‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 16 sur 238 · CHUN EST ASSOCIÉ A L’EMPIRE · texte numérisé non relu

CHUN EST ASSOCIÉ A L’EMPIRE

a,s6S Ans AY. J.'C.

L’épreuve à laquelle Yao avait voulu soumettre Chun, avant de l’appeler à la succession de l’empire , avait été liivorabie au premier. « Approchez, « Chun, dit Yao : depuis trois ans « j’examine avec soin vos paroles et « vos actions; il faut récompenser « votre mérite : je veux vous faire « monter sur le trône. » Mais Chun prétendit n’étre pas assez vertueux , et ne voulait pas succéder à Yao.

On trouve dans le Chou-king une longue énumération des travaux de Chun. A la seconde lune de l’année, il alla visiter la partie orientale de l’empire. Il régla les temps , les lunes, les jours, c’est-à-dire, observe le P. Gauuil, qu’il réforma le calendrier , et lui donna la forme qu’il conserve encore aujourd’hui chez les Chinois, et d’apri^ laquelle l’équinoxe du printemps doit être dans la seconde lune, celui d’automne dans la huitième, le solstice d’été dans la cinquième, et celui de l’hiver dans la onzième. Il mit de l’uniformité dans la musique dans les mesures, dans

les poids et les balances, qui variaient suivant les lieux : ce qui indique dans cet empereur , autrefois laboureur , une grande conception gouvernementale , qui n’a été appliquée chez nous que depuis une cinquantaine d’années.

Après avoir encore réglé les cinq cérémonies , et laissé le modèle des instruments qu’on devait y employer, le législateur Chun revint. Il se rendit successivement à la partie méridionale, occidentale et septentrionale de son empire, en y opérant les mêmes réformes que dans la partie orientale.

Les choses étant ainsi réglées, il ne fit plus qu’une fois tous les 'cinq ans la visite de l’empire ; et les princes tributaires venaient quatre fois par an à la cour lui offrir leurs hommages. Ces princes rendaient compte de leur conduite ; on examinait ei on vérifiait ce qu’ils disaient. On récompensait leurs services en leur donnant des chars et des habits.

Cependant les grands , que l’élévation de Chun avait déçus dans leur ambition, fomentèrent des troubles dans l’empire : le fils de Yao était de ce nombre. Chun les exila, et l’empire fut en paix.

« Il fit publier des lois pour punir les criminels ; il ordonna l’exil pour les cas où l’on pouvait se dispenser des cinq supplices. Il voulut que dans les tribunaux les fautes ordinaires fussent punies du fouet seulement , et de verges de bambou dans les collèges ( ou les lieux publics où l’on donnait de l’instruction ). Il régla que par le métal on pourrait se racheter de la peine due à certaines fautes; qu’on pardonnât celles qui sont commises par hasard et sans mauvaises intentions; mais il voulut qu’on punit sans rémission les gens qui seraient incorrigibles et qui pécheraient par abus de leur force ou de leur autorité. Il recommanda fortement l’observation de ses lois ; mais il voulut que les juges, en punissant, donnassent des marques decompassion.»(CA. k. ch. 1.)

« Il divisa l’empire en douze parties , appelées Tcheou ( provinces isolées ou fies ) , mit des marques et des

L’UNIVERS

signaux sur douze montagnes, et creusa des canaux pour l’écoulement des eaux, (ib.)

L’empereur Yao étant venu à mourir à l’Age de 1 18 ans, et son règne ayant été consacré entièrement au nien public , le peuple porta le deuil pendant trois ans : cette coutume s’est conservée jusqu’à nos jours; les enfants même portent pendant trois ans le deuil de leurs pere et mère, auxquels l’empereur est assimilé.

« Au premier jour de la première « lune du printemps ( 3,255 avant « J.-C.), Chdn fiit installé héritier « de l’enipire dans la salle des ancé- » très. En examinant {'instrument orné « de pierres précieuses qui représen- ■> tail les as^es (*), et le tube mobile « qui servait à les observer y il mit « en ordre ce qui regarde les sept

• planètes.

« Ensuite ii fit le sacrifice au Sou- « verain-Supréme du ciel (Chamg-Ti)

• et les cérémonies usitées envers les

• six OTands esprits , ainsi que celles « usit^ pour les montagnes , les « fleuves et les esprits en général. »

( Chou-King, cliap. 2. )

« Chdn appela lesdouze Mou, bergers, pasteurs ( nom donné aux gouverneurs des douze provinces de i’empire), et leur parja ainsi : Tout consiste, pour les provisions de vivres , à bien prendre son temps. Ii faut traiter humainement ceux qui viennent de loin , instruire ceux qui sont près de nous, estimer et faire valoir les gens qui ont des talents , croire et se fier aux gens de bien, ne pas avoir de com-

(*) Cet initrument, qui est une sphère réleste , est nommé Sicuan-ki : les Chinois la représentent dans plusieurs édilions du Chou-King, comme on la voit dans la plandu 4 , qui en est un fac-timiU, On concevra facilement que nous ne garantissons nullement l’authenticité de celte figure , qui supposerait de mandes connaissances astronomiques pour l’époque reculée de Chun. Cette sphère représente la rondeur du eiel divisé en degrés , ayant la terre au centre , cl le soleil, la lune, les planètes et les étoiles aux places qui leur conviennent , d'uiic manière conforme au système dit de l’Ioléméc.

mcrce avec ceux dont les ni<eurs sont corrompues ; par là on se fera obéir des étrangers barbares. » {Ch.-King, chap. 3. )

• Une fois tous les trois ans, Chun examinait la conduite de ses officiers.

