, il nest rien tf efficace comme d'aimer te peuple : pour Unen améliorer sa personne, il n'est rien tl'rfjicace comme de réprimer ses passions.
de tout ; elles apprennent à chacun à bien vivre selon son état ; aux souverains à bien gouverner; aux magistrats à observer les lois ; aux citoyens à être dociles envers ceux qui sont préposés pour les commander et les instruire; aux militaires à bien combattre.
Aussi je veux que désormais ceux qui embrasseront la profession des armes, aient au moins étudié quelque temps; et je vous déclare que , même dans les emplois purement militaires, je. donnerai toujours la préférence a celui qui aura de l’instruction, sur un concurrent qui n'en aura pas (*). »
C’est aux encouragements multipliés que cet empereur éclairé donna aux lettres que les historiens chinois attribuent leur prospérité et le grand éclat dont elles ont orillé sous la dynastie des Soung, comme des progrès qu’elles ont faits depuis. En effet , ajoutent-ils , si jamais la littérature a joui du double avantage des richesses et des honneurs, c’est surtout sous le règne de ce fondateur d’une des plus célèbres dynasties qui aient occupé le trône de le Chine. Il plaça les habiles lettrés dans le ministère, dans les tribunaux, dans tous les postes qui ont un rapport immédiat avec le gouvernement; il écouta toujours avec bonté leurs avis et leurs remontrances.
Le P. Amiot , dans le portrait qu’il a fait de Taî-tsod, dit que , pour résumer à la manière chinoise les qualités de cet empereur, il posséda dans un degré éminent les cinq vertus capitales : Jin, y, li, tchi, sin; c’est-à-dire V humanité, la justice, V amour de l’ordre, des cérémonies et des usages de la nation ; la droiture et la bonne foi. Nous avons déjà donné des exemples de son humanité, il fit constamment usage de cette grande vertu dans les guerres qu’il eut à soutenir pour vaincre les gouverneurs de provinces qui n’avaient pas voulu reconnaître volontairement son autorité. La vie de l’homme, disait-il souvent, est ce gu’// y a de plus précieux sous le ciel ; on ne
(*) Amiot, Portraits des Chinois cclèlircs.
CHINE
jieut apporter trop de soin pour entfiécher qu’on ne l’ôte à qui que ce soit, sans y être contraint par les lois et par la nécessité.
DÉFENSE DE FAIRE EXÉCUTER DFÆ SENTEN- CES DEMORT SANS AVOIR SOUMIS LA CAUSE A UN TRIBUNAL SPÉCIAL ÉTABLI DANS LA CAPITALE ET SANS L'AUTORISATION DE L’EMPEREUR,
Ce fut parce qu’il était pénétré de ce grand principe qu'il porta ( ou plutôt qu’il renouvela) le fameux édit par leuel il était défendu aux gouverneurs e provinces et aux magistrats particuliers, dans toute l’étendue de l’empire, de faire exécuter de leur chef des sentences de mort. Il voulut que ces sentences fussent envoyées au tribunal des crimes dans la capitale, lequel, après avoir revu et discuté toutes les pièces du procès, annulait le jugement ou le confirmait, comme notre cour de cassation ; et si ce tribunal suprême jugeait que le criminel méritait la condamnation portée contre lui , il devait en faire son rapport à l’empereur, qui seul , en cette occasion , jugeait en dernier ressort, en signant ou en ne signant pas la condamnation.
Taï-tsoung (976-997). Cet empereur eut encore à repousser les invasions des Tartares du Liao-toung , qui se donnaient le nom de Khi-tan; mais ses troupes ne furent pas toujours heureuses. Une longue sécheresse ayant désolé la Chine, TaT-tsoung se déclara publiquement coupable du fléau, et il supplia le ciel de le faire cesser. Il publia une amnistie à cette occasion et Ut mettre en liberté les prisonniers. Les historiens chinois font remarquer que la pluie tomba aussitôt après cet acte de clémence.
TaI-tsoung aimait beaucoup les lettres, et il s’était formé, dit-on, dans son palais, une bibliothèque de 80,000 volumes, ^u’il passait une partie de la journée a lire.
Tchin-tsoung (998-1022). Cet empereur eut aussi à combattre les Tartares, qui vinrent assiéger une ville du Pe-tchi-li; l’armée impériale les força de lever le siège et de se retirer avecûe Livraison. (Chine.)
grandes perh'-s. Tchin-tsoung aurait pu profiter de ces avantages pour rcipousser les Tartares jusqu’au delà des frontières ; il aima mieux' traiter avec eux que de poorsuivre des succès douteux ; mais les historiens chinois lui reprochent d’avoir accepté dans cette paix des conditions aussi dures que si l’armée impériale avait été vaincue : il se soumettait à payer annuellement aux Khi-tan cent mille onces d’argent et deux cent mille pièces d’étoffe de soie.
REMISE DES IMEOTS.
Dans les premières années de son règne , à l’occasion de l’apparition d’une comète, il publia un éuit par lequel il demandait qu’on l’avertit de ses fautes, afin de s’en corriger et de prévenir par là les malheurs dont il croyait l’empire menacé par l’astre vagabond ; en même temps il fit remise des impôts au peuple pour une valeur très-considérable, et il fit donner la liberté à trois mille prisonniers.
DÉNOMBREMENT DBS AGRICULTEURS.
L’année 1013 de notre ère, Tchintsoung fit faire le recensement de tous ceux qui étaient occupés aux travaux de l’agriculture, pour en exiger le tribut en nature. On trouva que leur nombre s’élevait à vingt et un millions , neufeentsoixante-seize mille, neuf cent soixante-cinq. Dans ce recensement ne furent pas compris les femmes, les jeunes gens au-dessous dg vingt ans, les magistrats, les lettrés, les eunuques , les militaires , les bonzes, ni les mariniers dont le nombre est très-considérable.