‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 135 sur 238 · LETTRÉE CONTRE LES ACTES DU GOUVER- NEMENT · texte numérisé non relu

LETTRÉE CONTRE LES ACTES DU GOUVER- NEMENT

Plusieurs des principaux lettrés qui vivaient sous Jin-tsoiing, tels que Fou -PIE, Han -Kl, Fan-tchoüng- YF.N ( dont il a été précédemment question), Ngéou-yang-sieoü, censeur, Tchi-kiaï, etc., vivaient fort unis entre eux ; ce dernier était un homme désintéressé, droit et réglé, mais libre, hardi à exercer sa critique et à censurer les actions des autres dans des vers qu’il faisait très-bien. Cette société de lettrés et d’hommes d’esprit fut dénoncée à l’empereur par des

(*) On peut voir la traduction de quelques-

unes de ces remonlrances dans la Descrip-

tion de la Chine, du P. Du Halde, t. II, p. 53g . fol. et 648 in-4.

gens puissants qui avaient été blessés (Je leur critique. L’empereur s’adressant à ses ministres, leur dit : « J’ai souvent entendu parler de partis formés {ur des gens de rien (*) qui n’ont ni mérite ni vertus. Mais les honnêtes gens qui remplissent les emplois publics, qui ont du mérite et de la vertu, ne forment pas 'de partis. » Un des lettrés attaqué dans le discours de l’empereur, nommé Ngéou-yang-sieou, se défendit devant l’empereur par le discours suivant, qui a été conservé et recueilli avec un grand nombre d’autres du même élégant écrivain, dans le grand recueil ci-dessus cité et dans le Kou-wen-ping-tchou (**) :

« Prince , de tout temps on a vu confondre mal à propos les liaisons également honnêtes et utiles, avec d’indignes et de dangereuses cabales. De tout temM cette confusion a été le fondement de bien des accusations injustes... La vertu et le bien public constituent le principe qui unit les premiers; l’union aes méchants n’est fondée que sur l’intérêt..., chacun d’eux a quelques vues d’ambition ou de cupidité...

Ces intérêts cessent-ils , on voit aussitôt ces mêmes gens se nuire, s’abandonner, se trahir mutuellement... Il n’en est pas de même des hommes supérieurs ; ce qu’ils se proposent de garder inviolabfement , ce sont les règles de la raison la plus droite et de la plus exacte équité. Ce qui fait leur occupation , c’est de donner chaque jour au prince qu’ils servent de nouvelles preuves de leur zèle(***). Tout cequ’ils crai-

[*) L’expression chinoise siao-jin signifie liltrralenieiil petites gens.

(**) Autre petit recueil en 10 pen ou vol. chinois très-repandu. Ce discours sc trouve au Kiouan 8, fol. x5. Nous donnons ici des fragmeuts de la traduction qu'en a faite le P. Hervieu , traduction qui n'est qu'une paraphrase du texte , cléganl et concis , mais qui en rend assez fidèlement le sens pour nous dispenser d'en faire une nouvelle. Voy. Du Halde , Description de la Chine , t. H.

(***) Cette phrase obséquieuse n'est pas dans le texte chinois. Voici le passage : Kiun~ tseu, tsepoujan;so clieou tche ; ton, i; sa hing tche : tchoung sm; sa si tche : ming;

by èjOOgle

L’UHIVERS.

gnent de perdre, c’est leur vertu et Peur réputation. Voilà leurs maximes , voilà leurs exercices , voilà lairs intérêts. S’agit-il de travailler à devenir pins vertueux et de tendre à la perfection ; ils tiennent la même route , ils vont de compagnie, pour ainsi dire, et s’entr’aident les uns les autres.

S’agit-il de servir le prince et l’Etat; ils s’y portent avec la même ardeur (*). Ils unissent pour cela tout ce que peut chacun d’eux , sans jamais se relâcher ou se démentir. Telle est l’union des gens d’honneur; telles sont leurs liaisons; tels sont les partis qu’ils forment...

