‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 134 sur 238 · RÈGLEMENT DES ÉTUDES · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT DES ÉTUDES

Un des ministres de Jin-tsoung, nommé Fang-tchoüng-ykn(*), hom-

(*) On trouve dans une espece de Clirestomathie chinoise, intitulée : Kou-wen-pingtfliou , en lo pen ou volumes, le placet de ce niinislre à l’empereur Jin-tsoung pour le rrtat>lissemenl des anciens colleges. Voyer Kiurwii 8 , fol. I O.

me plein de talents et d'amour pour les lettres , lui inspira le projet de rétablir les collèges dans tous les lieux de l’empire où il y en avait autrefois, et fit rédiger les sages règlements qui y furent mis en pratique, tant pour faciliter les études que pour maintenir le bon ordre. L’empereur, sur sa proposition , publia l’édit suivant : » Que l’on rétablisse tous les collèges dans les villes où il y en a eu autrefois ; qu’on en établisse aussi dans celles où il n’y en a point encore , et que ces colite»

soient tous dans l’enceinte des villes et non en dehors des murs , pour la plus grande commodité des étudiants.

Les gouverneurs et autres principaux mandarins des provinces seront enargés de choisir parmi les mandarins subalternes des hommes capables et habiles dans les lettres, pour avoir une inspection immédiate sur les collées de leurs districts respectifs; et si le nombre de ces mandarins ne suffit pas, ils feront chercher dans les villages et dans les campagnes, parmi les vieux lettrés et les docteurs émérites qui s’y sont retirés , ceux qu’ils croiront lès plus propres à remplir d’aussi importants emplois. Qu’ils donnent la préférence à ceux qui sont reconnus pour avoir de bonnes mœurs, et qui jouissent à tous autres égards d’une saine réputation, sur ceux qui n'auraient que de la science , ou dont les mœurs seraient équivoques.

X Cliaque année en automne, on fera un examen général pour le choix de ceux qui doivent être admis aux études.

■ Ceux qui auront été admis, seront examinés de nouveau après cent jours; et si par le peu de progrès qu’ils ont fait , on juge qu’ils ne sont pas propres aux lettres, on les priera de se retirer.

« Ceux qui voudront entrer dans les collèges des villes du second ordre, s’ils ne sont pas d’une famille habitant dans le lieu même , doivent avoir parmi les citoyens ou les personnes connues, quelqu’un qui se fasse leur répondant.

« Ou n’admettra point dans les col-

CIUNK.

léges ceux qui sont actuellement en deuil , ceux qui seront accusés ou soupçonnés avec fondement de quelque crime , ceux enfin qui , sous quel prétexte que ce puisse être , auront caché leur vrai nom.

« On examinera les candidats , t° snr l’éloquence; 2“ sur quelque point de doctrine; 8® sur la poésie. On leur donnera des soiets sur ces trois genres différents , et les examinateurs liront eux-mêmes avec soin toutes les pièces et Jugeront avec équité. Les noms de ceux qui auront été admis en conséquence de la bonté de leurs pièces , seront inscrits sur une plancne que l’on exposera aux yeux du public (*). • Après que cette ordonnance eut été publiée, le zélé ministre fit travailler promptement à l'exécution de tout ce rpi’elle contenait. Il ne s’en tint pas la ; il engagea les membres du collège impérial delà capitale (koue-tseu-klan) à demander des améliorations et des privilèges. Il présenta lui-même leur requête à l’empereur, qui était conçue à peu près en ces termes ;

« Nous lisons dans l’Iiistoire que sous l’illustre dynastie des premiers Han, votre collège impérial était composé de deux cent quarante corps de logis. Dix-huit cents chambres, sans y comprendre les salles, les offices et les autres appartements communs, étaient distribuées dans ces différents corps de logis , et servaient de demeure à trente nulle écoliers.

« Nous lisons, dans la même histoire , que sous la dynastie des Thang, le même collège que les guerres au dehors, les dissensions au dedans, avaient fait déchoir de l’état brillant où il avait été, fut remis en honneur et qu’on y bâtit douze cents chambres pour loger les étudiants.

