‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 149 sur 238 · LE GÉNÉRAL PE- YEN · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL PE- YEN

Il faudrait écrire des volumes pour faire le récit de toutes les conquêtes (le Khoubilaï-khan , qu’il dut pour la plupart à l’habileté de ses généraux, il la tete desquels on doit placer Pe- YEN. Ce général était né dans la Tartarie occidentale , et il avait servi en Perse et en Syrie dans l’armée de Hou- LAGOU. C’est ce grand homme de guerre qui fit presque a lui seul toute la conquête de la Chine , conquête dans laquelle il montra autant (l’humanité, de sobriété et de désintéressement (**) que de science militaire. On dit qu’un Jour, ayant reçu l’ordre de remettre son commandement à un fils de l’empereur, ce prince lui ayant demandé des conseils pour se diriger, Pe-yen lui répondit :

« N’aimez ni le vin, ni les femmes, et tout vous réussira. »

(•) Édition citée, pag. 83.

(**) Userait trop long de citer ici tous les Iraits d'humanité qui lui sont attribués par les liisloi'iens. Nous n’en lappurteronsqu’un ici : Après avoir pris la ville Je A^a/t-iùig-(i2yi), il fit de grandes largesses aux pauvres , envoya des médecins dans les bourgs et villages où il y avait des maladies conlagieuscs, et défendit sous peine de la vie le moindre pilbige. (Cependant il fil passer au fil de lence les habitants de la ville de Tchatigli néou, qui s'était vaillamment défendue conlie ses trnuprs. C’est la seule qu’il traita ainsi selon 1rs terribles usages de la guerre.

RÉSISTANCE OPINIATRE ET DÉSESl'ÉRÉE DBS CHINOIS.

En lisant l’histoire de la conquête de la Chine par les armées de Khoubi- LAÏ-KHAN , sous le Commandement de Pe-yen et d’autres généraux , pour la plupart de l’Âsie occidentale, on est surpris du spectacle extraordinaire que présente la Chine dans ce grand événement politique. Jamais nation n'a peut-être montré plus de résistance et de dignité avant ae se soumettre à un joug étranger, et jamais cause désespérée n’occasionna autant de sacrifices volontaires. Quand la république romaine expira sous le triumvirat des lieutenants Je César, il n’y eut que Brutus et Cassius qui ne voulurent pas lui survivre. Lorsque l’empire des Soung fut conquis par les Tartares mongols, la plupartdes hommes d’État, des gouvernements chinois et des commandants des villes fortifiées se donnèrent la mort, ou s’ensevelirent sous les ruines de leurs cités plutôt que de se soumettre aux conquérants. En voici quelques exemples : Pe-yen faisait le siège de Tchi-tchéou , dans le Kiang-nan ; le gouverneur de la ville , voyant qu'il lui était impossible de défendre sa place (1274) , dit à sa femme qu’il ne pouvait se résoudre ni à être infidèle a l’empereur des Soung, ni à voir la ville occupée par des étrangers. Après ces paroles il se tua, et sa femme en fit ae même.

Lorsque les troupes mongoles s'emparèrent de Tao-tcliéou, dans le Kiangsi (1274), plusieurs mandarins de cette ville se donnèrent la mort avec leurs domestiques, plutôt que de se rendre.

Un grand, ayant appris la fuite honteuse du premier ministre des Soung, donna un festin à ses amis et à ses parents; il écrivit ensuite des lettres aux ministres et aux princes du sang ; et, ne pouvant survivre aux calamités qui afHigeaient sa patrie, il se tua trois jours après.

Au siège de Tchang-clia, un mandarin d’nne autre ville qui s’y trouvait, voyant que toute résistance devenait inutile, ht mettre le bonnet de céréino-

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