Après trois examens , il punissait les coupables et récompensait ceux qui s’étaient bien comportés. » {Ch.-King, chap. 3. )

« A la cinquième année de son règne, Chun ordonna decommencer la grande cérémonie par la musique nommée Siao-chao. Cette musique avait neuf parties , et elle était accompagnée de danses.

« A la sixième année ( 3,251 'avant J.-C. ) , il alla visiter les quatre montagnes nommées )'o(auxquatre points cardinaux de la Chine, sur lesquels les premier; empereurs offraient les sacrifices à l’Etre suprême ; l’usage des temples spéciaux n'était pas encore introduit); il fit aussi l’examen des mérites et des talents. » Plusieurs commentateurs placent sous cette année l’établissement du collège impérial, dans lequel les fils des princes et des grands devaient être instruits dans les lettres , les cérémonies , la musique, les danses , et dans l’art de lancer le javelot.

Chun s’occupa beaucoup de la musique ; il composa un grand nombre d’hymnes qui étaient cliantés dans les cérémonies.

Cet empereur opéra , comme nous l’avons vu précédemment, d’honorables réformes dans lecode criminel qui existait avantlui,toutempreintdebarbarie.

Il adoucit les supplices , et substitua, à des tortures cruelles, des châtiments moins disproportionnés avec les délits, et surtout moins contraires au dessein providentiel de la société, qui n'entend rejeter définitivement de son sein que ceux de ses membres dont l’incorrigibilité dangereuse peut la menacer continuellement de graves périls. Avant la réforme de Chun , on marquait au visage avec un fer rouge ceux à qui on laissait la vie ; on leur coupait le nez ou les pieds , ou on les mutilait de manière a leur ôter leur qualité d’homme : ce qui fut l’origine

CHINE

des eunuques , auxuuels fut confiée , par la suite , la garae du palais et des femmes de l’empereur. A ces peines, Chu If substitua la cangue, la oa.stonnade , la confiscation et l’exil ; châtiments qui sont encore en vigueur aujourd’hui {*).

Lorsque Chun fut appelé par Yao pour remplir les fonctions de premier ministre, il avait clioisi, pour réparer les désastres causés par le débordement des eaux, et les faire rentrer dans leurs lits, le jeune Ytr, d’une condition obscure, mais qui passait mur descendre de Hoang-Ti comme Chün lui-même.

Le jeune fonctionnaire dirigea les travaux avec tant d’art, disent les historiens , que l’on admire encore les jetées et les canaux que l’on prétend qu’il fit construire alors.

Y D termina ses ouvrages , que l’on |K)urrait nommer antédiluviens, 2,278 ans avant notre ère. C’est à ces travaux, oui marquent la première grande conquête de Phomme sur la nature, que la Chine doit de ne pas être submergée annuellement par ses deux grands fleuves, quoique des inondations partielles et assez considérables encore aient eu souvent lieu depuis.

Le Chou-Kina rapporte un grand nombre de paroles attribuées à Yu ; « Quand le prince et le ministre savent surmonter les difficultés de leur état, l’empire est bien gouverné; les peuples se trouvent en peu de temps dans le chemin de la vertu.

— <> Cela est vrai , dit l’empereur Chun ; des discours si sages et si vrais ne doivent pas rester cachés : les pratiquer , ne pas laisser les gens sages dans les lieux déserts et inconnus , mettre l’union et la paix dans tous les pays, porter son attention sur tous les' peuples, sacrifier ses lumières et ses vues à celles des autres, ne pas

(*) Les historiens chinois ne sont pas (l’accord à ce sujet. Il en est qui prétendent que les punitions que Caon fit infliger, consistaient simplement à revêtir les coupables d’habits inranianis, et que les supplices corporels ne conimencérent que sous la première dynastie.

maltraiter , ni rebuter ceux qui sont hors d'état de faire des plaintes, ne nas abandonner les pauvres et les malheureux, voilà les vertus que l’empereur Yao prati^a.

— « Celui qui observe la loi, dit Yu, est heureux; celui qui la viole est malheureux : c’est la même chose que l’ombre et l’écho. »

Voilà assurément des paroles admirables et qui ont une haute portée dans la bouche d’un ministre. Ce qu’un autre ministre , nommé Y , ajoute n’est pas moins remarquable : « Il faut veiller sur soi-méme, et ne cesser de se corriger : ne laissez pas violer les lois et les coutumes de l’état ; fuyez les amusements agréables; ne vous livrez pas aux plaisirs défendus. Quand vous donnez des commissions aux gens sages, ne changez pas ce que vous leur avez dit. Ne balancez pas à éloiner de vous ceux qui ont les mœurs épravées. Si dans les délibérations vous voyez des doutes et des points difficiles à déterminer, ne concluez rien d’abord, attendez (iue vous soyez instruit ; assurez-vous ae la certitude de vos jugements. Quand la raison naturelle vous démoutre une chose , ne vous y opposez pas. Reclierchez les suffrages du peuple, et ne vous en écartez pas pour suivre vos désirs et votre penchant. »

La dernière phrase de ces conseils du ministre Y à Yu, qu’il sait déjà appelé à régner, expri.ne, en propres termes , un principe qui n’a pas reçu en Chine le même développement qu’en certains pays de l’Europe, ou plutôt les mêmes formes de développement :

celui de gouverner les peuples selon leurs vœux, en les consultant.; que ce soit d’une manière ou d’une autre.