« Aujourd’hui que Votre Majesté n’a rien tant à coeur nue de faire fleurir les lettres ; aujourd'hui où l’on voit s'élever de tous côtés, par ses ordres, des collèges publics où on les enseigne, ne fera-t-elle rien en faveur de son propre collège, qui doit être regardé

P Mém. chin. , t. VIII , pag. 56.

comme le foyer où se réunissent tous les rayons scientifiques de l’empire, et comme le brillant miroir qui doit réfléchir toutes les lumières particulières propres à éclairer l’univers? »

Sur ce placet, l’empereur assigna pour l’agrandissement du collège impérial un vaste emplacement qui était dans le voisinage ; il ordonna que l’on augmenterait le nombre des appartements, et que l’on construirait de nouvelles chambres pour contenir et loger deux cents étudiants de plus qu’auparavant; que l’on bâtirait deux grandes salles o^ont l’une serait uniquement destinée à expliquer publiquement les Arfnÿ (ou livres canoniques), et l’autre à faire, en l’honneur de KnonpiG-TSEO, les cérémonies respectueuses par lesquelles on le reconnaît pour le maître de la nation.

Quand tous ces bâtiments furent achevés, l’empereur voulut s’y transporter en personne pour voir si tout était bien. Il se rendit d'abord dans la salie de Kiiodng-tsed et ne dédaigna pas de se prosterner devant sa représentation , et d’y faire toutes les cérémonies avec autant de respect que l’eût pu faire le moindre des étudiants. De la il passa dans la salle des King, assista pendant quelques instants à la leçon du maître; et avant que de retourner dans son palais, il voulut visiter en personne les chambres mêmes des étudiants.

On cite un trait de la vie de cet empereur qui mérite d’être rapporté.

Voulant connaître quels étaient ceux de ses sujets les plus capables de bien remplir les fonctions d’administrateurs du peuple, il assembla dans son palais tous les grands et les plus célèbres lettrés; ensuite il leur ordonna d’écrire en sa présence les noms de ceux qu’ils jugeraient les plus dignes d’être employés dans les fonctions publiques.

L’empereur, en les obligeant d’écrire en sa présence , voulait empêcher qu’on ne les corrompit, ou qu’ils n’osassent exprimer librement leurs sentiments si d’autres que lui avaimt connaissance de ce qu’ils avaient écrit.

L’UNIVERS

l.'HtSTORIEN SSB-MA KOUANG (*).

Ce fut SOUS le règne de l’empereur JiN-TsouNG que ce célèbre historien chinois commença à briller dans les fonctions publiques. Après avoir été gouverneur d’une ville fortifiée sur les frontières occidentales de l’empire, et de la capitale du Ho-nan, il devint ensuite censeur public et secrétaire historiographe du palais.

Il donna dans toutes ces fonctions des preuves d’une haute sagesse, de lumières étendues et d’un désintéressement à toute épreuve. Des peuples du midi avaient envoyé à l’empereur Jin- TsouNG un animal d’une espèce inconnue, et les courtisans prétendaient que cet animal n’était autre que le khilin, sorte de licorne merveilleuse qui n’apparaît, selon les Chinois, qu’aux époques de prospérité où l’empire est florissant, sous le gouvernement d’un prince accompli. Sse-ma-kouang, consulté par ordre de l’empereur , répondit :« Je n’ai jamais vu de khi-lin, ainsi je ne puis dire si l’animal dont on parle en est un. Ce que je sais, c’est que le véritable khi-lin n’est point apporté par des étrangers : il paraît de lui-méme quand l’État est bien gouverné. »