« Du temps du grand empereur Y xo , les officiers de ta cour se trouvèrent comme divisés en deux partis : l’un était de quatre méchants hommes, l’autre était des huit youan et des huit ki, c’est-à-dire, de seize personnes également sages et vertueuses , parfaitement unies entre elles. Yao éloigna ces quatre méchants hommes, entretint avec Joie l’union des seize. Tout fut dans l'ordre et jamais gouvernement ne fut plus parfait... •

tsiei î tc/ii strou c/tin : Uo iitotmg taOf eitlh sia/ig i. Littéralemenl : Les sages ou /es /lommes supérieurs n* agissent pas ainsi; ce (ju'i/s conservent précietuement , c* est la raison et la Justice; ce qu'ils pratiquent , c'est la droiture et la JuUlité (tchoiing, sin); ce qu'ils craignent le plus de perdre , c'est leur réputation ; ils s'appliquent à améliorer et à perfectionner leur personne; alors ils s'identifient avec la droite raison et ils s’entraident les uns les autres.

(*) Nous ferons encore ici la même observation. Yoici le texte chinois ; / tclii sse koué ; tse tltoung sin eulli kuung tcluti; S'agit -il de servir l'État ( konë ) , alors ils unissent leurs coeurs , ( ils réunissent tous leurs efforts) et se portent en foule ou ils peuvent être utiles. Le traducteur français est plus monarchique dans sa traduction que le texte cliioois original. On voit par ces deux exemples comment l'époque où l'on vil et ses propres opinions influent sur les choses en apparence les plus indifférentes. Le P. Hervieu vivait sous Louis XIV, et quoique écrivant eu Chine, son style rap- [lelle celui de l'époque du grand roi.

Le Chou-king dit ; < Le tyran Chéou (*) avait sous lui des millions d’hommes; mais autant d’hommes, autant de cœurs ; Wou-wang en allant le combattre n'était suivi que de trois mille homine.s; mais ces trois mille hommes n’avaient qu’un cœur.

Sous le tyran Chéou , autant de cœurs qu’il y avait d’hommes ; par conséquent point d’unions, point de partis; cependant Chéou périt et perdit l’empire.

Ce fut à ce prétendu parti que Wouwang dut ses succès.

« Du temps des derniers Han, sous le règne de Hian-ti, sous ce beau prétexte de parti et de cabale, on vit rechercher, saisir et jeter dans les prisons tous les lettrés de réputation.

Survint la révolte des bonnets jaunes.

Tous ceux dont le zèle et la sagesse auraient pu la prévenir ouy rém^iec étant en prison , le trouble fut extrême dans tout l’empire. La cour ouvrit les yeu.x, se repentit, mit en liberté ces prétendus conspirateurs. Mais ce repentir vint trop tard. Le mal était trop avancé, et il se trouva sans remède.

« Sur lu fin de la dynastie des Thang, on vit recommencer de semblables accusations. Cet abus ne fit que croître , et sous l'empereur Tchao-tsoiing il fut extrême. Ce prince , pour ce prétendu crime, fit mourir dans les supplices tout ce qu’il y avait de meilleur a la cour (le Chinois dit ; de docteurs renommés). L’on vit ceux qui animaient ce prince crédule faire précipiter dans le fleuve Jaune un grand nombre d'hommes de mérite; et joignant à cette cruauté une froide raillerie , dire qu’il fallait faire boire cette eau trouble et bourbeuse à ces bomnies qui se piquaient si fort d'être purs et nets (c’est-à-dire intègres). Les conséquences d’une telle action furent la ruine de la dynastie des Thang... »

JiN-TsouNG n’ayant point eu d’enfant, choisit pour lui succéder un de scs neveux qui régna quatre ans sous le nom de Yng-tsoung (1064-1067).

Après sa mort prématurée, son fils

(*) Voy. ci <li v;ml pog. 70 cl siiiv.

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CHINE

Chin-tsoüng régna dix -huit ans (1068-1085). L’histoire lui attribue plus de valeur et de grandeur d’âme que de sagesse. 11 avait un extrême désir de porter la guerre dans les provinces septentrionales de l’empire et de les délivrer du joug des Tartares; mais il en fut détourne , dit-on , çar le souvenir du conseil que sa mere lui avait donné en mourant de sacrifier tout au bien de la paix.

Il favorisa beaucoup les gens de lettres; il honora d’un titre posthume équivalent à celui de duc, le célèbre philosophe Mkng-tseü , le second en rang dans l’estime des Chinois après Khoüng-tseu dont il professa la doctrine, et qui avait déjà été honoré du titre posthume de roi par un autre empereur.

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