Le texte chinois ne dit pas précisément derechercherles suffrages des peuples (ou plutôt des populations), mais il dit : « Prends garde de V aliéner les suffrages des cent familles ; » ce qui équivaut sans doute à la première version du missionnaire, puisque les cent familles désignent la population de l’empire chinois, compose primitivement de cent familles qui vinrent du

L'UJNIVKRS.

nord-ouest. Mais cependant il y a une nuance iniportan teàetablir, c’est qu’anciennenient, et encore aujourd'hui, la famille seule en Chine a une puissance politique dans l'état ; les suffrages se comptaient donc et se comptent encore par famille : la famille est un petit état dans l’état ; le chef y est souverain , comme l’empereur dans l’empire : il répond de tous les membres qui la composent , et il est passible lui-méme (Tes châtiments que quelques-uns d’entre eux pourraient encourir. Ce principe social , qui est en vigueur , comme on le voit , depuis plus de 4,000 ans , est en opposition complète à Vindioidualisme des sociétés modernes , qui porte en lui-méme un grand principe de liberté, mais en même temps un grand principe de dissolution.

On remarque tant de sagesse naïve , tant d’abnégation de soi-même , tant d’éloignement de tout intérêt jpersonnel, et tant d’amourdubienpubfic,dans les paroles de ces anciens empereurs chinois, rapportées dans le Livre historique canonique, que nous ne pouvons nous refuser au plaisir de les citer.

Ces discours ne sont point comme ceux qui sont rapportés dans Hérodote, Thucy'dide, Tite-Live, etc., où l'historien fait les plus grands frais de l’éloquence qu’il prête à ses personnages. La critique nistorique, unanime pour attribuer l’arrangement actuel de ce livre à Confucius, environ 550 ans avant notre ère , peut facilement établir, par le caractère de la langue qui y est employée , que la plupart des fragments qui le composent appartiennent d’une manière évidente aux temps des empereurs dont il est question, ou, au moins, à des époques bien antérieures à celle de leur arrangement par le grand philosophe. La langue de ces écrits, qui en diffère grandement, en est une preuve convaincante.

« Yu reprit la parole et dit: Ah!

empereur ! pensez-y bien ; la vertu est la base du gouvernement, et ce gouvernement consiste d’abord à procurer au peuple les choses nécessaires à sa con-

servation, c'est-à-dire l'eau, le feu, les métaux, le bois et les grains. Il faut encore penser à le rendre vertueux , et ensuite à lui procurer l’usage utile de toutes ces choses. Il faut enfin le préserver de ce qui peut nuire à sa santé et à sa vie. Voilà neuf objets qu’un prince doit avoir en vue pour se rendre utile et recommandable. Ces neuf sujets doivent être la matière des clients nationaux. Quand on enseigne, on emploie les elo^ ; quand on gouverne, on emploie l’autorité. Ces neuf sortes de chants servent à animer et à exhorter ; et c’est ainsi que l’on conserve le peuple. >

TD Associé A CHUS .

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BOtia ia»

L’empereur Chün, touché de ces excellents principes de gouvernement, proposa à Yn de lui succéder dans le gouvernement de l’empire : » Mon grand âge et ma faiblesse , dit-il , ne me permettent plus de donner aux affaires toute l’application convenable.

— « Mes faibles talents, répondit Yd, ne suffisent pas pour gouverner les peuples. Il n^en est pas de même de Kao-yao ( ancien sage chinois ) ; ses talents sont au-dessus de ceux des autres ; les populations les connaissent, et leur inclination est pour lui ; c’est à cela surtout que l’empereur doit réfiiichir. Soit que je pense à la charge que vous m’offrez, soit que je la refuse, soit que j’en parle et que je tâche de dire ma pensée avec toute la droiture et la sincérité possibles , j’en reviens toujours à Kao-yao , et je dis toujours que le choix doit tomber sur lui. Vous , qui êtes sur le trône, pensez au mérite de chacun. •>

«Venez, Yu , reprit l’empereur, après avoir loué les vertus de Kaoyao. Quand nous eûmes tout à craindre de la grande inondation (*), vous

(*) I.e missionnaire Oaubil dil ici en note ; « Il parait que Chuh |iarle de l'inondation connne d’nn ésénemenl dont lui . Yu , et les antres de son temps avaient clé témoins ;

CHINE

travailldtes avec ardeur et avec droU ture; vous rendîtes les plus grands services , et vos talents se manifestèrent. Quoique dans votre famille vous ayez vécu avec modestie, quoique vous ayez si bien servi l’état , vous n’avez pas cru que ce fût une raison pour vous dispenser de travailler; et ce n’est pas une vertu médiocre. Vous êtes sans orgueil : il n’est personne dans l’empire oui, par ses bonnes qualités, soit au-aessus de vous. Nul n’a fait de si grandes choses ; et cependant vous ne faites pas valoir ce que vous faites. De là , quelle idée ne dois-je pas avoir de votre vertu.’ Je ne puis me dispenser de louer vos services. Les nombres écrits dans le calendrier du ciel vous désignent pour monter à la dignité de souverain de l’empire. »

« Le cœur de l’homme est plein d’écueils ; le cœur du Tao (ou de la raison et de la justice suprêmes) est simple et délié. Soyez simple et pur , et tenez toujours la voie droite.