Il y avait de la hardiesse et de la fermeté dans cette réponse qui choquait les préjugés mis en jeu par l’adulation. Il en fut de même à l’occasion d’une éclipse de soleil, qui eut lieu en 1061. Cette éclipse, selon l’annonce des astronomes, devait être de six dixièmes du disque du soleil : elle ne fut réellement quedequatredixièmes. Les courtisans vinrent en cérémonie en féliciter l’empereur comme une dérogation formelle que le ciel avait permise aux lois de ses mouvements, et qui faisait le plus grand honneur à la sagesse de son gouvernement. Mais Sse-makouang qui était présent les inter-

(*) Voir son portrait, pt. 63, n“ a. On peut consulter sur ce célèbre historien la biographie que le P. Amiot et M. Abel Rémusat lui ont consacrée; Mémoires sur les Chinois, t. X, p. i , et Biographie universelle, art, Sss-MA-KOOAiio.

rompit : « Le premier devoir d’un censeur est de dire la vérité, s’écria-t-il; ce que vous venez d’entendre n’est qu’une basse flatterie ou l’effet d’une Ignorance profonde. L’éclipse a été moindre qu’on ne l’avait annoncée:

il n’y a là ni bon, ni mauvais pronostic à faire, ni de quoi féliciter Votre Majesté. Les astronomes se sont trompés; si c’est par négligence, il faut les en punir. Un très-mauvais présage, c’est qu’il y ait près de votre personne des gens qui osent parler comme je viens de l’entendre, et que Votre Majesté daigne les écouter. »

Si ceux qui gouvernent les hommes en trouvaient toujours de semblables pour leur dire la vérité, ils commettraient bien moins de fautes, et les peuples seraient bien mieux gouvernés, surtout s’ils écoutaient tous la vérité, comme Jin-tsoung, avec la volonté d’en profiter. Les successeurs de cet empereur ne furent pas si dociles aux remontrances du hardi censeur, et il fut éloigné de la cour. Sse-ma-kouang, rendu a la vie privée, s’occupa avec ardeur de son grand ouvrage nistorique, dans lequel il avait le projet de comprendre les actions des princes et des sujets, et tout ce qui pouvait intéresser la science du gouvernement.

Pour accomplir cette grande tâche, il compulsa tout ce qu’il put trouver de livres dans les bibliothèques, rassembla les monuments les plus anciens et consulta les mémoires les plus récents. Il soumit à la discussion les opinions contradictoires admises par les auteurs , rectifia les erreurs , dissipa l’obscurité qui couvrait certains événements, et ramena toutes les traditions à une seule série, où les faits, disposé chronologiquement, forment, suivant l’expression chinoise , comme un vaste tissu dont la chaîne suit l’ordre des temps, et dont la trame embrasse tout l’empire. Prenant pour point de départ ce que les Chinois appellent les temps des guerres civiles, il commença ses récits au règne de Weï-lieîwANG de la dynastie des premiers Tcherm, et les conduisit jusqu’aux dynasties qui avaient préc^é l’éta-

CHINE

blissement de celle sous laquelle il vivait, de sorte qu’il embrassait un espace de treize cent soixante-deux ans. Le titre de ce bel ouvrage fut : Tseu-tchi-ihoung-kian, qu’on peut traduire par Miroir universel à tusage de ceux qui gouvernent, ou moins littéralement comme le P. Amiot, par Magasin de la science du gouvernement. Cet ouvrage a été continué par divers auteurs, et complété, pour ce qui concerne les temps anciens, par Lieou -vu , ami et collaborateur de SSE-MA-KOUANG.

Dans sa forme originale, le Tseutchi-thoung-kian contenait deux cent quatre-vingt-quatorze livres de texte, trente livres de tables , et trente autres livres de dissertations et de discussions. L’auteur, quoique assisté des plus habiles lettrés de son temps , ne put l’achever qu’en 1084 sous le règne de Chin-tsoüng.

Ce fut sous ce dernier empereur me SsE-HA-KOUÀNG , placé à la tête des censeurs publics, composa un grand nombre de célèbres remontrances , dont plusieurs ont été réunies dans le magnifique recueil , intitulé Koutoen-youaurkian (*), dont il a déjà été fait mention dans cet ouvrage.

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