« N’écoutiez pas les discours sans les avoir examinés, et ne prenez au-

ainsi il ne paraît pas que le déluge de Yao soit les restes des eaux du déluge de Noé. U'iin autre côté , à moius de supposer faux tout ce qui est rapporté de l’état de l’Empire sous Yao , Chuh et Yo , on ue peut dire que ce déluge de Yao soit celui de Noé.

« En lisant attentivement l’hUtoire chinoise et le dtou - king, on reste convaincu que les désastres causés par les eaux ne regardaient que les campagnes. Il n’est fait aucun mention de villes détruites, d’hommes uo^és, etc. On voit, au contraire, par les opérations qtii furent faites pour l’ecoulenient des eaux , telles que sont celles de percer des montagnes , de creuser des lits aux rivières, de faire des canaux de communication, etc., qu’il devait y avoir un nombre prodigieux d’hommes. Il est plus que vraisemblable que ce déluge ne s'étendit point jusqu’aux provinces les plus méridionales de la Chine, et que celles ipii en furent le plus incommodées furent le Pé-tchi-li, le Cfiansi, le Chen-si, le Chan-toung , le Ilo-nan , imc partie du Liao-toungf et quelques autres endroits voisins de ceux que je viens de nommer. » ( Le P. Amiot, Mt-moires sur 1rs Chinois, I. xiii, p. 38a. >

cun parti qu’après avoir bien réfléchi.

<• Ah! qu’un prince doit être aimé!

mais aussi que le peuple doit être redouté! S’il n’y a pas de souverain, à qui les peuples auront-ils recours? Et s’il n’y a pas de populations, qui aidera le souverain dans le gouvernement?

C’est ce qu’il faut considérer attentivement. tjue de précautions à garder sur un trône ! Il faut avoir soin de conserver l’amour de la vertu. Si les peuples sont maltraités et réduits à l’extrémité, vous perdez pour toujours le bonheur que le ciel vous a procuré.

Les paroles qui sortent de la bouche ont de bons effets quelquefois; elles font aussi quelquefois naître desserres. Je ne veux ipas que vous refusiez encore le poste que je vous destine. » { Ch.-k. , livre 1 , ch. 3. )

« Le premier jourde la première lune, Yn fut installé dans la salle des ancêtres. Il fut mis à la tête de tous les ministres, et on garda le même cérémonial qu’on avait observé à l’élévation de Tempereur Chün. » (J6.)

On ne peut s’empêcher, en lisant ces naïves annales , de remarquer combien l’homme est changé depuis ces temps antiques. A cette époque, les fonctions de souverain , empereur ou roi , étaient regardées comme devant être le partage de l’homme de l'empire le plus digne de les remplir.

Elles étaient considérées comme un sacerdoce religieux et politique, qui exigeait l’abnégation de tout sentiment , de tout intérêt personnel ; comme une mission divine de dévouements continuels au bonheur du peuple. La haute idée que les hommes se faisaient de cette mission sainte éloignait les nombreux compétiteurs, et entourait de respects des fonctions qui étaient exclusivement consacrées au bonheur et à la prospérité de l’empire. Cette grande magistrature , qui serait la plus noble et la plus belle de toutes , si elle était conçue et remplie avec des sentiments pareils à ceux des premiers empereurs chinois, a bien dégénéré depuis , même en Chine, où cependant il reste encore des traces du caractère de cette anti-

L’UNIVERS

que institution , l’empereur, quel qu’il soit, se donnant toujours le titre de /M-re et mère du peuple, titre que la moderne dignité de l’homme, en Europe, repousserait, à tort ou à raison, comme appartenant aux royautés absolues , incompatibles avec les progrès de la raison humaine.

On retrouve encore dans les instructions sur le gouvernement, d’un ministre de Yu , la distinction du nombre cinq, et son application singulière à une foule de rapports et de règlements sociaux. — « Parce que les cinq enseignements ou cinq devoin viennent du ciel, nous les prenons pour la règle de notre conduite, et nous faisons grand cas de la distinction des cinq états. Parce que le ciel a fait la distinction des cérémonies, nous prenons ces cérémonies pour des lois immuables. Nous obsen'ons de concert les règles du respect et de la déférence, et nous gardons paisiblement le juste milieu. Parce que le ciel met au-dessus des autres les gens distingués par leurs vertus, il veut

3u’ils soient reconnus à cinq sortes 'habillements. Parce que le ciel punit les méchants , on emploie les cinq supplices. L’art de gouverner mérite qu'on y pense sérieu-sement.

•< Ce que le ciel entend et voit se manifeste par les choses que les peuples voient et entendent. Ce que les peuples Jugent digne de récompense et oe punition, indique ce que le ciel veut punir et récompenser. Il y a une communication intime entre le ciel et le peuple : que ceux qui gouvernent les peuples .'•oient donc attentifs et réservés! {Chou-king, L. 1, ch. 4.)

Voilà des paroles que l’on pourrait regarder comme équivalentes au célèbre vox populi, vox Dei ; la voix du peuple est la voix de Dieu ! C’est un de ces avertissements sévères que la Providence, qui veille sur le sort des nations, semble n’avoir épargné à aucune puissance terrestre qui serait tentée d’abuser de son autorité fragile. A défaut d’institutions dites constitutionnelles pour limiter en Chine l’autorité impériale, il existe, dans les Li-

vres canoniques de cette ancienne monarchie, c’est-à-dire, dans les écrits révérés de ses sages, écrits qui ont force de lois depuis les temps les plus anciens, un très -grand nombre de passages aussi menaçants pour la tyrannie impériale que celui qui précédé, et au moins aussi dangereux pour elle que les constitutions européennes les plus libres. Nous aurons souvent l’occasion de combattre des préjugés européens sur l’absolutisme du gouvernement chinois, et de montrer que les intérêts du peuple, qui doivent être la base de tout bon gouvernement , sont peut-être aussi ménagés et aussi garantis en Cliine que dans le pays le plus libre de l’Europe.

Ces anciennes annales chinoises, qui ont des avertissements si sévères pour les princes et les empereurs, présentent déjà , à cette époque reculée , des exemples de ce que l’enivrement et le prestige de l’autorité souveraine peuvent prrauire dans l’homme qui ne sait pas ou ne veut pas s’y soustraire. Le sage Yr , que l’on vient de voir appelé à partager cette autorité, dit, en parlant du lils de Y ao , déshérité par son père du trône impérial , au prolit du laboureur Chcn : « Ne soyez pas comme Tan-tchou , superbe , entreprenant, aimant la dissipation, cruel et plongé Jour et nuit dans l’inquiétude ; dans les endroits où U n'y avait pas if eau, il voulait aller en barque : dans sa maison il vivait avec une troupe de débauchés et s’adonnait à toutes sortes de vices ; aussi ne succéda-t-il pas au trône de son père. »

{ Ch. k. L. 1, ch. 5.)

CnuN avait trente ans lorsqu’il fut appelé pour être employé; d resta dans ce poste pendant trente années ; cinquante ans après il mourut (2,208 ans avant J.-C.)

vu. EMPEREUR 2,206 AV. L’ÈRE VULGAIRE.

TKOlS AU* DI PIUIL BT s’tltTBBBÎaVB.

Alors Yü, qu’il avait appelé à lui succéder, et qui , en qualité de premier ministre, exerçait déjà , depuis quinze ans . l’autorité souveraine au nom de

lit

CHINE

Chun , devint , par droit électif, le chef suprême de l'empire (*). Avec lui commence la première dynastie chinoise; le droit d’élection attribué à l’empereur, et le droit de présentation de candidats au trône, attribué aux grands , commencèrent à tomber en désuétude, comme toutes les institutions , lorsque l’inconvénient de les mettre en pratique , ou l’indifférence du droit les fait négliger. Cependant, ce droit d’élection du souverain, attribué au chef de l’état , sur la présentation des grands de l’empire , s’est conservé altéré et sous une tonne restreinte depuis Yu jusqu’à nos jours. Au lieu de porter sur tous les sujets dignes de cette haute fonction , l’élection ne s’étend plus que sur les fils de l’empereur; et le droit de succession ne diffère de celui de la plupart des dynasties européennes, que sur le droit de primogémture qui n’est pas reconnu en Chine ; ce qui laisse plus de chances favorables pour de bons règnes , et ce qui aussi crée, |>eut-étre, mus de chances de divisions et de troubles , auxquels inconvénients les amis de la tranquillité avant tout préfèrent l’ordre de succession directe, oui s’accomplit avec toute l’intelligence (le l’aveugle et inexorable destin , dont l'action ne laisse aucune chance à l’exercice de la volonté et de la liberté humaines , le plus souvent contraires à tout ce qui est fatal. Dorénavant , nous considérerons donc l’histoire chinoise dans ces grandes personnalités que l’on nomme dynasties , et qui ont tant d’inOuence sur le sort des empires. Ce ne seront plus des règnes d’individualismes comme les précédents; de ces règnes intelligents et civilisateurs , dans lesquels la liberté et la volonté de l’homme peuvent se donner tous leurs développements ; ce seront de grandes personnalités, des personnalités fatales, dans lesquelles cependant se trouvera encore un élément de la volonté libre, un élément à fnfluences puissantes sur le développement fatal de ces mêmes personnalités.

(*) Yu, pour maintenir la paix cl le Imn-

ÉTAT DE L’EUriEE CHUIOIS .

DI a a,so5 as* a?. vblaa

Avant de continuer cet aperçu de l’histoire de la Chine , il peut être utile de résumer en quelques mots l’état du gouvernement chinois à l’époque où commence la première dynastie , pour bien fixer son point de départ et pour déterminer son développement.

Les origines de la nation et des institutions chinoises ont un caractère particulier qui les distingue de toutes les autres. Le merveilleux inévitable que l’on y trouve à l’époque anté-historique, diffère totalement du merveilleux poétique des autres peuples.

A partir de l’époque histori(iue , on ne rencxmtre plus (jiie ce que l’on pourrait appeler de la prose et du sens commun. Plus rien d’extraordinaire ni de surnaturel. Un dieu spécial ne révèle point au peuple chinois, ou à quelques hommes se disant inspirés, une religion et des institutions spéciales. Il y a bien une action providentielle qui se fait sentir, mais c’est seulement en inspirant les paroles des sages; et même le ciel, ou le souverain SUPRÊME, qui sont les deux dénominations données le plus communément à la sagesse éternelle et divine, ne manifeste sa volonté par aucun

heur dans son empire, pensant qu’il n’y avail qu’nn pelit nombre de ses sujets qui eussent l’habitude de lui parler , cl <jiic le grand nombre ne pouvait faire panenir jusqu’à lui leurs plaintes, ou lui donner les avis qu’ils jugeaient convenables , fit placer en dehors , à la porte du palais , cinq sortes d’instruments de musique , dont le son s’entendait de loin, et il fit expliquer au

tieuple, par les mandarins, l’intention de 'empereur; que, selon les affaires sur lesquelles on voudrait lui parler, on frapperait sur un des instruments de musique qui était à la porte du palais. Tu, de l'inlèrieur du palais , entendait frapper sur l’un desdits instruments, distinguait sur quelle affaire on voulait l’entretenir, et donnait ordre qu’on fit enirci- les personnes qui demandaient audience. (V oyez la planche 6, tirée dfs Faits mémorables des Emp. cli.)

L’UNI VKRS.

interprète spécial; mais on pose en principe que le cœur de tout nomme, avant d’être corrompu par les passions, renferme en lui toutes I » inspirations de la sagesse divine. Les sacrifices que les premiers empereurs chinois accomplissent en l’honneur de cet Être suprême, sont des témoignages de reconnaissance et de respect, et non des actes expiatoires pour obtenir de lui des faveurs exceptionnelles ou des changements aux lois régulières de la nature. Le chef de l’état, qui a la mission de maintenir l’ordre et le bienêtre dans la société qu’il gouverne, se donne aussi la mission sainte d’offrir des actions de grâces à l’fttre suprême , une fois par an. Ainsi la société chinoise aurait commencé par où finissent ordinairement les autres so- ,i:iétés : par l’absence de ce que l’on a coutume de nommer « les superstitions religieuses. » Il est vrai que le culte d’un Etre suprême {mêlé quelquefois au culte des esprits des montagnes, etc.), que l’on rencontre déjà du temps des premiers empereurs chinois , et que l'autorité de Confucius a consacré de son nom impérissable, peut être considéré comme une réforme d’un culte antérieur ; réforme qui aurait eu lieu près de trois mille ans avant notre ère. Ce culte était celui de toutes les premières sociétés, le culte des puissances visibles de la nature ou des astres , au-dessus desquels la pensée de l’homme, dès l’instant m’elle peut s'élever à la puissance de l’abstracnon, place bientôt une intelligence suprême régulatrice. Avant les trois premiers empereurs chinois , le culte des astres avait des prêtres qui formaient un collège puissant sous le nom de Tribunal ou Ministère des affaires célestes.

C’était dans les connaissances astronomiques que ces prêtres puisaient leur autorité religieuse. Ils formaient im véritable sacerdoce , dont les tendances furent surprises et combattues par les trois premiers empereurs chinois, qui leur opposèrent un dieu et un culte sans mystères , et , par conséquent, jwuvant se passer de sacerdoce. Il est probable que la politique

ne fut pas étrangère à celte réforme puissante, car, lorsque la lutte qui s’établit entre les deux pouvoirs lut terminée, le pouvoir civil posséda sans partage l’autorité souveraine (*). La vérité de ces faits n’est guère fondée ue sur des inductions logiques tirées ’un très-petit nombre de passages de l’histoire chinoise, tant le culte primitif et le sacerdoce qui le soutenait ont laissé peu de traces dans l’histoire et les institutions des Chinois !

De ces faits incontestés on peut tirer une conséquence incontestable : c’est qu’environ deux mille deux cents ans avant notre ère , époque où cette lutta entre l’ancien sacerdoce et le culte nouveau eut lieu, et où le premier succomba, le peuple chinois possédait une antiquité très-reculée. En effet , pour qu’une telle révolution soit possible , il faut que le peuple soit déjà

(*) Le culte primitif de l’Asie parait avoir été le culte des astres; les prêtres étaient des astronomes qui furent du plus grand secours pour la formation et la conservation des premières sociétés; car l'homme, arrivant sur une terre soumise à toutes les perturbations atmosphériques, à toutes les influences sidérales dont aucune loi ne lui était connue , dut , pour prévenir les unes et connaître les autres, se livrer long-temps à des observations attentives pour déterminer ce qu'il y avait de régulier dans les événements célestes, dans le nombre et la marche des saisons , afin de diriger les travaux agricoles d'après ces observations répétées. Aussi, dans l’Inde primitive, représentée par les yidas, dans l'ancienne Perse , dans la Chaldée , dans l'antique Babylone , en Égypte même, on retrouve le culte des astres, et des collèges de prêtres astronomes, qui faisaient de leur science un sacerdoce politique et religieux. Et chez oes memes peuples on retrouve aussi, à une certaine époque , la même lutte entre ce sacerdoce et un nouveau culte introduit par le pouvoir politique ; le même triomphe de ce nouveau culte et des conséquences plus ou moins semblables , selon la nature de ce dernier. Une analogie frappante et qui n’aura pas échappé au lecteur attentif , est celle du culte rendu eu Chine sur les montagnes , par les anciens Chinois, comme en Perse par les anciens Persans.

arrivé à rindifférence {Mur l'ancien culte ; et pour arriver ainsi à l'indifférence , il faut un nombre de siècles calculé sur les aptitudes religieuses d’un peuple et sur sa constance dans sa foi. Or, nous avouerons que ces dispositions religieuses ne nous paraissent pas exister à un haut degré chez le peuple chinois, et que l'enthousiasme en tout genre , qui n’est que l’exaltation des sentiments, n’est pas son caractère distinctif, à l’exception peut-être de son enthousiasme pour CoNPüciüs. Mais cependant , tout en tenant compte de ces données, on ne peut échapper à la conclusion posée ci-dessus.

Cette opinion est partagée par l’auteur d’un mémoire sur l’état politique et religieux de la Chine, 2,300 ans avant notre ère , que nous avons déjà cité. M. Kurz cite à l’appui un passage du Livre des Annales (le Chouking), où il est dit : « Yao et Chün, n après avoir examiné F Antiquité, « créèrent cent officiers. » Il y avait donc déjà une antiquité pour des empereurs qui régnaient plus de 2,300 ans avant l’ère vulgaire.

Nous avons vu , à cette époque reculée où les autres nations au monde n’ont pas encore de place dans l’histoire, l’empire chinois posséder un gouvernement régulier. Outre les membres du Tribunal des affaires célestes, qui formaient le sacerdoce ancien,etdont unepartiedes attributions était d’observer te mouvement des astres, de régler le calendrier et d’enseigner aux hommes la connaissance des temps(*),après les quatre grands préposés ou gouverneurs généraux des quatre parties cardinales de l’empire, venaient, au troisième degré de la hiérarchie, les douze Gouverneurs des douze Pro-

( *) (pilaire membres de ce THInmal étaient préposes aux quatre grandes divisions des quatre points cardinaux de l’empire chinois , et réunissaient en leurs mains, aux pouvoirs religieux , des pouvoirs politiques, qui leur furent enlevés dans la suite, parce qu’ils avaient voulu s’en servir contre le pouvoir rentrai de l’empereur ; ce qui causa leur ruine.

vinces dans lesquelles l'empire fut divisée par Chdn. Ces douze gouverneurs étaient nommés 3fou (pasteurs).

Trois étaient sous l’autorité d’un Gouverneur général de la division quaternaire. ils furent conservés j^r les trois premières dynasties, mais après avoir été réduits a n«// parYü, comme les douze provinces deVempire. Voilà pour l’adtninistration provinciale. I,e pouvoir exécutif était représenté comme il suit. Il y avait Neuf ministères établis près du chef de l’etat, pour diriger, selon leurs attributions re.spectives, l’administration de l’empire. Ils furent orpnisés par l’empereur Chu n dans l’ordre suivant :

1* La présidence du conseil des ministres , ou l’emploi d’instigateur des autres ministres, comme s’exprime le texte chinois. Y u , qui devint ensuite empereur, fut nommé à ces fonctions par l’empereur Chun ;

2* Le ministère , ou l’intendance de l’agriculture ( Hèou-tsi ) ;

3* Le ministère , ou l’intendance de l’instruction publique (5se-fAow);

4° Le ministère de la justice (Sse) ;

5° Le ministère des travaux publics (Koimg-koung), ou des ouvrages pour la terre et pour l’eau;

6° Le ministère, ou l’intendance des domaines (Yu) , compreoant les montagnes , les forêts , les étangs , les lacs, etc.;

7° Le ministère des cérémonies et des rites ( Tchi-tsoung ) , ou le ministère des cultes;

8° Le ministère ou l’intendance de la musique ( Tian-yo ) ;

9° Le ministère de la censure publique (Na-yan) (*).

(*) Voici comment s’exprime le texte chinois sur ces nominations. Elles sont faites dans un esprit que l’on ne peut trop admirer de nos jours.

« t'.HUB paria ainsi aux grands : Si quel- « qu’un de vous est capable de bien gérer « les affaires publiques, je le mettrai à la « tète des ministres , afin que l’ordre et la U subordiAtinn régnent en tous lieux. Tous « lui présentèrent Pe-xu , qui était St- • koung ( ou intendant des ouvrages pii- « blies , des dignes, des canaux, etc. ) Alors

Digitizec

L'UNIVERS

Nous verrons plus tard que cette organisation antique, contemporaine du déluge de Noë, subsiste encore en grande partie dans l'organisation actuelle du gouvernement chinois. Nous ne ferons qu'une observation dont c-ha-

reni]iereur adressa la parole à Tu , et dit ;

Ea cooséqueiice de ce que les grands pro- •• posent, je veux, qii’après avoir eu Vin- « tendance des ouvrages pour la terre et n pour l'eau, vous so^ez le Premier ministre « de l’empire. Tu s’inclina en disant que U ce poste convenait mieux à Tsi , ou à « SiE , etc. L'empereur lui dit : Allez, obéis- « sez.

•« L’empereur dit : Ki, vous voyez la « misère et la famine que les {^uples souf- M frent : en qualité de Heou-tsi ( intendant « de l’agriculture ) , faites semer toutes sor- « les de grains, suivant la saison.

•• Il s’adressa en ces termes à Sia : L’u- •t nion n'est pas parmi les peuples , et dans N les cinq états il y a des désordres; en «( qualité de Sse-thou ( ministre des ensei- « çuemenls ), publiez avec soin les cinq U instructions; soyez doux et indulgent.

« Il parla ainsi à Kxo-tao : Les étran-

• gers excitent des troubles. Si parmi les n habitants de l’empire , il se trouve des « voleurs , des homicides et des hommes de «mauvaises moeurs, vous, Xao-tao, en « qualité de grand-juge , employez les cinq M règles pour punir les crimes par autant de « peines qui leur soient proportionnées. Ces « peines propOTtionnées aux crimes ont •t trois lieux pour être mises en œu>Te. Il y « a des lieux pour les cinq sortes d'exil; et K dans ces lieux, il y a trois sortes de de-

• meures; mais il faut avoir beaucoup de dism cemement et être parfaitement instruit.

« Quel est celui , dit l’empereur , qui est « en état d’être à la tête des ouvrages pu- « birs? Tous répondirent que c'était Tchodi. « L’empereur dit à celui-ci : Soyez Koung- « koung ( intendant des travaux publics ). *• XcHorji, en s’inclinant , dit que Chou- « Tsiakg et pB-TV étaient plus dignes que « lui, mais Tempereiir, en le louant de ce « qu’il disait, lui ordonna d’obéir.

« Quel est celui, continua l'empereur, « qui peut avoir rintendancc des monta- •• gnes, des forêts, des lacs, des étangs, M des plantes, des arbres, des oiseaux et «< autres animaux ? On lui présenta Y.

« Alors, il dit à celui-ci : Il faut que vous

• soyez mon Yu ( intendant dos objets men-

ciin pourra saisir la portée : c'csl que si , au temps de l'empereur Chun , 2,300 avant notre ère, fa création d'un ministère de censure publique ou de rapporteur des paroles était déjà nécessaire , on doitprésumer que la civi-

•• tionnés ci-dessiu ). Y s'inclina , et dit que « Tchod , Hou , Hiouifo et Pi en étaient M plus capables. L’empereur lui répliqua : •• Allez et obéissez.

•• Il dit encore aux grands : Y a-l-il « quelqu'un qui puisse présider aux trois « cérémonies ? Tuiis nommèrent Pe-y ; et « l’empereur dit à Pe-y : Il faut que vous « soyez Tchi’tsoung ( ministre des cultes ). •I Depuis le matin jusqu’au soir, pénétre de M crainte et deres|>ect, soyez sur vos gar- *t des ; ayez le cœur droit et sans passions. M Pe-Y s'inclina , et proposa Koueï et M Lûuhg, comme plus capables. L’empem reur ajouta : Vous êtes louable de vous « excuser, mais obéissez. — Koueï, dit l’em- •• pereur, je vous nomme surintendant de M la musique ; je veux que vous l'enseigniez « aux enfants des princes et des grands ; « faites en sorte qu’ils soient sincères, af- M fables, indulgents, complaisants et graves ; M appreoez'leur à être fermes, sans être durs ni «< cruels; donnez-leur le discernement, mais « qu’ils ne soient point oigueilleux ; expli- •« quez-Ieur vos pensées dans des vers , et •« composez-en des chansons entremêlées de M divers tons et de divers sons , et accor- « dez-les aux instruments de musique. Si « les huit modulations sont gardées, et s'il « n’y a aucune confusion dans les différents « accords, les esprits et les hommes seront m unis. Koueï répondit : Quand je frappe •• mon instrument de pierre , soit fortement, « soit doucement, les animaux les plus fé- « roces sautent de juie.

«* L’empereur dit a Louhc : Tai une ex- « Iréme aversion pour ceux qui ont une « mauvaise langue ; leurs discours sèment la « discorde et nuisent beaucoup a ce que » font les gens de bien ; par les mouve- «< roenis et les craintes qu'ils excitent, ils « mettent le désordre dans le peuple. Vew nez donc, Louho, je vous nomme JYa- « jm? ( qui rapporte les paroles ) ; soit que « vous rapportiez mes ordres ou mes réso- « lutions , soit que vous me famiez le rap- •* port de ce que les autres disent : depuis «• le malin jiisqu’uii soir, n'ayez en vue que M la droiture et la vérité. »

( ChoU‘king^ L. i , ch. )

CHIiNE.

lisnlion de cette époque était déjà fort avancée, et que la langue chinoise était déjà assez formée pour paraître dangereuse.

Les grands travaux entrepris et exécutés par Yu , comme ministre de Chun, et comme empereur, ne sont pas bien distingués dans les anciennes Annales chinoises ; comme son autorité , dans ces deux positions, ne l’est également guère. Cependant les Tableaux chronologiques { Li-taî-ki-sse) placent la première année des travaux de Yu à la 72' du règne de Yao (2,286 ans avant J.-C. ). La description qui suit se rapporte donc à l’époque de la jeunesse de Yu , dans laquelle il fut chargé par CnuN, premier ministre de Yao , de faire écouler les eaux de la grande inondation. Ces travaux , assurément bien plus grands que ceux du fabuleux Hercule, tiennent du prodige. En voici l’aperçu d’après le Chou-kir^, qui est toujours notre autorité principale. C’est sansdoute la topographie la plus ancienne du monde.

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